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VOYAGES
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L'INTERIEUR DU BRESIL.
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On trouée à la même IMraùie^
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La première partie des Yotagxs de M. de S. Hilaire dahs
l'imt^eieur su BaisiL , coptecant les provinces de Rio de
Jâstmo et de Minas Gerass *, a vol. in-S»^ i5 fr.
A. ftHAN DE LAFOREST,
Imprihbvr db X.A ooun ob ckaskitom,
ruo des Nojers, n* 37.
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VOYAGE
DANS
LE DISTRICT DES DIAMANS
ET SUR LE LITTORAL
DU BRÉSIL. '
AuK* di noUJ êur qutlque* ptantts earaetirUîiqmef
BT d'VN PILÊCia S£ I<'hI5TOI2LB O» 1LÉTOLUTIOV8 DE L'EUPIRC
BRJ^ILIZH , DEPUIS I.B COKICBVCBMEHT DU RJ&OHS DE JBAH TZ
jusqu'à I«' abdication de D. PEDRO.
Par auguste DE S AEJT-HILAIRE ,
ChevaUer de la Li^ion-d^Honnear, membre de PAcadânie royale des
Sciences de rinslitatde France , des Sociëtës philomatique de Paris ,
et Linnéenne de Londres , des Académies de Lisbonne , Genève ,
Rio de Janeiro , etc.
TOME SECOND.
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PARIS ,
LIBRAIRIE - GIDE,
RUB SAII^-MAKC, K<> a3.
1833,
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SECOND VOYAGÉ
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LINTÉRIEUR DU BRÉSIL.
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CHAPITRE PREMIER.
lilSTOIHS ABBÉGÉE DB LA CrVIX.ISATIOif DBS Iir]>IE9r&
ûv BiuisiL. — l'aldea de s. m>aô dos tVDiOS.
-^^ MAiriiBS DE VOtAdEH.
Datisla suite de mon voyage sur le littoral , je par-
lerai souvent des tristes restes d'une civilisation qui
bientôt aura disparu avec la race infortunée à qui elle
lut départie. Mais sans doute on me comprendrait mal^
TOUS lî. I '
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HnkoiM aibfeégée de U cÎTtUsalièo des Indîeét dn B»&îl.-^ Fondation
do Taldea de S» Pedro dos Indi^s. Déicriplion do ctt aldeo. Gon*
vemement que les ]é$mtu j OTOÎent établi. Note wr U iingoa gérai.
Do qoélle maniera Taldea do S* Pedro eat admtoiatré anjoard'hui.
InalîéoabiliU des tonnos dos Indiens ; lestrictîpni qai tondeni à les dé-
pouiller do lears propriétés. Physionomie des. Indiens do S. Pedro.
Leurs occupations. Leur oaradèra. De la prochaine destruction des
Indiens du Btésil. Mamaiuoos. -^ Le tapitào màt £V6f VIO. — - Un
diarpentier espagnol.— Do quelle maniera Paotonr Yojageait sor la •
0^.
• •-
SECOND VOYAGE
si je/nê* commençais par faire connaître ^en peu de
motft.Torigine de cette civilisation , les misères aux-
qûejles elle apporta des remèdes si efficaces, et les dé-
'plôrables résultats qu'eut sa destruction. Des ruines
' intéressent davantage , lorsque Ton sait à quel édi-
fice elles appartenaient y et quelles mains barbares
sont venues le renverser.
Les Portugais, en découvrant le Brésil, y trou-
vèrent des hommes qui leur parurent à peine mériter
oe nom. Ces hommes différaient des Européens par la
couleur de leur peau , par leur chevelure et l'ensemble
de leurs traits. Us étaient nus; ils vivaient dans les
bois sans lois et sans culte, et se livraient à des cruau-
tés auxquelles on aurait peine à ajouter foi , si elles
n'étaient attestées par des voyageurs de toutes les na-
tions et toutes les croyances.
Les Européens ne tardèrent pas à s'apercevoir de
l'infériorité des indigènes du Brésil , et cherchèrent à
la faire tourner à leur avantage. En vain l'on rendait à
Lisbonne des édit« favorables aux Indiens ; on avait
établi en principe que dans certains cas, les Indiens
pouvaient être réduits en esclavage; les planteurs
trouvaient facilement des prétextes pour multiplier le
nombre des esclaves.
D'ailleurs les colons portugais qui^ les premiers , s'é-
tablirent au Brésil, n'étaient guèt*e moins barbares
que les sauvages eux-mêmes. La plupart exilés de leur
patrie pour des crimes atroces, n'apportaient dans le
Nouveau-Monde que des vices. Ces hommes s'acoou-
ti^mèrent sans peine à voir d'un œil indifférent les
AU BRÉSIL. 3
iûtn9Mé$ que les indigènes exerçaient envers leurs en-
nemis , et les indigènes ne tardèrent pas à prendre
part à toute la corruption des Européens. Un peuple
affreux se forma de ce mélange d'opprimés et d'op-
presseurs.
Pendant long-temps le gouvernement portugais avait
dit peu d'attention à ses colonies du Brésil. Tandis
que les planteurs torturaient les Indiens , les gouver-
neurs, indépendans les uns des autres^ s'étalent ren-
dus absolus dans leurs capitaineries et s'y jouaient de
l'honneur et de la vie de leurs administrés. Averti
par les plaintes de ses sujets , le roi Jean III résolut
. de remédier à tant de maux. Voulant rattacher à un
centre commun, les différentes parties du Brésil et
rendre plus aisées les communications de cette colonie
avec le gouvernement de la métropole , il créa un ca-
pitaine général et ôta aux gouverneurs particuliers
l'autorité sans bornes dont ils avaient joui jusqu'alors.
Un homme ferme, juste et prudent, Thom^ de Souza,
fut nommé capitaine général de l'Amérique portu-
gaise, et arriva à Bahia en i549» accompagné de
Mâkosl de Nobrega. et de cinq autres religieux qui
comme lui se dévouèrent sans réserve au bonheur des
Indiens , et furent bientôt suivis du célèbre Josii de
Anchietâ.
Nobrega appartenait à une famille noble ^ il con-
naissait le monde, et réunissait à une prodigieuse
activité de grandes vues et le talent de conduire les
aJQaires. Plus jeune et,^ s'il est possible, plus actif
encore, Anchieta fut tout à la fois poète, guerrier.
4 SECOND VOYAGE
naturaliste*; poar se rendre utile ^ il pouvait prenditr
toutes les formes ; il faisait l'école aux petits enfiins f
commandait des troupes, composait des cantiques ^
une grammaire et un dictionnaire dans la langue des
Indiens y soignait les malades et ne dédaignait même
pas le travail mécanique le plus vulgaire. Anchieta fut
certainement un des hommes les plus extraordinaires
de son temps.
Ces religieux étaient à peine arrivés au Brésil qu'ils
reprochèrent à leurs compatriotes les cruautés dont
ils se rendaient coupables envers les Indiens , et ba-
nirent de la communion chrétienne ceux qui rédui-
saient les indigènes en esclavage. Dieu et la liberté |
telles étaient les paroles puissantes qu'ils faisaient sans
cesse entendre aux Indiens et par lesquelles ils les atti-
raient à eux.En écoutant leurs harmonieux cantiques, les
enfans ravis et comme fascinés, se réunissaient autour
d'une humble chapelle et apprenaient à lire, k compter,
à écrire, à aimer Dieu et leurs semblables. Peu à
peu les indigènes renoncèrent à leurs barbares cou-
tumes; ils se réunirent en villages, et furent civilisés ,
autant da moins qu'ils sont susceptibles de l'être.
^ Je n*ai pu lira sans admiration des morceaux écrits par
le P. Anchieta sur l'histoire naturelle du Brésil et qui se
trouvent dans le précieux recueil intitulé: NoUoias Ubrama-'
9 rinas, Anchieta parle de la sarigue à peu près comme les mo-
dernes, peu d'années après quePietro Martire et Grjnsus la
décrivaient comme ayant la partie antérieure d'un renard , la
partie poslërieure du singe , les mains d'un homme et les
oreilles d'une chauve-souris.
AU BRÉSIL. 5
Pendant deux siècles ^ les jésuites gouvernèrent les
Indiens du Brésil, et ils en firent des hommes utiles
et heureux. Mais si leur administration obtint de si
beaux succès et mérite tant d'éloges% c'est parce
qu'elle s'adaptait parfaitement au caractère des indi-
gènes; qu'elle suppléait à leur infériorité , et était
pour ces hommes«^nfans une bien&isante tutelle \
Appliqué à un peuple de notre race, le gouverne-
ment que les disciples de Loyola avaient adopté
pour les Indiens , aurait été absurde et se fût bientôt
écroulé.
Cependant un violent orage s'était peu à peu formé
en Europe contre la puissance des jésuites. Pombal
connut leurs torts , et ne vit point les services qu^s
rendaient à l'Amérique. Il leur avait juré une haine
implacable, et il les chassa du Brésil ; mais en
prononçant l'arpêt de leur expulsion , il en pronon-
çait un bien plus funeste , celui de la destruction des
Indivis.
Lorsqu'il priva ces infortunés de leurs protecteurs,
Pombal ne les abandonna cependant point à eux-
* Qull me soit permis de ré^^éter ici ce que j^ai dit ailleurs
aur rinférioritë des Indiens, a Les Ikidiens , hommes comme
« nous , ayant avec nous une origine commune , sont égale*
« ment animés d'un soufle divin ; mais il me parait incontea-
a table que l'imprévoyance est attachée aux différences de
« forme que présente leur race , comme le même défaut a été
a attaché à l'organisation encore imparfaite de Tenfiince , ou
«c l'idiotisme aux difformités des crétins de la Suisse et de la
« Savoie. »
6 SECOND VOYAGE
mêmes. Avec le caractère le plus despotique , ce mi-
nistre avait de grandes vues, des idées nobles et le
désir d'être utile à son pays. Il fit pour les Indiens
une foule de réglemens ; il les soumit à dés directeurs
qui devaient être, disait-il , des hommes intègres,
zëlés , pçudens et vertueux ; ces dii*ecteurs ne devaient
avoir qu'une autorité paternelle ; c'est à des magistrats
de leur race que les Indiens devaient obéir; des écoles
devaient être fondées dans tous les villages, l'ivrogne-
rie bannie avec soin ,. la religion respectée, la langue
portugaise substituée au tupi^ les mariages mixtes
encouragés etc.; enfin une émancipation graduelle
devait être accordée aux Indiens, jusqu'à ce que,
devenus les égaux des Portugais , ils ne fissent plus
avec eux qu'une seule famille, L'Européen qui lira
l'ensemble de ces réglemens , pourra y: applaudir ; la
plupart paraîtront absurdes , contradictoires et inexé-
cutables à celui qui connaît l'Amérique el les Indiens.
Pombal partait d'une idée fausse; il croyait les In-
diens susceptibles de la même civilisation que nous ,
et, par une étrange méprise, il accusait de l'infériorité
des indigènes du Brésil, le régime jésuitique qui ten-
dait principalement à suppléer à cette infériorité elle-
même. Des directeurs tels que les voulait Pombal,
étaient des êtres de raison. Ceux qui furent donnés
aux Indiens, hommes immoraux, cupides , souvent
même repris de justice, devinrent d'afireux despotes;
les Portugais qui se mêlèrent aux Indiens les tyranni-
sèrent et les corrompirent; bientôt les aldeas tom-^
bèrcnt on ruines, cl les indigènes du Brésil rétrogra-
AU BRÉSIL. 7
dèrent vers la barbarie '. Depuis Pombal , le gouver-
nement portugais , c'est une justice qu'il faut lui
rendre, chercha souvent h faire le bonheur des Indiens ;
mais ses mesures n'étaient point fondées sur une vé-
ritablet connaissance de la race américaine et elles
manquèrent toujours le but que Ton s'était proposé.
Quand je parlerai des Missions de l'Uruguay, on
verra combien je< aub éloigné d'exagérer la triste si-
tuation des Indiens soumis aux descendans des Portu«
gais. 11 faut le dire cependant ; les^ indigènes n'éprou-
vent point les. mêmes misères dans toute l'étendue du
Brésil. Quoique exposés à des vexations continuelles,
les Indiens civilisés de la province d^Espirito Santo,
sont pourtant moins tyrannisés que ceux des Missions
de l'Uruguay, parce qu'on ne les a point, comme les
premiers , soumis à des directeurs ] et si l'inexécution
des lois dans l'aldea de S. Pedro dos Indios , village
dont je vais parler tout à l'heure, doit nécessairement
^ M. Sonthej, n'ayant point visité rAmérique, n'a pu avoir
sur le caractère des Indiens et leur infériorité , les mêmes
idées que moi ; mais d'ailleurs le tableau que je viens de tra-
cer est littéralement conforme aux récits de ce laborieux et
savant historien (^oy, Hisiory of Brazii ,1, s^, si a, 35a;
m^ 5is, 5a3^ 697 ) qui certes ne saurait être suspect , puis-
qu'il ne laisse pas échapper une occasion de montrer combien
il est opposé au catholicité. Quant à moi , je ne saurais être
non plus soupçonné de partialité en faveur des jésuites ; car
toutes les impressions que j'ai reçues dans ma jeunesse étaient
bien loin de leur être favorables , et je ne cesserai jamais de
vénérer et de chérir la mémoire de quelques-uns des hommes
qui, en France , ont contribué à leur première expulsion.
8 SECOND VOYAGE
finir |>ar aoieDer la destruction des indigènes qui
l'habitent, je ne puis dire ^'à l'époque de mon
voyage y ces hommes fussent véritablement malheu*
reux.
L'aldea de 5. Ptdro dos Indios fondé en i63o S
* Un eeelésiasdque de ma connaiaitncey Tabbé Manoel de
Almaida Bamto, qui avait été coré de S. Pedro en 17891
crojait que les habitans de ce village avaient appartenu
i une horde af^lée Sarussû (peut-être Square); qa'ori*
ginairement ib habiuient la Gapitainerie d*E8pîrito Santo,
et qu'ils avaient M amenés près du lac d'AraniiLma , par les
jésuites 9 à une époque où les Portugais du Cap Frio , atta*
qués par quelque ennemi , avaient eu besoin de secours. Se-
lon Piiano qui a traité ce point d'fairtoîre d'une manière très
succincte {Mem. , Y , 91 }, le eapài» mâr Martim de Sa qui
avait été gouverpeur de Rio de Janeiro fonda, en i63oy Taldea
de S. Pedro; il j réunit des Indiens goitacazes et d'autres
indigènes tirés de StpitiSa pu Ytinga dans, le iermo d*Iih4i
Gmmde^ et enfin il confia aux jésuites l'administration spi-
rituelle et temporelle du nouveau village. Entrant dans qud-
ques détails de plus , Casai dit ( Corog., n, 44 ) ^e pendaol
de longues années, les habitans des campagnes qui portent
le nom de Goitaeaies avaient résisté aux Portugais ; mais
qu'enfin des homines puîssans parmi ces derniers forqaèrent
contre les sauvages une ligue redoutable ; que l'attaque coin-
mença en 1699 \ que les indigènes fiu«nt vaincus , et que l'on
fonda pour ceux qui se rendirent, l'aldea de S. Pedro. Jç
suis loin de vouloir contester la vérité de ce récit; cependant
je crois qu'il doit être soumis à un nouvel examen , beaucoup
moins parce qu'il contredit les traAtipns probablement fort
inceHsines de l'abbé Manoel de àlmeida Barreto, que parce
qu'il semble ne pas cooncider exactement avec les faits ra-
contés par Soud^ey {HiH. ^Braz. TL, 666), et avant lui
par Ift pèrcf Vasconoellos et Jaboatio. L'historiep anglais
AU BRÉSIL. 9
mvait ëtë originairement dirigé par les pères de la
compagnie de Jésus. Après l'expulsion de ces religieux,
on chargea d'abord les capucins de l'administration de
ce village. Mais, par un décret du 8 de mai 1 768 , il
fut érigé en paroisse comme tous les aldeas qui avaient
appartenu aux jésuites, et placé sous la juridiction
immédiate de l'ordinaire ' .
La côte où a été bâti Taldea de S. Pedro , sans être
fort élevée , domine cependant toute l'anse demi-cir*
culaire qui la baigne, et qui fiiit partie de la vaste
lagune d'Araruâma. Il est facile de voir que les fon-
dateurs de ce village avaient voulu lui donner une
ne dit rien de la fondation de Taldea de S. Pedro ; mais,
auivaot lui , les Indiens goitacases furent presque détruits en
jÇ3o pour une cause très différente de celle indiquée par
Cazal- TJn vaisseau portugais avait échoué , dit Soulhej , sur
la côte de ces indigènes ; mais l'équipage s'était sauvé dans la
chaloupe. Les Indiens du Cap Frio et ceux de Reritygba ,
ajant entendu parler du naufrage , se hâtèrent de venir au
secours des blancs. Ils ne virent que les débris du vaisseau ,
ne trouvèrent personne de l'équipage, et concluant que les
Portugais avaient été dévorés par les Goitacases, ils exter-
minèrent une partie de cette peuplade. C'est ainsi que Southejr
raconte la destruction des Goitacases; mais peut'-étre pour-
rait-on concilier son récit avec celui de Casai , en supposant
que la ligue formée par les Portugais contre les Goitacases
et dont on ne peut nier l'existence , saisit le premier prétexte
qui se présenta pour exterminer ces sauvages, et que ce fut
â son instigation que les Indiens du Cap Frio et de Reri-
tjgba prirent les armes. (Y. plus bas le chap. sur les Campos
Goitacases).
^ Pis. Mém, hut.,y, 91,
fc
lo SECOND VOYAGE
forme symétrique*^ ce qu'ils ne manquaiast jamais de
faire pour tous leurs aldeas. On entre à S. Pedro par
une large rue qui aboutit à une demi-lune bornée par
l'église el par l'ancien couvent. La demi-lune, cou*
verte de gazon , forme une:place assez large, et elle
est dessinée par l'un des côtés de deux rues qui,
communiquant avec l'extrémité de la rue principale ,
s'arrondissent en demi-cercle. Partout on a tracé la
voie publique en creasant un peu le sol , de manière
que le terrain où les maisons sont construites est plus
élevé que la rue elle-même. Des poteaux plantés çà
et là et que le temps a blanchis montrent qu'on avait
d'abord eu l'idée de faire deux rues de la principale ,
mais qu'ensuite ce projet a été abandonné. D'ailleurs,
depuis le temps dés jésuites , on a laissé bfttir çà et là
hors des andens alignemens, et l'on a ainsi troublé
la régularité de l'aldea. Les maisons , toutes en bois
et en terre, ont été construites avec peu d'art; elles
sont couvertes en chaume, et la plupart n'ont point de
fenêtres. L'église et l'ancien couvent qui y est annexé,
présentent un corps de logis avec deux ailes ; Tuné de
ces dernières forme l'église ; l'autre jointe au corps
de logis composait le couvent. C'est du côté opposé à
la place que s'avancent les deux ailes; l'église a son
entrée sur la place même , et cette entrée est de ni-
veau avec le corps de logis. Une inscription qu'on lit
dans le monastère apprend qu'il a été achevé il y a
quatre-vingts ans (écrit en 18I18 ).
Les Indiens de S. Pedro n'ont conservé aucune tra-*
diùon des temps où ils étaient encore sauvages, et ils
AU BRÉSIL. II
ignorent même à quelle nation appartenaient leurs
ancêtres. Mais s'ils ne savent rien des commencemens
de leur histoire, ils n'ont point perdu le souvenir du
gouvernement des jésuites. Tous les habitans de S.
Pedro savent, par exemple^que ces religieux interdi«#
saient aux blancs l'entrée de l'aldea \ et qu'ils ne per<-
inettaieut point aux Indiens de sortir de chez eux. .
Les jésuites avaient une connaissance profonde de
l'idiome des Indiens, et, pour empêcher des commua
nicatîoas qui auraient pu corrompre ceux-ci et amener
leur oppression, ils ne permettaient point qu?ils ap^
prissent la langue portugaise ' . Ils les instruisaient
^ En cela les jouîtes ne faisaient que se conformer aux lob
de D. Pedro II ( South. Histof^az.,111, 371 ).
* Des hommes qui ne connaissaient point la race améri-
caine ont fait aux jésuites un grand reproche de cette
sage précaution ; mais sur ce point la compagnie de Jésus a
été suffisamment justifiée par le protestant Southey, qu'on
ne peut raisonnablement accuser de partialité. D'ailleurs
le langage des Indiens de la côte méritait, comme on
va le voir, d'être conservé. — Dans ses caractères géné^
raux, la prononciation des langues indiennes est fort dif-
férente sans doute de celle des divers idiomes, en usage parmi
les nations d'origine caucasique ( Voj. ma première Relation ,
1, 4>7 ) ; mais il n'en est pas moins vrai que la Ungoa gérai
et son dialecte le guarani , sont bien loin d'être des langues
barbares. Ils ont de la douceur et ofirent l'extrême avantage
d'admettre des mots composés souvent très pittoresques. Une
foule de ces mots se sont introduits au Brésil dans la langue
portugaise , et je ne crois pas qu'ils lui ôteut rien de ses char*
mes et de son harmonie. Les pères Anchieta, Yasconcellos
et Figueira vantent la délicatesse, l'éléganci, la suavité et la
la SECOND VOYAGE
dans la doctrine chrétienne j les captivaient par un
grand nombre de pratiques extérieures ^ et leur en-
seignaient Tagriculture et difTérens métiers. Troisjours
dans la semaine, les Indiens travaillaient pour l'entre-
tien de réglise, pour celui du couvent et tout ce qui
avait rapport au bien commun de Taldea ; pendant les
trois autres jours, chacun travaillait pour lui-même. Le
gouvernement des disciples de Loyola était absolu, mais
comme celui du père de famille qui supplée par son ex-
périence et par sa raisonna Tintelligeuce trop faible de
ses enhns.'Les pères de la compagnie^ seul nom que la
plupart des Brésiliens donnent aux jésuites , étaient
extrêmement aimés des Indiens, et une vieille femme^
presque centenaire, qui les avait connus, me racontait
que^ lorsqu'on les avait forcés de qûtter Faldea, tous
richesse de la Ungoa gérait^ et n'ont pas craint de comparer ses
beautés à celles de la langue grecque. Ce qu'il j a de fort
remarquable , c'est qu'ajaat à représenter des idées souvent
fort abstraites et écrivant dans un idiome parlé par des sau-
vages y les pères Araujo et Bettendorf ne furent pas obligés
d'emprunter pour leurs catéchismes une seule expression à
des langues étrangères (Voj. Prologo do Diccionario PorUiguen
# BrasiUano ) / et je ne trouve non plus aucun terme étran-
ger dans les nombreux exemples tirés de la doctrine chré-
tienne que le père Antonio Ruîs de Montoja cite sans cesse
dans le Tuoro de la lengua guarani. Bientôt cependant Ht ne
restera plus au Brésil aucune trace de la langue des Indiens,
si ce n'est les mots qui ont passé dans le portugais et dont
personne ne connaît aujourd'hui la véritable origine. G^te
considération m'a engagé à fiiire sur l'étymologie des noms
portugais-brésiliens de la langue indienne les recherches dont
j*ai successivement consignées les résultats dans cet ouvrage.
AU BRÉSIL* t3
les habitans versaieDt des larmes. La piëtë des plus
anciens et leur attachement à leurs devoirs sont^ me
disait le cure de Taldea', qui cependant n'était point
ami des jésuites , le meilleur témoignage en faveur
de ces religieux. Que Pon compare la conduite
qu'ils tenaient avec la manière dont on agit aujour-
d%ui envers les indigènes de la province des Mi-
nés * ; et Ton ne pourra s'empêcher d'avouer que ^
pour les Américains indigènes , l'expulsion des reli«
gieux de la compagnie de Jésus fut ua véritable mal-
heur K Ils rendaient les Indiens chrétiens et ver-
tueux, aujourd'hui on les pervertit; ils les réunissaient
en villages , on les disperse et on les opprime ; ils
donnaient des bras à l'agriculture et à l'industrie ,
et l'on prend tous les moyens pour détruire y soit
sourdement , soit les armes à la main , les peuplades
qu'ils n'avaient pas jencore eu le temps de civiliser,
ou parmi lesquelles ils n'avaient pu* s'introduire.
Lorsqu'on ôta aux jésuites l'administration des In*
* Un compilateur, qui se reporte à Tépoque de mon voyage,
dit qu'alors le curé de S. Pedro était un Indien. Non- seule-
ment il n'y avait point d'ecclésiastique indigène dans ce pays ,
mais encore je croîs pouvoir assurer qu'il n'en existait alûolu*
ment aucun dans les diverses parties du Brésil que j'ai visitées.
* Voy. ma première Belation^ vol. Il, p. 67 et suiv. ; 918 et
8UÎV. Voyez aussi ce qu'a écrit sur le même sujet le baron
â'Eschwege, Jaurn, von Braz., I, 79-83.
' Cette idée a été exprimée dans un journal philosophique
très remarquable , l'ancien Globe. Je me plais à citer ici une
autorité qui ne doit pas être plus suspecte que celle de Sôu-
they et la mienne.
.i4 SECOND VOYAGE
dieoSfOn ne se porta cependant point à cette mesure ,
sans y mettre quelque prudmce. On sentit très bien
que, pourtirer parti desîndigènes déjà civilisés, il était
nécessaire de les traiter avec douceur ; on sentit qu'en
ies aliénant , on courait les risques de les rendre à
l'état sauvage, et l'on accorda aux habitans de S. t*eciro
de très grands privilèges. Comme leur civilisation
datait de longues années, on ne leur donna point de
«lirecteur , et ils échappèrent à la plus affreuse des
tyrannies, celle d'un subalterne ignorant et intéressé.
Les Indiens de S. Pedro ne sont point soumis à la ju-
ridiction portugaise, mais à un capitào môr, pris
parmi eux, et qui exerce l'autorité la plus étendue. Ce
magistrat juge les différens de quelque nature qu'ils
soient ; il veille au maintien de la police et du bon
ordre; enfin, il peut, suivant ta nature des délits,
faire mettre les coupables au tronco ' , ou mfme les
condamner aux travaux publics pour un temps plus
ou moins long, et les envoyer, à cet effet, à Rio de
Janeiro. Les habitans de S. Pedro ne font point par-
tie de la garde nationale portugaise (mi/ia'a); ils sont
divisés en compagnies commandées par des capitaines
choisis parmi eux, et ceux-ci obéissentau capUSo mon
Une étendue de terre très considérable, dont une
partie est encore en bois vierge, a été attachée à la
communauté de l'aldea , et le territoire concédé a été
^ déclaré inaliénable. Cette mesure éminemment pro-
k
ciiiinallro ce genre d« chitiment dans i
n ( vol. n, p. 49 ).
AU BRÉSIL. i5
têctrioe pouvait seule obvier , du moins aous quel^'
ques rapports, à rinconvénient de mêler les Indieus
avec les blanes, et empêcher ceux-là d'être bientôt
dépouilles. Fondée sur la connaissance de l'infério-
rité des Indiens et sur celle de leur imprévoyance, elle
rétablissait en leur faveur une véritable tutelle , et
était un homftiage rendu à l'administration jésuitique,
si parfaitement adaptée au caractère défectueux de la
race américaine. Mais une restriction mise k l'inalié-
nabilité du territoire des Indiens de S. Pedro détruira
peu à peu, comme on va le voir, les effets de cette
mesure , et finira par la rendre entièrement illusoire.
Lorsqu'un Indien veut cultiver un terrain vierge qui
dépend de la communauté, il adresse sa demande au
capiiào môr^ qui la rejette ou y fait droit. Dans ce
dernier cas , le capUào m(^r mesure le terrain; l'Indien
entre en jouissance , et n'a aucune rente à acquitter.
Il est également permis d'accorder des terres aux
hommes blancs ; mais ceux-ci n'en sont que les cen«
sitaires, et paient pour la communauté de Taldea une
redevance d'un tostào par brasse \ Tout Indien peut
céder ses champs à un homme de race blanche; mais
les terres de Taldea étant considérées comme inalié-
nables , le blanc ne paie point le fond à l'indigène ;
il lui rembourse seulement la valeur des plantations
qui se trouvent sur le sol , ainsi que celle des maisons
^ La hraça quadrada ( brasse carrée terrestre ) vaut , se-
lon le savant Freycinet , ^^^^mo mètres carres ( Voyage Ur.
• y 9o6 ).
i€ SECOND VOYAGE
OU usines qui y ont été construites {bem/mtoria) y et
le Portugais acquitte la même redevance que si le
terrain lui avait été concède directement par le magis*
trat. C'est entre les mains de Yofwidor de Rio de
Janeiro, qui a le titre de conservateur des biens de
Valdea, que se fait le paiement de cette espèce de
cens. La loi veut que Ton prenne sur les sommes pro^
duites par le cens, ce qui est nécessaire pour les ré-
parations de Téglise et celles du couvent devenu le
presbytère, et que Texcëdant de cette dépense soit dis^
tribué aux Indiens , à Tépoque de leur mariage , dans
une proportion relative au rang que chacun d'eux
occupe dans le village. Il n'en est cependant pas
ainsi. On a soin de faire payer le cens avec une grande
exactitude ; mais les Indiens ne touchent point l'ar-
gent que la loi leur a accordé ; le presbytère tombe
entièrement en ruine ; l'église n'est guère en meilleur
état ; elle manque d'ornemens , et ce n'était qu'à force
de sollicitations que, jusqu'à l'époque démon voyage,
le curé de l'aldea avait obtenu de légères sommes qui
suffisaient à peine aux réparations les plus urgentes4
Il ne m'appartient pas de rechercher ce que deve-
naient les revenus du village de S.Pedro; je ferai obser*
ver seulement qu'il est bien clair que, si l'on ne modifie
point le règlement aujourdliui en vigueur, et qu'on
laisse subsister les odieux abus qui se sont introduits^
le territoire des Indiens , tout inaliénable qu'il est ,
passera peu à peu entre les mains des blancs '. Ceux-
* CW y comme on le verra par U soitei ce qui csl déjà ar-
AU BRÉSIL. 17
ci sans doute seront uniquement tenanciers; mais
l'État ou ses agens deviendront les véritables suze-
rains y et il ne restera aux indigènes dépouillés qu'une
propriété nominale.
Il serait cependant d'autant plus essentiel d'assurer
Texistence des Indiens de S. Pedro , qu'ils forment
une population assez considérable. Comme le pays qu'ils
habitent, sans cesse balayé par les vents,estd'une grande
salubrité y ils vivent très long-temps, et presque tous
ont une postérité nombreuse.
Les Indiens de S. Pedro présentent , dans leur phy-
sionomie, tous les traits généraux de la race améri-
caine ; ils ont les cheveux noirs et très droits, l'os des
joues proéminent, le nez épaté , les yeux divergens.
Leur couleur n'est pas celle du cuivre ; elle se rap-
proche plus ou moins de la teinte du bistre. Ils n'ont
point de barbe, ou ils en out fort peu. Ils sont d'une
taille moyenne ; ils ont les épaules et la poitrine lar-
ges , le cou peu alongé et paraissent très robustes. Si
je ne me trompe , il existe cependant une différence
assez notable entre les Indiens de S. Pedro et ceux
des peuplades que j'avais vues à Minas Geraes. La
tête des premiers me parut non*seulement plus longue,
mais aussi plus grosse , plus large que celle des se-
conds et d'une forme plus voisine de l'ovale - aigu.
Dans la figure des enfans, j'observai un caractère qui
leur donne une ressemblance singulière avec les qua-
rîvé à l'ancien aI4eû de Rerttygba , aujourd'hui VlHa de Be^
nei^ente ; dans la province d'Edpirito Santo .
TOME ir. %
i8 SECOND VOYAGE
drumanes. Ils ont les narines très élargies; leur nez
est long y mais fort peu saillant, et depuis le bas du
front jusqu'à la lèvre j il forme une portion de cercle
rentrante.
Beaucoup de blancs , attirés par la fécondité des
terres de Taldea et le cens modéré'auquel on les ob-
tient, sont venus s'établir à S. Pedro , et de là il est
résulté non-seulement des unions passagères, mais en-
core des mariages qui ont altéré la race indienne. Les.
enfans qui proviennent de ces mélanges , ont la tête
plus arrondie que les Indiens et les Portugais, et le
teint plus clair que celui des véritables indigènes. Leurs
joues et leur nez sont encore ceux de la race amérî-
.caine ; mais ce qu'il y a de remarquable , c'est que
leurs yeux ne sont plus divergens. Ces métis^ auxquels
on donne le nom de mamalucos^ ont^n air de dou-
ceur très agréable, surtout cbee les femmes, dont
quelques-unes sont fort jolies. Les mamalucosjouis-
sent, dans Paldea,de tous les privilèges accordés aux
Indiens eux-mêmes, et, bien différens des mulâtres^
non^seulement ils ne rougissent point de ne pas ap-
partenir entièrement à la race européenne, mais en-
core ils se montrent fiers d'être issus de la nation qui
est ici favorisée , du moins en apparence '.
> Marcgitiff dit ( HiêU nat. Brax., s68) que de son temps
Ton distinguait les Brésiliens , autres que les Indiens de race
pure y en Mozeunbos uës d*uu père et d une mère européens ,
criohs ( pour criouios ) nés au Brésil d*un père et d'une mère
afHcaÎQs , jriM4/!a/otf pumulâtres, carîbocasei ctibocles issus d'un
Indien et d'une négresae » e^Çn mamclucos nés d'un Européen
AU BRÉSIL. 19
En 1 789 y un Indien seul , dans S. Pedro, savait le
portugais. Mais > depuis cette époque^ les communi-
cations se sont multipliées entre les indigènes , les
blancs et les mulâtres. Aujourd'hui il n'y a plus que
les Indiens d'un certain âge qui entre eux emploient
quelquefois le langage de leurs pères f eft encore en
rougissent-ils. Ce n'est guère que lorsqu'ils sonC ani-^
mes par l'eau-dc^vie de sucre qu'ils a'exprioMnt .sansf
honte dans leur idiome , et les plus habiies ont ou«n
et d'uDe Indienne. Dans les parties du Brésil qiie j'ai parcou*-
rues les noms de crioulos, de mulatos et celui de mamalucos
légèrement ahéré de mamelucos , sont toujours en usage ; je
n'ai jamais entendu prononcer le nom de mozamhos ; cahoco
ou caiocio 9 quand il est employé, n'est plus qu'un sobriquet
ii^urieux pour désigner les Indiens ; enfin caribocus efl|t près*
que hors d'usage. On sait que les mamalucos jouèrent un très
grand rôle dans l'histoire des Paulistes. Ces hommes qui for-
mèrent jadis une grande partie de la population de S. Paul ^
méconnaissaient tout à la fois lesdevoira de la religion et ceux
de la société civile , et ^ élevés dans la haine de leur race ma-
ternelle /ils se livraient à la chasse aux Indiens avec pjqs de
cruauté peut-être que les blancs eux-mêmes ( South. Hist, ^
Braz, g n, 3o4, 3o6, 307 ). Les choses ont dû naturellement
changer, depuis que l'esclavage légal des Indiens a été aboli ,
et que le gouvernement leur accorde quelque protection. Ce
n'est pas» a ce qu'il paraît à S. Pedro seulement que les ma-
malucos ou leur postérité ne rougissent plus aujourd'hui d'ap-
partenir à la race indienne ; des Paulistes fort distingués se
glorifient de descendre d'un cacique fameux , et Koster dit
expressément que les mamalucos du nord du Brésil pnt quel<«>
que indépendance dans le caractère » et montrent pour les
blancs moins de respect que les mulâtres ( F'ojfag^ dans k
JVord, etc., trad. Jay , II, 3ao ).
À
so SECOND VOYAGE
biîé beaucoup de lenmes usuek. Ed donnant un peu
d'argeni à quelques-uns de ces hommes, je me fis
répeler par eux différens mots de leur langue qui , à
de légères altérations près, n*est autre chose que celle
appelée titpi ou lingoa gérai, simple dialecte du gua*
mni , jadis en usage parmi les nombreux indigènes de
tout le littoral , ou du moins la plupart d'entre eux '•
Les Indiens de S. Pedro parlent de la gorge et du
nés; ils ont beaucoup d'aspirations, ouvrent peu la
bouche, donnent peu de mouvement aux organes de
la voix, et, le plus souvent, ils appuient sur la der-
nière syllabe. Cette manière de prononcer est , dans
son ensemble, celle des Coreados du Rio Bonitoet des
autres peuplades que j'avais rencontrées à Minas Ce-
rnes; et, puisque ces peuplades parlent des idiomes bien
difTérens entre eux et bien difTérens de la lingoa geralj
on doit conclure de tout ceci qu'il y a, comme je l'ai
* Catiil , ainsi que je l'ai déjà (ait observer plus haut , dît
que Taldea de S. Pedra dos Indios fut fondé pour des Goîta-
oases« Mais, comme ceux-cî ne parlaient point la iingoa gérai,
et quo cet idiome est celui des Indiens de S. Pedro , on sera
\vnXi de conclura de là que ces derniers n*ont pas l'origine
que leur attribue l'auteur de la Corografia Brazilica» Cepen-
dant il n'est point invraisemblable que les jésuites qui avaient
fkît une étude approfondie de la lingoa gérai et composé un
catéchisme dans cette langue , cherchassent à la faire adopter
partons les Indiens qui leur étaient soumis. Ils durent surtout
«Q conduire ainsi envers lesGoitacasesde S. Pedro dos Indios,
ai ^ comme le croit Pisarro , on les mélangea avec des Indiens
de Se pitiba qui sans doute étaient de ceux qui parlaient le
tup(.
AU BRÉSIL. at
dit aUleura daus la prononciation des langues . in-
diennes y des caractères qui' appartiennent à toute la
race indigène , et qui peuvent contribuer à la faire
distinguer \
Les Indiens de S. Pedro vivent de la culture de
leurs terres; ils passent la semaine à la campagne avec
leur famille , et nç tiennent au village que les joui!s
de fête et les dimaoches. Ces hommes sont renommes
dans le pays pour leur habileté à scier les planches , et
exercent quelques petits genres d'inclMstrie qui Jour
sont particuliers. Leurs femmes principalement font
avec le iaguarassû* , des chapeaux très, artistement
tressés y et des corbeilles quelles savent teindra de
couleurs fort vives, mais peu durables; elle^fabriquent
aussi, avec le coton du pays, des hamacs très élégans,
et elles ne vendent leurs chapeaux de paille qu'une pa-
taque à une pataque et demie (a à 3 fr, ))et les hamacs
une ou deux cruzades. La. pèche est encore une des
occupations favorites des Indien^ : ils se servent pour
prendre le poisson , de filets qu! ils font eux-mêmes ,
et plus souvent encore de hameçons et de lignes. Quant
aux métiers proprement dits, ceux de tailleurs, cor-
donniers^ etc., ils n'aiment pointa les apprendre, et la
plupart des ouvriers qui habitent Taldeasontdes blancs
ou des mulâtres.
La langue primitive desIndiens^dcS. Pedro s'est.
• Voy. ma première Relation , vol. T, p. 4?» 437'
* Esphoe de bambou d^rite dans ma ^ première Refatiôn ,
vol. î, p, ao.
da SECOND VOYAGE
eouune onl'a vu^ presque effacée de lear Knéniôire ;
ils soDl vêtus à la manière des Portugais y et ils ont
renoncé à leurs anciennes cofutumes;niai8 en même
temps on trouve chez eux les bonnes qualités et
surtout les défauts qu ont , au sein des forêts j leurs
frères encore sauvages. Ils sont gais , d'une humeur
douce , adroita et spirituels ; mais leur paresse est ex-
trême ; ils aiment passionnément feau-de-vie, et ne
songent jamais à l'avenir. Ils ne cultivent qu'autant
• qtrtl leur est nécessaire pour vivre; presque jamais
ils n'ont d'excédant à vendre; et, s'il prend à l'un
d'eux la fantaisie d'aller à Rio de Janeiro, il la satis-
fera dans l'instant même, en abandonnant k moitié
prix le fruit d'un long travail. Deux cents ans de ci-
vilisation, sons, deux régimes entièrement différens ,
ont donc aussi peu modifié le caractère des {ndiens
de S. Pedro ^ que leur organisation et les traits de
leur physionomie. Ils sont toujours restés mobiles ei
imprévoyans , coHime ils l'étaient jadis au fond des
bois et dans les marais, ou, si l'on aime mieux, ils
sont restés enfans, malgré toute la peine qu'on a
prise pour en faire des hommes. Ceci confirme encore
ce que j'ai dit ailleurs ; les Indiens ne sont point sus-
ceptibles des mêmes progrès que nous , leur civilba-
tion restera toujours imparfiaiite; ils ont besoin de vivre
sous une tutelle protectrice, et si ^ comme cela est vrai-
semblable, on ne peut les faire jouir d'un tel bienfait,
ils auront bientôt disparu de la sur&ce du Brésil et
probablement des autres parties de rAmérique.
D'après tout ce qui précède, il est évident que jo
AU BRÉSIL. 1^3
devais m'attendre à ne trouver dans les maisons des
Indiens de S. Pedro, aucun signe de richesse. Celles^
oit j'entrai étaient malpropres et d^>ourvues de toute
espèce de commoditës. Les femmeay étaient accroupies
sur la terre , et je n'y vis d'autres meubles qu'un hamac
et quelques poteries.
J'allai rendre ma visite au capiiSomàr de Taldea,
et ne trouvai pas sa demeure beaucoup plus magni-
fique que celles de ses administrés. On y voyait à la
vérité un banc et une couple de tabourets; mais le
digne magistrat était assis par terre avec sa femme,
chacun sur une natte séparée. Eugeitio le capitih
môr des Indiens , tirait évidemment son origine d'un
sang mélangé, et, ce qui me parut fort remarquable,
ses yeux divergeaient en sens contraire de ceu)c des
Ittdiais de race pure. Lorsque j'entrai chez lui , il
était occu]^à faire un filet pour prendre les crevettes.
Il me parut avoir du bon sens; mais je m'aperçus
qu'il évitait de répondre aux questions que je lui
adressais. Les Indiens en général donnent souvent des
marques d'une^éfiance trop bien justifiée par la vio-
lence et l'astuce qu'emploient à leur égard les
hommes de notre race i.
^ Si y comme on Ta dit à propos des habitans de S. Pedix>,
les Indiens civilisés ont fitii preuve quelquefois de finesse et
de disômulttîon , il faut y Je crois , rejetter ee tort sur la Juste
défiance dont Je parle ici. Le voyageur qui fait aux Indiens
ce reproche de fausseté dit aussi que le trait le plus frappant
de leur caractère est un orgueil indomptable ; j'avouerai bien
franchement que c'est le dernier défaut que j'aurais été tenté
d^attribuer à ces pauvres gens.
ft6 SECOND VOYAGE
il restait toujows fort loin de la caravane , ne tuait
aucun oiseau y et ne £ûsait pas même, sans aide, sa
facile cuisine. Accoutumé à vivre à l'ombre des forêts
primitives , il souffrait beaucoup de l'extrême chaleur
du pays découvert et sablonneux que nous parcourions
alors, et il attrappait des coups de soleil sur les jambes
et les bras. Quant au muletier, j'en étais fort content,
il montrait de la bonne humeur et de l'intelUgence ,
il aimait le travail, et souvent il aidait mes autres
domestiques.
AU BRÉSIL. a7
CHAPITRE II.
UL VIIXB DD CABO VRIO ET I.B PROMOlftOIRE OU
HÉMB non.
Pajs iitoë entre S. Pedro dos lAdîot et la ville de Cabo Fric, -* Vue
doDt oo jouît CD airivast aoprèi de celte ville.— Embarras que raa-
teur éprouve pour y trouver uo ^te. — Vue que Ton découvre du
haut de la montagne appelée Monxf de Nvssa Senhora da Guia,
•^ Histoire du district da Cap Frio. ^ Dtsti|HSlion qu'il faut faire \
entre le Cap et la ville do CoÂo Fn'o,-^ Administration de cette ville.
Etendue et population de la paroisse dont elle fait partie. Descrip-
tion delà ville. Ses places; ses rues ; ses églises; le couvent des Fran-
ciscains. — Le goulet de l*Aramama. — Végétation da la langue de
terre qui sépare ce lac de l'Océan. — Eau que Ton boit à la ville do
Cabo Frio. Insalubrité de cette ville : on n'y trouve ni médecins ni
npotbicaires. Vents qui j régnent. Occupations de 9t» habîtans ; leur
paovvaté ; leur caractère ; le peu de goût qu'ils ont pour l'instruction
et les arts mécaniques. — Commerce* Culture. -— Excursion au
Cap Frio proprement dit. Pnaia do Pontai^ Prainka, Description
des terres et Iles qni forment l'ensemble da Cap. Hameaa de la Pruia
do Anjo ; occupations de ses babitans ; séchoirs sar lesquels iU ex-
posent le poisson; toilette des femmes du hameau. La /'oîhlf de l'Est*
Apfiiks être parti de l'aldea de S. Pedro, je traversai
des taillis (capoeiras) et plus rarement des terrains en
culture. Le pays est montueux et boise ; de temps eu
temps, l'on aperçoit, dans la campagne, des chaumière^
^parses , et, approchant de la ville du Cap Frio , on
voit quelques maisons plus importantes. Je m'étais
aS SECOND VOYAGE
éloigné du lac d'Araruàmà; mais, à peu de distance
de la ville, je me retrouvai sur le rivage. Dans cet en-
droit , la largeur du lac n*est plus aussi considérable ;
mais y si la vue dont on jouit n'a pas la même pompe
et la même étendue que celle qu'on admire à S. Pedro
ou à Guàba Grande y elle est plus agréable et plu$
riante. On découvre les deux rives du lac qui pré-
sentent un terrain inégal et orné de la plus belle ver-
dure; quelques petites îles s'élèvent à la surface de
l'eau, et une prodigieuse quantité d'oiseaux aquatiques
tantôt s'y réunissent par troupes, et tantôt, après
avoir plané dans l'air , fondent sur leur proie avec
rapidité \ Plus près de la ville du Cap Frio , la vue
s'embellit encore. Le lac semble borné par une mon-
tagne couverte d'un gazon ras , et le vert tendre de
cette heribe contraste avec les teintes plus foncées des
arbres et des arbrisseaux d'alentour. La montagne
qui se trouve placée, comme on le verra, dans l'enclos
du couvent des Franciscains , et qui porte le nom de
Morro de NossaSenhora da Guia %est couronnée par
un petit oratoire; celui-ci, lors de mon voyage^ venait
d'être blanchi, et produisait , dans le voisinage, l'effet
le plus agréable.
^ Un des ornithologistes les plus habiles de notre temps ,
M. le prince de Nieuwied, a indiqué les oiseaux qui vivent sur
les bords du lac d'Araruàmà.
* On trouve dans Gizal et dans une compilation très ré-
cente , Nossa Senhora da Cuia ; mais ce nom est inexact. Le
mot cuia désigne ces vases que l'on fait en coupant par la
moitié des gourdes ou le fruit du Crecentia^ujete > lin.
AU BRÉSIL. 29
Si le lac pciraît finir au pied de la hauteur dont je
viens de parler, c'est qu'à cet endroit, il forme un
coude. Plus loin, il n'offre plus qu'un large canal,
et, sur le bord oriental de ce dernier , bord qui con-
tinue le rivage jusqu'alors méridional de l'Araruâma,
est située la ville du Cap Frio. Sur le bord opposé ,
celui oïl je me trouvais, s'élèvent des montagnes, et
Ton ne voit d'autre maison que la vendu à laquelle
on s'arrête , pour passer l'eau et se rendre à la ville.
Au lieu même ou se dessine le coude dont j'ai parlé,
est bâti le couvent des Franciscains; vis*à-vis, vers
le nord-est, le lac forme un autre coude pour aller
se réunir à la mer ; et, de ce coté, il semble borné par
une place verdoyante. L'espace compris entre les deux
coudes porte le nom de Rio d'Itafurii ', et représente
une immense pièce d'eau fermée de tous cotés.
On traverse ce canal dans des pirogues très étroites,
et l'on paie à cet effet no reis par personne. Les che-
vaux et les mulets passent à la nage; mais les hommes
qui sont dans la pirogue tiennent ces animaux à la
bride , et l'on paie pour ceux-ci également no reis.
On m'avait dit que je pourrais obtenir un gîte dans
le couvent des Franciscains. Ayant donc passé le Rio
d'Itajuni, je laissai mes gens sur le rivage, et j'allai
demander au gardien la permission de rester une cou«
' J'ai déjà fait voir ailleurs que , dans la Ungoa gérai , lia-
jura signifiait bouche de pierre. Peut-être dit-on aussi Tajuru^
sans doute par corruption. Quant au mot nb , il n^est pas très
rare qu au Brésil on l'applique à d'auti^es eaux quà des fleuves
ou des rivières.
3o SECOND VOYAGE
pie de jours dans ua coia de son couvent, ainsi que
celle de laisser paître mes mulets sur sa montagne.
Ma demande fut rejetëe très durement ; j'insistai ,
j'offris de Targeut ; tout fut inutile ; on ne cessa de
m'objecter des ordres supérieurs. Accoutumé à être
Tobjet d'une hospitalité touchante , même chez les
hommes les plus pauvres , je finis , je l'avoue , par
perdre patience; j'accablai le vieux moine de repro»
cheS| et je retournai sur le rivage , sans savoir ce que
j'allais devenir, La curiosité avait attiré autour de
mes effets un grand nombre d'enfans;je m'adressai à
eux pour savoir si je ne pourrais pas trouver quelque
maison a louer ; ils m'en indiquèrent une ; je m'y ins-
tallai moyennant la somme très modique de 3ao
reis ( a f. ) pour quatre jours , et, ne sachant que faire
de mes mulets, je les renvoyai chez les moines, avec
lesquels mon muletier Manoel da Costa eut le talent
de me réconcilier.
Le lendemain , je me rendis au couvent des Fran-
ciscains, et je montai sur cette montagne qui se trouve
comprise dans leur enclos, et dont j'ai déjà dit quel-
que chose. Là, s'offrit à mes regards le panorama le
plus beau peut-être que j'aie jamais admiré dans le
cours de mes voyages. Je vais tâcher de l'esquisser y
mais ce sera uniquement pour donner une idée juste
de la position respective des lieux : on essayerait en
vain de peindre par des mots tant de magnificence.
En face de la chapelle qui a été bâtie au sommet de la
montagne , je découvrais la haute mer, au-delà de
cette presqu'île ( restinga ) qui la sépare du lac d'A-
AU BRÉSIL. 3i
raruama. Uae anse se dessine entre la pointe de
Costao (côte élevée)^ située vers Test de la ville, et le
cap dont les montagnes s'avancent au loin dans lo-
céan. La langue de terre qui borne le lac , étroite
et très aplatie, est parsemée, comme celle de Saqua-
réuia , d'arbrisseaux entre lesquels des intervalles d'un
sable blanc ressemblent de loin à de petites lagunes.
Derrière la chapelle , la vue s'égare sur l'Araruàma ,
dont les sinuosités sans nombre ne sauraient se dé-
crire , et dont les bords , revêtus de grands bois, de
taillis , de pâturages , étalent la plus belle verdure.
Avant de dessiner le coude d'où résulte le canal appelé
Itajuni, le lac se rétrécit en un bassin d'une figure
oblongue, A l'entrée du Rio d'Itajuru,il se rétrécit
bien davantage encore ; puis s'étant courbé , il s'é-
largit de nouveau , et forme le canal qui offre un
carré long et irrégulier. Sur la rive orientale de l'Ita-
juni, et vers l'extrémité de la langue de terre de l'A-
raruâma, s'élève la petite ville du Cabo Frio,qui
représente à peu près une navette , et qui n'est do-
minée par aucun édifice remarquable. Bientôt le Rio
dltajurû, décrivant un angle d'environ soixante de-
grés, se courbe pour communiquer avec la mer. Au-
delà de ce nouveau coude^ le lac redevient très étroit,
et c'est alors que, changeant encore de nom^il prend
celui de Camboa \ Au bord de ce dernier canal ,
^ Je trouve aussi Cambm dans mes notes. Suivant un au-
teur cité par Pizarro , Camboa signifie dans la langue des
Indiens un lac où le poisson entre avec les eaux de la mer et
reste à sec par la marée descendante.
3a SECOND VOYAGE
est bâtie , du coté du sud , une espèce de bameaa
appelé Passagem y ^ui y quoique éloigné environ d'un
demi-quart de lieue de la ville du CaboFrio^ est con-
sidérée pourtant comme eu faisant partie. Yb-à-vis
de Passagem , sur la rive septentrionale du Camboa ,
sont de petites montagnes qui s'avancent dans TOcéan
pour former la pointe de Costào, dont j*ai déjà parlé ;
et en6n , au-delà des terres qui bornent le Rio d'Ita-
juni , la mer s'aperçoit encore dans le lointain. Telle
est la vue que l'on découvre sur la montagne de l'en-
clos des Franciscains. La petite chapelle qui a été bâtie
sur son sommet, doit être de tous côtés aperçue de très
loin, et c'est une idée heureuse de l'avoir consacrée à la
Vierge, guide des yoyageurs {JVossa SenhoradaGuia).
L'intérieur du district du Cap Frio a été jusqu'à ce
jour , mal connu des géographes ' ; cependant , peu
d'années après la découverte du Brésil , ce point éuit
déjà célèbre parmi les armateurs français qui y jfki-
saient , avec les indigènes, un commerce d'échange •.
ViLUBGAGNON j aborda , et fut reçu avec amitié par
les Tupinambas et par d'auti^s sauvages. Ce fut en-
core du Cap Frio que partirent les Français en i568,
» On a même été jusqu'à confondre la ville du Cabo Frio
avec le Cap lui-même. De précieux documens sont dus à l'exact
et laborieux PiEarro ; mais son livre n'est point connu en
Europe et les recherches y sont très difficiles. Quant aux si-
nuosités de la côte , elles ont été tmcées par le savant amiral
Roussin ; c e«t dire asseï que, sous ce rapport , les gëograpbes
ne doivent plus rien avoir à désirer.
• Alph. B^iuchamp, Hùi. Brés. , I, 3o4. 3o5.
AU BRÉSIL. 33
lorsque , sollicités par leurs alliés, les Tamoyos j ils
firent des efforts, pour la dernière fois , afin de s'em-
parer du territoire de Rio de Janeiro. Repoussés par
Salvaoor CoRiOEiA, gouvemeur de cette ville , ces
Français se replièrent vers le Cap. tJa nouveau na-
vire de' leur nation y était arrivé avec des canons
et un excellent équipage. Le capitaine se défendit
sur le pont , couvert de son armure , une épée dans
chaque main; mais il finit par succomber; le vaisseau
se rendit , et les canons dont il était chargé furent
placés par les Portugais à l'entrée du goulet de TAi'a-
ruàma i. Malgré ces précautions, les Français ne ces-
sèrent point de trafiquer avec les Tamoyos ; mais ,
en 16721, ÂirTOirio Sal^ma, gouverneur de Rio de
Janeiro, se porta au Cap Frio avec t^oo Portugais et
«yoo Indiens; il força les Français à rendre les armes ;
il fit un grand carnage des Tamoyos, et les restes de
cette tribu indienne se retirèrent dans les montagnes.
Lia victoire nouvelle qu'avaient remportée les Portu-
gais ne découragea cependant point encore les né-
gocians de notre nation ; ils continuèrent à venir au
Cap Frio , où ils achetaient du bois de Brésil aux
Indiens indigènes * , et les Hollandais suivirent leur
exemple. Ceux-ci bâtirent même un petit fort au nord
de la passe, et les premiers construisirent une maison
en pierre du coté du midi. Instruit des insultes que
ces deux nations fesaient aux navires portugais , le
Southey^ Hist, ofBraz. , 1, 3o4y 3o5.
Soutbey^ 1. c. 3i a. — Pis. , Mém. hist, , II ^ 5sr-.
TOME II. 3
;i4 SECOND VOYAGE
roi PuiLippE II ordoQua à Gaspar de Sodza , gou«
verneur du Brésil , d'établir au Cap Frio une colooie
portugaise» et de fortifier ce point autant qu'il lui se-
rait possible. CSbfSTAKTmo DcMEirELAOy alors capiiào
môr de Rio de jAseiro , se rendit sur les lieux avec
quelques Portugais y et décida des Indiens de S0f^ttiba
et de la province d'Espirito Santo à s^ réunir à lui.
Les Hollandais y qui étaient alors au Cap avec cinq
navires chargés de bois de Brésil , furent chassés du
pays; Menelao détruisit leur fort ^insi que la maison .
des Français 9 et, sans s'inquiéter du tort qui» par la
suite résulterait pour le pays de l'encombremeat du
goulet de rÂraruàma, il y fit jeter les matériaio: des
édifices démolis'. Le territoire du Cap Frio devint alors
une petite province % et, en ]6i5» on y fonda une
ville à laquelle on donna le titre pompeux deddade^
titre si peu mérité, quen 1648, la prétendue ville ne
se composait encore que de quelques douzaines de
Portugais, d'un alde^ d'Indiens et d'un fort sans sol*
dats '. EsTAVAO GoMESi qui avait iait beaucoup de
sacrifices pour repousser les. corsaires étrangers ^ Cut
nommé gouverneur de la province avec le titre de
capùào môr. Pendant plus d'un siècle, le Cap Frîo
contiaua à avoir des gouverneurs particuliers ; mais
cette place fut enfin supprimée par un décret du 3o
octobre 1730 *.
» Pis., Jlf(tfm.Aî>/.,II, i33.— Freyc. Foyage Ur. hisl,,1, 5o.
' Pis. Mém. hùi. , II, p. 1 38*1 49.
3 South. Hist. ofBraz., 11,668.
4 Pu. JIMni. Aiiff.y If 9 p. 1 38- 142.
AU BRÉSIL. 35
Le promontoire appelë Gap Frio doit son nom aux
\ents qui y régnent sans cesse , et qui , pendant les
mois de juin et de juillet , sont très froids pour la zone
torride. Quoique la ville soit éloignée du Cap de deux
lieues et demie a trois lieues, il lui a cependant com-
muniqué son nom. Dans les actes publics , on donne
encore à la ville du Cap Frio le titre de cû/â</<e qu'elle a
reçu , comme je l'ai dit , lors de sa fondation , et qu'on
n'accorde ordinairement qu'aux chefs-lieux des dio-
cèses. Mais, lorsque les habitans du pays parlent de*
la cité (cidade)y ils ne prétendent jamais désigner
par ce nom que Rio de Janeiro ; quant à la cité du
Cap Frio , ils l'appellent toujours Cabo Frio , mots
auxquels ils ne joignent^ aucune sorte de qualiâcation,
et ils donnent simplement le nom de Cabo , le Cap ,
au Cap Frio lui-même ^
La cité du Cap Frio est tout à la fois le chef-lieu
d'un district de milice ou garde nationale , d'une jus-
tice et d'une paroisse.
Vers le milieu du dix-septième siècle, on créa au
Cabo Frio un sénat municipal (^camara). On avait
d'abord étendu la juridiction de ce sénat jusqu'à la
province d'Espirito Santo; mais la création de plu-
sieurs villes nouvelles , mit peu à peu des bornes plus
étroites à cet immense ressort , et il ne s'étend pas
aujourd'hui au delà d'un petit nombre de lieues *•
^ On voit , d'après ceci > que, dans tous les cas, il n'est pas
exact de donner àla cité du Cap Frio le nom de FUlordo"
CaboFrio , que lui attribue un voyageur modeiTie.
~^. Mém, hist.^ 11^ i4a.
36 SECOND VOYAGE
La cité du Cabo Frio dépend de la comarca de la
capitale. Avant larrivée du roi Jean VI au Brésil , fl
n'y avait au Cabo Frio d'autres magistrats de pre-
mière instance que des juges ordinaires [juizes ordina*-
rhs ) ; mais plus récemment on les a remplacés par
uujuiz defôroj et c'est celui-ci qui perçoit actuel-
lement la dîme des maisons que Vouifidor de Rio de
Janeiro venait auparavant recevoir chaque année '.
La paroisse de Cabo Frio , après avoir eu autrefois
vingt lieues de longueur, est réduite aujourd'hui à
trois ou quatre lieues , et renferme environ deux
mille âmes , y compris les gens de couleur *. La ville
seule embrasse un peu plus de la moitié de cette po-
pulation, et se compose d'environ deux t:ents feux.
^ J'ai expliqué dans ma première Reiation (vol. I^ p. 369
et suiv. ) ce que sont les ouvidores , les carfiaras , les juizes de
fera et Xeêjuiies ordinarios,
^ Piurro dit qu'autrefois ^ c'est-à-dire nos doute lors-
qu'elle avait 90 lieues de longueur, la paroisse de Cabo Frio
coinpi*enait ii«6ooame8; mais qu'aujouid'hùi elle ne con--
tient probablement pas plus de 7,000 adultes. Cette popula-
tion , indiquée d'une manière fort vague , serait immense , si
je ne me trompe, pour les limites aujourd'hui fort resserrées
de la paraisse ; il est très vraisemblable que l'auteur des Me-
morias ne tient pas compte , dans son calcul , de tous les
moreellemensqui ont eu lieu depuis quelques années , et peut-
étit) même fait-il entrer dans le nombre qu'il indique , la po-
pulation de S. Pedro dos Indios et celle de S, Joâo da Barra.
C'est au curé même du Cabo Frîo que je dois les renseigne-
mens statistiques que je donne ici , et par conséquent je ne
puism'cmp^her de croire qu'ils méritent quelque confiance.
L^
AU BRÉSIL. 37
Sur les deuxToille individus dont je viens de parler ,
il en est à peu près mille qui sont esclaves ; mais la
majeure partie de ces derniers se trouve disséminée
sur les propriétés rurales du voisinage. La plupart
des. habitans du Cabo Frîo sont des blancs, et Ion
voit, parmi eux., très peu de nègres et encore moins
de mulâtres.
J'ai déjà tracé la topographie de tout le pays voi-
sin du Cabo Frîo; j'ai dit que cette ville était située
sur le bord oriental d'un grand canal presque carré
appelé Rio d'Itajurii qui n'est que le^ prolongement
du lac d'Araruâma ; enGn j'ai ajouté qu'elle terminait
la langue de terre ou restinga qui sépare le faïc de la
mer et qu'elle présentait la forme d'une navette. Cette
ville ne mérite pas mieux aujourd'hui qu'en 1 648, le
titre pompeux dont on l'a décorée. A l'exception de cinq
h six maisons qui sont à un étage, toutes les autres
n'ont que le rez-de-chaussée ; elles sont couvertes en
tuiles , mais petites , basses , percées de fenêtres
étroites; et les larges morceaux de crépi qui se sont
détachés de la plupart d'entre elles y laissent voir la
terre rouge dont on s'est servi pour les construire ,
ainsi que les petits brins de bois transversaux, à peine
gros comme le doigt et souvent rompus, qui composent
leur carcasse. L'intérieur de ces demeures chétives
correspond au dehors et n'annonce que la^ pauvreté.
A l'entrée de la ville, du côté du couvent , est une
petite place qui forme un triangle dont ht pointe
regarde le monastère, et à la base duquel commencent
trois rues arquées à peu près parallèles au Rio dlta-
38 SECOND VOYAGE
juni. Ces trois rues, traversées par quelques autres
fort étroites , vont aboutir à une seconde place , tri-
angulaire comme la première, mais beaucoup plus
grande, sur laquelle est située l'église paroissiale , et
qui se termine par une seule rue assez large. Il est
facile de concevoir que , de toute cette disposition y il
doit nécessairement résulter une forme qui, comme je
Tai dit y se rapproche de celle d'une navette. Outre les
rues dont je viens de parler, il en est encore une mieux
bâtie que toutes les autres , celle dite da Praia ( de
la plage ) qui est formée d'un seul rang de maisons
situées sur le bord du lac. Bien n'est plus joli que la
vue dont jouissent ces maisons. Devant elles s'étend
le canal d'Itajuru où naviguent presque toujours quel-
ques bateaux; au-delà du lac sont les montagnes qui
le bordent et la vendu près de laquelle on s'embarque
pour passer à la ville ; enfin d'un côté on voit le cou-
vent des franciscains et le morne de Nossa Senhora
da Cuia, qui, ainsi qu'on l'a vu, semble borner le
canal , tandis que de l'autre côté , il paraît avoir pour
limite un terrain inégal orné d'une belle verdure. Les
places et les rues du Cabo Frio ne sont point pavées,
et comme, pour ainsi dire, aucun mouvement ne
règne dans cette ville, il naît partout un gazon très
fin et d'un effet assez joli.
A l'extrémité de cette large rue qui termine la plus
grande des deux places triangulaires du Cabo Frio,^
est un espace de quelques portées de fusil en friche
et sans maisons où croît en très grande abondance
UQ^ salicorne que j'avais déjà recueillie près 'de Riq
AU BRÉSIL. 39
de Janeiro '. Au-delà de cet espace, se trouve le ha-
meau de Pa^sagém y que Ton regarde comme faisant
partie de la ville, et qui est bâti sur le bord du canal
de Camboa, nom que prend, comme on l'a vu, le
Rio d'Itajurû lorsqu'après avoir fait un coude, il se
dirige vers la mer.
Outre l'église du couvent, il y en a encore trois
dans la cité du Cabo Frio; l'église paroissiale dédiée
à Notre-Dame de l'Assomption {Nossà Senhora da
Assumpçâo ) , et autrefois à S.*^ Hélène ; 5. Bene^
dictOj qui dépend de Passagem, et enGn S. Bento
(S. Benoît). Ces deux dernières ne sont que de petites
chapelles qui, à l'extérieur, m'ont paru en assez mau-
vais état. L'église paroissiale est plus grande ; mais
elle est irrégulière , peu ornée, sans plafond, et
s'accorde assez bien avec la pauvreté des maisons qui
l'entourent*
Le couvent des franciscains, bâti en 1686 ', me
parut très bien entretenu, et, lors de mon voyage,
il avait été récemment reblanchi. Ce monastère n'est
pas fort grand; mais il l'est beaucoup trop encore pour
le nombre de ceux qui l'habitent ; car il avait été
Sondé pour seize religieux ^ , et aujourd'hui il n*en
renferme que trois. A l'un des côtés de l'église , est
un petit cloître carré, extrêmement propre et entouré
de bâtimens , mais qui n'est pas encore achevé.
* Voy. la note U à la fin du volume.
* Fia. Mém. hist. , vol. II, p- i37..
* L, c.
4o SECOND VOYAGE
Du hameau de Passagem au ^goulet deî rAraruà-
ma (barrà)j il peut y avoir un deuii-quart de lieue de
France. Dans cet espace ^ le canal de Camboa ressem-
ble à une rivière ; à son extrémité , il décrit une
courbe y et enfin il s'unit à l'Océan par une étroite
ouverture qui j ayant été , comme on Ta vu ^ encom-
brée par les ordres du gouverneur Menelao, n'a pas
aujourd'hui plus de 8 à 9 palmes ( 1,76 à 1,98
mètres , Freycinet ) de profondeur , et où il ne peut
passer que de petites lanchas \ Le goulet présente
un point de vue fort agréable ; il est partagé inéga-
lement par un ilôt pour ainsi dire coupé dans soa
milieu y et, à l'endroit de. l'interruption , l'on ne voit
que des rochers noirâtres presTqu'à fleur d'eau. Au-»
delà de ceux-ci , l'ilot s'élève brusquement pour for-
mer un monticule arrondi , où a été construite la ché-
tive maisonnette à laquelle on donne orgueilleusement
le nom de forteresse *• Devant ce petit bâtiment, sur
le penchant du monticule , s'étend une pelouse d'uQ
beau vert y et, sur le côté, sont des bouquets ^'arbris-*
seaux à tête presque sphérique , au milieu desquels
s'élève des Cactus. Dans )e lointain , l'on découvre le
Cabo Frio et la haute mer. Le prétendu fort est
gardé par siiç soldants de la milice au garde nationale
* Plzarro dit ( Mém. hist. ,11, 178 ) que les sumacas , eior
barcations un peu plus grandes , entrent aussi dans le goulet
du Cabo Frio , mais qu'elles sont obligées d'attendre le retour
de la marée pour pouvoir éviter les écueils.
* Suivant Cazal et Pizarro , ce petit fprt porte le 00m de
Forte de S, Matkeus.
AU br;ésil. 4i
que Ton renouvelle tous les quinze jours , et qui sont
commandés par un simple caporal. Celui*ci est oblige
de donner avis au colonel du district de l'entrée et de
la sortie des embarcations qui passent par le goulet K
A l'exception de la Serra da Caraça et du voisi-
sinage de Penha dans la province des Mûies, je ne
crois pas que j'eusse trouvé , depuis le commencement
de mpn voyage, un point plus intéressant pour la
botanique que cette presqu'île ou restinga qui sépare
l'Océan de l'Araruàma. Pendant le temps que je pas-
sai au Cabo Frio, j'herborisai tous les jours sur cette
presqu'île, et, tous les jours, j'y trouvai un grand
nombre de plantes curieuses. Partout le terrain, plat
et égal, n'ofTre qu'un sable presque pur. Des arbris-
seaux de quatre à six pieds , rameux dès la base , y
croissent ça et là ; ils se présentent en général sous
la forme de buissons isolés ; mais les nombreuses es-
pèces auxquelles ils appartiennent ont chacune un
port et un feuillage qui leur sont propres ; de petites
lianes grimpent entre leurs branches ; un ILoranthus '
^ Tout ce que j'ai écrit jusqu'ici sur la topographie des
terres du Cap Frio prouve qu'on en a donné une idée bien
peu exacte , quand on a dit que le Gap Frio était un pro-
montoire rocailleux devant lequel se trouvaient quelques tlota
de même nature ; que , sur un de. ces îlots voisin de la côte ,
s'élevait une petite foileresse qui défendait un poi*t ; qu'une
lagune, se prolongeait en demi-cercle dans l'intérieur des
terres , et que sur ses bords était située la ville de Cabo Frio.
* Loranthus rotundifolius Aug. S. Hil. {Introd. à tHisi:
des plantes les plus remarquables, p. XXI ). L'illustre deCan*
dole en rappelant cette espèce dans son utile Prodromus
4a SECOND VOYAGE
s^ëpanche eu, quelque sorte sur les Eugenia ; et des
Cactus à ranieaux nus et dressés contrastent avec les
masses de feuillage qui les entourent. On dirait un
jardin anglais dans lequel l'art aurait disposé les ar«
bustes qui se marient le mieux , ou qui produisent
les oppositions les plus heureuses \ Là domine la
famille des Myrtées non moins abondante en espèces
qu'en individus, et, parmi lès plantes de ce groupe,
je puis citer les pitangueiras (Eugenia MicheliUjàm.)
qui montrent tout à la fois, entre leurs feuilles lui*
santés, les fleurs blanches et les jolis fruits rouges
( rV^ 299 ), Vindique comme croissant autour de Rio de Ja-
neiro. Il aura sans doute été conduit à cette assertion par
Tintroduction très succincte qu'il veut bien citer ; mais la
langue de terre où j'ai trouvé le Loranthus rotundifolius est
éloignée de 3o lieues par terre et 18 par merde la capitale du
Brésil, et je n'ai observé autour de cette capitale, aucun genre
de végétation qui ressemblât à celle des restingas, — En gé-
néral je crois que les naturalistes feraient bien d'attacher
quelque importance à l'exactitude des localités qu'ils indiquent.
Que doit dire un Brésilien , par exemple, lorsque , dans un
ouvrage d'histoire naturelle très estimable et encore fort ré-
cent| il trouve la province de la Mina et celle du Cantagallo.
En consultant quelques livres de géographie un peu modernes,
on aurait vu qu'il existe au Brésil une province de Minas ou
Minas Geraes , c'est-à-dire des Minês générales ou des Mines ,
xnais qu'il ne s j trouve aucune province de la Mina,- on au-
rait vu encore que Gantagallo n'est qu'une fort petite ville
de la province de Rio de Janeiro et aussi peu une pro-
vince particulière que Longjumeau ou S. Denis.
^ Voyez mon introduction à Y Histoire des plantes les plus-,
remarquables du Brésil et du Paraguay,
AU BRÉSIL. 4*3
dont Us sont charges '. Au milieu de tous ces arbris-
seaux 9 on aperçoit à peine, sur le sable blanchâtre ,
quelques herbes éparses. Vlonidium ipecacuanha est
une des plus communes *.
On est privé sur la partie du littoral que j'avais
parcourue jusqu'alors, d'un avantage dont on jouit
dans les Mines , celui de boire de Feau excellente. A
peu près depuis Rio de Janeiro, l'eau cesse d'être
bonne, et, àGuâba Grande ainsi qu'à S. Pedro, elle
devient trouble, épaisse, blanchâtre, vraiment détes-
table. Celle que l'on boit à la ville du Cabo Frio pré-
sente une particularité assez singulière. Parfaitement
limpide et "sans aucun goût, elle offre en même temps
une couleur de rouille assez intense, et, quoique plu-
sieurs fontaines la fournissent, elle est partout de la
même nature.Cependant, lorsque je descendais la mon-
tagne de Nossa Senhora daGuia,j'allai voir une source
qui diffère peu des autres. Ses eaux ont aussi une cou-
leur de rouille ou d'ambre ; mais je leur trouvai un goût
ferrugineux très prononcé; néanmoins l'on m'assura
' Je ne puis m'empécfaer de signaler encore , parmi les
plantes intéressantes du^Cabo Frio , deux Ericacées , l'une à
fleurs rouges ( Gaflussacia pseudo^vaccinium } , l'autre à
fleurs verdâtres ( Andromeda revoîuta ) et un Cuphea
( C flava ) remarquable par ses corroiles jaunes ( Toy. I la
fin du volume les notes Y, X^ Y ).
* On a dit, dans le pays^ k M. Luccock, <]{ue les bestiaux
ne craignaient point de brouter la plante dont il s'agit ici ;
( Nolef on jBraz., 3i5), et si je ne me trompe , cette assertion
est prouvée par mes échantillons.
44 SECOND VOYAGE
qu'elles perdaient bientôt cette saveur, lorsque l'on
avait soin de les laisser reposer.
C'est à la mauvaise qualité des eaux que l'on attri*-
bue, dit Yauteur des Memonas histoncas (II, i53),
les fièvres qui, chaque année, exercent leurs ravages
sur le territoire du' Cap Frio. Ces maladies périodi-
ques exigeraient les soins de quelques hommes de
l'art, et malheureusement il n'existe, dans le pays,
ni médecins, ni chirurgiens, ni apothicaires '. Les ma-
lades s'adressent à des femmes qui ont, il est vrai^
quelques légères idées des propriétés des plantes,
mais qui d'ailleurs sont d'une ignorance profonde*
Beaucoup de gens se mêlent aussi de saigner, et ils
n'ont pas même l'adresse nécessaire pour le faire avec
sûreté ■.
Au reste, si le Cabo Frio n'est pas un pays très
sain^ il est à croire qu'il le serait bien moins encore
sans les vents qui, comme je l'ai dit, y régnent sans
cesse ^. JTen essuyai de très violens pendaîit mon sé«
^ A la vérité M. le prince de Neuwied fait mention ( Reis,
I9 88) d'un apothicaira du Cabo Frio dont il eut , dit-il , àr
se plaindre. Mais ce savant né fit , à ce qu*il paraît , qu'entre-
voir cette partie de la côte , et il est assez vraisemblable que
l'homme dont il parle était un de ces marchands , comme il
s'en trouve dans les Mines , qui , avec quelques remèdes ,
veadent beaucoup d'autres choses ; Pizarro , écrivain^
très exact , dit expressément qu'il n'y eut jamais dans la cité
du Cabo Frio àe pharmacien iioBli attc boutique ouverte*
* Pis. Mém. hist, ,11, i5s.
^ <c Les habitans du Cabo Frio prétendent » dit M. de
a Neuwied ( Reis. I, 84 ou yhjrage Brés. trad» fyr,, I^
AU BRÉSIL. 45
jour dans ce pays , et Ton m'assnra que Fair n*y était
jamais tranquille. Les vents qui s'y font sentir le plus'
ordinairement sont celui du nord-est pendant la
saison chaude y et celui du nord*ouest durant la saison
froide. Le temps des chaleurs commence au mois
d'août ; il dure jusqu^en mars ou avril , et les froids
viennent ensuite.
Autour de la cité du Cabo Frio , le sol n'offre guère
qu'un sable pur, et ne saurait être cultivé. Tous les
habitans de cette ville sont donc des ouvriers et des
pécheurs. Parmi ces derniers , il y en a quelques«uns
qui ont neuf à dix nègres, et qui possèdent une de
ces petites embarcations appelées lanchas, dont la va-
leur s'élève , lorsqu'elles sont neuves , à 700,000 reis
(3,750 f.). Ces hommes , dont il m'est difficile d'éva-
luer le capital au-delà de a5 à So-mille francs, sont
néanmoins les plus riches de la ville. On peut dire
qu'en général il règne, au Cabo Frio, une très grande
pauvreté ; l'on n'y compte pas plus de trois ou quatre
boutiques de mercerie , et les vendas sont non*seule-
ment peu nombreuses, mais encore mal fournies.
Comme les esclaves sont rares, les blancs, qui for-
ment presque toute la population , se livrent sans
rougir à des occupations qu'un Mineiro regarderait
comme déshonorantes : des blancs vont chercher de
l'eau et du bois , portent des fardeaux, marchent les
pieds nus, et enûa, j'en ai connu un qui servait de
commis à un mulâtre.
c ii4) que les brises de mer nettoient et purifient Tatmos-
« phài'e. »
46 SECOND VOYAGE
On a vu plus haut qu'en j 6i8 il n*y avait encore , a
U cité du Cup Frio, que quelques douzaines de blancs
et un village dlndtens ; alors des mélanges ont sans
doute, dans ce pays, altéré notre race, et ce ne sont
pas les renforts qu'elle a reçus depuis qui pouvaient
la rendre à sa véritable dignité. Les hommes qui , vers
le commencement du dix-septième siècle, s'enfoncè-
rent dans rintérieur du Brésil étaient des aventuriers y
sans doute; mais quelques«uns d'entre eux n'étaient
point sans éducation, et tous possédaient une grande
force d'ame et de la pa*sévérance. Ceux au contraire
qui ont peuplé des cotes aussi stériles que le terri-
toire du Cabo Frio ^ ne pouvaient être que des déser-
teurs ou des criminels que leur patrie rejetait de son
sein 9 et qui nVvaient pas assez de courage pour aller
au-delà du premier asile qui se présentait à eux. Ces
hommes auront encore été énervés par la chaleur du
climat, par un air marécageux; et une partie de lenrs
défauts a du nécessairement passer à leur postérité. Je
retrouvai , dans les habitans du Cabo Frio, cette froi-
deur, cette tristesse, cette indolence, cette stupidité
que j'avais observées depuis Rio de Janeiro chez tous
les colons du littoral. Les hommes mêmes qui sont
au-dessus des autres par leur éducation , ne montrent
pas beaucoup plus de politesse que le reste de leurs
compatriotes. Dans la province de Minas Geraes , les
principaux habitans des villes vont voir l'étranger
aussitôt qu'il arrive ; je me présentai chez deux des
personnages les plus notables du Cabo Frio, et ils ne
daignèrent pas même me rendre ma visite. Chaque
AU BRÉSIL. 47
jour j étais obsède par uoe foule d'eufans et de jeuaes
gens y qui entraient dans ma chambre ou se pressaieat
devant ma fenêtre; mais ce n'était point en faisant du
bruit qu'ils se rendaient importuns ^ car ils passaient
des heures entières sans proférer une parole, stupi-
dement occupés à me regarder écrire.
Il y a au Cabo Frio un maître d'école et un profes-
seur de langue latine * , qui doivent être payés par
l'administration* Mais l'extrême apathie des habitans
de cette contrée les éloigne de Tétude; personne jie
s'applique au latin , si ce n^est ceux qui veulent se con'-
sacrer à l'état ecclésiastique ^ et , lors de mon voyage ,
le professeur n'avait que deux élèves. Il est vrai de dire
aussi que, depuis sept années, ce maître, oublié par le
gouvernement , ne touchait rien du salaire qui lui
était attribué , et , forcé pour vivre de faire un petit
commerce , il avait intérêt à ne point attirer un grand
nombre de disciples.
La passion que les habitans du pays ont pour la
pèche leur inspire uon^-seulement du dégoût pour Té*
tude , mais encore de Téloignement pour les arts mé<-
caniques *. Cependant on se livre, près de Passagem,
sur les bords du canal de Camboa, à une industrie
qui n'est pas sans importance : ou y construit un assez
grand nombre de ces petites.embarcations qu'on ap-
pelle lanchas , et, lors de mon voyage, il y en avait
* Un compilateur moderne, qui a mal compris Cazal , a
dit qu'il y avait au Gabo Frio plusieurs maîtres de latin. C'est
tout-à-fait une erreur.
* Piz. Mém, hût. , tl, i/{ô.
48 SECOND VOYAGE
trois sur le chantier. Les bois qu'emploient les cons-
tructeurs viennent par le lac de l'intérieur des terres;
le sucupira * , Voleo prêta et Voleo vermelho sont ceux
auxquels généralement on donne la préférence.
Ce n'est pas seulement à la pèche du poisson que
se livrent les habitans du Cabo Frio; leur pays est
encore renommé pour celle des crevettes (camardes)^
abondantes surtout dans le canal appelé Rio d'Ita-
jurù. On a , pour prendre ces crustacées , des filets
très longs qui ont la forme d'une chausse , et qu; l'on
attache entre deux grands bâtons liés ensemble par
une de leurs extrémités. On va de nuit avec des bar-
ques au milieu du canal ; on retient le filet près de la
barque, et l'on allume un flambeau. Attirés par la lu-
mière , les crevettes entrent dans le filet ^ et l'on en
prend un très grand nombre. Pour la somme modique
de 80 reis (5o c.) j j'eus de quoi en régaler tous mes
domestiques. Quant au poisson sec, il se vend 4 pata--
cas (8 f.) l'arrobe.
Si les habitans du Cabo Frio sont, comme je l'ai
dit, des pécheurs et des ouvriers , il y a pourtant dans*
le voisinage de cette ville , au-delà de ses tristes sa-
bles, un assez grand nombre de cultivateurs , et parmi
eux l'on compte deux propriétaires de sucreries. Ceux-
ci envoient pour leur compte à Rio de Janeiro le pro-
^ Le savant FreycÎDetdity d'après des renseignemens qui
lui ont été donnés à Rio de Janeiro , que le mot sucupira s'é-
crit de plusieurs manières. Je ne me rappelle pas d'avoir en-
tendu prononcer ce mot autrement que je l*écris ici , et mon
orthographe est celle de Cazal et de Pizarro.
AU BRÉSIL. 4g
dilit de leurs terres; mais la plupart des autres plan-
teurs moins riches Tendent leurs denrées à des mar-
du^ads de la capitale , qui yiennent les chercher dans*
le pays y et qu'on appelle trauessiulores^. Il vient aussi
aux environs du Gabo Fric des marchands de Bahia ;
mais ces derniers se bornent à acheter de la farine de
manioc. Les iraifessadores donnent des arrhes aux cul*
tivateùrsy et retiennent d'avance une certaine quantité
de denrées. Il est facile de sentir que ce genre de com^
merce doit avoir pour le pays des inconvéniens gra*-
ves. Comme les cultivateurs font aux étrangers des
promesse» dont Texécution peut absorber toute leur
récolte y il est arrivé que plus d'une fois les habitans
de la ville daCap Frio ont été aux expédiens pour se
procurer les alimena les plus indispensables; et^ ainsi
que cela ji Uni sur tout le littoral , ils ont en outre le
malheur d'avoir à supporter un droit considérable sur
les comestibles qui leur viennent de Rio de Janeiro ,
tels y par exemple , que la viande sèche.
Je n'ai pas besoin de dire qu'il ne saurait y avoir
aucune différence enire les prix des denrées colonia-
les aux environs du Cap JPrio et ceux auxquels elles
se vendent à l'Aldea , si voisin de S. Pedro dos In-
dios*. Le transport du Cap Frio à la capitale se paie à
raison de la vintens{i f. 44^0 ^^ sac de a alqueires ';
* Par corruption ponr airavessadoreB.
* J'ai indiqué plus haut ceux qui avaient bours à l'époque
de mon vojage.
' Deux alqueires de Rio équivalent , suivant Freycinet, à
80 litres.
TOIffE II. 4
5o SECOND VOYAGE
etf avec une petite embarcatîoii et im bon veotf
oa peut faire en un jour le voyage qui, par mer, est
de i8 Ueues portugaÎMS. Pour fieiire les sacs dans les-
quels s'etpédient le café , le ris , ete. f on trouve au
Cabo Frio de la toile de coton qui vient ou des Minea
par Rio de Janeiro , ou de la province du Saint-£s«
prit. On cultive aussi un peu de ootmi dans les envi-
rons du Cabo Frio; mais il n'est pas d'une qualîtë su*
përieure, et les colons le réservent généralement pour
Tusage de leurs famiUesi et en particulier pour Vlmbil-
lement de leurs nègres. J'en payai une petite quantité
dont j'avais bescnn pour l'emballage de mes eotteo»
tions^ sur le pied de 4 patacas l'arrobe ^
Je n'aurais pas voulu passer par la ville du Cabo
Frio, sans aller voirie Cap lui-même, la première
terre que j'avais aperçue en arrivant au INsiL
Après être sorti de la ville , je côtc^ toute cette
anse qui s'était offerte à ma vue , lorsque j'étais sur le
morne de Nossa Senbora da Guja, et qui s'étend an
sud de la pointe de Costao, à. l'extrémité orientale de
cette espèce de carré élargi , par lequel se termine
la langue de terre de rArarijàma. La plage qui borde
l'anse se prolonge du nord au sud ; elle s'appelle Praia
do Pontal ( plage du promontoire ) , et se compose
^ Pizarro dit (JKfi^m. ,11, 149) que, pendant quelque
temps, on s'est occupé avee asses de succès sur le territoire
du Gap Frio de TéducatioD da la cocheniUe ; mais que les &1-
sificationsdes cultivateurs ont fait tomber ce genre d'industrie,
commet la même cause a fiiit tomber aussi la culture de Fin*
digotier.
AU BRÉSIL. 5i
d^ sable pur , parfidtemeat blanc et sans v^tatioD.
Aa-delà de cette grève» on voit d'abord des Granù-
oëes; une espèce d'Amarantbacée dont les longues
tiges rtropent sur le *aUe '; et enfin, tt.ins quelques
endroits, un petit palmier appelé guriri dont la tige
est sçMiterraine et les feuilles radicales, ilocit les fruits
très petits sont disposés en épis seiri's comme des
grains ds maïs, et qui, vivant en société, rouvre de
très grands espaces *. En s'étoignant davantage de la
mer, oo Mtrouve bientôt cette végétation îles rrstrng/is
que l'ai déjà bit connaître, et qui se compose d'ar-
brisseaux écattés tes uns des autres, à peu près sem-
blables h DOS buissons.
U.où finit la plage appelée Praia do Pootal, ou,
si l'on veut, à l'estrémité sud-est de la presqu'île de
rAraruÂma , conmenee l'ensemble des terres qui , se
projetant dans l'Océan vers le sud-est , forment le
Cabo Frio. Parvenu vers cette extrémité qui porte le
n<MD àe QuOo do Fontaî ( le coin du promontoire ),
j'aperçus près du rivage , une île inhabitée qu'on
appelle , Ik des perroquets (lîka dos Papa^os) ,
parce qu'elle sert de retraite à un grand nombre de
ces oiseaux '.
> Tojr. U not« Z i la fin du volume.
* H. lepriDcedeNeuwied a fait mention decepalmier.el
dit({u'ili'appe)leaUMi^jan</rf(i{eM.,I, 67 ou VoyageBres.
trad. Ejrr., vol. ï,p. ^). Les échantillona de ^urû-^ rapportés
parH. delfcDiried ont été dëcrilseo Allemagne eous le nom
A'AUagoplerttpanùia.
' Je crois devoir émettre ici quelques doutes qui m'ont été
5a SECOND VOYAGE
Au Canto do Pontal , se trouvent , au milieu détf
sablesy quelques cabanes de pêcheurs. Là je cessai de
côtoyer le rivage j et f passant derrière une pointe de
terre qui appartient à l'ensemble du Gap Frio et
dont quelques parties sont cultivées par les pécheurs
du Canto do Pontal , j'arrivai à une nouvelle anse.
Cette dernière est beaucoup plus petite que celle de
Praia do. Pontal et porte le nom de Prainha ( petite
plage ^ )
Les hauteurs qui bordent l'anse de Prainha pré-
sentent une végétation assez maigre. On distingue
sur ces mornes un Cactus épineux dont les nombreux
rameaux s'élèvent comme des candélabres, disposés
en verticille. Une Myrsinée qui dépasse ordinairement
la hauteur d'un homme et vit en société, occupe à
elle, seule de très grands espaces. LesdifTérens pieds
inspirés par l'iDSpection de la belle carte de la province de
Rio de Janeiro publiée par M. de Frejcînet. J'y vois Tllha
dos Papagaios placée près du goulet de l'Araruima et une
tle appelée do Pontal située vis-à-vis Textrémité sud de la
Praia do Pontal. Il est bien clair que ce n*est pas Tllha dos
Papagaios de Freycinet que je dus apercevoir quand je par-
vins à cette extrémité. Y aurait-il quelque erreur dans les in-
dications qui m*ont été données sur les lieux mêmes? Se se-
rait-il glissé quelque faute dans la carte citée plus haut? Les
habitans duCapFrioappliqueraient-ils indi£Féremmentlenom
de Papagaios à deux îlots de peu d'importance? De nouvelles
recherches topographiques fidtes dans le pays pourront seules
résoudre ces questions.
^ Elle est appelée, je pense , Ponia de S. Pedro sur la carte
de M. de Freycinet.
AU BRÉSIL; 53
de oette dernière plante sont très rapprocher ; îb
oonfondent leurs branches nombreuses ^ et ne fimnent
qu'une seule masse de leurs feuilles ovales, luisantes^
d'un verd obscur^ un peu moins grandes que celles
de l'oranger.
Après avoir côtoyé le fond de l'anse de Prainha y je
me trouvai encore dans l'intérieur des terres. Je pas-
sais alors derrière un promontoire qai se projette
dans la mer vers le sud-sud-est ; au*delà de celui-ci ,
je me trouvai sur le rivage d'une troisième anse bornée
. de droite et de gauche par des montagnes. Cette aiise
assez pniCbnde qui s'étend à peu près du nord au sud,
est divisée, par une avance de terre , en deux parties
inégales dont la plus septentrionale qui est aussi, la
plus petite, s'appelle, du nom de sa plage, Praia do
Fomo , et la plus méridionale Praia do Anjo ( plage
de Vange ). L'anse toute entière est bornée d'un côlé
par l'avance dite jPon/a do Pqrco (pointe du pourceau^),
et de l'autre par celle appelée Ponta de Leste (pointe
de l'est )• Devant la pointe qu'on nomme Ponta ()o
Porco, est, à peu de distance, une petite île ap-
pelée Ilhados Porcos (île des porcs) et, au delà de
la pointe de l'Est, est une autre îlç qui se projette vers
l'orient.
C'est cette dernière qui forme la partie la plus
avancée des terres du Cap Frio; c'est elle surtout
qu'aperçoit le navigateur charmé , lorsqu'il se rend
d'Europe à Rio de Janeiro. Aussi, quoique toutes' les
terres qui se projettent dans l'Océan, depuis la limite
méridionale de l'anse de la Praia do L^ontal appartien-
54 SECOND Voyage
mot rfoUcyient au Cap Firio, on donne plus particu-
lièrement, dans le pays, le nom de €abo (Cap) à là
pointe de TEst et à 111e qui est yis-à-vis. QuelquefcHS
•U86Î on dé8t|*oe simplement cette dernière par celui
A^Ilha, qui y dans ce cas, signijSiey pour ainsi dire^
fîle princ^ale , Tile par excellence *•
Puisqu'il eûste deux Hes en fiice de la terre ferme ,,
lllha dos Porcos et 111e du Cap ¥ri6 proprement
dite y il doit nécessairement y avoir trois canaux ou
détroits pour arrivtsr de la hante mer aux anses do
fbrno et do Anjo creusées dans! cette terre ferme; le
premier entre la pointe do Porco et 111e du même nom ;
le seoond entre les deux îles, et le troisième entre
l'Ile ptopfement dite ou Ilha et la pointe de l'Est.
Le canal étroit qui sépare la pointe do Porco de nie
àia même nom s'appelle Bûqueiraôclo Nordeste (détroit
dn nord-est ). Celui qui se trouye entre la pointe de
l'Est et lliba ou 111e proprement dite du Cap Frio,.
fi^lpplelle BoquàroQ de^ Leste "i mais, se dirigeant de
l'est au sud, il prend à son extrémité méridionale,
Ip nom de Boqueirdd do $ul'.' L'anse de la Pl^ia do
Anjo est extrêmement tiftile aux petits batimens cabo-
teurs qui, selon les vents, peuvent y entrer par di-
' verses ouvertures , et qui y trouvent une retraite
assurée.
On ne voijt point d'habîtans sur la plage dite Prak
^ Cette lie est déaigoée aous le nom 4'iiKa 41 IhuM^asir la.
carte et dans le bel ouvrage de M. de Freycînet. \ mais je n'aî
point entendu les habitans du pays se servir de oe np^, et
Ç9 ij'est cas celui qui se trouve daus Pizarro.
AU BRÉSIL. 55
49 Forai»; naÎB, à la Prab ào Aajo où je fis hake,
se trouve un hameau. Il se oompoee d'une petite cha-
pelle bien eiitreteniie dédiée à Notre Dame du Secours
(Jfassa Senhota dos Remedios)^ et d'une vingtaine
de cabanes bâties sans ordre sur le rivage et entremêlées
d'arbrisseaux '. Ces cabanes sont petites , basses , mal
àdairëes 9 couvertes eacbamne, construites en terre
et en bois 'Ct en général dans le plus mauvais état.
Qudkpies^'UDes même, sans doute par l'ellet des vents,
ont pris une position tellement oblique que Ton ereinAt
qu'elles vont tmnber* Les poteaux placés aux quatre
angles dé ces nttisoas ne sont presipie jamais éqnarris,
et se terminent par de petites fourches entre les bran*
ches desquelles reposent les filières. En un mot, je
ne saurais mieux comparer ces cabanes qu'à celles de
i'aldea dos Macunjs * , et cependant ce sont des blancs
qui y demeurent.
Tous les habitans de la Praia do Anjo se livrent à
la pèche., et^ à chaque pas , on retrouve , dans le har
meau, l'indice de leurs occupations habituelles. Sur
le bord «de la mer , on vept un grand nombre de bâtons
^ On voit y d'après ce que je dis ici, qu'on s'est entièrement
trompé lorsqu'on a fait de N. Sra. dos Remediosune paroisse
ou un aldea b&ti an nord de la petite lie dos Prancezes. Pi-
aarro, en f^éml stecrupulenseioant exact, dit expressément-:
a Dans les limites de la paroisse de Nossa Senhora <da As-
« sumpçao do Cabo Frio , se trouve la chapdle de llossa Se-
« nhora dos Remedios située sur la plage do Anjo , où Ton
«c se livre beaucoup à la pèche. Cette chapelle a été bâtie par
4L Antonio Luis Pereira et d'autres pécfaeurs(Artf'/is., II, i36).»
* Woj* majmemiére Ridation , vol. II, p. 4i*
56 SECOND VOYAGE
fourcbufl qui soutiennent des perches horizontales sur
lesquelles on suspend les filets mouillés; et, auprès
des maisons , est ordinairement le séchoir que Fon a
coutume de construire pour y étaler le poisson destiné
à être conservé. Chaque séchoir est le plus souvent
composé de. trois rangs de poteaux fourchus qui re-
5^ivent des perches transversales; celle»-ci servent
d'appui à des bâtons qui les croisent i et c'est sur cette
espèce de plancher à jour qu'on expose le poisson
^ui: le^ faire sécher.
Non-seulement la pèche est extrêmement abondante
dans le, voisinage du Cap Frio; mais encore on y prend
une très grande quantité d'espèces différentes de
poisson. Les plus communes sont eelles connues dans
le pays . sous les noms d'enxa^ay aundla^ franUr^
guette y grassuma , sarda et principalement le iainka
dont l'abondance tient du prodige , et qui fournit un
manger délicat. Gomme les pécheurs du Cap Frio ne
peuvent consommer et vendre frais qu'une très petite
partie du poisson qu'ils. prennent, ils écaillent et. vi-
dent les autres , les fendent par la moitié de la tête à
la queue, les salent et les exposent sur 1^ séchoirs
que j^ai décrits. Ils envoient à Rio de Janeiro um
partie de leur poisson sec , et ils vendent le reste aux
cultivateurs, du voisinage qui en nourrissent leurs
nègres.
Le jour ou je couchai à la Praia do Anjo était un
dimanche. Les femmes devaient naturellement être
mises avec quelque propreté; mais, j'étais loin de
m'attendre au singulier contraste que m'offrirent les.
AU BRÉSrL. 57
misérables chaumières da hameau avec hi toilette
de celles qui les habitaient. £lles portaient des robes
d^indienne ou de mousseline brodée , des châles de
mousseline ou de soie, des colliers et des pendans
(^oreilles, et, suivant l'usage généralement établi
parmi les Brésiliennes, elles avai^iit leurs longs che-
veux relevés avec unpeigne. iinsi vêtues, ces femmes
étaient assises sur le seuil de leur porte ou accroupies
par. terre dans Tintérieur de leurs maisons , qui ne
contiennent d'autres meubles qu'une ou deux malles,
des nattes , une couche et quelques poteries. La bou-
tique de la venda otx je passai la nuit se composait à
peine d'un peu de mais , de deux ou trois bouteilles
d'e^u de vie, de quelques livres de lard; mais j'y vis
unecorbeille toute pleine de bâtons de pommade, que
le cabaretier était bien sûr, disait-il , de vendre aux
jeunes filles du hameau. Convenons. quenous ne pou^
vons guère nous plaindre de l'amour que les femmes
de nos yilles.ont pour la parure, quand celles des dé-
serts montrent tant de coquetterie. Ces femmes , lor»-
qu'elles aperçoivent un homme , ne prennent point la
fuite comme les dames des Mines ; elles n'ont rien
non plus '. qui rappelle les manières de nos paysanes
d!Europe ; mais je préfère mille fois la rusticité de
ces dernières à l'air froid, dédaigneux, nonchalant et
impoli des .habitantes de cette partie du Brésil. Je ne
parle, pas seulement ici de celles de la Praia do Anjo;
toutes les femmes que j'avais vues depuis Rio de Ja-
neiro avaient des manières absolument semblables.
Ausailot après être arrivé à la Praia do Anjo , j'au-
58 SECOND VOYAGE
râiê voulu ptsser à Itle du Gap ; mais caimae le vent
flUît beaucoup trop fort potir <pie je pusse traverser
lecaoaljdaos une pirogue, le seul genre d'embarca-
tîon qu'on trouve habituellement ici , je pris le parti
«de n'aller qu% la pointe de TEst, Ge fut en vain que ,
pour m'y oonduive, j'ofïns' de l'argent à des enfans
'«ouverts >de baillons ; un vieux nègre consentit seul à
me MTvir de guide.
Après Jtvoir suivi la plage , sons arrivâmes à la
jnôntagne qui borne l'anse do Anjo du côte du midi ,
«t &it partie du promontoire vers lequel je m'étais
dirigé, parvenu JMi peint qui dominé toute la baie^ je
décobvns d'un coup<l'œii rensemUe des jieux que j'ai
•décrits ; la pointe qui sépare l'anse do Anjo de celle do
Foroot ^'^^^ ^B Poreos, le canal qui la sépare de la
terre ferme , le Gap proprement dit et l'entrée du ca-
nal de l'Est» Je m'enfonfai dans un bois vierge d'une
viégétation Ibrt maigre qui oonvre le sommet de la
moRihagiie ; je passai ensaite sur des terrains couverts
de ce Cactus et >âe cette Myrsinée que j'avais déjà vus
aur les ^bantemrs jde l'anse de'Prainfaa; je traversai des
pâturages naturds d'une très bonne qualité , et , après
.^tre /descendu sur des rochers noirs, je me tronvai
au bas du revers de la montagne sur le bord de l'O-
Éûèmu De là je découvris l'entrée dn BoqueirSo do Su! ,
partie méridionale dn canal qui sépare l'île du Cap de
la' tarra fenne. Au-^à du canal , je voyais l'île çt que)-
<pli;es cabanes de pâcheurs que l'on y a construites près
de la plage appelée Praia da liha ( plage de File ).
La pédie est plus abondante encore autour de l'île
â;u buésil. 59
d^ Cap que sur la cote de la terre fisniie. Après avoir
éVé long^wijps libre, elle fat récemment affermée par
la eamara , ou sémit municipal de la ville du Cabo
Frio; mais comme ensuite elle est devenue moins
iNmne, on a cessé de la mettre à l'enchère.
£n retournant de la pointe de TEst au hameau do
Anjo^ je £s observer à mou guide que les pâlutuges
d^ la «lortafpiie étaient esceUens^ et je témoignai mou
iétPM^mettt de n'y pas voir une seule béte k oomes.
X^es babitans du hameau ont quelques vaches t dans
le tâops froid y me dit mon guide, elles vont paître
wr la pointe de V£st; maïs .elles ea sont chassées par
les moiiatiques dans la saisop dès chaleurs oik nous
OommendÎQiia à entrer alors.
De relmr à la Praia do Anjo, j'allai yf^ un four à
chaux qui a été construit à l'extrémité «du village. A
Rio de làueiro et sur itoutiela cote jusqu'au Cap Frlo^
on fait de la chaux avec des cames que l'on ramasse
aur le bord de la mer ,; mais ^ prèfi de la ville du Cabo
Frio, À la ^aiado Aujo^ enfin , m'a-t-on assuré, à
S. Pedro dos Indios , on trouve de la pierre calcaire
qu'on préfère aux coquillages^ et, dans chacun de
ces trois endroits , il existe un four où ou la brûle ex-
clusivement. L'endrpit d'où se tire la pierre à Praia do
Anjo est plat et marécageux; on^la trouve sous une
couche de terre d'environ une palme.et demie, et on
la -détache par morceaux avec des pics. Le four où qn
la brûle est circulaire et ouvert d'un côté dans toute
sa hauteur. On y met des couches alternatives de pier-
ves et de bois , et l'on arrange au centre une pile de
6o SECOND YOYACE
boisà'IaqaeUe on.met le feu par en haut. On se sert,
à cet effet, du tingoassufba (Zant/ioxfiumPtingoas-*
sttibafAug.S. UiX.jTtor. Bras.ylyp. 78) 'yespèeed'ai^
bre de la famille des Rutacëes, qui brûle avec une- fa-
cilité extrême,, et qu*oo emploie aussi pour la cons*
tmction*
Avant la fia du jour, je fis encore une course à la
plagQ^ite Prtua Grande j qui est voisine du hameau
do Anjo, ot oii se trouvent encore quelques cabiines
de pécheurs , maïs qui ne m'offrit guère que la répé^
titiott de la plage de l'Ange. Cette joumëe avait été
bien remplie , et m'avait procucë quelques plantes in&
tëressantes *• La nuit cependant me dédommagea bien
mal de mes fatigues. Le çiaitre de la vendu du ha*
meau do Anjo ne' me donna pour lit qu'une simple
natte, sur laquelle je m'étendis tout habillé; le vent
fut affreux, j'eus froid, et je ne pus dormir "•
* Tmgùoisuiia me parait venir dë& mots tupls tagoa ^awae
etyfyn Arbre avec l'augmentatif fa (i'arbre très jaune). Ce
Djom : pleuve que les Indiens avaient reoonau la présence
d'une couleur jaune dans l'arbre dont il s'agit ; et ^ ce qu'il y
a de remarquable / c'est qu'aux Antilles , on appelle épineux
jauni une autre espèce de Znnthoxyhun (Z. caribœum) dont le
bois j e£EectiTtment jaune, peut être employé dans la teinture.
A Yoy. la notft AA à la fin du volume.
^ Je crois que 9 que pour compléter ce chapitre, je ne
saurais mieux &ire que de donner la traduction de ce qu'a
ditPiiarro sur la côte que je viens de décrire et qui se pro-
longe depuis la ville duGaboFrio jusqu'au Boqueirao do Sul.
« Dans une étendue de deux lieues qu*a la plage entre le
^ goulet du CaboFrio, et le promontoire dit Ponial', il ne
AU BRÉSIL. 6t
« peut mottillAr aucune embarcation, parce que li il n'existe
« aucun abri , et que le Ibnd étant d'un sable fin et battu ,
a ne permet pas qu'on y jette l'ancre. A une demi-lieue au-
« delà duPontalse trouve l'anse da Pramka^ dans laquelle
« vingt embarcations de toute grandeur auraient un abri sûr
« et un bon mouillage. Delà , à la plage dite Pnàa do Anjo ,
« éloignée d'unedemi-lieue par. terre , estuneodte formée
« par un rocher inaooeasîble , laquelle se continue jusqu'au
« détroit nommé BoquêirâoJo CMo^ et au milieu de celui-
« ci s'élève l'Ile dos Porcos qui divise les détroits du Nontet
« de YEsi {Boquekoet do Norte et de Leste ). Par ce der-
« nier^ qui a plus de aoo brasses de large, peuvent entrer
a des embarcations plus considérables que celles qui passent
« par le second, large seulement de 4o à 5o brasBes.'L'un et
« l'autre détroit conduisent également aux anses do Anjo et
« do Fomo. Dans cette dernière, les navires trouvent le meil-
a leur abri ; mais il n'en est pas de même de l'anse do Anjo
a 011 le mouillage est mauvais et où cependant on débarque
« avec fiicilité. Dans cette même anse est une ligne de sable
« qui , commençant à la pointe de l'Est , va directement à 111e
« du Cap ( Ilha do Cabo ) ; et le canal qu'on voit entre l'Ile et
« la ligne de sable .et qui a de ao à i5 palmes de profondeur^
a se continue jusqu'au détroit du Sud {Boqueirâo do Sut) où
c il j a 8 brasses de fond ( Mém. hist, , U, 179). » Les ren-
seignemens donnés ici par M. Pizarro suppléeront en quelques
parties à ce qui manque à mes descriptions ; mais , sur cer-
^ tains points, ils exigent des explications. 1^ J'ai fait voir que
la préMnce des deux îles placées devant l'extrémité de la terre
ferme du Gap Frio doit nécessairement former trois détroits
ou canaux; mais je n'ai pu indiquer le nom de celui qui
existe entre l'Ile dos Porcos et l'île du Gap. M. PizaiTo dit
que ceéanal s'appelle Boqueirâo de Leste ; il donne le nom
de Boqueirâo do Norte au canal que je désigne sous celui de
Boqueirâo doNordeste ; mais il ne nomme pofnt l'extrémité
orientale du détroit qui sépare la pointe de l'Est de File du
62 SECOND VOYAGE
Gip. Les noms que Pisarro donne aux deux pmnier» détrat»
me pamiaeent bien convenir^ je l'avoiM , à leur poeition gép**
graphique ; maia si le détroit qui sépare Vile dos Poreos de
celle du Cap se nomme Boqueirao de Leste , coaùnent s'ap*
pellera l'entrée du canal -compris entre cette même tle et la
pointe de l'Est? a? L'auteur des Mêmorias hitêêrieas assure
que la Praia do Anjo n'offre pas un bon mouillage , et Pon
m'a dit le contraire sur les lieux mêmes. Il est possiUe que
l'on m'ait trompé ; mais , si cela est, pourquoi a«^t-<m bAti un
hameau sur la Praia do Anjo , tandb qull n'y a pas une ca-^
bane à la plage de l'anse do Fomo que Pitarro dit préférable
i celle do Anjo? 3^ Suivant cet auteur, il 7 a dans l'anse da
Anjo un 'cordon de sable qui commence à la pointe de l'Est
et s'étend jusqu'à l'Ile du Cap. Si ce cordon commence à la
pointe qui borne l'anse , il est bien clair qu'il ne se trouve pas
dans l'anse elle-même , et c'est effectivement en dehors de
celle-ci que M. de Freycînet la représente sur sa beDe carte.
AU BRÉSIL. es
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CHAPITRE IIL
YOTAGE DU CABO FRIO A LA TIIXB DE MACABIÉ.
— LE VUXAGE DE S. JOAO DA BABBA.
Description do pays sîtaé entre la ville du Cabo Frîo et rhabitatîon de
«SI Jneinto* — Remarques sur les destructions cansëes par les nator»»
listes.—- Faunda de S. Jacinto — "FaKtmda de Gwfipo# JVocoi-^ Ob«
servations sar les ordres rcligiens. — Forêts voisines de Campos No-
▼os. — Le village de i^. JoSo da Barra, P^age exhorbîtant* Mauvais
• gtle» Connaerce. G'iltmre. — - Pays situe entre S. Jo2o da Barra et le
Rio dos Ostras» Portrait d*une jeune femme .^ Le Rio das Ostras.
Manîire de manger les hullres.— Les cabareiiers. -» Pays situé entre
le Rio dte Ostras et la Fmda da Siea. —Séjour à la Vende èk Sic*.
Plantes marines.
Daks l'espace d'environ un degré entre Rio de Ja-
neiro et le Cap Frio ^ la cote du Brésil se dirige ,
comme je l'ai dit, d'occident en orient. Plus loin,
elle s'étend vers le nord-est; bientôt elle se courbe
pour former la baie appelée Bahia Formosa , et en-
suite elle reprend la direction du nord-ouest , qu'elle
conserve dans l'espace d'envirgn un degré jusqu'au
cap S* Thomé. Â peu près dans tout cet espace , je
m'écartai peu de la côte, qui souvent est bordée de
lagunes , et partout je trouvai un terrain égal et plus
ou moins sablonneux.
64 SECOND VOYAGE
En quittant la ville du Gabo Fkrio pour me rendre
aux limites du termo de Macahé , et de là au district
de Goitacazes^ il fallait nécessairement repasser le Rio
dltajuni *• Pentrai dans les terres pour éviter de sui-
vre les contours de Tespèce de presqu'île terminée par
U pointe de JoSo Fenumdes et ceux de la baie For-
mosa ; je passai d'abord par des oxpoeiras , et ensuite
je traversai des bois vierges qui, croissant .sur une
terre sablonneuse^ acquièrent fort peu de vigueur. Au
milieu de la forêt , se trouvent de grands espaces ma«
jrécageux; là on ne voit aucun arbre; il y croît seule-
ment une herbe fort rare. Une multitude àejerrado'
res^ appelés ici arapongas *, font retentir ces solitu-
des de leur voix éclatante , qui tour à tour imite le
bruit de la lime et celui du marteau frappant sur
une enclume '. Autrefois les arapongas étaient pro-
* {tinëraire approximatif de la ville du Cabo Frio au dis-
trict de Goitacazea.
De la ville du Cabo Fno à S. Jacinto, fezenda ^ 3 1.
S. Jofio da Barra , village , 4 */*
— Embouchure du Rio daa Ostras, a
Vendada Boasaica, 4 V^
Macahé , ville , i/s
GibîuDaa , petite fazenda , a
Sitio do Paulista , chaumière , 4
— - Silîo do Pires , chaumière , s i/t
— — Sïtio d'Andrade , petite maison , 4 */*
H I
37 i/a I,
* Araponga vient des mots guaranis ara Jour et pong sou
d'une chose creuse.
* Voy. mAptemién Relation ^voUlyip. 17.
AU BRÉSIL. 65
Iiablement aussi très communs auprès de Rio de Ja-
neiro -f mais comme ta chair de ces oiseaux ranarqua-
blés est assez boaae à manger , ils auront été détruits
par les chasseurs. Ceux-ci du moins ont souvent une
excuse bien légitime , il faut qu'ils nourrissent leur fa-
mille ; mais CN'tains naturalistas détruisent peut-Atre
plus qu'eux, et quelle est leur excuse?.,. Pour aug-
menter des collections qui bientôt sont la proie des
vers, et qu'eux-mêmes n'aiment point, ils anéanti-
raient toutes les harmonies de la nature, ils feraient
disparaître ju&iju'à la dernière des espèces qui embel-
lissent le plus nos prés et nos bocages; ils sacrifie-
raient tout au TiiunJe, afin d'attacher les lettres ini->
liâtes de leur notn à des descriptions d'oiseaux, de
plantes oj) d'insectes, à peu près aussi belles à tracer
aujourd'hui qu'il l'est de remplir les blancs d'un pas-
seport; c'est là ce qu'ils appellent leur gloire ' !
• Une fougère cornera k Pétrarque {Atplenium Petrarchai)
croissait autrefei» parmi les rochers de Vaucluse. Les ravages
des botanistes , a dit H. Arnott en i8a6 {^Jam. Edimh. New
phil. jown.), l'ont rendue exceasivement rare, et bientôt elle
aura enliërement disparu. J'ai visite Vaucluse peu d'années
apria M. Arnott, et si je oe ne me trompe , la prédiction de
ce savant étaitdéja accomplie. — Tout le monde connaît l'anec-
dote suivante : Un jeune homme qui hAboriiait avec Jean-
Jacques Rouaaeau lui rapporta , triomphant , une plante Tort
rare que le philosophe de Genève cherchait en vain depuis long-
temps.aAii!moDMeur,s'écneRouweau avec chagrin, pourquoi
l'aveK-TOuicueillieîsN'ya't-il rien de vrai au milieu des phrases
un peu déclamatoires que cet illustre misantrope a écrites sur
la botanique dans une de ses délicieuses Rêveries ? (Vojr. Vil'
pnmtnada, QEu¥.eompl.^m\. XX, p. 363. éd. Gen. , i^gs ).
TOMK II. 5
66 SECOND VOYAGE
Après avcÂr fitit trois lieues depuis le Rio dltajuru,
j'allai denuDiIer l'hospitalité ï'S. Jacinto , /azefuùi
presque détruite, he pn^étaire n'y éuit pas lorsque
j'y arrivai ; je fus fort mal reçu par le uègre auquel
je m'étais adressé; j'insistai, je me fihchai, et je finis
par faire décliarger mes mulets sans aucune cérémo-
nie. Peu de temps après, le maître de la maison ar-
riva. C'était un homme fort riche qui avait beaucoup
d'autres propriétés et qui négligeait celle-U, où il
avait coutume de ne s'arrêter qu'en passant II ne pa-
rut point mécontent de me ti-otivcr iastnllc cliez lui;
il causa long-temps avec moi , monira de la g:iité, et
répondit avec complaisance à imites mes questions.
A sa place, rin Mioeiro se tti':iii cia obligé iW; in'ia-
viter à souper; ici c'était déjà beaucoup qt^on ne me
refut point avec impolitesse.
Les terres des environs de S. Jacinto sont propres
à tous les genres de culture; cej^endant il faut en
excepter le riz. On ne peut même planter cette Gra-
mince dans les endroits marécageux , parce que l'hu-
midité n'y est pas assez permanente, et que la sécheresse
qui lui succède rend le terrain d'une dureté excessive.
En partant de S. Jacinto, je passai par des capoeiras,
et bientôt j'arrivai à la fazenda' de Campos Novat
qui appartenait jadis aux jésuites. Autour d'une cour
immense qui forme un carré long ouvert par l'un des
petits cdtés , sont des cases construites pour les nègres
et des maisonnettes sans doute destinées jadis pour
les ouvriers libres qui travaillaient dans l'établissement.
A r«arémité de l'un des grands côtés de la cour, oo
AU BRÉSIL; 67
voit, BUr une petite éimaence, l'église avec te couvent,
et, à l'extrémité Au f^ndcàté opposé, tsi \c- motiUn
à sucre. Les cases qui enviroanent une partie de la
cour sont grossièrement bâties en bob i-t en terre ,
petites et couvertes ea duume; quelquos-unes soot
isolées dans leur raog, d'antres rëuaies sous un niênie
toiU j'en comptai 38 du côté oit se trouve le cotn-ent.
Cdui-«i et l'église qui l'accompagne do paraissent
point eo proportion avec la grandeur du reste de l'é-
tablissement; mus oette fazenda ne pouvait être -
qu'une maison de rapport « et par conséquent on ne
devait j envoyer que les religieux chargés de l'admi-
nistrer. Après l'eipulsion des jésuites, l'établissement
passa d'abord entre teS mains d'hommes riches; ils
sont morts > les esclave ont été partagés par leur«
héritiers, le moulin à sucre a cessé de travailler, et,
dans qudtfoes années, ihfazenela de Campos Novos
n'existera probablemcot plus ■.
> Un vojagmir anglais dit qa'en m rendant de S. Pedro
dos lodios à S. Joao da Barra , il tronv« , dans une forSt , un
carré îrrégulier formé de huttes de terre , et loat auprès
une chapelle un peu mieux bâtie ; il i^oute qu'il vît en cet
endroit un grand nombre de négrillons sales, maigres, eu-
tièrement nus , enfin dans us élal pire que loua les esclaves
qu'il avait rencontrés jusqu'alors ; il demanda , dît-il encore ,
quels ^ient les maîtres de ces infortunes; on lui répondit
qu'ils apparteoaient aux bénédictins de Rio de Janeiro , et il
s'étoom de ce qu'un corps aussi riche et obligé par devoir de
s'occuper du bien-Are physique et du perfectiouDement mo~
ni des babitana de la contrée, négligeât autant une de ses
propriétés les plus belles. 11 me parait impossible que Hiabi-
68 SECOND VOYAGE
Quand un pays commeoce, il font, pour y frire dtf
grandes choses, une réunion intima de moyens et de
forces , fX c'est ainsi que les bénédictins accélérèrent
jadis le ci(;fiîchement de la France. Chez nous, tes
principalci diEBcultés sont vaincues depuis long-temps;
Vagrirttlteur isolé peut, en quelque sorte, se suffira
a lui-nu'nie, et les corporations religieuses même les
plus zcléos ne rempliraient pas le même but qu'autre-
fois , pai'cc que les lumières ont cessé d'être le partage
d'une seule classe , et que la civilisation moins iné-
galement répandue, permet à tous de fermer des as-
sociations, quand elles sont encore nécessaires. Maïs
il n'en est pas de m£me dans l'empire brésilien. La na-
ture y a conservé presque toute svpuissance ; l'homme
isolé, enluttant contre elle, montre combien il est frible^
et,après bien des efforts, il ne laisse deses travaux qu'une
trace fugitive. D'un autre côté de grandes associations
telles'qu'il s'en établit parmi nous, soit dans des vues
philantropiques, soit dans un but d'intérêt commun ne
sauraient surgir au sein d'un pays corrompu par un
long despotisme et seulement à demi-civilisé comme
le Brésil ; j'en atteste celles qu'on a voulu créer afin
de rendre le Rio Doce navigable , d'exploiter for et
le fer de Minas Geraes ou les mines ^Anicuns. Pour
une telle contrée , des corporations religieuses douées
tation dont il ^sgit f&t autre que Campos Novos , et par con-
•aquent kt reproches adressa ici aux bénédictins tombent
d'eux-mèiMS. — Le lieu dMgoé sur la belle carte de M. de
Frejrdnet , sous lo nom de CoUegio , ne peut être ausai i]m«
Csmpoe NoTOs.
AU BRÉSIL. 69
île feur anàen esprit sool donc à regretter. A l'époque
de mon voyage , il y avait encore au Brésil des ordres
monastiques ; mais leurs mœurs étaient celles du resté
de la nation ; et dégénérés , ces ordres n'offraient plus
qu'une réunion d'hommes fîvant sous le même toit,
sans esprit de corps , sans enthousiasme et avec tous
les torts de l'individualité 1.
Après avoir quitté Campos Novos, je traversai un
bois vierge qui se prolonge jusqu'au village de S. Jaào
da Barra. Dans cette forêt, le terrain est sablonneux;
on n'y voit aucun de ces arbres immenses qui inspirent
une sorte de respect; mais la végétation, sans avoir
la magnificence qu'elle étale dans les meilleures terres ,
n'est cependant point dépourvue d» beauté. Les arbres
n'ont qu'une grandeur moyenne , mais ils sont fort
rapprochés les uns des autres et extrêmement variés;
de nombreux palmiers produisent souvent les plus
heureux contrastes ; de tous côtés , le Bugaùivillea
hrasîUensis mêle (11 septembre 181 8) ses longues
grapes .de fleurs purpurines au feuillage des plantes
qui l'environnent ; et des BromeUa des Tillandsia aux
feuilles raides et uniformes couvrent , au milieu des
grands végétaux, de vastes intervalles. Dans ce bois,
je ne fus point saisi de cette espèce de terreur reli-
gieuse que fait naître ordinairement la vue des forêts
vierges ; j'y goûtai plus doi^cement te plaisir d'admirer.
' On sent que je ne parle ici qu'en général et que je ne
puis prétendre qu'il n'y ait pas d'exception. Il en est de
même pour ce que je cÛs de la demi-^iviliaation du Brésil «
70 SECOND VOYAGE
lie chemin est sablonneux, mais parfaitement uni; l'on
n'y voit pas le plus petit brin d'herbe , et il ressemble
aux allées de ces jardins anglais où Ton a voulu, sans
forcer lu nature, procurer quelques jouissances de
plus k celui qui se plait 1P la contempler.
Cependant les mugissemens des eaux de la mer
m'annoncèrent le voisinage du village de 5. Jo3o da
Barra (S. Jean de l'embouchure) * , et bientôt , sor-
tant de la forêt, j'arrivai sur le bord du Bh de S.
JoSoy rivière qui sert délimite aux termes du Cabo
Frio et de Maeahé. De la rive droite où j'étais alors y
\à découvrais le village biti sur le bord opposé , et je
' S. Joao da Barra'n'a point le titre de mUa que lui donne
un Tajageur, et ne doit pas être confondu avec nn autre
S. Joâo qui est bien réellement une ville y et qui ae trouve
situé beaucoup plus au nord , à Tembouchure du Parahjha.
Ce dernier S. Joao s'appelle , suivant CazaI ^ S, Joâo da Pa*
rahyba, et , selon Frejcinet, S. Joao da Praya, Il s'est glissé
à ce sujet une erreur assez grave dans le précieux ouvrage de
Tabbéf isarro^ car cet écrtrain appelle la ville dont il s'agit
( Mém.y m, 84) 5. Jo6o da Barra do Rio de S* Jo6ù (S. Jean
de Tembouchure de la rivière de S. Jean )» et il est bien clair
que ce nom ne saurait appartenir à un lieu situé à l'embou-
chure du Parahyba. A la vérité il est possible que la ville du
Parahjba porte , avec plusieurs autres noms ^ celui de F'iUa
de S, Joâo da Barra y car c'est ainsi qu'elle a été désignée par
M. leprincedeNeuiried qui j a séjourné; mais aux mots
S. Joâo da Barra , n'auraient pas dû être ajoutés ceux-ci : do
Rio de S. Joâo, Au reste , le nom de S. Joaoda Praia n'a point
été inconnu à M. Pizarro lui-même ; car ildit (Af^m. , II, sa)
que Taucienne capitainerie du Parafyha do Sut se composait
des viUas de S. Salvador, de S. Joâo da Praia , etc.
AU BRÉSIL. 71
pus prendre one idée exaete de sa position. Il est sitnë
vers rextrénûtë de la rivière; mais celle-^ semble
vouloir retarder Tiostant où elle doit réunir ses eaax
à l'Océan ; car, presque à son embouchure, elle décrit
encore des sinuosités qui contribuent à embellir le
paysage. Da c6té d'où vient la rivière , Thorison est
borné d'asses près par un haute montagne qu'on ap-
pelle Serra de S. loào (montagne de S. Jean ) '. A
reKtrémité du village la plus voisine de la mer , la ri-
vière et le terrain qu'elle baigne décrivent unp courbe.
Dans un endroit assez bas , on voit , après la dernière
maison, une pelouse étroite; le terrain s'élève ensuite,
et il présente une petite plateforme sur laquelle on a
bâti l'église^ à peu près également rapprochée de la
rivière et de l'Océan. A la suite de l'église, est un fond
où Ton n'aperçoit que du sable, et vient enfin un mon«
tîoule arrondi auprès duquel le Rio de S. Joao se jette
dans la mer. Il est facile de concevoir combien cet
eQ9emble doit paraître charmant , surtout lorsqu'on
vient de traverser pendant quelques heures un bois
où , de tous les côtés , la vue est bornée par des arbres.
A peine étions*nous sur le bord de la rivière qu'un
nègre vint nous chercher avec une pirOgue. I^ous
nous y embarquâmes^, et les mulets traversèrent Peau
à la nage, tenu» par la bride. On exige 160 reis ( i f. )
^ C'est incontestablement cette ntoulagne que Luccock dit
avoir vue sur le bord du Rio de S. Joao. Il la croit haute de
6 à 700 pieds 9 ft; il ajoute que ses guides lui dirent qu elle
présentait à son sommet un lac arrondi ( Noies on Braz, ^
p. 397).
7» SECONÎ) VOYAGE
pour le passage de chaque personne et Bo reis pour
celui des mulels. Il faut bien sans doute que l'on paie
des impôts , et il n'est pas plus injuste d'en mettre sur
le passage des rivières que sur tant d'autres choses*
Mais il est évident que^ pour n'être pas décidément
nuisibles y les droits de péage doivent être modérés; si
vous les rendez exorbitans , vous forcerez une foule
de gens à rester chez eux , et le commerce ainsi que le
trésor public en souffrira bientôt. C'est là ce qui arrive
au Rio de S. Joào. Dans une contrée aussi pauvre ,
combien de personnes doivent se priver de passer la
rivière pour ne point payer i6o reis, et Ton sentira
sans peine qu'il est extrêmement impolitique d'empê*
cher des communications de s'établir entre les habi-
tans d'un pays encore nouveali , à demi-civilisé et où
règne tant d'indolence.
Je demandai au nègre qui passe les voyageurs oii
je pourrais trouver un gîte , et il me répondit que le
conunandant m^en procurerait un. Je crus qu'il s'agis*
sait du commandant du village , et que j'allais avoir
afiaire à l'homme le plus distingué du lieu ; mais je
fus un peu surpris de me voir présenté à un mulâtre
mal vêtu y dédaigneux y impoli ^ et qui sans doute ne
savait pas même lire , puisqu'il remit mon passeport à
une autre personne, pour qu'on lui en fît la lecture*
Tobtins la permission de passer la nuit dans la maison
qu'occupait ce personnage, et bientôt je fus détrompé
sur l'emploi qu'il occupait* Ce n'était p^ , comme je
me l'étais imaginé, le magistrat du village, mais un
chétif caporal de milice qui commandait un détache-»
AU BRÉSIL. 73
vient de six hommes chargés de surveiller le paiement
du péage et d'arrêter les voyageurs suspects. Ce déta*
chement devrait être changé tous les quinze jours ;
mais les gens un peu aisés paient des rempla^ns, et
ce sont presque toujours les mêmes hommes qui oc^
cupènt le poste ^ Je fus installé dans le corps de
garde parmi des soldats qui assurément ne ressem*
Liaient guères à ceux du régiment des Mines * , et je
me mis à travailler, aveuglé par une fumée épaisse ,
craignant d'être volé et pouvant à peine remuer les
hraSf au milieu des curieux qui y de tous les côtés, se
pressaient autour de moi.
S. Joâo da Barra où je fus si mal hébergé est , soit
définitivement, soit d'une manière temporaire, le
chef-lieu d'une paroisse ^. J'ai donné une idée de sa
^ Un voyageur anglais qui donne à S. Joao da Barra le
nom de S. Joao de Macahë y ville plus septentrionale y attri-
bue les titres de surintendant et d'exceilence au commandant
du poste dont je parle id , et il s'étonne de ce qu'une telle
dignité ait été confërëe à l'ancien commis d'un usurier, com-
mis qu'il avait connu à Rio de Janeiro , et qui , dit-il , était
capable de toutes les vilenies. L'étonnement du voyageur eut
été moindre si , se donnant la peine de prendre des informa-^
fions exactes, il avait su que le prétendu surintendant n'était
autre chose qu'un chétif caporal de miliciens remplaçans
* Yoy. ma première Relation ^ vol. I, p. i5.
^ Le village de S. Joao da Barra dépendait de la paroisse
de Sagrada Familia étipûca ( la sainte ikmille d'^ûca ) qui
avait pour cheF-lieu Ipûca situé dans l'intérieur des terres.
L'église paroissiale étant tombée , les habitans de S. Joao da
Ban*a offrirent pour la remplacer leur chapelle dédiée à
/
74 SECOND VOYAGE
situation; quelques nouveaux détails achèveront de la
faire connaîtra Ce village a été bâti à lembouchure
du Rio de S. Joao , sur une pointe ou langue de terre
qui prolonge la rive gauche ou septentrionale de la
rivière, et qui se trouve comprise entre elle et l'Océan.
B se compose uniquement de deux rues parallèles au
fleuve; mais, s'il est fort peu considérable aujourd'hui,
il se trouve placé dans la position la plus favorable
pour avoir de Timportance , lorsque les bords du Rio
de S. Joao , moins déserts et mis en culture , fourni-
ront de nombreux articles d'exportation. L'embou-
chure de la rivière est très sûre, et non-seulement les
Jonchas les plus grandes^ mais encore les sumacas
peuvent , sans aucune difficulté , venir prendre des
marchandises dans le port de S* Joio da Barra. Déjà ,
lors de mon voyage, ce lieu était Tentrepôt d'un com-
merce de bois assez considérable. De grandes forêts
vierges bordent la rivière, qui a environ dix-huit
lieues de cours ' ; les propriétaires riverains font scier
S. Jo&> , et Ton transporta dans cette dernière le tabernacle
et les fonds baptismaux. Le curé prétendit alors donner à la
chapelle de S. Joao le titre de paroisse , et substituer au nom
de Sagrada Familia celui de 5. Joâo Baptista da Barra do Rio
de S. Joâo y maïs il y eut, en 1818, des rëclamatioDS contre
ce projet y et Pizarro qui rapporte les faits que je viens de
citer {Mém» hist. , Y, 122), ne dit point quelle décision prit
le gouvernement.
* PÎEartt) lui donne un cours de 35 lieues plus ou moins.
Cette rivière prend sa source dans les montagnes de Macaeû,
partie de la cordillère maritime, et coule d'occident en orient.
Bile a i5à 90 brasses dans sa plus grande largeur et 19 à
AU BRÉSIL. ' 75
les plus beaux arbres , et ils veadent leurs planches à
des marchands de S. Joao, qui les expédient pour Rio
de Janeiro.
Gomme les colons emploient ordinairement leurs
esclaves à abattre des arbres , ils ne cultivent en gét^
nëral que pour la consommation de leurs familles; aussi
les tran^tssadores ' ne se montrent-ils point dans ce
canton ; il y a cependant quelques sucreries aux envi-»
rons de S. Joâo, mais les propriétaires sont pour la
plupart des hommes riches , qui ne vendent point dans
le pays le produit de leurs établissemens. Us ont à Rio
de Janeiro des correspondans ou des associés aux-
quels ils expédient leur sucre, et quelques-uns même
fimt ces envois sur des embarcations qui leur appari>
tiennent. Le fret de S. Joao da Barra à la capitale du
Brésil est de deux testoes ou aoo reis par sac de deux
alqueires , et , lorsque le vent est favorable , on ne
met que quarante-huit heures pour faire ce voyage.
l^s cultivateurs qui ne possèdent point de sucreries ,
mais qui quelquefois cependant ont des deni*ées à ven-
90 pailmes de profondeur. Du côté du nord , elle reçoit suc-
ceseWement en allant de l'est à l'ouest^ les eaux du ruisseau de
S. Lourenço, des Rîos dos Aguas Ciaras (Aguas Compridas
suivant Freycinet ), dos Cruhixaes , dos Bananeiras , du mis*
$^u Maraium , des Rios da Aïdea Felha de Ipûca, da Lonira^
do Dourado. Les principaux affluens de la rive méridionaJe
sont les ruisseaux dos Gavioes et do Ouro , le lac Féa ^ enfin
le lac Inhuirunuaiba formé surtout des BÎM Capivary et Ba^
ccuhà ( Vîz.Mém. yU, 176 ).
^ Yojes ce qui a été dit dans le chapitre précédent sur le
commerce du Cap Frio.
76 SECOND VOYAGE
dre f font pour elles ce'qui se pratique relativemeut au
sucre ; ils les envoient pour leur compte à Rio de Ja»
neiro. Lors de inôn voyage, on n'aurait pas trouvé f
aux environs de S. Joâo, de bon café au-dessous de 7
à 8 patacas, du riz pour moins de 1 2 tostoes (9 f. 5o c.)
le sac de a arrobes (29 kil. 49) 9 enfin de la farine de
manioc au*dessous de a patacas (4 f* ) Yalqueire
( 40 litres ).
Après avoir quitté S. Joao da Barra, je traversai
pendant long-temps une plaine sablonneuse dont la vé*
gétation présente assez l'aspect de celle de nos landes.
Ce sont également des arbrisseaux de deux à trois
pieds, à tête arrondie, assez maigres, et qui souvent,
parmi des rameaux chargés de verdure, en offrent
d'autres desséchés et sans feuilles. Entre ces arbris«
seaux naissent des gazons , et , de temps en temps , on
rencontre des flaques d'eau sur lesquelles s'étale avec
abondanceune petite villarsie [F'iUarsiacommunis'S. ').
Une des espèces les plus communes dans ce lieu , est
une M élastomée à petites feuilles qui a la hauteur
d'environ un pied , et qui ressemble à celles des lieux
élevés de Minas Geraes ( Marcetia tenuifoUa DC. * ).
Dans les parties humides, je trouvai fréquemn^ent
aussi une utriculaire ( Utricidaria triador N. ' ) sans
feuilles et sans utricules , à longues tiges grêles et à
grandes fleurs bleues ^«
* Voy. la note BB à b fin du volume.
» Voy. la note CC ibid.
' Voy. la note DD ibid.
4 ParUdi les plantes des landes voisines de S. Joao daBam>
AU BRÉSIL. 77
A peu de distance du Bio das OstraSf on se retrouve
sur le bord de TOcëan, ob sont de distance à autre
quelques pauvres cabanes. Quoique je m'accoutu-
masse à voir dans les plus tristes réduits des femmes
habillées comme les dames des villes % je ne pus me
défendre de quelque surprise en apercevant à la fe-
nêtre d'une misérable chaumière une jeune personne
charmante qui portait une robe d'indienne* à l'anglaise
avec un chftle de soie , et dont la chevelure était rele-
vée avec quelque élégance. Sa beauté me surprit peut-
être encore plus que sa toilette; car, depuis Rio de
Janeiro, je n'avais pas vu une figure véritablement
jolie. Un teint désagréable est surtout ce qui enlaidit
les femmes de cette partie du littoral.
Je n'avais pas fait plus de deux lieues depuis le vil-
lage de S. .Joào , lorsque j'arrivai au Rio das Ostras.
Alors U était déjà tard ; la marée était haute, et, pour
pouvoir passer l'eau , il aurait fallu décharger mes
mulets qu'on eût rechargés sur l'autre rive. Toute
cette opération aurait pris beaucoup de temps, et,
comme j'avais un grand nombre de plantes à étudier,
je me décidai à remettre au lendemain le passage de la
rivière.
Le Bio das Ostras (la rivière des huîtres) n'a pas
plus de deux lieues de cours. De très petites embar-
je signalerai eDcore le Perama hirsuta , petite plante fert sin-
gulière de la Flore de GijeoDe. — Yoj. la note E£ à la fin du vol;
' Voj. ce que j'ai dit dans le chapitre précédent
sur la toilette des femmes du hameau de la Prai^ do
Anjo.
jS SECOND VOYAGE
oations peuvent néanmoins entrer à son embondiure ^
mais seulement en profitant de la marée haute. Je sut*
vis cette rivière dans un espace de quelques centaines
de pas y et je la trouvai bordée de mangliers '. Le nom
de Rio das Ostras est dû à la grande quantité d'hut-
très qui habitent son embouchure. On n'a pas la cou-
tume de manger celles-ci crues ; mais on les fait cuire
en les jetant simplement dans le feu sans les ouvrir.
Par cette grossière préparation , on leur fait contrac-
ter un goût de fumée assez désagréable; cependant je
trouvai qu'elles conservaient encore quelque délica-
tesse.
• Je couchai dans une venda bâtie sur la rive gauche
de la rivière et dont le maître était un ancien calfat né
en Portugal. En général la plupart des hommes qui,
sur cette côte ^ tiennent des vendas sont les Portugais.
Plus actifs I plus accoutumés au travail , plus pré-
voyans, plus économes que les gens du pays f ils sont
plus capables qu'eux de ce genre de métier. Mais ,
dès la première génération , les enfans de ces Eu-
ropéens subissent d^a l'influence de l'exemple et
du climat , et Ton ne retrouve plus chez eux les qua-
* M. le prince de Neuwied dit que ce les bords du Rio das
ce Ostras sont enchanteurs , que de grands arbres touffus les
ce couvrent de leurs branches pendantes , et que des co-
cc cotîers les ombragent ( Reîs. , I, 96 ou Voyage Bres, trad.
<r Eyr,f I; 444 )• ^ C!^^ vraisemblablement dans quelque
partie plus élevée des bords de la rivière que le savant ornitho-
logiste que je viens de citer a eu occasion d'admirer une vé-
gétation si lielie.
AU BRÉSIL. 79
]ji^é$ auxquelles leurs pères ont dû quelque aisance '.
Le lendemain au mallro , la marée était basse f et je
traversai à gué le Rio das Ostras y un peu au-dessus
de la vendu.
Dans un espace de quatre lieues et demie, depuis
le Rio das Ostras jusqu'à la fazenda da Boassica près
de laquelle je fis halte , je côtoyai presque toujours
la mer. Le chemin n'est autre chose que la plage elle»
même 9 et^en marchant, l'on enfonce continuellement
dans le sable. Quand il n'y a point de nuages , et que
la terre est sèche , là poussière et la réverbération du
soleil sur le rivage doivent être insupportables ; mais
je n'eus heureusement point à souffrir des ces incom-
modités. Il avait plu depuis quelques jours , le temps
était couvert; et j'en fus quitte pour un mortel ennuL
Celui qui n'a pas vu la mer , s'imagine qu'elle présente
l'image la plus parfaite de l'immensité, et peut->éti«
eji est-il réellement ainsi, lorsqu'on la découvre du
haut de quelque éminence ; mais , quand on la voit sur
une plage très basse, comme celle où j'étais alors, on
n'en aperçoit plus qu'une étroite portion ; et l'on est
fatigué du balancement périodique de ses vagues ainsi
que de la monotonie de ses mugissemens. La plage
d'un sable blanc et parfaitement pur sur laquelle je
cheminais ne m'offrait pas non p]^ une vue bien ré«
créative; je n'apercevais point de culture; jamais je
' Je reviendrai sur ces influences dans ma troisième Bêla*
(ion. J'ai dëja eu occasion d'en dire quelque chose dans la
première.
8o SECOND VOVAGE
n'avais trouvé moins de plantes en fieurs ; à peine
apercevais- je quelques oiseaux de mer qui , posés sur
la grève j s'envolaient à notre approche , et enfin , dans
un espace de plus de quatre lieues , Taspect des végé-
taux qui s^étendent au-delà du rivage , ne changea
qu'une seule fois.
Dans la premi^e partie du chemin , la grève nue
et sablonneuse est plta haute de quelques pieds que
les terrés voisines. Celles-ci sont couvertes d'arbris-
seaux serrés les uns contre les autres , et surtout de
Mjrrsinées dont les branches , arrivant toutes à la
même hauteur , présentent une masse d'un vert noir
et triste y de niveau avec le rivage , et au milieu de
laquelle se montrent çà et là quelques brins desséchés.
Plus loin au contraire la partie de terrain couverte de
végétaux qui avoisine la plage s'élève au-dessus de
celle-ci , en formant un coteau. Là on retrouve encore
une végétation triste et sombre ; mais , comme les ar-
bres et les arbrisseaux qui la composent n'aboutissent
point au même niveau , ils ont un autre aspect que
ceux dont j'ai parlé tout à l'heure. Â leur pied croissent
abondamment des Âmaranthacées d'un vert obscur,
un Sophora appeléyê^aio da praia ( Sopkora Uttoralis
Neuvr. et Schrad '), dont le feuillage a aussi une
teinte sombre , eâSn une quantité prodigieuse de
Cactus j de Tillandsia et d'ananas sau^ges , plantes
* Cette plante serait extrêmement précieuse si , comme on
l*a dit y ses graines pouvaient détruire ou écarter les grandes
fourmis , fléau de l'agriculture brésilienne ( Yoy. la note EE
i la fin du yolume ).
AU BRÉSIL. 8t
^ineuses qui forment un fourré impénétrable.
A environ un quart de lieue de Tendroit où je us
halte, j'arrivai à un grand lac d*eau salée appelé Za^oa
da Sica ou da Boassica qui n'est séparé de l'Océan que
par une langue de terre étroite et sablonneuse^ et qui
d'ailleurs est borné de toute part par de grandes forêts.
Cette lagune a deux mille quatre cents braças ' de lon-
gueur et soixante dans sa plus grande largeur;, elle
offre peu de fond, reçoit plusieurs ruisseaux, et l'on
y pêche une grande quantité de poissons excellens qui
y arrivent avec les eaux de la mer , quand on a soin
d'ouvrir un passage à ces dernières ^.
Après avoir suivi pendant quelques minutes le bord
occidental du lac , je passai devant une sucrerie dont
l'importance était suffisamment attestée par de nom-
breuses cases à nègres , et à laquelle on donne le nom
defazenda da Boassica emprunté du lac qui l'a voi-
sine. Je traversai ensuite un bouquet de bois vierge
de peu d'étendue, et je me trouvai devant txnevenda
très propre et nouvellement construite que l'on ap-
pelle venda da Sica. Comme le vent était très froid,
et qu'il tombait de la pluie, je me décidai à ne pas
aller plus loin. C'était encore un homme né éO' Por-
tugal qui tenait la venda da Sica. Il me donna une
petite chambre qui avait une fenêtre, et je ne fus
point obligé de partager ce gîte avec mes gens qui
%
^ La Braça équivaut^ fielon le savant Frejcinet, à a mèti'es
30.
» Cas. Corog, Braz. , II, Sg. — Piz. Mém. htsi, , II, 17a-
TOME II. 6
8i SECOND VOYAGE
eurent aussi leur chambre; depuis Rio de Janeiro, je
n'avais pas encore été si bien logé '.
Lorsqu'on voulut ouvrir mes malles , les clefs ne se
trouvèrent point. J'étais fort affligé de leur perte; car
on m'assura qu'il n^y avait à Macahé, la ville voisine ,
qu'un serrurier peu adroit , et même on me fit crain-*
dre que cet homme ne fût absent. Prégent partit aus-
sitôt , et) à ma grande satisfaction, il revint le lende-
main matin avec le paquet de clefs qu'il avait trouvé
sur la plage.
Je passai la journée à la venda da Sica pour soigner
mes collections qui n^avaient pu l'être la veille, et en
même temps pour arranger une vingtaine d'espècea
de Fucus que j'avais trouvés i^on loin de mon logis y
sur des rochers à fleur d'eau. Cette récolte était précieuse
pour moi ; car j'avais eu beaucoup à me plaindre de la
disette de plantes marines dan» le voisinage de Rio
de Janeiro, et l'on sait combien ces plantes sont rares
sur des plages rases et sablonneuses comme celles que
l'on parcourt entre S. Joâo et le lac da Sica *.
A[irès avoir quitte \dL venda voisine de ce lac, je
traversai un bois d'environ une demi-lieue, et j'arrivai
à la ville de S. Joâo àt Macahé qu'on appelle simple^
ment Macahé dans l'usage ordinaire.
^ J ai de la peine , je Tavoue , à reconnaître le pays que
jaî parcouru entre S. Joao et Macahé, dans la description
qu'en a faite M. le prince de Neuwied ; mais il parait que ce
savant zoologiste n'a pas exactement suivi le même chemin que
moi. fia lagune dont il parle est sans doute celle da Sica.
*" \ oy. la note GG à la fjii du volume.
AU BRÉSIL. 83
CHAPITRE IV.
■ I
tA VILiiE DE MACAfiÉ, ^VOYAGE DE CETTE VILtE AUX
LIMITES DU DISTRICT DE CAMPOS DOS GOITACAZBS.
Histoire de Macahe. Descrîplioa de oelte ville. Son commcfrce. fkè'-
flexîons sur la manière d'exploiter les bois dans ce pays et dans toot
le Brésil. CaUure. — Les Iles de Santa Anna ; leur utiliië pour les
contrebandiers. — Description succincte de la côte depuis les Iles de Sanla
Anna jusqu'à Rio de Janeiro. — Quelques mots sur riniérieor des
terrei. — Hameau de Barreto, — Habitation de Cabiunas. — L'au-
teur s'égare. — Siiio do Paulista. — Bestiaux. — Pays situé entre le
Sitio do PauUsia et le Sitio do Andrade,^^ Sitio do Pires, — Pu-^
aaises du Brésil. — Sitio do Andrade.
Il est à croire que même avant Tarrivée des Por-
tugais au Brésil , le nom de Macahé avait été donné
par les indigènes à la contrée qui le porte aujourd'hui;
car déjà on trouve ce nom^ avec une altération légàre,
dans le récit intéressant du naif et véridique Jean de
Lery \ Suivant cet écrivain qui , en 1 547 ' ^î^^^ ^^
baie de Rio de Janeiro et ses alentours , un rocher
inaccessible s'élevait comme une tour sur la côte voi-
sine de Macabé , et répandait , aux rayons du soleil-^
un tel éclat qu'on pouvait le prendre pour une éme^
• Voyage y éd. 1578, p. 55.
84 SECOND VOYAGE
raude. Je ne sais ce qu'est devenu ce rocher appelé
jadis par les navigateurs YEmeraude de Maq-hé;
mais c'est certainement lui qui aura valu au pays le
nom qu'on lui donne ; car, de nos jours encore, les ha-
bitans du Paraguay appellent macae^ en langue gua-
rani , une espèce d'ara entièrement verte commune
dans leurs campagnes \
Du temps de Jean de Lery, le territoire de Macalié
était habité par des sauvages alliés des Goitacazes.
Plus récemment les jésuites possédèrent une habita*
tien vers l'embouchure du Rio Macahé , et y bâtirent
une chapelle sous l'invocaiion de Ste. Anne. Un village
se forma dans le voisinage de cette chapelle, et, par
un décret {aharà) du ag juillet j8i3 , on le mit au
rang des villes sous le nom de S. Joào de MacaJié^.
Pour limite méridionale on donna au termo de la nou-
^ Je ne trouve point à la vérité le mot moca^ dans l'ouvrage
de D. Félix d'Azzara sur les oiseaux du Paraguay. Cependant
je ne puis avoir lephis léger doute sur l'étymologie que je rap-
porte ici ; car elle m'a été indiquée dan6 les missions de l'Uru-
guay par un homme éclaii^ qui avait long- temps habité le Pa-
raguay pix>premeut dit et qui connaissait parfaitement la
langue guarani.
* Un savant navigateur ne donne que le titre de bourg à
Macahé , au Cabo Frio , à Ma rie â , etc. Je crois que le mot
viita doit être traduit en français par le mot ville; car, si on
le traduisait par bourg, il faudrait ne plus appeler villes Sa-
hara , S. Joao dlLl Rey, etc. Dans tous les cas , si Ton doit
.donner aux viUas le nom de bourgs, Saquaréma et S. Joaoda
Bavra ne sei*ai\ent pas des bourgs , comme Ta dit Técrivain que
Je cite plus haut , puisque ces lieux n'ont point le titre de
villas.
AU BRÉSIL. «S
yelle ville le Rio dé S. Joào , et , pour limite septén**
trionale , Temboucbure da Furado ; cependant on te
soumit provisoirement à la juridiction ànjuiz déféra
du Gabo Frio, et l'on ne plaça à Macahé qu'un jMge
suppléant. Les habitans de cette ville désiraient aussi
•qu'elle devint le chef*lieu d'une paroisse; on céda à
leurs vœuX; et ,' en 1 8 1 5, la chapelle Ste. Anne fut dë^
finilivement érigée en église paroissiale sous Tinvo'car
tion de S. Jean-Baptiste '.
' Macahé est situé dans une position charmante à
l'embouchure de la rivière du même nom, et divi^sé
par cette rivière en deux parties inégales. Celle qui
borde la rive droite est la plus considérable; cependant,
elle ne se compose pas de plus de soixante à quatre-
vingts maisons, petites, basses^ éciirtées les unes des
autres, pour ainsi dire éparses et dont la plupart
sont couvertes en chaume. De ce même côté de la
rivière, sur une grande place qui y aboutit , mais qui
n'est encore qu'indiquée, on a élevé le poteau de jus-
tice destiné à faire connaître le rang de la ville dans
l'ordre judiciaire et administratif. C'est encore sur la
rive droite du Macahé que l'église a été construite ;
elle s'élève au sommet d'une petite montagne à quel-
que distance des maisons , et de loin , elle ressemble
à un ancien château.
La partie septentrionale de la ville est située beau-
coup plus loin de l'embouchure de la rivière que^ la
partie méridipnale, et, en face de celle-ci^ il n'existe
* PJ2. Mém, hijt,,y, 3o4.
S6 SECOND VOYAGE
qu'âne langue de terre nue » basse et sablonneuse qui
s'ayance entre TOcéan et la rivière. ;
Après avoir décrit , à son extrémité, différens dé»
tours , le Macahé se jette dans l'Océan entre la langue
de terre dont j'ai parlé tout à l'heure et un monticule
en partie cultivé et eu partie couvert de bois qui ter-
mine le côté droit ou méridional de la ville. Tout le
pays eât assez plat ; mais , vers Fouest , l'horizon est
borné par la Serra de Macahé , chaîne de mont agnea
qui se rattache à la Serra do mar, et au milieu de la-
quelle le pic appelé Morro do Frade ( montagne
du moine ) se fait remarquer par sou élévation et sa
forme singulière. L'ensemble que je viens de décrire
présente un paysage charmant , surtout lorsqu'on le
contemple étant sur la rive gauche de la rivière , d'où
l'on découvre bien mieux que sur la rive droite , les
montagnes qui sélèvent à l'horizon ^ le petit morne
isolé où Téglise est bâtie et toutes les sinuosités que
décrit la rivière avant son embouchure.
Malgré les agrémens de sa position , Macahé , lora
de mon voyage , ne pouvait guère être comparé qu*à
un village de France des moins considérables, et si
Ton a fait de ce lieu une ville et la capitale d'un iermo,
c'est sans doute parce qu'il semble destiné à acquérir
un jour une très grande importance. La rivière qui y
passe a environ dix-huit lieues de cours ' , et les terres
* Cazal et M. le prince de Neuwied lui en donnent i5, et
Piïarro 16. Ce dernier dit {Mém. hîst,, II, 175) qu^elle prend
naissance dans les montagnes appelées aussi Macahé y et
quelle reçoit les ruisseaux de Joâo Manœlti d'Ataiaia, le fl/st
AU BRÉSIL. 87
baignées par elle sont propres aux principaux genres
de culture. Les grandes lanehas et les sumacas peu-
vent franchir Tembouchure du Macahé, lorsqu'elleis
n'ont qu'une demi-charge; hors de Tembouchure , les
embarcations trouvent dans la petite rade da Concha
(de la coquille) un excellent abri contre les vents du
sud que l'on redoute le plus ; enfin les iles de Saniu
Anna situées vers l'entrée de la rivière, offrent pour
toute espèce de vaisseaux un assez bon mouillage ^
Déjà Macahé a un air de vie que l'on remarque rare-,
ment dans l'intérieur et même sur le littoral du Brésil ;
l'on y voit du côté du midi ^ un grand nombre de ven^
dos j et plusieurs maisons annoncent l'aisance de leurs
propriétaires par le soin avec lequel elles sont entre-
tenues.
Le principal commerce de cette ville naissante est
actuellement celui des bois. Comme les colons de
S. Joâo da Barra , ceux des environs du Rio de Ma-
cahé choisissent dans les forets vierges les arbres les
plus beaux et les font mettre en planches. Quelques-
uns envoyent leurs. bois directement à Rio de Janeiro;
mais la plupart et principalement les moins riches les
vendent à des marchands établis à Macahé même.
Les arbres qu'on exploite le plus souvent dans ce pays
Mono y les eaux du ba appelé Lagoinha, celles du lao Péù
Ferro , des rivières de <5. Pedro , de Cruhixaes , du ruisseau
de Serra f^erde , du Bio d^ Qurv , du Rio das Aduellas y du
ruisseau àaJanipapo , du lac de Traira y des ruisseaux de«$a'
hià y de Juruminmeiàe Boajsîca.
^ Freyc. Voyage Ur. hisi. j I. 84^
88 SECQND VOYAGE
sont \ejacarandd doat le bois est employé daos Véhé^
nisterie et dans la menuiserie; ïararibd^ le canda }
le vinhatico qui a un bois jaune et presque incorrup*
tible , propre à la menuiserie et à la construction des
navires; le caixeta qui remplace comme je l'ai dit
ailleurs , le sapin de nos climats ; Voleo employé dans
la charpente , etc \ Les planches se vendent à la dou-
Baine ; celles de vinhatico de 3o palmes de longueur
jsur a de large valaient en particulier , lors de mon
voyage, trente mille reis la douzaiue (environ 187 f.).
Il est à craindre cependant que par l'imprévoyance
du cultivateur , ce commerce ne diminue bientôt d'une
manière sensible, et qu'il ne finisse par tomber entiè-
rement. Ici et probablement dans tout le Brésil , on
n'a point, comme en Europe, l'usage d'exploiter en-
tièrement une certaine étendue de forêt ; on choisit çà
et là les arbres qu'on veut faire scier, et le bûcheron
les abat à sa hauteur , pour ne pas avoir la peine de
courber son corps. Quand même on couperait les ar*
bres au niveau de la terre , les souches privées d'air
et bientôt recouvertes par les lianes et les parasites ,
ne pourraient probablement produire de rejettons ; et
à plus forte raison encore des troncs de trois ou quatre
*■ Voyez la table des bois dont on se sert à Rio de Janeiro ,
ftite par M. de Freycinet d'après les renseignemens qu'il a
obtenus de MM. de Geslas et Fraocîsoo Maiimiliano de
Souza ( Voyage Ur, hisL , I, ii5et suiv. ). Feu M. Mawe
avait dëja donné une courte liste des bois de CantagaUo (TWz-
vels , etc., i3s ) ; mais les noms y sont tellement dëfiguréa
qu'elle doit éti^ considérée comme non-avenue.
AU BRÉSIL. 89
pieds de haut doivent-ils bientôt périr pour jamais.
Lors de mon passage à Macalié, les beaux arbres
commençaient déjà à y devenir fort rares , et souvent
l'on était obligé de les aller chercher dans des forêts très
éloignées de Tembouchure de la rivière. Ainsi j tan*
dis que d'un côté les Brésiliens livrent à l'incendie
d'immenses forêts , sans en retirer autre chose qu'un
engrais passager, ailleurs , quand ils exploitent quel-
ques arbres précieux , c'est de manière à courir le ris-
que d'en détruire l'espèce. J'ai vu les ouvriers brésiliens
rechercher des planches d'un bois commun sciées en
France ou en Angleterre , et si le gouvernement du
Brésil continue à s'inquiéter aussi peu qu'il l'a fait
jusqu'à aujourd'hui de l'aménagement de ses forêts»
on peut prédire avec assurance qu'un temps n'est pas
éloigné oïl des navires se rendront d'Europe au Brésil,
chargés de planches et de bois de construction. Sous
l'administration bienfaisante du marquis de Lavradio,
il s'était formé dans la capitale une académie philoso*
phique qui s'occupa avec utilité de l'agriculture du
pays, et à laquelle on dut les plus heureux essais sur
Tintroduction de la cochenille et la culture de l'in*
digo. Comment aujourd'hui oii le Brésil s'est débar-
rassé des lourdes entraves du système colonial, ne se
forme-t-il pas dans la capitale de cet empire une so-
ciété d'agriculture qui ait pour but d'éclairer les pro-
priétaires sur leurs véritables intérêts , de les arracher
à leur imprévoyance et d'ouvrir des sources nouvelles
de prospérité? Cela ne vaudrait-il pas mieux que de
consumer son temps et son intelligence à discuter des
90 SECOND VOYAGE
questions vagues de droit absolu, ou les vaines théories
d'une économie politique surannée et inapplicable sur*
tout à l'Amérique ?
L'exploitation des bois n'est pas au reste la seule
occupation des cultivateurs des environs de Macahé.
Entre le Sitio do Pauiisia situé à quatre lieues nord
de cette petite ville et le port de S. JoSo da Barra , on
comptait naguère une vingtaine de sucreries plus ou
moins éloignées du rivage de la mer ; mais on a re-
connu que la canne à sucre n'était pas la plante qui
convenait le mieux à ce pays, et qu'elle n'y rendait
presque rien si, pour la couper , on ne saisissait pas
l'instant même de sa maturité. Plusieurs colons ont
donc renoncé à leurs sucreries , et s'appliquent aujour-
d'hui à la culture des cafeyers qui donne beaucoup
moins de peine que celle de la canne, qui n'exige ni.
autant de bâtimens ni autant d'esclaves , et qui réussit
très bien sur le penchant des hauteurs voisines de
Macahé. La plupart des propriétaires envoyent pour
leur propre compte à Rio de Janeiro le café qu'ils re-
cueillent; mais le besoin de numéraire oblige souvent
les moins riches à vendre dans le pays même, une
partie de leurs récoltes. Le fret de Macahé à la capi-
tale du Brésil est de deux patncas le sac de deux al-
queireSy et, avec un bon vent, on peut faire le voyage
en quarante-huit heures et même en moins de temps.
Les colons des alentours de Macahé cultivent le coton,
mais seulement pour la consommation de leur famille,
et il en est à peu près de même du maïs, du riz et
du manioc.
AU BRÉSIL. 91
Parmi les avantages dont jouit la ville de Macahé,
il en est un que je ne dois point passer sous sileiice; car,
dans un pays aussi chaud, il peut être considéré
comme inappréciable. Depuisiong-temps je trouvais
partout de l'eau extrêmement mauvaise; mais celle
qu'on boit à Macahé est excellente et parfaitement
limpide.
Tai déjà parlé plus haut des îles de S. Anna voi*
sines de cette ville. Ten dirai encore quelque chose
pour rendre plus complette la description que j'ai
donnée de tout le pays. Ces îles , situées à une demi-
lieue en mer , un peu au sud de l'embouchure du Rio
de Macahé ^ , sont au nombre de trois. La plus grande
qui porte proprement le nom illUia de Santa Anna
a du bois et de l'eau potable, et présente, comme on
l'a vu, un mouillage assez bon , même pour les vais-
seaux de haut botd. On y comptait autrefois quelques
habitans ; mais le gouvernement s'étant aperçu qu'ils
profitaient des avantages de leur position pour favo-
riser la contrebande du bois de Brésil et celle des es-
claves, leur donna ordre de quitter l'île, et, depuis
cette époque , il n'a été accordé à personne la per-
mission de s'y établir. On assure cependant que Tllha
de Santa Anna est encore aujourd'hui d'une très grande
utilité pour les étrangers aventureux qui font le com-
merce interlope du bois de Brésil. Ce bois que l'on ne
peut couper sans une permission expresse du roi, est
extrêmement abondant aux alentours du Cap Frio.
* Piz. Mém, hisi. , II, p. 177.
92 SECOND VOYAGE
Les contrebandiers étrangers s'arrangent, dit-on, avec
les habitans du pays ; ceux-ci profitent de la nuit pour
abattre les arbres; ils chargent le bois sur de petites
embarcations y et ils le conduisent à l'Ilha de Santa
Anna où il est enlevé par les acheteurs '.
Si, des îles Sainte Anne, on voulait naviguer vers
le sud, en suivant la côte du Brésil on trouverait à
quatre lieues du Macahé et de la rade da Concha ,
l'embouchure du Rio dos Ostras. A une demi -lieue
de cette dernière est Tentrée du Rio de S. Joao , et à
trois lieues plus loin , l'embouchure du Rio d'Una ,
rivière insignifiante qui doit avoir sa source près de
Campos Novos. Au sud de l'Una , la côte s'arrondit
pour former l'anse dite Bahia Formosa (la belle baie^
où toute espèce de bâtiment peut trouver un abrû Le
côté méridional de cette anse est borné par une petite
presqu'île qui se termine au nord par la pointe dos
JBuzios (des coquilles de limaçon), et au midi par
celle de Joâo Fernandes; la première est éloignée
d'une lieue du Rio d'Una, et, sur la seconde très
rapprochée d^elle, on a placé un détachement de mi*
lice chargé d'empêcher la contrebande du bois de Bré-
sil. Dans le voisinage de ces pointes sont l'ile dite
da jinchora ( île de l'ancre ) et d'autres plus insigni-
fiantes encore. Au-delà des deux pointes dos Buzios
et de Joâo Fernandes , la côte reprend la direction du
nord-ouest qu'elle avait eue depuis le Rio Macahé
* Je ne cix>i8pas avoir besoin de répéter que je ne prétends,
parler ici que de i*époque de mon voyage.
AU BRÉSIL. 93
jusqu'au fond de la rade Formosa ; et bientôt l'on passe
devant la petite anse da Ferradura (du fer de cheval ),
éloignée d'une lieue de la pointe de Joao Fernandes,
puis devant l'anse de Pero qui est à une lieue de la
première; on peut débarquer également au fond de
ces deux anses. Phisloin, on trouve les terres du Cap Frio
que j'ai déjà décrites, et, si l'on sort par le Boqueirâo
do Sul , on a en vue la petite ile dos Francezes ( des
Français ). C'est alors que la côte prend la direction
de l'est à l'ouest qu'elle ne perd plus jusque vers la
baie de fiio de Janeiro; et, presque rectiligne dans
tout cet espace, elle n'y ofire que deux pointes du
moins un peu sensible, celle formée par le Morro de
Nazareth et la Pouta Negra, rocher qui s'avance dafns
la mer d'un peu moins d'un quart de lieue '.
Il ne faut pas s'imaginer qu'entre le Cap Frio et
la ville de Macahé ; il n'y ait d'habitans que sur le
littoral. Dans l'intérieur des terres , au milieu des im-
menses forêts voisines de la chaîne maritime, les mis-
sionnaires avaient formé divers aldeas qui depuis ont
été érigés en paroisse. Il paraît que la population in-
dienne y a singulièrement diminué; mais les indigènes
auront sans doute été remplacés par quelques colons
blancs ou mulâtres. Les détails qui ont été publiés sur
ces contrées sont trop vagues ; ils présentent trop peu
d'intérêt pour que je les cite ici, et je dois regretter
de n'avoir pas visité moi-même des lieux sans doute
* Voj. Memorias historictu , II, 179 et les cartes de
M. Roussi n.
94 SECOND VOYAGE
très intéressans pour le naturaliste et où j'aurais eu le
plaisir de retrouver encore quelques faibles restes
d'une civilisation dont il n'existera bientôt plus au-
cune trace.
En quittant Macahé, je passai la rivière sur une
pii*ogue. Le péage est affermé pour le compte de l'ad-'
ministration, et l'on ne paie ici que 4o reis (a5 c. )
par personne. Grâce à mon passeport royal ou porta*
fia f je n'eus rien à débourser ni pour moi y ni pour -
mes domestiques , ni pour mes bétes de somme.
Au-delà du Rio de Macahé, on traverse un pays
agréable et riant ^ C'est une plaine qui se prolonge
entre des collines et le rivage de la mer et qui présente
des bouquets de bois entremêlés de pâturages un peu
marécageux où paissent beaucoup de bestiaux.
J'avais fait une lieue depuis Macahé, lorsque je passai
par le hameau de Barreto qui se compose d'une cha*
pelle et de quelques chaumières bâties autour d'une
belle pelouse. Cet endroit dépend de la paroisse de
S. Joao de Macahé; mais les habitans y entretiennent
un chapelain à leurs frais , ce que l'on fait générale*
ment ici dans les endroits un peu éloignés de l'église
paroissiale et où quelques colons se trouvent réunis.
A environ une lieue de Barreto, je 6s halte à la pe«
tite habitation de Cabiunas * bâtie sur une colline d'où
Ton découvre un pays agréablement coupé de bois et
de pâturages.
> Comme on le veira plus bas , on fait commencer an Ma-
cahé les Gampos Goitacazes.
* Probablement des mots tupis caba guêpe et \ma fwire.
AU BRÉSIL. 95
Le juge suppléant de Macahé m'avait donoé une
lettre de recommandation pour le propriétaire de
Cabiunas qui me reçut parfititement bien. Sa maison
fut la première où 9 depuis le commencement de mon
vojrage sur la côte , on m'offrit à souper; mais j'y exci-
tai une curiosité qui ne laissait pas d'être importune.
On se press'^ic autour de moi, et l'on m'accablait , il
faut le dire, de questions toutes plus impertinentes
et plus ridicules les unes que les autres. Au reste il y
en avait deux ou trois que l'on n'avait jamais manqué
de me faire partout où je m'étais arrêté depuis Rio de
Janeiro. On me demandait d'abord quelles marchan-
dises j'avais à vendre, et, quand je répondais que je ne
vendais rien , mais que je voyageais dans l'unique but
d'observer et de recueillir les plantes du pays, on voulait
absolument savoir combien l'on me donnait pour faire
ce métier. Accoutumés à la vénalité qu'avait introduite
parmi eux un despotisme sans énergie, ces bonnts
gens ne pouvaient concevoir que l'on entreprit quoi-
que ce fut par un autre motif que celui de gagner
quelque argent.
Mon hôte de Cabiunas me fit déjeûner avec lui ;
mais probablement il avait oublié que ma caravane ne
devait pas s'arrêter avant cinq à six heures du soir;
car il ne m'offrit qu'une tasse de café avec un petit
gâteau de farine de manioc.
Peu de temps après avoir quitté la maison de cet
homme , j'arrivai dans une grande plaine qui se pr(^
longe entre la mer et des collines boisées. Là, au milien
d'un sable blanc et presque pur , je retrouvai une végé-
96 SECOND VOYAGE
tation à peu près semblable , du moins pour l'aspect ,
à celle de la presqu'île ou restinga du Cabo Frio; si
ce n'est pourtant que, près de Cabiunas, les arbris-
seaux sont en général plus écartés les uns des autres
et moins vigoureux ; qu'ils ne forment pas aussi bien
le buisson, et qu'à l'époque de mon voyage (i6septem-
bre ) il y en avait beaucoup moins en fleurs. Ici, ccMnmc
au Cap Frio , les Myrtées se montrent en plus grand
nombre que les plantes des autres familles. Dans les
endroits secs, les intervalles qui se trouvent entre les
arbrisseaux sont entièrement nus ; mais toutes les fois
que le sol devient un peu humide, il y croît un gazon,
fin et assez maigre au milieu duquel on voit en grande
abondance un Xytis et trois ou quatre espèces de pe-
tits Eriocaulon à tête solitaire , genres de plantes qui
se plaisent ensemble sur des terrains analogues à ceux
où chez nous croissent presque toujours réunis XExa*
cum filiforme et le Lmum radiola.
Je m'étais éloigné de ma caravane pour cueillir des
plantes. Au bout de quelque temps, mon domestique
qui m'accompagnait prétendit que nous n'étions plus
dans le véritable chemin; nous en cherchâmes un au*
tre au milieu des sables , mais ce fut inutilement ; il
fallut revenir à celui que nous venions de quitter. Ce-
pendant, comme je n'y apercevais aucune trace qui
indiquât le passage de mes mules , je finis par me per-
suader que je «m'étais véritablement égaré, et j*entre-
voyais avec effroi la possibilité de passer la nuit de-
hors , sans avoir rien à manger. Cependant nous
aperçûmes dans le lointain un toit qui me rendit
AU BRÉSIL. 97
quelque espérance; mais elle se dissipa bientôt, car
ce toit n'était que celui d'une chapelle abandonnée.
En y arrivant, nous nous ta*ouvânies sur une langue
de terre étroite et sans végétation qui sépare la mer
d'un grand lac. Nous roarcliions sur un sable pur
contre lequel les vagues venaient se briser. La couleur
rousse des eaux de la mer contrastait tristement avec
la teinte noirâtre de celles du lac; de l'autre côté de
celui-ci, nous n*a percevions que des bois, et aucune
habitation ne s'offrait à nos regards : tout le pays pré-
sentait l'aspect austère de l'aridité et de la solitude ;
le seul mouvement qui y régnât, celui des flots, était
égal et monotone.
Enfin , à ma grande satisfaction , nous découvrîmes
une maisonnette sur le bord du chemin. C'était une
petite venda où j'appris que nous ne nous étions point
égarés, comme je l'avais craint, et que mes mulets
avaient passé par ce lieu même peu d'instans aupara-
vant. Malgré la chétive apparence de la venda et son
isolement, j'y trouvai de la liqueur, du biscuit, des
figues sèches, des olives; et je pris avec grand plaisir
un supplément au déjeûner frugal de mon hôte de Ca-
biunas. Je demandai au propriétaire et à sa femme
s'ils ne s'ennuyaient pas beaucoup dans cette solitude;
mais ils parurent très surpris de ma question. Le
maître de la venda me répondit qu'il péchait dans le
lac, et que d'ailleurs il passait continuellement des
voyageurs, ce qui signifie que chaque jour il en pas-
sait deux ou trois. I^'habitude familiarise l'homme
avec toutes les situations; il n'en est point où il ne fi-
TOME II. 7
98 SECOND VOYAGE
aissepar être heureux , quand il s^est persuadé qu'il lui
est impossible d'en changer , et lorsqu'en même temps
il n'a pas sous les yeux 4es objets d'envie qui tortu*
rent son imagination.
Après le lac de Carapiboi ' , celui sur le bord du-
quel est bâtie la vendu dont je viens de parler, on
trouve une autre lagune; et, traversant toujours un
terrain plat et aride, on arrive bientôt au Sitio do
PauUsta ( la petite habitation du Pauliste ) , l'un des
endroits où s'arrêtent les voyageurs qui parcourent
cette route» Le Sitio do Paulista qui doit sans doute
son nom à la' patrie du premier qui s'y établit, n'est
qu'une chaumière construite près de l'Océan dans une
plaine stérile et sablonneuse *. Sur une côte aussi dé-
serte, le voyageur est encore l^eureux de rencontrer
oet asyle où il trouve du laitage et quelques autres
alimens, du mais pour ses mulets et un pâturage en«
touré de haies sèches. Il serais impossible de rien cul*
tiver autour du Paulista ; mais il existe dans cet en-
droit assez de terrains couverts d'une herbe fine et de
bonne qualité pour que le propriétaire puisse élever
des bestiaux.
• Ici les h^e& à çprnes ne me parurent point appar*
^enir à une belle race* On leur donne aussi peu de
smn que dans les Mines, et l'on n'est pas même obligé
«
^ Carapiboi vient probablement des deux mots indiens ca*
rapi^ chose courte et hojra serpent.
* Comme je l'ai dit dans ma première Relation , les si/ios
'sont des établissemens ruraux d'un ordre inférieur aux^»-
Méndtu.
: AU BRÉSIt. : 99
lie leur. f«ire prendre da^stf^^ pariée qqe i$i terra est
ip>prégâice: d^'Cette substance-, x^tqiie partout II exiete
dp& eaux plus ou moÎDs salées; Cotnme'àî Minas^ lies
yaçUes.qMÙQiPt ua!Yeau fburnissmit- sêaies duvlait, et
cqislq^ que! j'pn «regarde confine lès meilleures -en den«
lA^nt;) PUtRf^ Jia.raiioa défi Vf aus!, qu£)tt)e pti»tc^ par jour.
Ia*.& JbQ$iiauK; dû ce oanton sont sujets à des obliques
que l'on attribue aux eaux croupii^ quHU boivent
4axf^ les lieux bas; on les guérit en les changeant de
p^tumgQs et en les rapprochant des lagunes d'eau
s^lee. 1 .
En arrivoni au Sitio do Paulista, j'j trouvai des
marcliao^ds qui venaient delà ville de CampoSf et se
rendaient à Si. }çaQ da Barra aveo une troupe de mu^
letsf charge deauore. Us me diredt qu'ils espéi'âient
trouver dan^ ^' village le débit de lenr marebandise,
parce que 1^ propriétaiites des SHcrerie$ de ^. }o3o
o.nt coutuii^e dç ne rien vendre dans leur, pkys, et
qu'ils,envoyea^5 cpmiue oiiTarVu, à Eio de Janeiix>^
le produit de leur fs^brication*
, iPepuiç: Ic^.^t'io do.P^ûliata jqsqu'an "^iiftb^^'^/t^.
dradep dans un^^espa joel de sept Ueuesçt demie, je ce«i4
tinuai à parcourir un pays très égal, désert elsablon<^
neux. ^.la «^rojte du cheip\¥ij qj^i itotoi^ la mer, s'é«
tendent dés dunes semblables à une longue chaussée,
et, à la gauchey.se.sbccèdeDt :des lacs d'une eau plus
ou moins douce mais toujours ou presque toujours peu
agréable à boire. Dans qûelques-UDj^ situés e^tfe^ le
Pauliçta et le 5/ftb dp Pires,, 0a yoif une Çyp^racëe
qui par son port ressemble faeaucçmp. au Sokjntà'iiÉI^
loo SECOND VOYAGE
eusttis ' y une grande jagittaire^ un nénuphar blanc ^^
une belle utriculaire ' ; sur leurs bords croh XAlisnut
rahwcutoidés ^^ et dans les lieux simplement maréca-
geux le />AMi0ra miermedia telqu'on le reèuteille dans les
environs de. Paris à Tétang de S. Léger '^i II 'est k re-
marquer que c'est par les plantes aquatiques que la
végétatbn de ce pays se rapproche le plus de celle
de l'Europe ; oe qui au reste n'est point étonnant , puis-
que , dans des contrées si peu analogues, ces plantes
habitent un milieu qui est toujours à peu pires le méine.
Le dernier lac devant lequel je passai, avant d^arri-
ver au lieu appelé Sitio do Pires^ était «entièrement
couvert d'un Sj^An qui me parut intermédiaire entre
Içs Tfpha ladfdia et angustifotiary on l'appelle dans
le pays tabôàj et l'on s'en sert pour couvrir les mai«
sons et. pour fiiire des nattes et des paillas^ns de hâts.
Duns des espaces souvent considérables V H li'existe
aucun lac, et alors on ne voit plus qu'uncT vaste plaine
bornée Hu l<Mn par des bois et couverte d'un gazon
assez fin parfaitement uniforme ; <;iftp^bdant la terre
crevSIssée detoutja-pârt indique asseis^ què^, lorsqu'il a
plu lopg-temps, ces grandes plaiâeâ'^ëvièhheht aussi
d^silacs.. -.,'.>-'; ..- "' • '
Je ne parcourus pas éi^ un seiH jour l'espace d'en-
%
. . I ....
> Voj. ^ note HH à la fin.du volume..' . >:
• Voj. 1^ note IJ ibid. . .^
' Voy. ' la note JJ ibid,
4 Vôy^ la note KK ibïd.
• ^ Yoy ..mon Histoire Jtès plantés ies phu rtmarquaUes eu
Bïésêt^JaBaragnofy p. iSS.
AU BRÉSIL. lat
viroa sept lieues dont je viens « àt décrire îaspect. A
deux lieues et deaiie du Sitîo do» Paulista,. je '&L*)iake
au Sitio do Pires ( nom d'homme ) « chaumière ulÈi«*peii
. . * • f-
écartée du chemin. Pour y arriver^ .je passai'entre le.
lac couvert de' Typha dotit j'ai parié tout à l'heure )Â
une lagune remplie de Sphagnum qiii^ en partie pur
tréfié, répand une odeur très désagréable. La chauj-
niière de Pires dépend d'uM babitation voisine, -et
était habitée .par un esclave et par sa.&mîlleà qui \wr
maître avait codifié li^ garde dîa, deux ou tnoîi cents
hèxe^ à cornes répandues dans les pâturages d'àlentoua.
Cet esclave élevait des volailles, et péchait dans les
lacs. Il me dit. que le pays était fort malsain , et. je
n'eus pas de. peine à le croire^ car les vapeursiqUi
s'exhalent des lagunes, doivent nécessaireoient infecter
l'atmosphère.
Depuis le commencement de ce voyage , moi et mes
gens nous n'avions cessé d'être tourm^utés par les
puces pénétrantes , et assez souvent aussi nous avions
eu à nous plaindre des moustiques. Pendant la nuit
que je passai à Pires ^ une autre espèce d'inseotes
malfaisans me priva du sommeil; je fus. dévoré par
des punaises de lit. Ces animaux désagréables m'pnt
paru être au Brésil plus alloqgés qu'ils, ne le sont en
Europe ; mais j,e pense que cette diflérence de fo^me
n'est que le résultat d'un changement de climat. Ce
qui en effet tend à prouver que la punaise n'est point
naturelle à cette partie de l'Amérique , c'est qu'elle y
est encore très peu répandue, et que l'on ne trouve pas
même son nom dans le dictionnaire de la Ungoa gérai.
loa .: V SECOND VOYAGE
Dç-Fii*ei jallai fàîre halte aa Sitio d'AntliaîI^, ^'^
péojlâik toute * la j6(li^tiée,' je ne iîeciieillis pds une
flèùki plaDte^ Rieti n'est plus racmotohe que la V(^gë^
. tUtxoki de «6 pfayi. Les pelouses et le bora de^ lagunes
^^oflreat guère «{u'une $eulte espèce de Gramince et
des touffes flei4ri<es d'tin fetii''H\fdjrotis. Sar la dune o^i
•chabsçéé qQi^'éieAàyCotùmé je IVr-dït; ^ù bord de la
toer et est'form^ peLt teà stfbles qa^dnt ainoncelas les
vague$> ott ne voit prësc^be tddjodr^ qub des pîccfs rà-
bdugris dû tophora littoï^iïi^ ^\^}fèfjàês dà praia \
et dans lee etttli<èit$ oi^ i) y4r \^ jiliisldé szAéxê\ s'ëtè-
vent «mqueitïeàlt fi^s'pïiangùeiras {Eii^énia Michelu\
quelques Cucius ^pltieUx/Hés'Broméli^es également
ehftrg^es d*épines et deanMeù^^ ( Schinus therebinci^
fdius Radd») qui, ëtal^^^ui^ là té^re et à peine liaiitk
d'un pied à un pied et demi^ montrent assez combien
le Sol leur esl; peu favorable. Dans ce triste pays , je
ne vis entre Pires el Andrade abèune métairie, aucune
cabane^ et^pen^dantloutelâ journée, je ne rencontrai
^ue deux persoÀneâ'. Les nombreux bestiaux qui pais-
sentdbns là eantpaghe, et les oiseaux dVâu cfui Volen't
gravement au*»dë&sùs des lacs ou qui clierchent leur
nourriture danîTlrt tet*hiih^ hurfiidcs, répandent seuls
dans te J^aysage uh peu de ihouvemenl et de vie.
Le Sitîo'tTAndrade oh je fis liallè^ coriime je l'ai
dit, après avoir quitté ^ires, est situé ^rès de la mer
à l'entrée de la plaitie. Il dépend de la belle yàzcn^a
du Cdlîegio voisine de la ville de Câmpôs,et il appar-
tenait, coiilniè telle /azencla f à Tordre des jésuites,
La- maison h'a qu'un' sisul étage, et se coin pose d'uue
AU BRÉSIL. io5
chapelle y de deux chambres , une salle , une cuhine et
une varanda ou galerie^ ensemble qui^ dans ces lieux
déserts, forme un véritable palais. Le' terrain où est
bâti Andrade est marécageux et offre un mélange de
sable et de terre noire. Autour de la maison , l'on voit
de vastes pâturages formés par un gazon assez ras,
et, plus loin^ des bouquets de bois d'une végétation
fort maigre. Un ruisseau d'eau saumâtre et bourbeuse
serpente dans la plaine, et, au milieu de celle-ci,
paissent des troupeaux nombreux. Il est à eroire que
les jésuites firent construire cette demeure pour avoir
un abri, lorsqu'ils allaient de la ville de S. Salvador
de Campos à leur sucrerie de Gampos Novos ou à
l'aldea de S. Pedro. Aujourd'hui le Sitio d'Andraâe
n'est habité que par deux esclaves de la fazenda du
Collegio chargés du soin des bestiaux qui vivent dans
la plaine, et bientôt sans doute on ne verra plus dans
cet endroit que des ruines.
Après être sorti du Sitio d*Andrade, je traversai,
pendant un peu plus d'un quart de lieue, de vastes
pâturages qui s'étendent parallèlement à la mer et où
paissent un grand nombre de bétes à cornes. J'arrivai
ensuite à l'embouchure de kt rivière du Furado, et là
je me trouvai sur la limite du terma de Macahé et du
district de Campos dos Goitacazcs, district que le cha-
pitre suivant fera connaître.
io4 SECOND VOYAGE
CHAPITRE V.
TABLEAU GÉVÈRàJL DU DISTRICT DES CAMPOS DOS
GOITACAZES.
AdmioistratMui da dîitrict àtiCàmpos dos Goîêacotes; lec limites.
— Le Parahybe ; son cours ; volaine d*eaa qu*il porte à U mer ; soa
emboarhure ; inondations de ce fleuve ; Tinflaence i|a*elles ont sar la
salubrité du pajs.«- Histoire des Gampos dos Goitacases.-— Caractère
des babitans de cette contrée. •— Le territoire des Gampos dos GoltA-
caxes appartient presque tout entier à quatre propriétaires tr^ puis—
sans. — A quelles conditions ces propriétaires afferment leur terrain.
— Fertilité des Gampos Goitacases. — Education du bétail et des
cbevaux*— Culture de U canne à sucre ; augmentation progressive du
nombre des sucreries ; quantité du sucre exporté et mode d*ezportation;
' des diverses qualités du sucre ; bois que Ton emploie pour faire les
caisses de sucre et les pipes Je taffia ; rareté du combustible propre à
cbaufTer les chaudières di^s sucreries ; commentée fait le commerce du
sucre ; désir qu'ont tous les babitans de Gampos de devenir proprié-
taires de sucreries ; résultat moral de cet ambition. — De quelle ma-«
Bière les esclaves aont traités dans les Gampos dos Goîtacases.-»- Pa->
pulation du district.
Les Campos Goitacazes sont soumis à l'autorité
d*un juiz de fora j et forment une partie intégrante
de la province de Rio de Janeiro. Cependant ce n'est
point à VOui^idor de la capitale qu'on en appelle des
décisions du tribunal de Campos, mais à celui de la
province d'Espirito Santo ; et, comme cette province
AU BRÉSIL. io5
est trop peu riche pour se suffire à elle-méihey on a
cru devoir appliquer à ses dépenses une grande partie
du revenu des Goitacazes.
La juridiction Ayxjuiz de fora charge de Tadminis-
tration de cette dernière contrée commence à Tem*
boucbure à\x' Rio Furado (la rivière percée); elle
comprend le territoire de S. JoSo'daPraià ou da Barra,
petite ville située à rembéuchure du Parahyba qui
n'a ijpLe\àe^ juges ordinaires % et elle. s'étend jusqu'au
Rio Cabapuana^ limite des provinèes de Rio !de Janeiro
et Espirito Santo, par le 20^ 16^ de lat. S. C'est ce
territoire qui y à proprement parler, doit porter le nom
de District des Campos dos Goitacazes ; mais , dans
l'usage ordinaire, on appelle^ à ce qu'il parait, Cam^
pos Goitacazes ou dos Goùacazes l'immense plaine
qui s'étend de la mer vers les montagnes entre le Pa«
rahyba et le Rio Macahé ou même, le Rio S. Joao \
Du Cap S. Thoméà son extrémité occidentale^ cette
plaine peut avoir une douzaine de lieue9 '. Dans la
partie voisine de la mer, elle est marécageuse', sabk>nr
neuse et couverte d'une herbe rase ^; mais plus près
* Pîz. Mém. hist.y IH, 85, 86.
* Ce que je dis ici des limites du territoire de Camper «st
le résultat de la comparaison de mes propres notes avee ce
qu'ont écnt Cazal etPiaarrp qui malheureusement avaient
laissé ce point de géographie dans uue très grande obscurité.
' Piz. Mém. hist, y III, 106.
4 On voit, d'apris ceci; qu'on a iodutt en erreur un
voyageur célèbre , lorsqu'on. lui a assuré qu'il n'y avait, pas
de savannes dans la province de Rio de Janeiro. Non-Seule*
ment il en existe dans le district de Campos , mais encore il
,o6 SECOND VOYAGE
de la ville de Campos , elle devient d'une eztntme fê^
condité ; une population nombreuse la cultive , et le^
voyageur qui a eu trop long^^mps sous les yeui des
plages arides et désertes » jouit enfin du plaisir d'ad-
mirer un pays riant qui lui rappelle les alentours des
l^randes villes de TEurope. Vis-à-vis de Campos, la
rive gauche du Parahyba est également très fertile et
très cultivée; mais plus loin, les montagnes se rap«
prochent de l'Océan, le sol décent phis itiégal^ la po-
pulation diminue, de grands bois repal^issetrt , et l'oa
rencontre plus rarement des terrains en culture '.
Les Campos Goitacazes parsemés de . lacs d'eau
douce, de lagunes et de marais, sont en outre arrosés
par un assez grand nombre de rivières» Ce)les-^ci ont
toutes un cours de peu d'étehdue, et n'offrent pas une
grande importance. Cepeaidant il finit excepter 1« Pa^
rahyba, fleuve dont )'ai déjà parlé ailleurs ^, et sur
lequel je donnerai encore ici quelques détaib. ,
Le Parahyfoa ^ prend sa source à environ vingt-^huit
lieues de Rio de Janeiro , dans la Serra dtt Bocaina ^^
• >
8*en trouve auprès de Santa Cruz , maison de campagne du
roi Jean VI et de l'empereur D. Pedro»
* La suite de mon voyage fera tionnaitre tonte cett* contrée
avec détail. <
• Vôy, ma première Relaihn , vo!» I, p. 60.
^ Foar Parajba qui , en guarani , veut dire rivtète qui va
à la mer.
'<^ Un savant a écrit (faiof le Pftrafayba naissait des ihou-
tagnèB de itfo/ro Groiio. Je* ne me ràppeHe pas avoir Jamais
entendu citer ce noin , et je ne le trouve indiqué ni dans
Casai y ni dans Pizarro , ni dans Eschwége.
AU BRÉSIL. 107
partie de la grande chaîne maritime. Il coule derrière
cette chaîne à peu près parallèlement à la mer; mais
en formant de nombreuses sinuosités ^ décrivant même
une sorte de parabole, comme s'il cherchait partout
à s'ouvrir uii passage à travers les montagnes. D'abord
it se dirige vers le sud'^ouest; il avance dans la pro-
vince de S. Paul , et perd bientôt le nom de Paratingaj
Paraitihga ou Piraitùiga qu'il avait porté d'abord.
Après avoir cônié pendant environ ti*ente lieues sans
aueube déviatioii très sensible, il rencontre, vers la
ville de Jacaréhy , le prolongement de la Serra da
Mantiqueira ou Serra do Espinhaço qui s'unit à la
chaîne maritime; comme il ne peut aller plus loin,
il décrit un contour, et revient pour ainsi dire sur
lui-même, en suivant la direction du nord nord-esti
Il arrose les petites villes de Guaratinguetây Lorena\
Pihddmonhbngdba f emheWit \es campagnes qui les
a voisinent pai* d'élégantes sinuosités ', ^t passe dans
la province de Rio de Janeiro* Ayant baigné la ville
de Rezendej il incline vers te nord-est, puis vers Test,
et reçoit les eaux du Parahy où t*arahybuna * et dii
'Rio Pomba. Vers S: Fidelis, aWea situé à huit lieues
deCampos ', il forme une catadupe ^; plus bas, les
' J^aî parcouru ce paye charmant à mon quatrième voyage.
• Pour Parayunâ qui , en guarani , veut dire rivière qui
tatme des oodeé noires.
3 On trouvera sur cet aldea des détails fort curieux dans
les écrits de M. le prince de Neuvried.
^ Je ne saurais dire si , en cet endroit | il existe une véii-
tablé cascade ou simplement des rapides.
io8 SECOND VOYAGE
eaux du Muriahése réunissent aux siennes; il baigne
ensuite la ville de Campos, et enfin il se jette dans la
mer, un peu au-dessus de S. Joao da Praîa , après un
cours d'environ 90 a loo lieues portugaises.
Comme te Parahyba parcourt une vaste étendue d^
pays , on pourrait croire qu'il porte à l'Océan un vor
lumc d'eau immense ; mais il a'en est pas ainsi, parc»
que ses afQuens qui descendent des deux chaînes de
montagnes très rapprochées entre lesquelles il coule
( Serra do Mar et do Espinhaço ) sont généraleipent
peu considérables. Si on rendait ce fleuve navigaiile
dans toute son étendue , ce qui peut-être ne serait
point impossible y il donnewt une. vie nouvelle aux
belles contrées qu'il arrose , et oîi les transports sont
aujourd'hui également difficiles et dispendieux. Dans^
l'état actuel des choses^ le Parahyba, $an& cesse interr
rompu par des rochers et parsemé d'un nombre pco<-
digieux dllots n'offre à la navigation que des inter-^
valles de peu d'étendue '.
Des embarcations {sunuzcas) capables de portée
5o à lao caisses de sucre d'environ aooo livres cha-
que y peuvent entrer dans le Parahyb^ et en sortir ;
cependant l'embouchure de cette rivière est fort dan*
gereuse, elle est embarrassée par des sables, et le
chenal où passent les batimens change souvent de
place, suivant que les sables sont portés d'un côté ou
d'un autre *. C'est uniquement par les hantes marées
• Cas. Caroff., II, 6.— Pi». Mém. hùt., lO, i3o.— Eichw.
Mnu. Nw0 fVeU , II, 43.
* Pisarro dit qu outre le chenal par lequel passent Ifa ju^-
AU BRESIL. 109
^M le& sumacas peuvent entrer ou sortir; deux vents
fiPuae direction difSérente leur sont successivement
nécessaires dans cette circonstance, et elles ne sau-
raient remonter au-delà de l'endroit où le flux cesse
de se £ure sentir. Depuis la ville de Campos jusqu'à
ce. point, on transporte les marchandises dans des
bm-ques qui à l'époque des crues admettent 1 8 à ao
causes de sucre , mais qui n'en reçoivent que i3 à 16
lorsque les eaux sont basses '.
Dans le district de Campos, les pluies tombent sur«
loul pendant les derniers mois de Tannée ; et ordinai-
rement en janvier, vers la fin de la saison des eaux, le
Parahyba, sortant de son lit, se répand dans la cam-
pagne. L'inondation, commençant à l'embouchure du
fleuve^ iie s'arrête qu'à dix lieues de l'Océan ; elle s'é-
iend sur l'une et l'autre rive, et, du côté du midi en
particulier, les eaux parviennent jusqu'à dix lieues
environ de leur Ut ordinaire. Il ne faut pas croire
|iourtant qu'elles couvrent tout le pays ; elles s'épan-
chent uniquement sur les parties basses , et ii existe
autour de Campos tout près même du Parahyha,
beaucoup de terrains qui, sans doute tournés par les
matas y il y en a tin autre plus septentrional qui doone entrée
aux piro^es.
* TJn savant , justement célèbre, maïs qui n'a point été à
Campos, a dit que les briks d*iui assez fort toooage arrivaient à
cette ville. Je ne puis m'empécher de regarder cette assertion
cromme erronnée ; cependant je dois igouter que , selon Pi«
camo , les sumaeas , à l'époque des crues , peuvent remonter
Jusqu'à la capitale des Goitacases ( Yoy. Mém., III3 i3a ).
no SECOND VOYAGE
eaux, ne sont jamais iuoudés , taudis que d'autres plu§
éloignés le sont régulièrement lorque Tannée com-
mence. Il est impossible que ces inondations ne con-
tribuent pas à la fécondité de certains cantons des
Campos Goitacazes ; mais il en est.d*autres où elles
doivent entretenir un excès d'humidité peu favorable
à la culture. Oo m'a même dit, que les terrains inondés
n'étaient pas en général les plus fertiles, et il existe ,
m'a-t-on ajouté, dans les Goitacazes, des terres qui
pi*oduisent tous les ans sans être jamais fumées ni ar-
rosées par les eaux d aucun fleuve. Au reste il est bien
évident que , si ces terrains un peu élevés qe reçoivent
plus aujourd'hui les eaux du Parahyba ,: ils ont dû au-
trefois en être cpuverts chaque année, et s'exhausser
peu à peu, en se composant de couches superposées
d'un limon bienfaisant, source de leur fécondité ac-
tuelle.
Il est impossible que les inondatioi» du Parahyba
ne contribuent pas à rendre insalubres quelques par»
tics des Campos Goitacazes. I^es cantons toujours ma-
récageux, tels que le Sitio do Pires , doivent néressai-
nient être fort mal sains ', et il paraît que sur les
hords jusqu'à présent peu cultivés de certaines rivières,
il règne tous les ans des fièvres malignes.- Considérés
dans leur ensemble, les Campos Goitacazes ne peu-
vent cependant point être regardés comme un pays
dangei^eux pour la santé. Des vents continuels et très
^ Voyez la description de Get endroit dans le chapitre
piHH:^ent.
AU BRÉSIL. vîi
b)rts balaient les miasmes qui s'élèvent des terrains
que Teau a recouverts, et dans les alentours de la ville
de Campos, les maladiesne sont pas très fréquentes \
Mais si les inondations du Parahyba nVxercent point
une influence fâcheuse sur la santé de la plupart des
habitans du district de Campos, elles ont des incon-
véniens graves pour les bctes à cornes. Celles-ci, il
est vrai, se réfugient, au temps de l'inondation, sur
les lieux élevés; cependant, lorsqu'à près la retraite
des eaux les pâturées ne sont point lavés par quel-
que pluie, le limon dont Therbe reste couverte cause
aux animaux qui la broutent des maladies souvent
mortelles *•
Après avoir fait connaître la constitution physique
des campagnes comprises entre le Parahyba et le Ma*
cahé, je dirai quelque chose de leur histoire. Elles
étaient habitées autrefois par la nation des Ouetâcas,
Ouetacazes , Goajriacazes , ou Goitacazes , et elles
lui doivent le nom qu'elles portent aujourd'hui ^. Cette
* Ce que j'écris ici est absolument conforme wx renseigne*
mens donnés sur le même sujet par M. Pizarro. A la vérité
un médecin très distingué de Rio de Janeiro , M. le docteur
TavareSjcite une fièvre bilieuse qui, en 1808^ exerça à S. Sal-
vador les plus affreux ravages ( Cons. Hyg. Paris , i8a3 )•
Mais on sait qu'un pays s assainit à mesure qu'on le cultive
davantage , et , dan9 un espace de dix années » il peut à cet
.égard s'opérer des changemens très notables.
^ On sait que les bétes à laine sont exposées â peu près au
même danger, dans les cantons de la France sujets aux inon*
dations.
' Cazal dit ( Corog. Brat.^ II, 44 ) qn*outre les Goitacavei,
lia SECOND VOYAGE
nation appartenait, à ce qu'on prétend, à la sous-raoe
des Tapuyas; elle ne parlait point la lingoa gérai ^ et
formait sur la côte du Brésil une sorte d'enclave au
milieu des peuplades de la sous-race tupique. Elle se
composait de trois tribus , GoytacaguaçUj Gojrlaca*
mopi j et les Goftacajacorito , qui non*seulement fai-
saient sans cesse la guerre à leurs voisins , mais qui
vivaient entre elles dans un état horrible d'hostilités
toujours renaissantes. Les Goitacazes étaient les plus
sauvages et les plus cruels de tous les Indiens qui
habitaient la côte. Ils réunissaient à une taille gigan-
tesque une force extraordinaire, et savaient manier l'arc
avec dextérité. Leurs habitudes différaient beaucoup de
celles des autres Tapuyas ; mais elles n'étaienten géné-
ral que le résultat nécessaire des circonstances oîi ils
se trouvaient placés. Ainsi , vivant loin des forêts , ils
avaient appris à combattre bravement en rase cam*
la plaine qui porte leur nom avait encore pour habîtans les
Purù et les Guarûs appelés par les Portugais d'aujourd'hui
GuaruihM. Cela n'est point invraisemblable y car , selon d'Es-
chwege ( Jown, ^11, ia5 ), les Puris avaient une origine
commune avec les Coroadoa qui y comme on le verra , ne
sont autre chose que les Goitacaxes. Quant aux GuanSs on
GuarulhoB, ce qui tendrait à prouver qu'ils furent aussi du
nombre des habîtans primitifs des Campos Goitacazes , c'est
que peu d'années après la conquête de ces beHes campagnes»
un aldea chi'éUen de Guarulhos y fut fondé par des mission-
naires français de l'ordre des capucins , aldea qui n*est autre
chose que la paroisse actuelle 6» S. Antonio dos Guarulhos,
située à peu de distance de la ville de Campos ( Pis. Mém. ,
IV, ss ),
AU BRÉSIL. ii3
ftigae ; au milieu des grands lacs qui couvraient leur
pays y ils étaient devenus de très habiles nageurs , et ,
pour éviter sans doute l'inconvénient de dormir sur
un terrain fangeux, ils construisaient des huttes sou-
tenues par un poteau comme certains colombiers*
Nayant point la crainte de voir leur chevelure sans
cesse embarrassée par des lianes et par des branches
d'arbres^ ils la laissaient croître en toute liberté; et
c'est probablement aussi la difficulté de trouver du
bois dans leur pays découvert y qui avait introduit
parmi eux l'usage barbare de faire cuire à peine la
chair des animaux dont ils se nourrissaient. Leurs flè*
ches étaient armées des dents aiguës du requin ' , et
dans les combats qu'ils livraient sans cesse à ce mons-
tre dangereux , ils déployaient autant de courage que
de force et d'adresse *• Moins cruels cependant pour
les animaux qu'implacables envers les hommes dont
ils croyaient avoir reçu des injures, ils amoncelaient
les ossemens de leurs ennemis vaincus et en formaient
des trophées abominables '.
^ Incontestablement le tubarâo des Brénliens-Portuguaîs ,
Squallus tiburo de Linné.
• Lery. Voy, ëd. 1878, p. Sa, 53.— Vase. Vid. Anch. liv.5,
chap. 19. — • P. Joeë de Moraes da Fonseca Pinto inEschw.
Bras, y I sso.
3 Southey avait dit dans le premier volmné de son excel-
lente histoire , p. 37, que les Goitacaces ménageaient leurs
ennemis ; mais , dans le second volume qui a M publié plus
lard , et oii il donne de nouveaux détails sur les Indiens dont
il s'agit , il se conforme aux récits di/P. Yasconcellos que j*ai
fidèlement suivis.
TOME II. ' 8
ii4 SECOND VOYAGE
Lorsque le roi Jees III partagea le Brëâl entre de
grands feudataires, le noble Portugais Psdbo de Gobs
PA SUiVA reçut en partage, sous le nom de capitaine-
rie de S. Thoméf ao à 3o lieues de eote situées entre
les capitaineries de S. Yioente et d'Espirito Santo,
dans les Canipos des Goitacazes. Passionné pour le
Bl^ésily Goes s'embarqua avec des colons , des armes,
des vivres, tout ce qu'il possédait, et parvint, en 1 553 %,
à rembouchdre du Parahyba. Pendant deux ans, il
vécut en paix avec les Goitacazes; maïs ensuite ces
Indiens lui 6rent la guerre, et, après trois années
d'hostilités continuelles, il se vit obligé de céder aux
sollicitations de ses compagnons découragés, et d'a^
bandonner l'établissement pour lequel il avait fait de
ai grands sacrifices.
U parait que jusqu'au temps de Cil de Goes, le
second successeur dePedroGoes, les Européens nefirent
aucun progrès sensible dans les Gampos Goitacazes. Ce-
pendant comme on connaissait les avantages que pré*
sentaient ces belles campagnes, des hommes riches de
Rio de Janeiro s'associèrent pour demander au fondé
de pouvoir de Cil de Goes de vastes terrains où ils se
proposaient d'élever des bestiaux. Us obtinrent en
1625 ou 1627 les concessions qu'ils sollicitaient ; mais
ils laissèrent passer un temps assez considérable sans
^ Cette date indiquée d'abord par le P. Gaspar da Madré de
Deoa a ensuite été rejetée par l'abbé Casai ; cependant j'ai^ru
devoir Tadmettre , parce que c'est elle que Ton trouve dans
l'ouvrage de Piaarro^ écrivain dont Tesaotitude ne peut éti^e
contestée.
AU BRÉSIL. ïi5
les mettre à profit, retenus par la cranvte qu'inspi-
raient lea Indiens Goitaeazes. L'ambîtiou et la cupid&té
des Portugais ne leur permettaient cependant point d'a-
bandonner pour jamais à une peuplade sauvage un des
cantons les plus fertiles du vaste pays dont ils se di-
saient les seuls maîtres légitimes. A l'association qui
s'était déjà formée pour s'emparer des Campos Goita-
eazes se joignirent le provincial des jésuites, l'abbé des
bénédictins et plusieurs personnages distingués de
cette époque , entre autres Salvador Corre a de Sa'
s Beiyavides. Les Goitaeazes furent attaqués vers
Tannée i63o; on mit en fuite un grand nombre d'en-
tre eux; on tua les plus intrépides, et l'on fonda pour
ceux qui se rendirent l'aldea de S. Pedro où leurs
descendans vivent encore aujourdliui '.
Ceux des Goitaeazes qui échappèrent à la mort, et
ne voulurent point se soumettre au vainqueur^ se ré-
fugièrent dans les forêts, vers la province de Minas
Génies. Là ils incorporèrent à leur peuplade la horde
des Coropôs qu'ils avaient subjuguée *, et, ayant
adopté l'usage de se couper les cheveux autour àp leur
tête et à son sommet , ils reçurent des Européens le
surnom de Coroadqs^ c'est-à-dire couronnés '. Les
■
* Voy. la note première du chap. I de ce volume.
« Il parait que les G>rop6s ne se mêlèvent pas tous aux
Goitacases ; car, Ters 1 8 1 8, il existait eiipore sur les bords du
Rio Pomba , dans la province des Mines , quelques centaines
de ces Indiens qui n'étaient nullement confondus avec les Co-
roados ( Eschw. Joum. , I, 76 et 1 24 ).
f Le savant prince de Neuwied , réfutant l'auteur du Co-
ii6 SECOIID VOYAGE
Goitacazes ou Goroados ne persistèrent pas toujoun^
dans leur haine pour les Portugais. Quelques mis^
Tùgrafia hrtuiUca ( Voyage , Érad. Eyr., I, 197 ) dît qu'il n'est
pas Traisemblable que les G)roadoe descendent des Goita-
cases , parce que ceux-ci laissaient croître leurs cheveux ,
tandis que les Goroados coupent les leurs. Hais l'identité des
deux peuples n'est pas seulement attestée par Gazai ; elle l'est
encore par José Joaquîm de Azeredo Goutinho ( Ens,
eeon. , 64 ) qui non seulement possédait des documens pr^
cîeux relatif aux Goitaci^z^^ , mais dont les ancêtres avaient
été les bienfaiteurs de ces Indiens , et qui enfin avait eu pour
aïeul ce Domîngos Alvares Pessanha dont je parlerai bient6t,
et pour onde Angelo Pessanha dont je parlerai également.
Au reste , îl n'est pas bien étrange qne , passant d'un
pays découvert dans des forêts épaisses , les Goitacazes aient
coupé de longs cheveux dont ik auraient été sans cesse embar-
rassés. Si les Indiens ne changent point de caractère , ils re-
noncent sans peine à des coutumes qui, pour la plupart , ne
sont que le résultat d'une triste nécessité. Lorsque je vis les
Botocudos du Jiquitinhonha, il j avait à peine neuf ans qu'ils
communiquaient avec les fils des Européens (Voj. ma première
Reiaiion y II, i43 ), ^t déjà ils se plaisaient à se vêtir, plu-
sieurs d'entre eux ne portaient plus le bodeque , et le capi-
taine Joahima habitait une chaumière construite comme les
nôtres ; les Macunis qui, dit<on , montrent un grand respect
pour les coutumes de leurs ancêtres (1. c. 5i ) ont cependant
pris des habillemens , se sont débarrassés de la barbotte et
construisent des maisons à la manière des Portugais ; enfin
les Goroados eux-mêmes , après avoir coupé leurs longs che-
veux et adopté une sorte de tonsure, ont, suivant d'Eschwege,
changé encore une fois de mode ( Journ. Braz., Il, ia5 ). On
a paru nier aussi que les nations indiennes pussent se diviser
ou se fondre les unes dans les autres. Mais on sait avec quelle
facilité les jésuites et d'autres réunirent dans les mêmes vil-*
1
AU BRÉSIL. 117
sionnaires firent de$ efforts pour rendre n}oins sau-
vages ' les anciens habilans des campagnes du Para-
hyba; et, en comblant ces Indiens de bienfaits, en
leur montrant la bonne foi la plus scrupuleuse, Do-
Mmcos Alyares Pessanha qui gouvernait la ville de
Campos en qualité de capiiào môr triompha entière-
ment de leur aniraositë. Les Goitaeazes reparurent
comme amis dans les campagnes oh ils avaient fait
aux Portugais une guerre si acharnée ; Pessanha cons-
truisit pour eux dans son habitation de Santa Cruz
non loin de la ville de Campos , un vaste hangar , et
là ils venaient se reposer comme dans un caravansérail
«t faire des édianges avec leurs nouveaux alliés. Ce-
Jages des Indiens de différentes tribus; et, de notre temps,
les BAalalis , les Panhames , les Gopoxés, les Macunis , les Mo-
nox6s se sont mêlés sans peine auprès de Passanha ( Y07. ma
première Relation f I, 4i4)' l^nn autre côté les Goitaeazes
s'étaient séparés , comme je l'ai dit , en trois hordes toujours
en guerre les unes avec les autres ; les Poris ont jadis appar-
tenu à la mAme nation que les G>roadoB (Esch . Joum . , II , 1 a5) ;
les Panhames, les Bialalis, les Monoxés, etc., croient avoir une
origine commune;enfin les Botocudos sont partagés en plusieurs
bandes continuellement en querelle les unesavec les autres.Les
Indiens ne connaissent point la cité ; les élémens de la vie so-
ciale ne se trouvent pas même ches eux ; ils sont plutôt rap-
prochés qu'ils ne sont unis, et par conséquent leurs diverses
tribus ont dû nécessairement se diviser et se subdiviser sans
cesse , s'amalgamer ensuite et se séparer encore. Delà les
difficultés insurmontables que Ton rencontre dans Tétude au
reste asses oiseuse de Thistoiredes Américains indigènes etsur-
iout dans celle de» origines de leurs nombreuses peuplades.
* MarliineiAito.
ii8 SECOND VOYAGE
pendaaty tandiâ que les G>roados vivaient ti bonne
intellîgence avec la population portugaise des Campoa
Goitacasesy ils commettaient toute sorte d'hostilités
envers les colqns de MiHas Geraea qui étaient venus
a'ëtahlir dans leur voisinage. Fatigués d'une lutte dans
laquelle ils avaient presque toujours le désavantage ,
Xes Miueiros demandèrent ^ en 1 767 ^ la paix aux Goir»
tacazes; m^is ce$ Indiens qui avaient appris à se défier
de leure ennemis ^e voulurent point traiter avec eux,
à moins que ceux-ci n'eussent pour garant l'abbé An-
QELO PEStSAjjrHA. Cet ecclésiastique était le fils du ^a^
jlHtao môr Domingos Alvares> et, après la mort de
SQû père, il était devenu comme lui le bien&iteur des
Goitacazes. S'abandonnant à la bonne foi de ses sau-
vages amis, Angelo ae laissa conduire par eux a tra<>
vers des forêts où aucun fils d'Européen n'avait encore
pénétré. La paix fut conclue en 1758 entres les Mî-
neiros et les Coroados ou Goitacazes; elle a toujours
continué depuis, et les Coroados, 4evenus moing
barbares, ont été fort utiles aux Portugais dans leurs
guerres contre les Botocudos ^
^ Des détails fort curieux suivies mœurs âeUaelles des Coh
roados et leurs rappoits avec les Portugais ont, été pubUésdans
le Journal von Brasilien^ par MM. Marlière, EsckwegeV Pmj-
veiss, et 4aas le Reise in Brasiliêny par MM» .Spix etMartSns.
Ce sont de tels écrits que devraient oonsuMer les romanoiers
et les coinjiilateurs historiens ou géographes , qui veulent
faire cQQoaitre les Indiens de la partie orientale de rAmérifoe,
tels qu'ils sont aujpuird'bui. JËn se bornant «oisjùurs à recou-
rir à quelques anciens auteurs ou aux extraita doni se côm-
AU BRESIL. it^
Lorsque lès Goltacezes se furent retirés dàM les
forAts, les Portugais ligués contre eux se partàgèteiR
leurs belles campagnes. Les portions furent fiiites d'une
manière égale, itiais divers arrangemens rendirent en
déittîtive Salvador Correa de Sa e Bena vides, Tordre'
des jésuites et celui des bénédictins possesseurs de
terrains phis considérables que ceux • de leurs (56-as<^
sociés '.
Comme on avait besoin d^un temple pour y célébrer
le service divin; Salvador Correa fit construire .^f
ses terres 9 en i652, une chapelle qtfil consacra à son
patron sous le nom de S. Salvador, et il en' confiai le
soin aux religieux de S. Benoit. Telle fut la première
ofi^e de la ville de S. Sabàdôr dos Campos Goi^
tacazes ou simplement Çampos ^.
Un grand nombre de colons vinrent bientât de di-
verses parties du Brésil se fixer d(ans les campagnes
des Goitacazes, attirés par la réputatio'n de leur fécon-
dité; et, au milieu d'eux, se glissèrent une foiilè
pose l'ouvrage sipte-recommandablé, Intitulé Histoire dk'
BfésH , on peint unéfait de ckoèss qui a pà existe» autrefius,
mais qui n'existe plus à présent. * .
' ' On a dit que i'évèque de Rio de Janeiro ^vait été fkdmif
en tiers ^ dans le partage avec les jésuites et les bénédictins.
Cette assertion me parait entièrement erronnée.
* Tout ce que je viens de dire , d'après lès antoritéb les plixs
graves , pi^ouve oombiea l'on s'est tnoaipéy«ii écrivait que ,
lûTsqufi ttarj iSèo, Sé/pm^l^ fpwr Sulelaa ) gow/^mmr de. K^
eu$ j par des mesures oppressives ^ chassé les indigènes ^ ksjàr
suites prirent possession des tfrres situées au sud du ftarakrba ^
4^ de se rendre utiles tuix Indiens,
lap SECOND VOYAGE
d'hommes coupables de diffërens crimes. Afin d'échap»
per plus sûrement aux pourauites de la justice, ceux-
ci imaginèrent de se déclarer indépendans, et préten*
dirent fonder une république dans leur nouvelle patrie.
Les cruautés de certains hommes puissans et les vexa-
tipps répétées des gérans de plusieurs propriétaires^
établis à Rio de Janeiro contribuaient encore à exciter
le peuple à la révolte. Sans recourir à l'autorité royale^
les habitans des Goitacazes osèrent ériger en ville la
bourgade qui s'était formée autour de l'église de S.
Salvador, et ils nommèrent des officiers municipaux.
A cette époque, Martim Cohbxi. de Sa vicomte
HA Seca se trouvait à Lisbonne pour solliciter la do-
nation des Campos Goitacazes ou capitainerie de S.
Thomé qui, après la mort de Gil de Goes, étaient re-
tournée à la couronne. Correa de Sa réussit dans ses
démarches ; en 1674 y ^ capitainerie de S. Thomé ou
du Parahyba do Sut fut pour la seconde fois détachée
des domaines de l'état , et le roi D. Pedro JI accorda
au nouveau donataire la permission de former deux
yUles dans les Campos Goitacazes. La création illégale
de celle de S. SaUfodor dos Campos Goàaoazes ou
simplement Campos fut régularisée en 1675 ou 1676;
et, peu de temps après, on donna aussi le titre de
ville à S. Joào da Praia pu da Barra située à l'em-.
bottchure du Par^hyba^
, La ville de.Campos avait été fondée dans l'origine
à quelque distance du Parahyba. Mécotatens de cette
position peu favorable, les habitans sollicitèrent la
permission de transporter ailleurs leur domicile} et,
AU BRÉSIL. lai
en 1678, ils allèrent s'établir au bord même du fleuve
sur un terrain qui appartenait aux moines de S. Be*
noit. Ceux-ci avaient obtenu une indemnité; mais^
douze ans plus tard, des querelles s'élevèrent relati-
vement au traité qui avait été fait. Le titre primordial
ne se trouva plus ; une excommunication fut lancée
contre les membres du conseil municipal (camara) y
et il parait qu'en définitive la ville de Gampos perdit
une portion de son territoire.
Dans une période de trente ans , l^bistoire du dis-
trict des Goitacazes n'offire qu'une longue suite de dis-
putes et de révoltes. Le peuple de ce pays au milieu
duquel des mal&iteurs ne cessaient de se réfugier ,
était turbulent, inquiet et vivait grossièrement dans
la licence, se livrant à l'éducation facile des bestiaux
et cultivant à peine autant qu'il était nécessaire à ses
besoins. Pour contenir des hommes aussi enclins au
désordre et à la rébellion , la fiiible autorité des dona-
taires ou de leurs fondés de pouvoir était insu£Gsante ;
mais, en 1752, les Campos Goitacazes furent réunis
pour la seconde fois au domaine de la couronne, à la
satisfaction générale des habitans eux-mêmes, et le
gouvernement put enfin travailler avec e£Gk^cité à la
civilisation de ces derniers.
D. Luiz DE Almsida Portugal Soabes marquis
DB Latradio qui, en 1774» administrait avec hon-
neur la province de Rio de Janeiro fut un de ceux
qui s'efforcèrent le plus de modifier le caractère du
peuple des Campos Goitacazes. Il distribua dans cette
contrée beaucoup de terres qui étaient encore sans
la-ï SECOND VOYAGE
maître, et eneouragea des citoyens de Rio de Janeiro
à aller s'établir entre le Macahé et le Parahyba. D'un
autre côté , il attirait auprès de lui les anciens habî«
tans des Campos ; il les accoutumait à Pexemple de la
soumission, et ne les laissait point retourner chez eux
sans leur avoir accordé quelques faveurs; il avait soin
surtout d'écarter, autant qu'il lui était possible, du
pays où il voulait établir l'ordre, les avocats qui, par
de belles paroles, séduisaient sans peine un peuple
remuant, sans tnstradion et facile à éblouir '.
Mais les louables eflbrts des viee-robdeRio de Janeiro
contribuant moins peut-être à réformer les mœurs
deshabitans desCamposGoitacases que le changement
qui s'opéra bientôt dans leurs occupations habituelles*
Pendant long-temps, comme je l'ai dk, ils s'étaient
entièrement adonnés à l'éducation du bétail ; et , sous
les tropiques , cette éducation n'exige avKune peine.
Us reconnurent que leurs terres étaient extrêmement
fiivorables à la culture de la canne à sucre , et tous
voulurent s'y appliquer. Des occupations plus assidues
calmèrent leur imaginalioa inquiète ; le desîr d'amé*
liorer leur sort en lenr inspirant le goût du travail ^
leur fit sentir le besoin de la paix et du bon ordre ;
de nouvelles jouissances corrigèrent peu à peu la
grossièreté de leurs habitudes, et ils se polick'eat *.
^ Voyes les ourieuses instructions données par le narquis
de Lavradio à son suooesseur et insérées dans les Memorias
hUtoHcas^ Dly 119.
* Cas. Corog. Braz. , U, 4^-47. — Pis. Mém. hist., Ul,
Sfi-i48.
AU BRÉSIL. ia3
Les Campistas ' ne doivent point être assimilés au
peuple de Minas Geraes ; mais je les trouvai supérieurs
à celte triste population au milieu de laquelle j'avais
vécu entre le Furado et la capitale du Brésil.
Tout en renonçant à leurs anciennes mœurs, les
Campistas ont cq>endant contracté des défauts qui
jadis leur étaient inconnus. Un luxe effréné s'est in«>
troduit parmi eux * ; devenus dissipateurs y ils se sont
mis à la discrétion des négocians dont ils reçoivent
des avances ; ils manquent entièrement d'ordre, e(
passent leur vie dans tous les désagrémens d'une for-
tune embarrassée.
Au milieu des défauts qu'ils doivent à leurs nou-
velles occupations, les Campistas ont aussi conservé
quelque chose de leur ancien goût pour les querelles;
ils ne manifesterai; plus ce penchant par des révoltes
ouvertes copire les magistrats., mais ils plaident sans
cesse les uns avec les autres '. Les obscurités de la
législation portugaise contribuent encore à entretenir
chez eux celiç habitude ruineuse , et l'incurie avec Ic^
quelle onA été concédées originairement les terres de
leurs pays est dçvenue pour eux une source de procès
toujours renaissante. On ne prenait point jadis la
j)eine de mesurer les sesmarias ^'^ et souvent on a
* Nom que l'on donne aux hahitana des Campos Goitacazes.
* Gax, Corog, Brqx^ ., II, 53.
^ Xlta. Corçg^ 1 1. c. — Tav. Can* hfg*
^ Une sesmaria est, comme je l'ai dit dans ma p^êHùére Sê^
lotion, le lot de terrain vierge que le gouvernement ^eiH
concéder i chaque j»articuUer.
1^4 SECOND VOYAGE
donne dans un canton plus de terres cpi^il n^en conte-
nait. Tant que la population a ëtë peu considérable ,
et qu'on n'a point connu la véritable valeur du sol ,
les voisins ont vécu en bonne intelligence, ne &isant
valoir qu'une fiiible partie de leurs domaines, et ne
croyant pas que jamais leurs droits pussent être con-
testés. Mais, depuis que la culture a mis tous les co-
lons* en contact, chacun a voulu retrouver le terndn
dont il avait le titre , et l'on a eu recours aux procu-
reurs, aux avocats, aux juges '.
S'il existe dans le district des Campos Goitacazes de
petites propriétés, il n'en est pas moins vrai que la
plus grande partie des terres de ce pays se trouve
divisée en quatre fazendas d'une étendue immense,
oelle du Cottegio ( couvent ) qui jadis appartenait aux
jésuites, iBifizenda de S. Bento dont les bénédictins
sont les possesseurs, celle du yisconde da Seca et en-
fin oelle du Morgado ( majorât ).
Les propriétaires de ces vastes domaines ne pou-
'vant cultiver toutes leurs terres, en afferment une
partie. Le locataire est soumis à une rétribution an-
nuelle, et communément les baux se renouvellent tous
les quatre ans. Il existe sur la fazenda de S. Bento
des cultivateurs dont les familles ont affermé des por-
tions de terrains, il y a déjà un grand nombre d'années,
> Un auteur bréttlien dté par le savant Freycinet , a tracé
le portrait le plus affreux des habîtans de Campos , et Luc-
fiock ne leur est pas non plus très fiivorable. «Tai cru devoir
m'en tenir aux notes que j'ai prises dans le pays même, et à
quelques souvenirs confinnës par Casai et par Pîsarro.
AU BRÉSIL. 1^5
et qui ne paient toujours qu'une ou deux pataoàs par
cent brasses carrées ' ; en général cependant on donne
aujourd'hui un double (80 f.) pour les fonds d^un bon
rapport ; mais en définitive les fermages ont été , de-
puis l'origine, si peu augmentés, qu'on les estime
comme étant à peu près dans la proportion de a à a5
avec l'intérêt que devrait produire la valeur de la terre,
si on le calculait d'après le taux légal. Le fermier a le
droit de construire sur les terrains loués tous les bftti-
mens qui lui sont nécessaires ; ils deviennent sa pro- .
priété,et il lui est même permis de les vendre à un tiers
qui, dans ce cas, se charge du fermage. De son côté,
le propriétaire peut, à la fia de chaque bail, rentrer
dans son héritage ; mais il faut qu'il paie les construc-
tions et améliorations ( bemfeUoria ) hvits par le loca-
taire. On croira peut-être qu'il n'est guère de fermiers
assez imprudens pour faire bâtir sur des terrains
dont on pourrait si facilement les expulser; cependant
il n'en est point ainsi. Les propriétaires ont si peu la
coutume de retirer leurs terres à ceux qui en sont
nantis et de changer le prix de location, que les fer-
miers se sont accoutumés à vivre dans la sécurité la
plus entière. On a construit des maisons considérables
et des moulins à sucre, sur des terrains loués pour
quatre années seulement , et souvent ces terrains ont
été cédés à des tiers au même prix que si l'on eût
vendu le fond. Il résulte de tout ceci que les rapports
^ M. de Freycînet estime ^ comme je l'ai dit , la braça yim--
drada & 4 mètres 84.
ia6 SECOND VOYAGE
des fennters et des maîtres sont beaucoup moins fiivo-
rables à ceiax*ci qu'aux premiers ; mais il est dair que
ces rapports fondés sur de simples coutumes ne sau*
raient subsister bien long-temps. Défa, lors de mon
voyage, les propriétaires commençaient k trouver
qu'ils tiraient de leurs terres données à bail un trop
faible parti ; et, d'un autre câté, il est fort vraisembla*
ble que les fermiers ne renonceront point sans peine
à des avantages que le temps a consacrés. Des dissen-
sions dangereuses seraient donc à redouter , si Pétat
actuel des cboses pouvait être durable ; mais il est à
croire que des partages de successions, le besoin d'ar-
gent et un désordre trop fréquent dans ce pays force*
root peu à peu les grands propriétaires à aliéner en-
tièrement leurs terrains aflermés.
Taidéja euoccasion de dire quelque chose de la fécon-
dité du district desCamposGoitacazes.Elle est telle que
les terres de certains cantons produisent depuis cent
ans^ sans jamais se reposer, sans recevoir d'engrais et
sans être arrosées parles eaux d*aucun fleuve. Un simple
diangement de culture est le seul moyen qne l'on
prenne pour s'assurer toujours d'abondantes récoltes.
Lorsque la canne à sucre commence à ne plus produire,
on la remplace par le manioc qui d'abord récompense
amplement le cultivateur de son travail ; et, quand
cette racine ne réussit plus aussi bien, on replante im-
médiatement dans la même terre la canne à sucre dont
les tiges végètent alors avec une vigueur nouvelle.
On prétend que jadis il naissait dans les pâturages
naturels du district desCampos une herbe remarquable
kV BRÉSIL. 1^7
par son élévation; mais, • foroe saps doute d'avoir été
broutés, ik ne produiaeQt plus aujourd'hui qu'un ga-
son presque ras* Lorsque l'éducation du bétail occu-
pait exclusivement les habitaus de cette contrée, ils
envoyaient tous les ans à Rio de Janeiro environ 6 à 8
mille bètes à cornes; mais actuellement Gampos four-
nit à peine à la capitale la sixième partiie de ce nom<^
bre de beatiaux. Non-sealement aussi les cultivateurs
des Gampos n'envoyent plus de fromages, comme aiv-
trefoisy dans plusieurs parties du Brésil, mais ils en
reçoivent eux«*mêmes de Minas Geraes \ Les bestiaux
des Campos Goitacazes sont en général d'une race
chétive ; ils sont sujets à plusieurs maladies , et Ton
compte qu'excepté sur des terres récemment défrichées^
un troupeau de aoo vaches ne produit pas actuelle-
ment plus de 5o veaux *.
Il est facile de concevoir qu'un pays plat et maréca-
geux comme celui des Goitacazes ne saurait être fa-
vorable à l'éducation des chèvres et des bêtes à laine.
On élève aussi fort peu de cochons aux alentours de
Campos; et, comme l'humidité influe sans .doute sur
la nature de leur chair , cette dernière a moins de goût
et se conserve moins long-temps que celle des pour-
ceaux nourris dans les contrées sèches et monta-
gneuses.
Les chevaux des Campos ' Goitacazes m'ont paru
^ Je pense que Pizarro s'est trompe , quand il a dit que Rio
Grande de S. Pedro fournirait aojouixi'hui des fromages à
Campos.
î Pis. Mém, hùt. , III, p. 107-110.
/
>
îa8 SECOND VOYAGE
petits et mal faits, mais ils courent ayec beaucoup de
vitesse. Comme ils multiplient facilement, et qu'ils
sont nombreux^ personne dans ce pays ne se donne
la peine d'aller à pied. Les nègi^es et les bommes d'une
classe inférieure ont , pour conduire leurs cbevaux ,
une métbode assez singulière; ils les frappent sur le
cou avec un bâton court et d'une certaine grosseur.
Ainsi que je l'ai déjà dit, c'est par mer que les mar--
cbandises se transportent de Rio de Janeiro sur toute
la côte; on n'a donc point ici de troupes de mulets
voyageant avec régularité comme dans la province
des Mines^ et ces animaux sont même fort rares dans
les Campos Goitacazes. Les babitans de ce pays ne
font par terre que de très petits voyages ; pouvant
bientôt laisser reposer leurs montures, ils vont tou-
jours très vite, et peut-être ne sait-on nulle part
moins bien estimer les distances.
On dit que plusieurs genres de culture ont ré*
ussi dans les Campos dos Goitacazes > ; mais celle du
> Piz. Mém. kist., m, ii3. — M. Martius dît qu'il serait
important que Ton introduiatt la culture du ris dans certains
cantons des Campos Goitacazes dont il donne la liste em-
prunta y je crois , à Pizarro. Cette idée fidt bonneur à la sa-
gacité du célèbre Yoyagenr bavarois ; mais je suis persuadé
qu'il l'aurait beaucoup modifiée , s'il avait lui-même visité les
cantons dont il parle , et qui , si je ne me trompe , sont les
plus ^isins de la mer. La culture du riz est bien loin d'être
inconnue sur le littoral qui s'étend depuis Rio de Janeiro
jusqu'au Rio Dooe^ et elle frit même une des richesses de U
province d'Espirito Santo limitrophe des Campos GoiUcaxes.
Mais^ comme je l'ai dit , il est sur la côte septentrionale de la
AU BRÉSIL. ka^
ULcre donne aujourd'hui de si grands bënéfiees qu'elle
a fait à peu près renoncer à toutes lés autres. Les
terres neuves, ni'a-t-on assuré, sont moins favorables
à la canne que celles qui ont déjà été mises en rapport ;
cependant je ne puis afiSrmer qu'il en soit ainsi dans
toutes les parties du district. Souvent on replante la
canne à sucre toutes les années ; cependant il est des
cantons où cette Graœinée a produit pendant plus de
dix ans des rejets dont on pouvait encore tirer un bon
parti '. La canne qui est en terre depuis deia prin-
proviiice de Rio de Janeiro des terrains imprégnés de sel , et,
comme je l'ai dit encore, on a reconnu que ces terrains ne donve-
naient point au riz «Pour distinguer les portions de terres propres
à cette céréale dans le voisinage de rembouchure du Macahé et
du t*arahyba,il8erait doOc, jepensey absolument nécesaaire de
se tranfl{K>rter sut* les lieux mêmes et d'examiner avec attention
la nature du sol, ce que font au resté , dans des cas analogues ,
les agriculteurs européens. Bfais en supposant même que le
riz pût réussir dans les divers cantons cités par M. Martius ,
ce ne serait peut-être pas encore une raison pour Vj cultiver.
Le colon en effet ne plante pas indifféremment tout ce qui peut
venir dans son héritage ; il choisit ce qui lui rapporte' le plus.
Les petits cantons indiqués dans l'écrit de M. BÂartius sont ,
si je ne me trompe, aujourd'hui en pâturages, et il est ti*ès im«
portant de ne pas abandonner l'éducation du bétail dans les
Goitacazes , non-seulement afin d'avoir des bœu6 qui lassent
tourner les moulins, mais encore pour substanter une popu-
lation nombreuse.
' J'ai parlé d%ta ma première Ifetaiion de la culture de la
canne à sucre au Brésil. On peut aussi consulter sur le même
sujet un morceau fort détaillé et extrêmement intéressapt que
M . Martin^ a joint à son Agrostologie ( p. 569 et suiv. ).
TOMS II. 9
i3o SECOND VOYAGE
temps produit eo général sur une surface de fy> palme»
assez de rejets pour remplir ur char, et lorsque la sai-
son est Êivorable, un char de jets rend environ trois
formes de sucre du pend de deux arrobes chacune '.
Jusqu'en 1 769^ il n'y amît encore eu dans les Cam-
pos G<ùtacazes que 56 sucreries ; en 1 778 on en comp-
tai déjà 168; depuis 1778 jusqu^en 1801 ce nombre
nlonta à aoo; 1 5 années plus tard il s'élevait à 360,
et enfin en 1 8ao il existait ^ans le district 4oo mou-
lins à sucre et environ i a distilleries *.
Sans parler de la consommation du pays lui-même,
il était sorti des Campos les dernières années anté-
rieures à 181 8 environ 8 mille caisses de sucre avec
5 à 6 mille pipes de taffia (cachaça)^ et, comme la
récolte de 1818 avait été très bonne, on assurait que
cette année-là, on ferait à peu près 1 1 mille caisses de
sucre. Selon Pizarro ', il y a peu de propriétaires qui
&briquent annuellement plus de 3o à 4o eusses. En-
« J'extrai) ces délaib, sur le nombre des sucreries, de mes
notes et des écrits de Caiftl et de Pisarro. Je dois fiiire obser-
ver que k chiiFre indiqué ici pour lee époques antérieures à
la création de la ville deMacahé et à sa séparation du district des
Campos Goitacaies , doit probablement comprendre quelque»
aiicrerîeaqui déjà, aansdouU, existaient sur le tenitoîreactuei
de cfttfe petite ville. Âinaî le cfaîfre proportionnel de Tau-
gmentation du nombre des sucreries serait pins élevé que ce-
lui qui résulte dé mes indications, paisqne , pendant le cour»
dA raooro i ias m a n t du nombre des mouKas , retendue du ter-
ritoire a diminué.
^ Pis. Ifiiu. &f>#.,lll, lai.
AU BRÉSIL. t3ï
firùn 5o à 6d enbarcatioi» aont oeoap^s à tr emporter
hors du district des Campos Ocntacases les doci'es et les
eaux-de*viâ que Ton y fabrkpiei et elles font annuel-
lement quatre à ciàq voyages ; quelqnes-anes peuvent
charger jusqu'à lao caisses, cependant la plupart n'en
portent que 5o à 60. Ls fret d'une caisse de sucre de
Campos à Bio de Janeiro se paie habituellement à
raison de i^ooa reis (a5 f.)) niais c'est le patron dn
hàtimtot qui se charge du iradsport de la mfarchail»
dise depruis la ville jusqu'à Femboudiure du fleuve.
On distingue dans les Campos Goitacazes cinq quali*
les de sucre blanc, \eJlno, le redondoj Xemeio redomio, le
èaiùio et le meio batido. A l'époque de mon voyage, la
première de ces qualités se vendait a 100 rm l'arrobe
de 3a livres brésiliennes. Quanta la moseovade ou sucre
brun , cm ne la distingue point en diverseis fliôrtés , et
elle n'a qu'on seul prix , quoique son goût et sa cou-
leur soient bien loin, ainsi qa'on le sait, de ne varier
jamais \
Comme il n'existe point de forêts ckins les alentours
delà villedeCampos,on tire principalement deS, Fidelis
les bois dont on se sert pour faire les caisses de sucre et
les pipes d'eau-de-vie. Celui que l'on emploie pour les
caisses s'appelle jacatiba. Peu de bois conviennent
pour les pipes, parce que le plus grand nombre tein-
draient plus ou moins Teali-de-vie de sucre et qu'on
' Los stter«8 des Campos Goitaéajes sont , à ce fie Ton
assure , les meiUeurs de tous ceux du Brésil ( Voy . VAgrasio^
logia de M. Martius , p. 564 et 569 )•
i3a SECOND VOYAGE
veut au Brésil qu'elle reste sans couleur. La Lailrinéè
appelée canetta^ quoique employée dans la tonnellerie,
a pourtant le défaut de communiquer quelque nuance
au liquide; aussi lui préftre-t-on le loiuv qui proba**
blement appartient aussi au groupe des Lâurinées et
qui y tout en répandant une odeur assez agréable , ne
donne pas à Teau-de-vie la plus légère couleur. Le to-
pinhudn est encore im bois dont on se sert pour faire
les futailles; à la vérité le gouvernement, voulant le
réserver pour l'usage de la marine, en a prohibé l'ex»
ploitation ; mais on ne tient nul compte d'une défense
que sans doute l'administration n'aurait guère les
moyens de (aire respecter.
On croira peut-être que les habitans des Campos
Goitacaxes , sans cesse occupés à la fabrication du su«-
^ cre, y ont introduit des perfectionnemens remarqua-
bles. Mais, pour cela, il leur eût fitUu des connais-
sances qu'ils ne possèdent point, et qu'ils acquèreraient
même fort difficilement sans quitter leur patrie. Les
procédés de fsJirication sont donc dans ce pays encore
très imparfiiits ^ On devrait s'y appliquer surtotit à
^ Ce que je dis ici des planteurs de cannes des Campos
Goîtacases convient non-seulement à eux , mais encore à tous
ceux des diverses parties du Brésil que J'ai parcourues dans
mes voyages. M. Martius , cpii a visite les provinces septen-
trionales de ce vaste empire , s'exprime sur le même sujet de
ia manière suivante : oc Quod vero ad saccharum ex succo ex-
^ presso paranduœ attinet, ferè nusqnamBrasilitftam m^t^U
« ter etscientiâcè y ut herus certam sacchari messem secur^
« sperare posait , id fieri solere miht confitendum est. Omne
AU BRÉSIL. i33
ooostruire des fourneaux plus économiques et tâcher,
comme Tout essayé déjà quelques cultivateurs, d'em-
ployer la bagasse pour chaufFer les chaudières. En ef-
fet, la disette de bois se fiiit sentir tous les jours davan-
tage,et il est à craindre qu'elle ne force bientôt plusieurs
propriétaires desucreriesà cesser leurs travaux. Comme
je l'ai déjà dit, les premiers habitans des Campos Goita-
cazes ne songeaient qu'à élever du bétail ; pour former
des pâturages, ils incendièrent leul*s forêts, et, dans bien
des cantons, leshaies^ des broussailles et quelques arbres
épars peuvent seuls fournir du combustible. A la vérité
il existe encore des bois assez prèsde la villedeCampos;
mais ils appartiennent à des hommes qui ne les ven-
dent point, parcequ'eux-mémeB possèdent des sucreries,
et veulent conserver leurs chaudières en activité le plus
long-temps possible. Engager les Brésiliens à planter
des bois, c'est à leurs yeux se donner un ridicule; ce*
pendant ils en ont tant détruit, et, tous les jours ^ ils
continuent l'incendie de leurs forêts avec une si étrange
persévérance que s'ils ne veulent point laisser certains
cantons entièrement déserts, ils seront tôt ou tard
forcés d'y replanter des arbres. Pourquoi quelques
propriétaires des Campos Goitacazes ne chercheraient-
ib pas dès à présent à se dégager d'un préjugé absurde?
pourquoi, jetant un regard sur l'avenir, ne choisiraient-
ils pas un coin de leur héritage peu propre à la cul-
« negotium non est nisi continuum periculum, quin operarii
a omninô insdi res sibi exponere possint. Itaque fructus.
a maxime est iniques atque încertus et in quintitate sacchart
m €X€puliiate{jigrost.y 568), i>
t34 SECOND VOYAGE
ture pour y jeter l€8 graiaes de quelques arkresdHine
eroissanœ rapide. Le premier qui plantera un bouquet
de hois daos les Campos Goitaeaaes aura , nous Tosons
dire, bien mérilë de son pays. Et cependant celui qur,
fn Amérique, se donnerak la peine .de confier à ttt
terre des semences d'arbres fiorcstiers, ne ferait ppini
à l'aTenir les mteies sacrifices que le planteur euro^
pëen ; dans les heureuses contrées situées entre les
tropiques , la végétation est tellement active que
Tagripulteur trouYeraît bientôt un ombrage sous le&
arbres que ses mains auraient fiât naître, et il pourrait
même, pendatit le ooiirs de sa vie, les coaper phmainm
Les propriétaires les plus mbes des Çampoi en«-
voient directement k Rio de Janeiro leurs eaux^de^ie
et leurs sucres. Quant aux autres. Us v^ ndpni leiara
produits sur les lieux même à des négoclans du pays»
Ces derniers ont coutume d'acheter le sucre avant
même qu'il soit fiibriqué, et en paient une partie d'an
vance. Le compte se fait toujours compne si la mar^.
ehaadise devait iire dé qualité première; la dififiéreiiee'
s'estime ensuite, lors de hi livraison , eî {Ms se déduit
de la valeur réeUe.
On dit qu'en général le oommefcèae fini dans la^îjlle-
desCampa3avecpeudebonttefoietunelenteurextrêffle«
^ Dans UD endroit de ses ouvrages, Pizarro semble ne pas
craindre que les Campos Goitacaies aient à fovffnir de ls di-r
seUe de bois-, cependant lui-même avoue aill^iu^ qo^ d^ ,
sn 1801, neuf sucreries furent obligées d'in^srrovprs leur^
tnivaux , en partie &ute de combuitibles«L
AU BRÉSIL. i35
lies vendeurs, apute-t-on, sont assez dans l'usage de ne
point faire de prix ; mais ils demandeM à Fachetenr
ce qu'il prétend donner; ils se méfient de l'homme
qui propose d'acheter; et , s'imaginant qu'il est mieux
instruit qu'eux, ils refusent de lui vendre, surtout si
c'est un étranger. Peu de temps avant mon arrivée à
Campos, le commis d'une maison anglaise venait de
quitter cette ville après un mois de sqour, sans avoir
pu conclure aucune affaire.
Les négooiana établis à Gampos et auxquels les cul-
tivateurs ont coutume de vendre leurs sucres sont
pour la plupmt^ dit K2arro, des Portugais euro-
péens. Ces hommes parcimoiiieux mettent les colons
dans une. véritable dépendance, en leur avançant du
numéraire, des esolaives^ des marchandises, et ils s'en-
richissent en peu de temps, tandis que l'agriculteur
imprévoyant ou prodigue vit toujours endetté et mar-
che i su ruine*
Une des causses de JTétat de gène Ui commun parmi les
habitans des Gampos Gmtacaaes ^st la manie qu'ils ont
tous d'être Senhares d'Et^genhcs («eigneurs de sucre*
ries)«A peine , dit encore Piaarro *, un homme a-t-îl
quatre palmes de terre, fussent-elles /affermées , qu'il
prétend construire un moulin à sucre; et, quelque
chétif que soit son établissémept , il est obligé
d'engager pour de tangues années le produit de ses
récoltes.
^is. Mém,kisLy lit, ia3.
* Pis. Mém. hist., TU, lao.
i36 SECOND VOYAGE
Ces petits étaUissoness fondés par une ambitioi»
mal entendue amèneront cependant im résultat moral
utile au pays. Pour les soutenir , les propriétaires
sont obligés de renoncer à une yie oisive; le père de
famille, sa femme, ses enfans prennent part eux-mêmes
à la culture de la terre on. à la fiibricatî<Hi du sucre ;
et le travail finka ainsi, il fiiut l'eq>érer, par s'enno-
blir entièrement*
Quoique un grand nombre de petits propriétaires
"veuillent absolument posséder un moulin à sucre, il
en est pourtant beaucoup d'autres qui se résignent à
cultiver la canne sans avoir rhomieur d'être seigneurs
de sucrerieSn Ceux-ci font moudre à quelque moulin
de leur voisinage les tiges <fu'ik ont recueillies , et ils
abandonnent,, comme rétribution, la moitié du produit
de leur récolte.
On croira peut-étreqne,pubqu'il est danslesCampos
Goitacazes des propriétaires qui ne rougissent poîntdese
livrer aux occupations manuelicsde Pagriculture, lèses-
çlaves, devenus en quelque sorte 1^ compagnons de
l'homme libre, sont traités avec douceur ; mais il n*en
est malheureuseipent pas ainsL On veut filire Au su-
cre, on en veut feire chaque, année le p(us qui! est
possible, et Ton accable les nègrea de travail, sans
ç'ii^quiéter du tort que l'on se fiiit à soi-même , en abré-
geant les jours de ces infortunés Mlexisteprèsdehiville
^ Si Ton veut se donner la peine de consulter l'exact et
conactendeuz Pisarro ( Mém, , 1H, is4 )i on verra que je
suis loin de me permettre ici quelque ezaî^tîon*.
AU BRÉSIL. 137
de Campos une fonde àtf amendas où l'on voit toute l'an*
nëe des esclaves malades des coups qu'ils ont reçus y
et cil Ton est en même temps toi^ours à la recherche
de quelques nègres qui ont essayé de se soustraire par
la fuite à Feûsteuce la plus insupportable. Lorsque
Ton commença à s'occuper pour le Brésil de TaboUtion
de la traite, le gouvernement fit engager les proprié*
taires des ûimpos Goitacazes à marier leurs esclaves ;
il en est qui se. rendirent à cette invitation, mais
bientôt ils répétèrent qu'il était inutile de donner des
maris aux négresses , puisque l'on ne pouvait oonser«
ver les enfans. A peine accouchées, ces pauvres lemmes
étaient contraintes de travailler dans les plantations
de cannes à sucre sous un ciel brûlant, et, lorsque
après avoir été éloignées de leurs enfans une grande
partie du jour, il leur était permis enfin de retourner
auprès d'eux, elles ne leur apportaient qu'un lait em-
poisonné; comment ces faibles créatures auraient-elles
résisté aux cruelles misères dont l'avarice imprévoyante
des bladcs entourait leur berceau. Dans les habitations
où l'on a quelque soin des nègres, on leur donne à
manger trois fois par jour, et on les nourrit de farine
de manioc et de viande sèche cuite avec des haricots
noirs. Dans d'autres habitations , les esclaves ne reçoi-
vent aucune nourriture; mais, outre le dimanche, on
leur accorde encore un jour par sen^aine, afin qu'ils
puissent travailler pour leur compte. Il est facile de
comprendre que ce dernier arrangement doit avoir les
inconvéoiens les plus graves pour les nègr^ récemment
arrivés de la côte d'Afrique, pour les paresseux, lea
i38 SECOND VOYAGE
débauchés, ceux enfin vraisemblablement très nom-
breux auxquels il n'est pas possible d'inspirer de la
préToyance. Il faut que certains Brésiliens soient aussi
étrangers à Tidée de l'avenir que les Indiens eux-mê-
mes, pour ne pas concevoir que sHls restent sourds à
la voix de lliumanité , ils devraient du moins par in-
térêt ménager leurs esclaves.
Après avoir fait connaître dans tous ses détails , le
district de €ampos, je dois dire quelque cho«e de sa
popnlalioQ. Ce district, tel qu'il a été limité pour l*or-
ganisation de la miUoe ou garde nationale , s'étend
ainsi qu'on Ta vu , du Rio Gabapoana au Rio Ma'caké.
Il a par conséquent 3o lieues portugaises de longueur
sur une largeur moyenne très approximative de 8
lieues* Voici qud était le nombre d'individus que ce
territoire comprenait en 181 6.
s, 965 ménages. r - • • 49^30
Enfrns mâles non mariés vivant
ches leurs parsns. • . « . 3^933,
ImA' 'A I — ^^ '^^^ féminin ^ id. . • 3,799
lihrM \^S^^ ^ individus à gages du V i4y56<^
sexemasculin. ..... 73i[
- Id. du sexe ffiminin. . « . . 99g
Hommes non mariés vivant seuls. 607
Femivies id 738
EscUves. I^^**^» d« ^»« masculin. .^ . io»45o) ^^
\ Id. du sexe féminin 61907/
D'après ce qui précède , il est clair tfoten i8f 6 Van
pouvaitcompterauxCamposGoîtacaxes i S3 personnes
par lieue carrée p c'estÀ^Ure i3 fois plus que dana tout
AU BRÉSIL. i39
l'ensemble de la provîncq de Minas Geraes^ enTiron
4 fois plus que dans la Comaroa de S. Joio en paiti-»-
culier^etseuJknienteiiYirpn lû fois moins qu'enfranoe.
Si rpn çxçepte les districls dU Brésil où se trouvent des
villes d'une population de plus de 8 mille âmes, je
doute qu'il y en ait où, sur une surface égale, il existe
une population plus considérable qu'aux Campos
Goitacazes. Le petit tableau que je viens de tracer
fournit encore des résultats importans : j'indiquerai
les principaux, i' Il prouve que, dans ce pays de
grandes sucreries, le nombre des esclaves surpasse
celui des hommes libres à peu près comme cela a lieu
pour les parties spécialement aurifères de la province
des Mines; et l'on sait que dans les contrées où l'on
élève surtout du bétail, ce sont au contraire les
hommes libres qui sont plus nombreux que les es-
claves, a*" Le même tableau montre que le nombre
des ménages est infiniment plus considérable dans les
Campos que dans l'intérieur du Brésil, ce qui tient cer-
tainement à ce qu'ici les femmes ne se cachent point
devant les hommes, et à ce que les blancs sont moins
rares. 3° Il montre aussi que , par une conséquence
nécessaire, les filles publiques sont bien moins nom-
breuses aux Campos Goitacazes que dans l'intérieur ;
car, du chiffre ^38 qui comprent les femmes de mau-
vaise vie, il faudrait déduire, pour avoir le nombre
exact de ces dernières, les femmes qui n'ont pas de
mari et qui pourtant ne font point un métier de la
prostitution. 4"* Enfin, on voit par le tableau ci de->
tusj qu'ici les mariages sont beaucoup moins {é^
/
i4o SECOND VOYAGE
c^nds que dans Tiiitërieur ; en effet , sans aYoir de
données prédseB sur le terme moyen de la fëconditë
des femmes à Minas, Goyaz etc., je ne serais pas
étonné qu'on trouvât qu'il est au moins de 5 à 6 enfrns
par ménage.
AU BRÉSIL. t4t
%^^» » » % ^<»%v»»^^%<<w^nw t00hm0*^^09f%^n/%^0t/^nnn/^t9^^ft^%^f V ^^^^^fifv%M%!
CHAPITRE VI.
YOTAGE DANS LX DISTaiCT DBS CAMP08 GOITAGAZES.
JSarra do Furoâo* <— Ptji tUaë entre le Farado et le CumU âa Boa
fTfHa.— Anecdote sar le VaneUut Cayennensis oa qneriqaerî. — Cur-
rai de Boa VUte. — Hameea de 5. v^fmaro.— Nttses appelées /u^iiûfi.
A«pect du pays ù%né entre S. AnaroetU faunda du «$• JVcnlo.— Dea-
rrîptîon île cette fatenda» Lea femmes de ce pays et leur costume.
Glûrs à borafr. — Pays situé entre S. Bento et Wfatenda do CoUt"
gio. — De quelle manière hauteur est reçu à cette ySsccndb / espUca-
lîon de l*acctteil qu*on lui fait. Description de la fatenda du Col-
legîo. — Chemin qui conduit de celle habitation à la ville de Campos
ou S» Salvador doi Campos dos Goiiatages, — • Situation de celte
▼ille ; sa population» — De quelle manière le distillateur Baglioni
dirigeait ses nègres.— Passage du Parah^ba*— Vue que Ton découvre
en bce de Campos. — - Bords du Parahjba. — Habitation de Barra
Stea, ComOMOI on j traitait les esclaves. Chapelle. Ce qu'on doit en-
tendre par SeriSes* — Pajs situé entre Barra Seca et Manguînhot»
— Quelques mots sur cette dernière fatenda. Conversation avec un
Indien. — Fataula du Murihéca» Son administration. Indiens saur
vages. -^Le Rio CabapÊiOna.
La rivière dont je trouvai l'embouchure à peu de dis-
tance du Sitiod'Andrade (plushaut, p. I o3) poriedans le
paysle nom de Hiodo Fomo (rivière du four), et est for*
mëe par les eaux d'un grand lac d'eau douce ( Lagoa
Feiaj le vilain lac) situé à quelques lieues de la mer. Au
moment où il va se jeter dans l'Océan, le Rio do Forao
i4a SEC09 D ¥OYÂGE
se réunit à une autre rivière^ le Rio de Bragança ou
de Laranjeira ( rivière de Bragance ou de l'oranger }
qui vient du côte diamétralement opposé. L'embou-
chure des deux livières rëumet | connue sous le nom
de Barra do Furado^ est trop étroite et a une pro-
fondeur trop peu consîdérafale p«w donner dnti^ aux
embarcations les plus petites, et il parait même qu'elle
est entièrement fermée dans le temps des sécheresses.
C'est la Barra do Furado qui , comme je l'ai dit, sert
de limite au district de Macahé et à celui de Goita-
Lorsqn^on se rend d'Andrade à la ville de Campos,
on passe le Furado dans une étroite pirogue. Ici le
péage n'a point été affermé par le fisc (fazenda real) ;
c'est le passeur qui profite entièrement de la rétribu-
tion que paient les voyageurs.
Après avoir traversé le Furado on peut suivre plu-
sieurs chemins pour arriver au chef-lieu du district.
Le plus sûr passe par le lien appelé Tapagem (haie^;
là on s'embarque une seconde fois, et Ton évite des
fondrières impraticables dans la Miison des pluies.
Comme j'avais déjà perdu beaucoup de temps {)our
* Les détails que donne Pisarro sur le Furado sont peu
chars. Il ne frit aucune mention du nom de Rio do Fomo, et
il parait que c'est sans celui de Corisera ou ConMoru qu*il dé-
signe le Rio de Brsg^n^. Je oe suis pas le seul au reste qui
indique ce dernier ; on le trouve également dans la relation
de M. le prince de Neuwied oii une faute de typographie a
sans doute introduit Barganza pour Bragança , comme Fa~
ràJk pour Furudo,
AU BRÉSIL. 143
pa»er le Furado , et que la sécheresse me rassurait sur
le danger des endroits fangeux, je me déterminai à
prendre le chemin qui va toujours par terre \ Un
jiègre me servait de guide* Je commençai d'abord à
marcher parallèlement à la mer ; mais bientôt j'entrai
dans la plaine , et, peu d'instans apris, je trouvai les
fondrières dont on m'avait parlé. Elles sont formées
par une boue noire et profonde; malgré les indications
de nM>n guide, deux de mes mulets enfoncèrent dans
cette ^aae jusqu'au poitrail, et il fallut les débarrasser
de leurrbirge, pour les retirer d'un pas aussi dange-
reux.
Depuis cet endroit jusqu'au Curral da Boa Vista
où je fis halte, le chemin fut toujours beau. Aussi loin
que ma vue pouvait s'étendre, je ne découvrais qu'un
terrain parfaitement égal couvert d'une herbe rase;
et seulement à Thorizon, j'apercevais quelques hou*
quets de bois d'une végétation maigre. Dans cette im*
mense plaine paissent un grand nombre de chevaux
et de bétes à cornes ; mais tous sont à la f«is petits et
d'une très grande maigreur; ce qu'il faut attribuer sans
doute à la mauvaise qualité des pâturages , et peot-étre
^ Itinéraire approximatif de la frootièi*6 laéridionale du
district dea Campos Goitacases à la ville de S. Salvador dos
CsDipos Goitacases.
DelaBarradoFarado au Curral daBoa Vista , . i 3/4 1*
-*-^ FasendadeS. Bento, s 1/1
Fazeuda do GoUegio , 3
— — Campos , ville , 3
Il 1/4 I.
144 SECOND VOYAGE
aux veots secs et continuels qui régnent dans ce pa j»*
Comme le terrain est inarécageux, on rencontre
une foule d'oiseaux aquatiques , principalement ceux
de l'espèce que l'on appelle dans le Brésil intermé-
diaire queriqueri % parce que continuellement ils font
entendre ces syllabes d'une voix forte et aiguë ( le van-
neau deCayenne, Vandbis Cayennmsis ^eayt.^Tringa
Cajrennensis Lath. ). Ces oiseaux fort remarquables
vont par paires, et cherchent leur nourriture dans
les endroits humides. Us se laissent ap}micher de très
près, s'élèvent peu et volent en tmimanL ils pondent
quatre œufs sur le sol , pour ainsi dire sans (aire de
nid, et en se contentant de rapprocher quelques petita
morceaux de terre et de bois desséché. Leurs œu6
olivâtres et marbrés de noir sont un peu plus gros
que ceux d'un pigeon , et beaucoup plus large à une
extrémité qu'à Tautre. Dans la guerre de ruses et d'em*
buscades qu'Artigas fit si long-temps dans les pro-
vinces du sud , les divers partis forent trahis souvent
par les quenqueri qui, à l'approche de l'homme, font
retentir les airs de leurs cris percans.
Le Curral da Boa Yista oh je fis halte, comme ]e l'ai
dit, le jour que je quitui Andrade, en est éloigné de
trois lieues. Cest une pauvre chaumière qui dépend
de l^/azenda do Fisconde da Seca, et qui sert d'abri
aux vachers de cette riche habiution. Auprès de la
chaumière est un bouquet de bois que j'avais vu de
» Casâl écrit queroqwro et M. le prince de Neuwied quer^
ytt«r, A Rio Grande do Sut on dît jueroquero.
. AU BRÉSIL. 145
loin, en entrant dans la plaine. Les arbres qui com-
posent ce bois j nés dans un terrain sec et très sablon-
neux , ne ressemblent en rien, du moins pour le port,
à ceux des forêts vierges; ils sont chëtifs, rabougris,
écartés les uns des autres et forment le buisson.
Au-delà de Boa Yista , la plaine , toujours égale ,
présente encore jusqu'à S. Amaro un terrain maré-
cageux, noirâtre et couvert d'une herbe rase broutée
par un grand nombre de chevaux et de bêtes à cornes.
Un peu avant S. Amaro, le sol devient extrêmement
fangeux, et l'on voit de tous cotés une quantité im-
mense d'oiseaux aquatiques, surtout de hérons blancs
et de queriquerL Comme le chemia^est à peine indiqué
dans cette partie de la plaise , j'avais la crainte devoir
mes bêtes de somme s'engloutir au milieu de la vase,
le m'adressai à un nègre créole pour savoir par où je
decvais passer ; mais cet homme ne voulut pas répon-
dre, sans être payé d!une si grande peine. C'était la
seconde ibis qué^ dans ce pays , on me demandait de
l'argent pour m'indiquer un chemin: jamais rien de
semblable ne m'était arrivé parmi les Min^ros.
. Depuis plusieurs jours, j'apercevais auprès de
toutes les maisons de grands paniers faits avec beau-
coup. de soin; on m'avait dit qu'ils étaient destinés à
prendre le poisson et qu'ils portaient le nom de 72^-
quid ; enfin je vis moi-même de quelle manière on a
coutume d'en faire i^age. Les juquids qui probable-
ment sont d'invention indienne , comme leur nom l'in-
dique, ont trois à quatre pieds de longueur et la forme
d'une cloche ; leur extrémité la plus large est entière-
TOHE II. 10
i46 SECOND VOYAGE
ment ouyerle; Ués ensemble ^ leurs hnos vertiouift
qui se prolongent beaucoup au-delà du tissu fermant
une sorte de poignée, et sur le côtié de eafete dernière^
est une ouverture psr laquelle on pei^ passer le bras
et l'enfonoec dans l'intàrîettr du panier. C'est dans les
marécages qu'on se sert Au.juqmé ; on marche au mi-
lieu de la vase, en le tenant à la main, et on le pro^
mèse au fond de Teau à mesure que l'on avance. Le
poisson caché dm milieu de la bourbe enire dans le
piège qu'on lui présente , et auesîl^t on le saisit , «b
passant la main par Fouverture supérieure évijuquid*
La principale sorte de poisson qui se prend de ceito
manière s'appelle acard; mais elle diifiire beaucoup
de o^le du Rio àeS. Frasdsoo ^qui porte à peu près
le même nom. L'espèce de nasse que je viens de dé»
crire se fait avec celte Cmninée à haute tige et i
jfeuiUes distiques qu'on nomme ubà àkiss k province
de Rio de iemiro et ajum inam dans cette de Mjaaa
Geraes ( Cfmeriwn paru^amtm Spix Mart. Meesji
S. kmaxo dont j'ai paiié toni à llieore est un sim«
pie hameau qui se compose d'une chapelle et d'une
vingtaine de petîlea maisons. CeUea-ci sont éparses,
tnès (écartés les tmes des autres, et ont chacune un
petit jardin^
An^eiè de cet endroit, le pays change d'aspect ;
c'est tonjonrs Ja naênie plaine, mais elle n'est plus
aussi découverte^ et elle prend quelque chose de cet
air risttt et animé qu'ont les campagnes d'Europe au*
près des grandes villes. Le chemin , large et très besni y
est bordé de haies, et continoellement l'on rencontre
JLU BRÉSIL. i47
éts nMiBonnettes courertes en toiles «t entoat^ de
f
baoaniers, de quelques orangeta et d'une petkc plan-
tfldon de tMlUmiars. 11 fit, pendant cette journée, une
d«ikar etcefiBÎve, et eUe était accompagnée d'on vent
très fort et très sec qui gerfa mes. lèvres ainsi que
ceflies de tous aks gens. Cela nous étmt déjà arrivé
dans plvsâsuTO endroits découverts de la provinee des
Arrirvéà hfaeémdaàeS. fiento (S. Benoît), f>ro-'
prâélé de i'cvdre d» bénédictine ' , je présentai aux
nslîgîeinqni n^ëlaient qu'au nomhre de deux , le passe-
port royal dont j'étais porteur. Je fiis parfaitement
accoeiUi parqua; ils mïnstallèreat dans une chambre
tràs oonmode, et, peu de temps après mon arrivée^
ils' m'iBvkèrtet A partager un excellent repas. S Benoit
aurait en quelque peine , il fiust l'avouer, à reconnattre
cas moines pour ses enfana ; mais le défaut de politesse
et d'hospitalité n'est assoréqient pas du nombre des
torts que je pourraif feur reprocber.
La faz^nda de $. Bento possède une étendue de
terre très ecmsidérable, une sucrerie, environ mille
bêfes à eornes «t ôoo esclaves ^. Un air de grandeur
que je n'avais encore observé nulle part , pas même à
Campos Novos, se fait remarquer dans l'ensemble des
faàcimens du monastère* Les cases à nègres forment
trois câtés d'une cour revêtue de gazon qui peut avoir
^ Yoy. plus haut p. is4r
' C'est sans doute une erreur de copiste ou de typographe
qui a introduit le chiffre de cinquante dans un àirit très
tsimable.
À
i48 SECOND VOYAGE
3i5 pas de longueur sur 5o de large» Ces cases se.
tiennent toutes et n'ont pas depuis le sol jusqu'au toit
plus de six pieds de hauteur; elles sont bâties en bri*
ques, couvertes en tuiles 0t percées d'une petite fenêtre
qui ouvre sur la cour. L^égliscet le couvent ferment
cette dernière; sur le côte est le moulin à sucre. Le*
cloître a une forme carrée et se trouve compris enbre
l'église et les bâtimens du monastère proprement dit.
^Quoiquecesdernierseiissentétéooostruitsenbnqufiftet
que leurs muraillesiussent fortépaisses^ilsparaissaiënt^
lors de mon voyage^ en assez mauvaisétat;maîs on allaita
s'occuper à les reconstruire, et déjà Ton avait commencé
par l'église. Deux lacs, ou pour mieux dire, deux .marak.
se voient l'un à droite, l'autre à gauche de l'habitationç
ils sont l'asile d'une quantité iiftioqibnahle d'obeaur
d'eau , et répandent une odeur désagréable, sans doute
fort insalubre pour les habitans du monastère^ De
celui-ci y on. découvre la plaine revêtue d'une agréable
verdure et bornée par des bois et par des broussailles ;
en face du couvent, la vue se r^ose sur les monta-
gnes de la chaîne maritime ; enfin quelques palmiers
d'Afrique plantés dans une des cours du couvent con-
tribuent à embellir Tensemble.du pajrsage.
Le lendemain de mon arrivée à S. JSento qui était
Un jour de fête , je vis la cour de rhabitation se rem-
plir de gens du voisinage qui venaient à la messe. Les
négresses étaient enveloppées d'une pièce d'étofie noire
passée sur leur tête à la manière des Espagnoles ^ quant
aqx femmes libres , elles portaient des manteaux de
gros drap olivâtre bordés de velours noir. Ces dernière^
AU BRÉSIL. 149
«vaîeot eo général de beaux yeux noirs, mais d'ailleurs
elles n'étaient point jaKes; «lies avaient un teint
jaune * et manquaient entièrement de grâce.
C'était dans de petits chariots traînés par des bœufs
et couverts en manière de berceaux par des nattes ou
<des cuirs écrus que les femmes arrivaient au couvent
de S. Bento. Comme ce pays est extrêmement plat ,
on y fait beaucoup usage de chars attelés de bœufs ,
et en général on emploie ces chars dans les habita-
tions , depuis la capitale jusqu'aux Campos dos Goi-
tacazes et probablement sur une grande parue du
littoral. Ain^que dans les Mines, on n'attache point
ici les bœufs par la tête, coutume que l'on devrait
peut-être adopter en tout lieu. •
Ayant quitté Isijàzénda de S. Bento, je continuai
a traverser la plaîneL Ce pays est charmant et a un
air de vie que je n'avais observé qu'auprès de la capir
taie du Brésil. Le chemin , large et fort beau, est bordé
de haies épaisses formées de mimoses ou d'une foule
d'arbrisseaux différens qui croissent en liberté. Der-
rière ces clôtures, on aperçoit des pâturages et des
plantations de manioc et de; canne à sucre. On voit
de loin en loin de^ sucreries de peu d'importance, et
^ns cesse Von rencontre de petites maisons entourées
de cotoniers et d'orangers. Enfin à l'horizon l'on dé^
Couvre la chaîne des montagnes maritimes.
* Non-aenlement M. le docteur Tavares dit à peu près la
rnètoB chose <^i leint des habitans des bords du lac Feîa, anaia
encore il fidid'ettx^la plus ludeàae peinture.
ifo SECOND VOYAGE
Ariité à \A/azmda da CoOegia ' ( nutlMUtioa tf»
couvent) vers U^vcUe \e m^ëtai» diri|^ en quitlaat
S. Benoît, je remis monpaaMport à un domestique
pour fufil le préseuiât au mattre de la maisoB. Gelui-
€À était à table; ob me fit attendre très longtemps
dans un vestibule; mais enfin un monsieur me cria
du baut (f une croisée que je pouvais monter. le trou-^
vai dans une salle à manger une réunioa nombrevse^
et j'acceptai l'offre qtie l'on: me fit de prendre part au
dSaeTd Je ne tardai pas cependant à étfe un peu décon-^
certë par Festrême froideur des convives ; le maître
de la maison m'olfrit à la vérité da tout ce qu'il y avait
sur la table * ; mais d'aiUeu» persome ne paraissait
{aire attention à moi ; personne ne m'adressait une
seule parole. Aprèas le dîner, je fes un 'pen ph» heu-
reux ; je me promenai dans lluibîtation avec Vuu des
propriétaires } il me park de mes voyages, et, penr
me tkipe un compliment,, il me dit qu'il esprit que
' Il est bien évidenl qu'il nt fout pat oenfeadre cette ba^
bitation avec une au^ du néme uom qua M. le prince die
Neuwied iodique près de S. Fidelis.
* On a dit que les Bi-ésiliens servaient à la (bis à leurs
convives , man pourfant dans djes assiettes séparées , de tous
les mets qui se trouivient sur la table , lA que TaMetlé dans
kquelle ebaoanmaageaît se troutaît asneî «ntoaréBd'nae sorts
d'auréole d'autres assiettes. Je n'explique rigeureu^esieut di»
quelle manière cela est arrivé uqe ou deux fois ; mais je puis
certifier que ce n'est point un usage général ; car j'ai par-
oouraleEsésîl pendant sîi années, ^ivaidt panai éeabomaies
da lauScs les éoriiifioDa» insiigssat41a taUe Ai pau^
àcdle du riche et ja^n'at jaanis «Ha m da>ssniUablè.
AU BRÉSIL. j5i
j'avais retiré qodqcie bénéfice de mes travaux et de
mes fatigues. Personne, dans aucune classe, ne con-
cevait que je parcourusse le Brésil pour un autre mo-
tif que celui de gagner de Targent. Un gouvcMiement
est, il faut le dire, bien défectueux, quand il ne sait
|kas inspirer à ceux qui lui obéissent Tidée d'un plus
noble mobile.^
Une circonstance expliquera peut-être la réception
peu aimable que Van me fit au Collegio. Partout on
juge sur son costume celui que Ton ne connaît point
encoce, et, au Brésil plus qu'ailleurs peut-être, les
hommes d^une classe élevée attachent à la mise une
grande importance. Connaissant les habitudes du pays,
et ne voulant pourtant pas me priver des avantages
qu'offre au voyageur naturaliste un vêtement léger et
de peu de valeur , j'avais soin de placer (les habille-
mens convenable^ sur le dessus d'une malle ^ et, avant
de m'introduire chez les propriétaires un peu aisés ,
Je Élisais ma toilette à Fombre de quelque arbre. Le
jour de mon arrivée au Collegio , j'avais malheureuse-
ment D^igé cette petite précaution, et je fus puni
sans doute de m'être présenté avec une humble veste
de nanqnin bleu et un chapeau de paille.
L'habitation du Collegio avait été, comme je l'ai
dit, fondée par les jésuites, et était la résidence de deux
religieux chargés de l'administrer. Cet immense do«>
maine fut pendant long-temps consacré à Téducatron
des bestiaux ,.et Ton y avait même brûlé des bois pour
former des pâturages. Ce fut seulement un petit nom-
bre d'années avant la suppression de leur ordre que
i5a SECOND VOYAGE
les jésuites commencèrent à cultiver- la canpe au G»f *
legio,, et y construisirent une sucrerie. Après leur ex-
pulsion., 1^ fazenda fu,t d'abord administrée pour le
compte du roif mais, en 1781 ',. on la mit à ren*
chère, çt on la vendit ci^q cent mille crusades ( ua
million cinq cent mille francs). L'aoquéreur était
mort peu de temps avant mon voyage, et il parait que
ses héritiers étaient sur le point de plaider. I^ do-
maine finira par être morcelé, les ha timen». tomberont
en ruines , n^ais ce qui a lieu dans les parties du Brésil
où il existe peu d^habitans et où. les. communications
$ont difficiles, n'arrivera point ici; les terres divisées
ne cesseront point pour cela d'être mises en culture^
parce que dans ce district la population est nombreuse
et que le petit propriétaire ne rougit point de travail-
ler de ses mains.
De la fnzfinda du GoUegio dépendent plusieurs mil,-
liers de bêtes à cornes, i5oo esclaves et environ neuf
lieues carrées de terrain dont quelques portions s'é<-
tendent jusqu'au Macahé. L'habitation proprement
dite a un air de grandeur auquel on n'est point ac-
coutumé dans, ce pays où tout porte l'empreinte de la
mesquinerie et semble fait pour ne durer qu'un jour.
On a suivi dans la construction du GoUegio à peu près
le même plan qu'à S, Bento ; mais l'on, a donné aux
proportions un développement beaucoup plu$ étendu.
I)es cases à nègres bâties en briques et couvertes en
tuiles , forment ici les trois côtés d'une cour qui a en-t
* Pâte empi'Untée à Pisarro..
AU BRÉSIL. i53
viron 36o pas de longueur sur làBo de large. Une fa-
çade commune à l'église et au couvent , forme l'un des
petits côtes de la cour, et, vers le milieu de celle*ci,
est une maison sans doute bâtie par les jésuites pour
servir de lieu de récréation à leurs Indiens et à leurs
nègres. Comparé au reste de rétablissement > le mo-
nastère proprement dit n'est pas d'une vaste étendue;
l'église le sépare en deux parties , et, de chaque coté de
cette dernière, est une cour allongée comprise entre
elle et les bâtimens du couvent. La sucrerie donne sur
•la cour. Derrière les cases qui entourent celle«ci et
dont j'ai déjà parlé, il y a un rang extérieur de mai-
sonnettes également destinées pour les esclaves; mais
ces dernières sont la plupart couvertes en chaume
et bâties avec moins d'ordre et de soin que celles de la
cour. Vers l'un des côtés de la fazenda est une bri-
queterie, et, à quelque distance, un bâtiment entière-
ment isolé où l'on soigne les malades.
' L'habitation du CoUegio est un peu éloignée de la
grande route qui conduit à la ville de Campos. Pour
aller rejoindre cette route, je suivis un chemin char-
inant qui passe entre deux haies de la verdure la plus
fraîche. Ce chemin me rappella ceux des environs
d^Orléans, tels qu'ils sont quand le printemps com-
mence; mais ici la teinte des feuilles est encore plus
agréable que dans nos climats , et la forme des arbris-
seaux est plus variée que celles de nos pruniers sau-
vages et de notre aubépine. La grande route où je
rentrai bientôt, fort large, très belle et parfaitement
unie , n'a pas la même fraîcheur, parce que les hommes
i54 SECOND VOYAGE
à cheval et les chariots qui y paiséiit sans cesse, omi-
vrent de poussière les haies doat elle est bordée. D'ail«
leurs les campagoes;' environnantes ont an air aussi
riant et aussi animé que le voisinage des grandes villes
de nos provinces de France. Partout on voit de pe-
tites maisons et des sucreries , des nègres qui tra-
vaillent ^ des chariots qui transportât de l'eau-de^vîe
ou du sacre f des chevaux et des hestiauK nombreux
qui paissent dans des pâturages parsemés d'orangers.
Ici point de terrains abandonnés; tout annonce la pré-
sence de rhomme, et, excepté am alentours de Rio
Àe laneÎTOi je n'avais vu nulle part, depuis que j'étais
au Brénl , autant de terrains en culture , autaut de
mouvement, des habitations aussi rapprochées et aussi
nombreuses '•
La sucrerie la plus considéraUe que je vis entre
le Collegio et S. Salvador dos G«npos Goîtacazes est
celle du Y isconde da Seca située à environ une lieue
et demie de la ville. Elle est bien kûn sans doute de
présenter cet aîr de grandeur qu'ont S. Bento et le
Collegio ; cependant elle a aussi une très grande im«
portance. De cet établissement et des deux aoitrea que
|e viens de nommer dépend la pIsB grande partie <ki
» IXâprès la pêintars fidèle que Je bis ici des Campes Gei-
laosses, on aura sans doute qinlquspeis^i coDcevoâr com-
ment un TOjsgeur a pu dire que j;Eimsisii n'avait été aussi prés
de vMurir defaùn'que dans ces eampag^nes si vantées. Le même
▼ojrageur ajoute que le pa js est fertile , mais que » dans le
temps de la sécheresse, la terre j est réduits à un sable aride ;
cela serait , ce sas semble» un peu diflidle à ooewilier.
AU BRÉSIL. i55
terrain situé entre le Farado et la ville de Campos.
Cette dernière eat bâtie sur 1» rive droite du Para^
hyba ' dans une position charmante. Non-seulement
elle est la résidence d'un juiz dejôra; mais encore
celle d'un vêgario gérai dont la juridiction ecclésias-
tique s'étend sur six paroisses *. Se population se mon»
tait en iStioà près de 8000 âmes ', et, eç 18169 ^^
y comptait 1 1 oa maisons.
En arrivant à Campos (le ^4 septembre 1818),
j'allai voir M.BAGLioNiy Français qui avait établi
dans celte vilfe une distillerie. Après le dîner^ il me
conduisit chez M. Josi Joaquim Carvalho auquel
j'étais recommandé. Ces messieurs enrent pour moi
toutes les complaisances possibles ^ et m'établirent dans
Ttne jolie maison qui donnait sur le fleuve. Accompa-
gné de M. José Joaquim , j'allai bientôt rendre visite
aux autorités principales et à différentes personnes
pour lesquelles j'avais des lettres de recommandation :
partout je fus accueilli avec politesse et bienveillance.
M. Baglioni, le Français dont j'ai parlé plus haut,
avait eu l'idée d'étabbr dans sa distillerie un usage
qiti f dans ee pays , devait néoessairement causer quel-
que scandale. Toutes les semaines il payait à ses escla-
ves une petite rétribution proportionnée au travail et
à l'intelligence de chacun d'eux ; mais , pour chaque
^ Je n'ai pas pris de ootes sur la distance de Campos à la
mer. M. le prince de Neuwied la porte à huit lieues et Gazai
à cinq.
• K^Mém.Usi., nt, 106.
* Kz.MéM. hùi.y m, 145.
i56 SECOND VOYAGE
faute ^ il faisait à l'ouvrier une retenue sur son salaire.
Par ce moyen, il s'épargnait le supplice, de torturer
aes nègres ; et le zèle que ces pauvres gens mettaient
à remplir leurs devoirs le dédommageait bien ample-
ment d'un léger sacri6ce.
Pendant que Je restai à Campos, la chaleur fut ex-
cessive. Elle affectait surtout le pauvre Prégent dont
l'humeur et la santé s'altéraient à la fois. Comme je crai-
gnais de continuer un voyage que l'état de ce jeune
homme me rendait très pénible, je pris d'abord la ré-
solution de renoncer à visiter la capitainerie d'Espirito
Sânto, et de retourner à la capitale du Brésil, en
passant par Pomba et le PresidiodeS.Joào Batista %
dans la province des Mines. Cependant ayant appris
que le chemin de Campos à Pomba était presque im-
praticable, et quW y restait dix ou douze jours, sans
trouver ni maisons ni pâturages , je revins à mon an-
cien projet et je me décidai à m'avancer encore sur
le littoral *•
^ On trouvera dans les écrits de MM. d'Eschwege» Spix et
Martiua des détaila intéreasans sur le Presidio de S. Joao Ba*
tista oii commandait un français ami des Indiens , M. Guido
Thomas Marlière.
* Itinéraire approximatif de la ville de Campos à la fron-
tière de la province de Rio de Janeiro.
De Campos à la fazenda de Barra Seca , 9 i/a legoas.
Curralinho , chaumière , 4
Manguinhos y fazenda, 2 i/s
-^ — Muribéca , fazenda ^ 4
i3 legoas.
AU BÈÉSIL ïfiy
CW dans une pirogue que les voyageurs traversent
le Parafayba. Quant aux chevaux et aux mulets , ils
le passent à la nage, ce qui les fatigue beaucoup,
parce que, vis-à-vis de Campos^ la rivière est dëja
fort large. 'Le pëage est afferme pour le compte du
fisc ; mais ici encore mon passeport royal m-exempta
des droits.
• Lorsqu'on est parvenu sur la rive gauche du Para*
hyba, on découvre toute la ville de Gampos qui se
déploie en forme de croissant sur le bord dû fleuve,
et  peine a«t-on fait quelques pas que Ton jouit d'une
vue plus agréable encore. Alors Campos se présente
obliquement ; de riantes campagnes l'environnent ;
dans le Ipintain s'élève une. portion de la chaîne ma-
ritime, et le Parahyba embellit le paysage, en y dé«
crivant de larges sinuosités. •
Le chemin qui me conduisit jusqu'à la sucrerie de
Barra Seca ( confluent desséché ) suit constamment
les bords de la rivière , en se rapprochant de plus en
plus de rOjcéan, Le pays i^'oiTre pas de majestueuses
beautés, comme les environs de Rio de Janeiro, mais
il est plus riant et plus animé. Presque partout là
routé traverse des pâturages parsemés d'orangers;
mais ils ont peu de largeur, et au-delà , s'étendent des
plantations de cannes à sucre environnées de haies. A
chaque instant, l'on passe devant des sucreries ou de
sBnpi^s maisons. Dans les premières le rez«-de-chaussée
n'est ordinairement point habité \ On monte au lo-
! On peut voir par^ la première paiiie de ma Relation
1
i58 SECOND VOYAGE
gement du maître par un escalier extérieur^ M «elui-
ci aboutit à une varanda ( galerie), par laipidie on
entre dans les appartemens» Les cases à nègres , petites
et couvertes en chaume, sont rangées parallèlement au
fleuve à la suite des bâlimens du maître, ou éparses
çà et là dans le pâturage qui dépend de TbabitatioB.
Un monceau de bagasse annonce^toujours la sucrerie;
et». à p^n de distance, .<^n voit les bœufs ««iployés à
Ciire tourner le moulin è sucre qni paissent en atum-
daat le moment du travaî)* Une baie sépare les pâtu*
r«ges des voisim, et^ si le chemin traverse quelque
epçlos, comme cela arriv/^ ft>rt souvent, là est une
lourde porte plus large que haute qu'il faut ouviin
lorsque Ton passe , et qui pUsée a* t>ett obliquement,
se referme par son ppid*
Barra Seca où je fis halte est uno sucrerie constd^
rable qui appartenait à M« FarnîtAïf jdo G^iurmo LeIo,
alors Tiin des dûreoteurs de la banque royale; Lss bâ*
tjunens de l'habitation font iSfice eu Parahjrba, comme
tous ceui^ des sucreries qtee j'avais vues pendant le
cours de la journée. Dans cette fazenda, on se con-
tente de donner tous les mois du poisson et huit Uvrea
de viande sèdie à chaque fieimille de nègres ; d'aiHeurs
on n'a point la coutume de nourrir les esclaves, mais
on les envois par moitié travailler pour leur compte
troif jours de la semaine dans une habitation (Jaxenda
do Sertao ) située au milieu des bois à l'ocôdent et
qu'il en est ordiDairement ainsi dans les fazendas de Minas
Geraes.
AU BRÉSIL. ' 1%
Xkjaxênda principale , et là ils tnmtent tous les outils,
dont ils ont besoin pour cultiver la terre et des four*
neaux pour préparer la fiiriue de manioc. Les nègres
de Baira Seca ne jouissent par consëqu^it que de trois
jours sur quinxe ; cependant , s'il fout en croire l'ad»
ministrateur de l'habitation , ce temps si court leur
suffit pour foire produire à la terre non -seulement la
quantité de denrées iadispensable à leur subsistance ,
mais encore un excédant quHls peuvent vendre , et ,
ajoutait l'administrateur, quelques nègres de \aifaMnda
sont devenus assez riches pour acheter eux-mêmes
des esclaves.
Je couchai à la» sucrerie de Barra Seca. Le lend^
masQ, i cinq heures du matin, le tambour se fit en-
tendre; les nègres se levèrent; ris se réunirent devant
un ofatoire^ et chantèrent en commun la prière du
fluitin. A Barra Seca, comme en beaucoup d'autres
endroits, Toratoire n'a que la grandeur nécessaire
pour qu'un prêtre y puisse dire la messe. Ces espèces
de petites chapelles > étant ouvertes, communiquent
avec un appnrtement qui sert de salle ou de chambre
à ooudier. C'est dans cette dernière pièce qu'on se
rassemble afin d'assister au service divin ; lorsqu'il est
achevié, l'oratoire se ferme, et la pièce avec laquelle
il communique est rendue à son usage habituel. Dans
beaucoup de maisons, les fidèles se réunissent pour
entendre b messe dans la galerie ou varanday et
c'est à l'extrémité de celle^ que se trouve l'oratoire^-
Quand la prière fut achevée, les nègres de Barra
Seca se mirent en rang devant la maison ^ et l'admi-
i6o SECOND VOYACR
nistrateur leur donna ses ordres. Ce jour là était un
dimanche. Ceux des esclaves dont le tour était venu
d'aller travailler pour leur compte , partirent pour la
fazenda du Sertào ou désert. Les Mineiros n'appliquent
ce mot qu'aux pays découverts situés au-delà de leur
chaîne occidentale , parce qu'ils ne connaissent pas de
pays moins peuplé ; ici au contraire on appelle Sertào
les forêts encore peu habita qui s'étendent à l'ouest
du littoral. Les Serties yà»n% chaque province ^.en sont
les parties les plus désertes , quelle que soit la liature
de la végétation '• .
Avant que nous nous remissions en route , l'admis
nistrateur de Barra Seca fit servir à mes gens un dé«
jeûner copieux; mais il ne m'offrit que du thé et. peut-
être quelques petits gâteaux. Ne devant plus manger
qu'à cinq ou six heures du soir, je me serais bien passé
de cette dîatinction. Ce n'est pas au reste, la seule t fois
que l'on ait cru devoir m'honorer de cette mùiière*
A mesure qu'on s'éloigne de Campos^ on voit
moins d'habitans. A la vérité , non loin de Barra Seca,
je. trouvai encore des mnisons et des plantations de
cannes ; mais ensuite les bouquets de bois vierges det-
viennent plus nombreux. Dans l'un de ces derniers ,
, un contraste assez remarquable attira mon attention.
Le chemin passait entre deux rangs de balisiers dont
les feuilles , souvent hautes de plus de deux mètres ^
avaient toutes une forme elliptique ; et , au-dessus de
cette espèce d'allée si parfaitement uniforme., s'éle*
^ Yoy. mA première Reiaiion f vol. II/p. ^99.
'au BRÉSIL. i6f
iFuent de grands arbres ; des ^ lianes et des arbustes
qui y dans leur port et leur feuillage ^ offraient la va*
riété la plus admirable.
Jusqu'à un pont qui traverse le chemin et qu'on
appelle Ponte Not^a ( le pont neuf ) j je côtoyai
toujours le Parahyba quelquefois divisé par des îles.
En continuant à suivre ce fleuve, je serais nécessai-
rement arrivé à la petite ville de S. Joao da Praia ;
mais y pour gagner du temps, je me dirigeai vers la
mer par une route diagonale , et j'allai faire halte à
une pauvre chaumière bâtie au milieu des sables sur
le rivage de l'Océan. Lorsque les habitans de Campos
vont à la province d'Espirito Santo , ils ne se con«
tent«3t pas de faire quatre lieues , comme c'était ma
coutume ; personne ne s'arrête donc à la chétive chau-
mière de Curraîinho ( petit parc de bestiaux ) , aussi
n'y trouvai-je absolument aucune provision , et ce
fut même inutilement que j'envoyai chercher du maïs
pour mes mulets à une i^enda située à quelque dis-
tance.
Entre Curraîinho et Manguinhçs^ le chemin s*é-
loigne peu de la mer, et passe sur un terrain formé
d'un sable presque pur. Comme sur la langue de terre
voisine du Cabo Frio ( restinga ) , on voit presque
partout des arbrisseaux qui , rameux dès la base , ont
à peu près la forme d'un buisson , et parmi lesquels
dominent lespitangueiras ( Eugenia Michelu Lam. )
Quelques endroits cependant sont entièrement cou-
verts de feyôes da praia ( Sophora Uttoralis Neuw.
Schrad. ) très rapprochés les uns des autres; et,
TOME II. II
}<b SECOND VOYAGE
daoft dftt «ipaoes considérables , on ne trouve gaèrm
qu'une espèce de Borraginëe dont tes tiges sont cou»
chées sur la terre et que j'avais déjà observée au Cabo
Frto ( Pntslôa UmfoUa N. ')•
La fazenda de Mangqinhos (les petits numgliers )
oii je fis halte * , se compose de quelques maison*
nettes couvertes en chaume et bâties sur le bord de la
mÉr. Les terres environnantes n'offrent que Taspectde
la stérilité ; mais ^ comme j'étais arrivé de bonne
heure y je fia une asses longue herborisation en m'éloi*
gnant du rivage ' et je trouvai des bananiers,
des papajfers , de vastes champs de manioc. En gêné*
rai y au Brésil, il ne faut jamais juger l'état de la cqU
tare dans un canton par le bord des chemins ; car on
, a la coutume d'éloigner de ceux-ci tontes les planta*
tiona.
Ckwtiuuant ma promenade par un petit sentier cpit
traverae des bois vierges , j'arrivai à un lieu découvert
et sablonneux oîi je trouvai une chaumière habitée par
des Indiens civilisés. Le chef de la famille me dit qa'ii
était de f^ilia NoîHi de Bene^ente y et qu'il avait quitté
son pays pour se soustraire aux vexations auxquelles
il y était exposé. « Le juge, ajouta-t-il, donne aux
< Portugais Les terres voisines des nôtres; ceux-ci ont
* Yoy. la note \Àj à la fin du volume.
* Cest sans doutç ce lieu qui a été désigné par M. le priooe
de Neuwied sous le nom de MoMulinga,
^ Ce fut dans cette herborisation que je trouvai le seul
Scfdzcea qui se soit offert à moi pendant mes long voyages.
( Voy. la note MM k la fin du volume ).
AU BRÉSIL. Ji63
% des bestiaux qui ravagent nos plantadions ; bous
a nous plaignons sans obtenir justiçie^ et nous nous
<K faisons des ennemis. Tai mieux aimé fuir et me re-
« tirer dans cette solitude où personne ne m'in*
« quiète '• 9
Après avoir quitté Manguinhos ^ pour aller coucher
à la fazenda de Muribéca * y je marchai constam-
ment, dans un est>ace de trois lieues et demie , sur
ui^e plage très ferme, mais entièrement sablonneuse
et baignée par les eaux de la mer. La végétation qui
borde cette plage est à peu près celle que j'avais déjà
observée entre le Rio das Ostras et la venda de Boas-
sica'. C'est encore un fourré impénétrable deCactuSy
de M onocotylédones épineuses , d'arbrbseanx en par*
tie desséchés qui s'élèvent à une hauteur égale et
parmi lesquels on remarque un grand nombre Sarœi*
ras {Schinus therelmUfolius Radd. ), de pàangueiras
( Eugenia Miclœlu Lam. ) et de feyôes da praia
( Sophora UUoralis Neuw. Schrad. ) Sur ce rivage, je
ne rencontrai personne; je ne vis point de maisons;
aucun insecte, aucun oiseau ne voltigeait dans l'air ;
et mes traces mêmes étaient bientôt elFacées par les
vents et les eaux de la mer: partout une solitude
profonde que le bruit monotone des flots rendait plus
triste encore.
^ On verra plus bas combien les Indiens d*Espirito Saoto
ont à souffrir de la tyrannie des blancs.
• Il existe encore au Brésil deux endroits de ce nom ^ Tun
dans la province de Bahia , l'autre dans celle de Femambouc.
' Yoj. plus haut p. 80. \
i64 SECOND VOYAGE
Nous finîmes cependant par nous éloigner de la
plage I et nous nous enfonçâmes dans une forêt. Les
habitans de ce pays indiquent si mal les chemins que,
tout en suivant la véritable route, nous crûmes l'a-
voir perdue. La crainte de coucher dehors nous tour-
mentait beaucoup moins que celle de mourir de soif;
car, dans toute la journée, nous n'avions trouvé d'au-
tre eau douce que celle d'un petit lac fangeux. Après
bien des délibérations , nous prîmes le parti de retour-
ner sur nos pas, et, par le hasard le plus heureux,
nous rencontrâmes un voyageur qui nous rassura sur
le chemin que nous suivions.
Pendant quelque temps , je continuai à traverser la
forêt , et tout à coup je me trouvai dans un endroit
très découvert au milieu d'une vaste plantation où
travaillaient un grand nombre de nègres. Apercevant
un petit marais, je m'^en approchai dans l'espoir d'y
trouver quelques plantes. Un vieux mulâtre qui sur-
veillait les esclaves me vit de loin , et accourut vers
moi Ji, toutes jambes, tenant une gourde à la main.
« Vous chei*chez de l'eau, me dit-il, celle de ce marais
« est salée ; mais en voici de très bonne , buvez tout à
« votre aise. »Le mulâtre montrait tant de plaisir à m'o-
bliger que j'aurais cru lui faire injure, si je lui eusse
offert de l'argent; et il fut aussi poli, il parut aussi
satisfait en prenant congé de moi qu'il l'avait été en
m'abordant. Je commençais, comme l'on voit, à
n'être^plus sous l'influence du voisinage de Rio de
Janeiro.
Bientôt je m'approchai de la fazenda de Muribéca
AU BRÉSIL. i65
^ue j'avais aperçue de loin en sortant de la forêt.
El\e est bâtie au pied de quelques petites collines qui,
vers le sud-ouest , bornent une plaine étroite et fort
longue entourée de tous les cotés par des bois vierges.
Une sucrerie y la maison du maître et un grand
nombre de casses à nè.gres forment l'ensemble
.de l'habitation. La plaine est couverte d'un ga2on
verdoyant ; de nombreux bestiaux y paissent en liber*
té , et la petite rivière de Muribéca Tarrose dans toute
sa longueur y en formant des détours; enfin, vers le
nord-ouest, l'horizon est borné par une chaîne de
montagnes qu'on découvre dans le lointain. Ce lieu
charmant réalise l'idéale des riantes solitudes que
célébrait jadis la poésie pastorale.
ÏJà/azenda de Muribéca a onze lieues de longueur.
Elle était encore du nombre de celles qui appartenaient
aux jésuites; mais du temps de ces pères, il n'y avait
que des forêts où est aujourd'hui la sucrerie; le bâtiment
qu'ils avaient fait construire était plus éloigné de la
mer, et l'on s'occupait uniquement sur ce domaine
de l'éducation des chevaux et du bétail. Après la des-
truction de la compagnie de Jésus, l'acquéreur de
L'habitation crut qu'il ferait mieux de cultiver la ^rre ;
il abandonna les constructions que les jésuites avaient
élevées , choisit le terrain qui lui parut le plus propre
à la canne, brûla les bois qui bordaient la rivière, et
bâtit la maison et le moulin à sucre dont j'ai parlé plus
haut. Quand cet homme fut mort, ses héritiers se
mirent à plaider les uns contre les autres et hi/azenda
fessa d'être entretenue. D*ailleurs le propriétaire qiv
166 SECOND VOYAGE
a#ak' succédé aot pèn6ft ée la compagnie n'avait pas
jugé sou teirain aqssi bien qu'eux; ce terrain contient
trop de sable pour co nvenir à la culture de la canne à
sacre y et Fimmense étabtissement de Muribéca est
tomb^ dans un état eomplet de décadence. Depuis un
petit nombre d'années^ une circonstance fâcheuse
pour 4e pays à aus^i contribué à faire négliger cette
faaenda ou du moins la partie de la propriété jadis
habitée par les jésuites. Des Indiens sauvages sont
tout à «oup sortis dû fond des bois et ont exterminé
4es hommes et des bestiaux ; on leur à fait la chasse
avec activité; cependaint ils reparaissent encore de
temps en temps dans les ebvirons de l'ancienne demeuré
des jésuites aujourd'hui entièrement ruinée , ^
ib tuent les chevaux et le bétail qui se présenteiit à
eux. :
Je (us • reçu à. Muribéca par un prêtre chargé de
i'admin&trationde ctXlefazenda. La pet^bnnequi m'é^
vak recommandé à lui le connaissait à peiée, et cepen-
dant il ent pour moi toute sorte d^gahls. Sachàùt
qu*il était pauvre , je lui avais annoncé que je ne Vin-
conunoderais point » et que mes gens me feraient la
cnisine ; mais il m'envoya des poules , die la boU^e ,
du poissoik* etci Cet excellent homme était né ilàhs la
prpvîi|ce 'd^s Mines y et c'était aussi un Mtneirb qui,
à Campo^ > kn'avait le mieux accueilli àpr^ M/ Tô^
Joaqitim . de Carvalho : partout où on les trouve, les
habitans de Minas Geraes se diistinguent par leur hos-
pitalité et la bonté de leur coeur. L'admihistrateu^ de
Muribéca fit tous ses efforts pour me retenir un jour^
AU BRESIiL. «6y
mâi$ f comme ]• voutiiis «dounier iprèiiipteHicfeità Kto
de Janeiro ; je m me vbùii$ poîatàjtts dëniri^ Ce br«v?
homme déplorait la profonde solitude à laquelle il était
eoadàmnë, ^ Toujours ao milieu des nègres ^e je
« ' suis obligé de tenir à une gi'aiidë distance de mol , ttié
« disait-il, je ne vois personne k qui jepuisse cot^r
« muniquer mes pensées. Si quelque voyAg^ur. pas(#
« .par cette fawnda , c'e^t pMir féû d'inâtéil* A^^
« lorsqu'il m'a quitté., ma soikude me «devi^ûl p\nA
« pénible «.
Avant de m'âoignér de Huribéca , je contemplai
encore une fols avec délice cette plaine .riante qui foi>*
me comme un oa^i^ ,pu milieu de sombres forâts^ Ij»
• Il • •
çÎqI était /de l'afettrilè plusliritkuil^ et le calnie pro^
fafld i|ni Jirégnait Aatis la «fttet^e eMté^ aijotrtait hii
paysage un charme tlè plus.
Je passai dans des pirogues la rivière de Muribéca
qui, devant l'habitation , n'a pas une largeur très con-
sidérable. Cette rivière prend sa source non loin de celle
du Muriahéy dans les montagnes de Pico (pic); elle se
jette dans la mer à peu de distance de l'habitation de
Muribéca, et prend à son embouchure le nom de (7a-
mapuana ou Cabapuana. C'est elle qui sépare la pro-
vince de Rio de Janeiro de celle d'Ëspirito Santo.
Avant que les Indiens sauvages eussent paru sur cette
côte, il y avait à Cabapuana un détachement de six
hommes chargés de faire payer aux voyageurs le pas-
sage de la rivière et de visiter leurs passeports ; mais,
depuis que les indigènes ont commis, des hostilités
dans ce pays, on a établi un poste militaire à Boa
i68 SECOND VOYAGE
/Tista j lieu situé un peu plus loin , et il ne doit plua-
y avoir que trois hommes à CSabapoana \
. . . ' Cestavec raiaoa que le savant prince deNeuwied {ycyag»
irad. Ejrr., l, 2^0 ) blâme ceux qui disent Camapuânotx Cam^
papoana ; mais je ne sais sur quel motif il se fonde pour écrire
ItaBapuana. Caiapuana ou Camaputma sont certainement les
noms consacrés par les babitans du pays. M. de Freycinet a
adopté^ le mot Cabapuana ( Fojage Ur.^kUt. ,1, 7S ) ; Casai
dit que de nom aujourd'hui en usage est Cabapuana 1 mais
qu'il dërive de Camapuan ( Corog, Braz.,11, 61 ), et enfin f,
Tezact Pizarro écrit Çamapuân, Il est d*autaQt plus vrai*
semblable que le mot originaire est Camapuan dont on aura
fidt par corruption Camapuana et Cabapuana , qu'il existe
dans les Bfines , comme je l'ai dit ailleurs , un Ûeu appelé
Camapuan des mots tup(s cdma puàm seins arrondis. On
Vrouve aussi un Bîo Camap/uSn da^s la province de Rio^
Crrande do Sui et un autre à Mato Grosso.
AU BRESIL. 169
Mtw^mimtmmm^fy^^^f v ^^f* ^ fw% m Ê m %mf%nfv*mimmiimn0* ^ ytt% } i¥tnimm^f^%^^ ^ ^w%t^»t^
CHAPITRE VII.
TABLEAU GÉJXBKÊlL DE LA. PROVIITCE d'eSPIRITO
SAITTO.
HUtoIre êe la prorinee cl*£fpiri(o Sanlo. — • Sa décadence. — Portrait
àe$ gooTemenn Ahtokio Pulbs da Silya Poims Lbkb ^ Mahoil
ViBXRA HE Albuquèhqub tovar et Fi^wciaco Alberto Rubim.^
•- Ayanlages dont joaît la province d^Eypirito Sapto. — - Ravages des
grandes foormia; quelques personnes mangent ces animaux aveie
plaisir. — Limites de la province d*£spirilo Santo, Sa population,
oon nom. Ses villes- Administration de la justice. Celle des financos;
rerenus* Forées militaires* Administration ecclésiastique.— Caractère
des habîtans de la province d^Epirito Santo. Incorrections qui se sont
introduites dans leur langage. Costume. Les femmes d'E^pirito S9nt9«
Les historiens ne sont point d'accord sur le nom
des tribus sauvages qui, lors de la découverte, habi-
taient la portion du littoral comprise entre le Cabapuàna
et le Bio Doce ; mais on sait qu'à Fépoque où le roi
JsAir ni partagea la côte du Brésil, il donna ( 1 534)
]a province d'Espirito Santo au noble Portugais Yascô
FsRirAirJDES Coetinho. Celui-ci débarqua en Améri-
que avec un certain nombre de colons parmi lesquels
se trouvait Jorge i^e Meitezes , ancien gouverneur des
Moluques que d'horribles atrocités avaient fait con-
damner à Texil. Les Portugais obtinrent d'abord d^
lyo SECOND VOYAGE
brillans succès sur les indigènes épouvantés ; ils fon-
dèrent prèâ la baie d*Espirito Santo la ville qu'on ap-
pelle aujourd'hui f^iUa Velhay bâtirent un fort et
plantèrent des cannes à sucre ^. Cependant cet état
prospère ne fut pas de longue durée. Poussés à bout
par lesoitiautés des Portugais qui, suivant l'expression
d'un de leurs historiens , se montraient plus barbares
que les Barbares eux«ménies, les Indiens détruisirent
les plantations de leurs ennemis, brûlèrent les maisons
et massacrèrent tous ceux qui tombèrent entre leurs
mains. Pout* se dérober aux attaques des Indiens^ les
blancs abandonnèrent la ville qu'ils avaient fondée, et
se retirèrent dans le lieu où est aujourd'hui la capitale
de la province du S. Esprit. Là ils furent encore atta-
qués par les indigènes ; mais enfin ils remportèrent à
leur tour uiie*grande victoire, et, se croyant i*edeva-
blies de ce sticcès à l'intervention de la Vierge, ils lui
consacrèrent leur nouvel établissement sous le nom
de Vûla ife Nossa Senhora da Victoria ( ville de No-
trt-Dameiie la y΀toire)«
^ On voit y d'après ce queje dis ici ^ <^'il j i^v^it bi^^p^
de temps que la canne à sucre avait commencé àétre |:uitivée
ail Brésil , lorsqu'elle fut introduite dans la province d'Espi.-
rito Santo. Celui qai le premier la planta dans rAinériquè
portugaise ^ vers l'an i53i , fftft , cetoiine cm Ta é^ va', Kait^
tim AffDnso deSouttL> fondàtânrde k eapitaonèriadrS. ^iHH
cente. Cet illustre cji^pitaine esltappefé MoHino AifiwP dai»
ÏAgrostoiogte de M. Mai*tius ; mais ces deux ,Qoms ne sont
point portugais , et se seront certainement -glissés par quelque
ibéprise de proie du de copiste dans l'excellent ouvrage du
*«ftVont Bavarois, l'ce qu'il ^mft, imprimé loin delui.
AU BRÉSIL. 171
Dans les comliaU que les Portugais euï^nt à sou*
tenir contre les Indiens, succombèrent successivement
Jorge dé Meuezes et un autre noble également exile ,
SiMAO DE Castello-Braitco j qui avait pris le com-
mandement de la colonie, pendant que Goutinho,
plein de confiance dans ses premiers succès, était allé
chercher de nouveaux renforts en Portugal. Fekkaô
1>B SA fils de Mem dé Sa gouverneur de Bahia périt
aussi dans tes guerres cobtre les indigènes de la càpi-
ftiioèrfe d^Espirito Santo. Enfin, Coutinho, le fonda-
f^r die là colonie, après avoir épuisé pour la soutenir»
son patrimoine et les richesses qu'il avait acquises
dans les Indes orientales, fut réduit à vivre d^aumones,
et ne laissa pas même un linceuil pour l'ensevelir.
Cette tranquillité dont la colonie naissante aVaît si
grand besoin et que les Portugais n'avaient point bb-
tenue en cherchant à V*épandre là terreur parmi les
Indigènes, cette tranquillité, dis-je, lés jésuites siirent
ta conquérir par la persuasion. Ils ne craignaient
pbinit db repi^ocher aux Portugais leur affreuse tyrai^-
i/àe^ et en inêhie tetnps ils portaient aux Indiens des
p*arolés d'amour , de paix et de liberté. iPar leurs soins
et surtout par ceux de Théroîque Àuchieta, les indi^
gènes embrassèrent le christiaînisme, et réunis en viK
làgé, ils connmrent les bienfaits de la civilisation.' I^ans
Vt dix-septième siècle, ïl n*y avait encore que cinq
cents hommes de notre race dans la province du S.
Esprit^ mais on y coinptait quatre réductions d'indiens
formées par les j^anitvs , celles 'de Beritfgba atijoiïr*
d'bui Beneifenie, Guarâpari, S. Joàùj Reis Magos\
/
173 SECOND VOYAGE
et ces établissemens fîireot du nombre de ceux qui
servirent de modèle à ia ooloaisation des Guaranis,
du Paraguay si vantée par les écrivains les plus célè»
"bres *.
Il parait que les babitans de la province du S. Esprit
jouissaient déjà d'une paix profonde , quand leur ca)M-
tale fut attaquée en 1 59a par un des aventuriers les
plus audacieux qui aient jamais désolé les mers. Le
fameux chevalier Tqomas Cwendish , après avoir
essuyé un échec à Santos^ chercha à débarquer à Villa
da Victoria oit il espérait trouver des provisions en
abondance. Mais les Portugais et les Indiens réunis
le repoussèrent, et il mourut en mer, accablé par le
chagrin que lui avait causé le mauvais succès de son
entreprise.
Les Hollandais ne furent pas beaucoup plus heureux
que Cavendish, lorsqu'en i6a49 dans le cours de leur
guerre contre le Brésil, ils voulurent s'emparer de la
province du S. Esprit. Sajuvador Coaiiea de Si e Bb-i
NAvioBs envoyé au secours de Bahia par son père
Martim Corrba de Sa , gouverneur de BIo de Janeiro,
avait relâché dans la baie de Villa da Victoria ^ il re-
poussa l'amiral hollandais, et celui-ci fut forcé de
prendre honteusement la fuite.
A cette époque, la capitainerie d'Espirito Santo
n'était point encore sortie de la fiimille du prenûer
^ Voy. Montesquieu Espr. loisy 1. FV, chap. VI. — Ray-
fiai, Hisi. ind. , part. iV, 1. IV. ^ Chateaubriand , (^9^
CkrUi. , part. IV, l. IV, chap. IV.
AU BRÉSIL. 173
tlooataire; elle appartenait à Francisco âguiar Cou-
TiKHo \ Vers 1690 y un des descendans de ce dernier,
ÂirroNio Luiz Gonçalves va Camara Coutiitho la
vendit quarante mille crusades f loOyOOO f. ) au colo*
nel Francisco Gil Arauito. Elle fut successivement
encore la propriëtë de deux donataires; mais enfin ,
en 1717, le roi Jean Y l'acheta pour le prix auquel
eHe avait été vendue la première fois , et Tincorpora
sans retour au domaine dé la couronne *.
Pendant long-temps cette capitainerie avait fait
partie du gouvernement de Bahia, et alors elle ëtait
administrée par des capiiàes mares. Enfin en 1 809 ,
on en fit une province entièrement indépendante y et
on lui donna pour gouverneur (goi^emador) Manuel
VisiRA DE Alruquerque Tovar auqucl succéda Fr^n«
CISCO Alberto Rubim qui était encore en fonction à
Tépoque de mon voyage ^
Pendant que ces chan^emens s'opéraient dans l'ad-
ministration de la capitainerie d'Espirito Santo^ la
^ C'est lui qu'Alphonée de^Beauchamp j dans son histoire
si peu consciencieuse^ appelle Anghian CouthiDo(Aij/. Brés,,
n, 170).
* Pizarro prétend (Jlf^/n. hisU^ YIII, 33) que ce fut Anto-
nio Luis Gonçalves da Gimara Goutinho qui vendit à la cou-
ronne la capitainerie d'Espirito Santo ; mais le même historien
indique ailleurs (II, 7 ) des documens qui prouvent qu'après
Antonio Luiz Gonçalves, il y eut encore plusieurs donataires.
Ce dernier était gouverneur de Bahia.
3 Southey Hist. of Braz. y I, 38, a86, 326, 36a, 445;
n, 665. — Corog, Braz. , II; 66, 67, 58. — Piz. Mim. hisL,
n, a-3o.
À
174 SECOND VOYAGE
prospërîtë d«s habitaos éprouva aussi de grambs lâtis-
situde3. Après avoir eu pour toute défense un petit
fort protégé par une garnison de 34 hommes , \a ca-
pitale de la province fiait par acquérir de l'impor-
tance, et y vers le milieu du dix-huitième siècle, elle
était considérée comme une des principales villes de
VAmérique portugaise ^ Plus tard, l'expulsion des
jésuites porta un coup iatal à la capitainerie du S. Es-
prit; et y de toutes les provinces de la cote, elle est
celle qui , dans les temps modernes , a fait le moins
de progrès '. Une grande partie de la population de
cette province se composait d'indigènes; les jésuites les
gouvernaient avec bonté; ils les soumettaient à un
travail réglé, subvenaient à tous leurs besoins, leur
communiquaient les lumières qu'ils sont susceptibles
d'acquérir, et avaient soin surtout d'écarter d'eux les
blancs qui les auraient bientôt corrompus et tyrannisés.
Après la destruction de la compagnie de Jésus qui eut
lieu en 1760, les Indiens, race faible et imprévoyante,
restèrent sans appui. On fit à Lisbonne des lois en
leur laveur; mab comment n'eussent-elles pas été
éludées à deux mille lieues du législateur, dans un
pays où tout le monde croyait avoir le droit d'élever
sa fortune sur la ruine d'infortunés qu'une infériorité
trop réelle &isait repousser avec un orgueilleux dé-
dain. Traités comme des serfs, condamnés à de rudes
travaux, les Indiens furent anéantis ou se dispersè-
« Southey Hist. Braz. , II, 665.
• Southey Hûi. 0/ Braz. , III, 81 1 .
AU BRÉSIL. 175
reuL Bu temps des ja$qitesy il y avait à Rfiritygba ou
fieoevente et dans ses alentours douze mille indigènes;
sous le premier curé qui succéda aux pères de la corn*
pagnie de Jésus, les Indiens étaient déjà réduits à neuf
mille, et en i8ao, toute la population de la paroisse
de Benevente ne s'élevait, suivant Pizarro ^ , qu'ai deux
mille cinq cents individus.
Ce n'était pas seulement comme chefs et protecteurs
des Indiens que les jésuites devaient exercer sur la ca-
pitainerie d'Espîrito Santo une heureuse influence. Il
était de l'intérêt de l'ordre d'envoyer des sujets distin-
gués dans une province dont la population lui était
en grande partie soumise et où il possédait des do*
maines immenses. Ces hommes arrivaient de leurs
pays avec des connaissani^es que ne pouvaient avoir
les descendans grossiers d'aventuriers barbares^ et,
quand même les jésuites eussent évité d'instruire les
blancs , il était impossible que ceux-ci ne profitassent
pas de leurs exemples. Les pères de la compagnie de
Jésus creusèrent dans la province du S. Esprit le seul
canal qui , à ma connaissance , ait jamais existé sur la
cote du Brésil méridional ; ils élevèrent dans cette pro-
vince et le district limitrophe de Campos dos Goita-
cazes de vastes édifices, et tout le monde sait que leurs
fiizendas où les nègres étaient traités avec douceur,
offiraient des modèles d'ordre et de bonne administra-
tion. J'ai vu dans la province de Goyaz une /azenda
où s'était conservée la tradition des méthodes suivies
» Pix. Mém, hijt.,y, 99.
176 SECOND VOYAGE
par les jésuites pour la direction de leurs domaines
ruraux, et je doute qu'il existe au Brésil des habita*
tions mieux administrées.
Après la destruction de la compagnie de Jésus, il
lie se trouva personne qui fût capable, soit par des
préceptes, soit par des exemples, de répandre quelques
lumières parmi les habitans de la province presque
isolée d'Espirito Santo, et Taffreuse tyrannie des gou-
verneurs contribua encore à la décadence de cette
province. A Texception de la justice, les gouverneurs
d'Espirito Santo, comme ceux des autres capitaine^
ries * , dirigeaient toutes les branches de Tadministra*-
ûon. On leur obéissait avec une exactitude et une
ponctualité qu on mettait rarement à exécuter les or-
dres du souverain lui-même, et , pour peu qu'ils fussent
appuyés par quelques favoris, il leur était facile de
renverser la faible barrière que les lois opposaient à
leur autorité.
Vers le commencement de ce siècle, le mathémati-
cien Antonio Pirss da Silya Pontes Lebce avait été
nommé capUào môr de la province du S. Esprit par
la protection de D. Rodrigo comte de linhares. C'é-
tait un homme savant, mais bizarre, qui abusa de son
autorité, et fit le mal du pays. On raconte de ce ma-
gistrat des extravagances auxquelles on aurait peine
à croire, si elles n'étaient attestées par des person-
nages dignes de foi. Il avait la manie de tirer les cul-
tivateurs de leurs domaines, et il les retenait des mois
3 Voy. ma première Relation , vol. I^ p. 355 et suiv.
At BRÉSIL. 17^
Mtiers à Villa da Victoria pour les exercer au service
militaire ; il trouvait un barbare plaisir à faire monter
à cheval des malheureux auxquels de secrètes infir-
mités interdisaient cet exercice ; ou bien, s'il se pro-
menait avec les officiers de la garde nationale {milicia\
il les forçait de manger le dîner dégoûtant des» né-
gresses qu'il trouvait sur son chemin.
Manoel Vieira de Albuquerque Tovar qui succéda
à Pontes avec le titre de gouuemeur administra à peu
près aussi mal que lui. Il se plaisait également dans
l'appareil militaire, et enlevait aux colons un temps
précieux, eu leur faisant passer sans cesse d'inutiles
revues.
Après Tovar, Francisco Alberto Rubim fut nommé
gouverneur de la province d'Espirito Santo, et l'ad-
ministrait encore à l'époque de mon voyage. Il passait
généralement pour un homme intègre ; il avait de
l'esprit et de l'activité ; la nouvelle ville de Vianna
s'éleva par ses soins; il fit ouvrir des chemins entre
le littoral et Miras Geraes, fonda l'église du bourg de
Linhares, rebâtit à Villa da Victoria une partie du
palais du gouvernement, et contribua à embellir cette
ville. Mais, si son administration eut de l'éclat, il
s'en faut qu'elle fût conforme aux lois de l'état et aux
principes d'une sage économie. On verra avec quelle
rigueur il traitait les Indiens, et ces infortunés n'étaient
pas les seules victimes de son despotisme. Partout il
mettait des entraves; on le trouvait partout, et ses
mesures, en montrant l'étonnante étendue de son pou-
voir , montraient aussi son ignorance en administra-
TOME II. ,rt
>
178 SECOND VOYAGE
tion. Comme ses prédécesseurs, Rubim, pour exercer
las colons au service militaire , les faisait conÛBueUe'
inent venir de plusieurs lieues à la ville , et les obli-
geait de laisser sans surveillance leurs maisons et leurs
nègres. Dans son gouvernement , il était défendu de
vendre le coton avec ses semences et le riz avec ses
enveloppes. Enfin , ce qui paraîtra presque incroya*
ble, la farine de manioc que Ton recueillait dans la
banlieue de Villa da Victoria était taxée à deux crusa*
des ( 5 f. ) Valqueirey tandis que celle qui venait des
autres districts de la capitainerie ou des provinces
voisines pouvait se vendre à des prix débattus. Il ré*
sultait de ce règlement que les cultivateurs des environs
du chef4ieu de la province ne plantaient de manioc
qu'autant qu'il en fallait pour nourrir leur maison ;
presque toute la farine consommée par les employés
et par les ouvriers venait du debors^ elle se vendait
quatre à cinq patacàs ( 8 à 1 o £ ) Xalçueire , et l'argent
des habitans de Villa da Victoria allait enrichir ceux
de S. Matheus ' ^ ville que l'on trouve après le Rio
Doce, en entrant dans la province de Porto Seguro^
et dont les alentours produisent beaucoup de manioc
Cependant 9 lorsque la province d'Espirito Santo
sera sagement administrée , et surtout lorsque ses ha*
bilans auront plus de lumières , il est impossible qu'elle
•
^ J'écris ce mot comme on le prononce dans le pays^ et de
la m^e manière que Cazal et Pizarro. On trouve à la vérité
San Mâteo dans la traduction française de l'ouvrage de M. le
ptlnœ deNeuwiedy maïs ce savant a lui-même rétabli ré-
•t rorthogrsphc
AU BRÉSIL. 179
BC parvieaae .pf($ à un haut degré de prospérité. Si
toutes jes terres de œtte province me sont point fer*
tiles % il en est. pourtant dont Ja féeoaditë. ne peut être
ini^een dout^* EUes produisent du sucre ^ du nqanioc,
du coton, du riz y du café^ d« maiîs, et divers lëgu*
mes. En 1 8ao , on comptait dan^ jtoute la province 60
moulins à sucça et 66 distilleries *9 et, dans le pre-
n^ier trimestre de i8i8| la seule Villa da Victoria cx«
porta quatre mille algueires de riz sans enveloppes. Des
bois excellens pour U coiistruction et la inenuiserie
pourraient être tirés des immenses forêts qui couvrent
encore une - si grande partie de la province. Phisieurs
rivières l'arrosent; de petits ports favorisent un utile
cabotage, et la rade de Villa da Victoria, capable de re-
cevoir jusqu'à des frégates^ permettra aux négôcians
du pays de se livrer à de grandes-opérations, lorsqu'ils
auront des connaissances plus étendues et dqs
idées moins mesquines '. Enfin quand le Rio Doce
deviendra navigable, les babLtans d'Espirito Santo
pourront en échange de leur sel, recevoir à bas prix
les fers de Minas Geraes.
^ On avait autrefois une idëe fort eiagërée de la fertilité de
la province d'Espirito ^anto. Voici en effet eomtnent s'ex-
prime Jean de Laet : « Hiec praefeotura creditm* longé fer-
« tilissima omnium provinoianim Bramli», et ab onmibus re-
a bus qu« ad vitam humanam necèssariae sunt , instructis*
« sîma. »
, * Pis. Mém. hist.y II, 33.
' O commercio nada ci^esce , por nao haver no continente
um so Négociante capas de anima r os di versos artfgos de in-
dostria. Mém, kUe. , 11^ 94*
i8o SECOND VOYAGE
L'ignorance et Tapathie qui s'opposent aux pirogrèd
du commerce dans la province d'Espirîto Santo dispa-
raitront sans doute avec le temps ; mais les agriculteurs
de ce pays ont à lutter contre un fléau auquel jusqu'ici
on a inutilement cherché quelque remède efficace. Je
veux parler des grandes fourmis ( atta cepkalotes Fab.
ou peut-être quelques espèces voisines ). Ces insectes
n'attaquent point ou attaquent peu le maïs , la canne
à sucre ' et les haricots ; mais ils sont très friands du
coton et plus encore du manioc. Une nuit seule leur
suffit pour détruire entièrement de vastes champs de
cette dernière plante ou pour dépouiller des orangers
de leurs feuilles '. Toute la population d'Espirito
^ M. Martius dit , à la vérité {^grast. , 567 ), que les foiir-*
mis exercent de très grands ravages dans les plantations de
cannes ; mais il n'est pas impossible que les provinces du nord
paixourues par ce savant soient l'asile de quelques espèces qui
n'existeraient point dans les parties du Brésil que j'ai visitéios.
* Voici comment s'expiime le savant M. Lund dans sa
L^ire sur les fourmis du Brésil ( Ann. se, noL y XXUI, 1 18) :
ce J'avais toujours regardé comme exagérés les récits que font
ce les voyageurs , du tort que certaines fourmis causent aux
« arbres en les dépouillant en peu d'instans de leur feuillage ;
a mais voici un fait dont j'ai moi-même été témoin et qui est
a relatif à Taspèce connue depuis long-temps sous le nom
a ^aiiacephalotts Passant un jour auprès d'un arbre
«c presque iK>lé y je fus surpris d'entendre par un temps calme
ce le bruit des feuilles qui tombaient à terre comme de la
ce pluie Ce qui augmenta mon étonnement , c'est que les
ce feuilles détachées avaient leur couleur naturelle , et que
« l'arbre semblait jouir de toute sa vigueur. Je m'approchai
te pour trouver Texplication de ce phénomème y et je vis qu'A
AU BRÉ5IL. i8i
Santo ne s'afflige pourtant pas de l'abondance des gran-
des fourmis. Lorsque le& individus pourvus d'ailes
viennent à se montrer , les nègres et les enfans les
ramassent et les mangent ; aussi les habitans de Cam«-
pos qui sont dans im état continuel de rivalité avec
<»ux de Villa da Victoria les appellent-ils Popa^^/ta-
jurasy avaleurs de fourmis. Ce n'est pas au reste uni-
quement dans la province du S. Esprit que l'on se
nourrit des grandes fourmis ailées; on m'a assuré qu'on
les vendait au marché de S. Paul réduites à l'abdomen
et toutes frites; j'ai mangé moi-même un plat de ces
animaux qui avaient été ^prêtés par une femme pau-
liste y et ne leur ai point trouvé un goût désagréable.
« peu près sur chaque pétiole était postée ime fourmi qui
« travaillait de toute sa force ; le pétiole ëtait bientôt coupé ,
« et la feuille tombait par terre, tlne autre scène se passait
« au pied de l'arbre. I^ terre était couverte de fourmis oc-
« cupées à découper les feuilles à mesure qu'elles tombaient,
a et les morceaux étaient sur-le-champ transportés dans le
a nid En moins d'une heure, le grand œuvre s'accomplit
« sous mes jeux , et l'arbre resta entièrement dépoiiiUë. »
J^ lettre eiitièrc deM.Lund moiotre combien on peut attendre
de qe zélé naturaliste, et on ne la lira point sans ptalair* Je ms
bornerai à une observation qui n'a a^ijpcun rapport au traj^aîl
personnel de M. Lund. a Selon le récit des voyageurs , tes
a plaines élevées et arides de la province de Minas Geraes
a sont , dit-il , entrecoupées de collines d'ime très grande
tt hauteur que ^ de loin , on prendrait pour des cabanes de
a sauvages, ni9is qui sont l'ouvrage des fourmis. 9 Les voya-
geurs cités ii'avaient probablement vu ni \&^camfos de Mina^,
H^ les habitations de termites et encore moins les cabanes dM
^uvages.
i8s SECOND VOYAGE
La province actuelle d'Sspîrîto Santo ne contient
que les trots quarts de l'ancienne capitainerie du même
nom 'y et s'étend à peu pris depuis le icf 3i' lat sud
jusqu'au ao^ i&. Bornée au midi par le Rio Cabapua-
na, eUe se prolonge du oôté du nord jusqu'au terri-
toire de Porto Seguro dont la sépare le Rio Doce, ou
peut-être, pour parler plus eta<^tèment, la rivière un
peu moins méridionale de S. Matbeus *. Mais tandis*
que cette provinee comprend daus sa longueur une
étendue d'environ 38 lieues ( portugaises ) de cote , sa
largeur est , en certains endroits , réduite à une plage
étroite et sablonneuse; sur aucun point ses descendances
véritables ne s'avancent vers Test autant qu'à Yilla da
Victoria , et là même, on ne trouve pas de culture à
plus de huit lieues de là mer. La provinte d*£spirit6
Santo offre donc seulement une bande étroite qui ,
terme moyen, n'a probablement pas plus de quatre
lieues de large. Au-delà , se trouvent d'immenses forets
qui se confondent avec celle de Minas Geraes , et ser-
•
* Cas. Corog. Braz. , II, 56.
* OneÉt QOBvenu de répéter que le Rio Doce est la limite
de la provinpe d'Espirito Santo ; nfiaîs , dans le pays , cri ne
le regarde pas comme tel ; tl est incootestable que Lînhares,
situé sm* la rire gauche du fieure , appartient encore à cette
province ; PÊsarro dit positivement ( Mém. ,11, ig ) que c'est
le Rio de S. Matheus qui sert de limite à la Juridiction de la
jmtÊa da /utHeihida^ai (junte du trésor public) d*E$ptrito
Santo ; enfin Fautorité de t administration proprement dite
s'élsnd encore' sur le littoral , au-ddà du Rio Docc , dans
WBt espace de qilelqueâ' 4icfueé jusqu'au poste mifitafre d^
Btmn Seca»
AU BRÉSIL. i85
Tent d'asile à des tribus errantesde Bolociidos toujours
ea guerre avec les Portugais ' .
La population d'Espirito Santo ne s'élève pas à plus
de a4 mille âmes * et, comme on ne peut guère porter
* Il serait possible que la paix conclue par le Francis Guido
Thomas Marliëre entre les Botocudos du Rio Doce et les Mi-
neiros ait eu iineheureuseinfluence sur la province du S. Es-
prit. Cependant voici ce que me mandait y en date du i8 no-
vembre i8a5y TexceUentM. M^rlière lui-même. aMaintsnaat
(c û n j a plus d'ennemis à Minas parmi les nations sauvages ;
a tout y est pacifique. Je voudrais pouvoir en dire autant de
ce la province voisine d'Espirito Santo ; mais comme le système
a qu'on j a établi pour la civilisation des indigènes consiste à
a leur donner des coups de férule et à les priver de la liberté,
a je crains qu'tb ne se révoltent , et que leur rébellion ne se
a communique ici. Un grand nombre de sauvages de la côte
<t sont venus se réfugier parmi nous : que n'j viennent-ils
« tous 9 ces malheureux ! d
* Ce chiffre m'a été communiqué par un homme que sa
position sociale mettait plus que bien d'autres en état de sa-
voir la vérité. Pizarro ( Mém. ^ U, 8 ) a eu connaissance de la
même évaluation ^ mais il Ta répétée pour en admettre une
autre qui ferait monter à T%fi^ le nombre des habitaus
d'Espirito Santo. Celle-ci cependant ne saurait être exacte ,
du moins pour la province seule du S: Esprit ; en effet , le
desembargador Antonio Rodrigues Veloso de Oliveira qui
adopte également ( Mappa sd« in Ann,flum, ) le chiffe de
73^845^ dit qu'outre la population d'Espirito Santo, ce chiffre
comprend encore celle du district des Campos dos Goitacazes,
et cela ne pouvait guère être autrement ^ car le noinbife
73,845 est le résultat des étaU de Vauvidor de Yilla da Y^q-
toria y et la juridiction de cet ouvidor s'étendait i cette. épGMquc
sur les Campos. Au reste , comme la population des, Cam-
i84 . SECOND VOYAGE
la surfiice habitée de cette province «ju'à cent cinquante
deux lieues carrëes , chaque lieue comprendrait ,
terme moyen, environ centcinquante individus. Taidit
ailleurs que la population de Minas Geraes pouvait
être estimée à dix individus par lieue carrée '; par con-
séquent il y aurait, sur une surface égale, quinze fois
moins d'individus dans la province de Minas que dans
celle d'Espirito Santo. Mais la population des deux
gouvernemens ne peut réellement être comparée avee
quelque exactitude. En effet , celle de Minas s'est dissé-
mmée sur l'immense territoire de cette contrée , et les
villages se trouvent sou vent séparés par des déserts que
nous sommes obligés de comprendre dans l'estimation
de la sur&ce générale du pays. Dans la province d'£s«
pirito Santo au contraire la population arrêtée par la
crainte des indigènes s'est pelotonnée sur le littoral,
et l'évaluation que je fois du territoire de ce gou-
vernement ne saurait embrasser ses forêts encore
inconnues et seulement habitées pa^ des Indiens sau-
vages.
Dans tes Mines , à Campos , Rio Grande do Sul et
probablement tout le midi du Brésil , quand on dit
simplement la capitainerie ( a capitania ) , c'est tou-
jours celle d'Espirito Santo qu'il faut entendre, et,
dans l'intérieur même de ce dernier gouvernement, on
pos ne monte qu'à 3i ^gSS individus , il resterait encore pour
la province du S. Esprit 4<'i9^o individus , chiffre fort sur^
leur à celui que j'indique.
\ Voy. ma première Rdaiiony vol. I, p. 8o.
AU BRÉSIL. . i85
ne se sert presquej^mais gue du nom de capUama pour
Yilla da Victoria, la capitale.
Outre cette ville , on en compte encore six autres
dans la province d'Espirito San to, savoir Itapémirlm ^
Beneuente^ Guaràparl, VUta Fetha^ Vianna^ et
AhneidaffÀ mériteraient à peine le nom de bourgade et
dont aucune n a Aejuiz de fora.
En seconde instance y la justice est rendue, pour la
province entière , par Youuidor de Villa da Victoria
dont, en outre, la juridiction s'étend, comme je
l'ai dit, sur tout le district des Campos dos Goita-
cazes.
Les finances de la province du S. Esprit sont admi-
nistrées par une junte {junta dafazenda real ) com-
posée du gouverneur et de cinq membres qui n'ont pas
d'appointement, mais qui perçoivent un certain droit
sur la ferme des revenus de la province '. A l'époque
de mon voyage, il n'y avait qu'un membre de la junte
et le gouverneur qui se réunissent , et l'administration
des deniers publics se trouvait réellement tout en-
tière entre les mains de ce dernier fonctionnaire. Les
revenus de la province s'élevaient alors à environ 3o
mille crusades (7$ mille francs ) par trimiitre; mais
la recette qui se faisait dans les limites mêmes de la
capitainerie entrait dans cette valeur à peine pour un
tiers ou 10 mille crusades. Comme les dépenses du
pays s'élevaient beaucoup plus haut que ce tiers, on
leur avait en outre appliqué la plus grande partie des
» Piz. Mém. hisL , II, 3o.
i86 SECOND VOYAGE
impôts qui se percevaient dans le district des Gampos
Goitacazes et la somme envoyée tous les trois mois de
S. Salvador dos Campos à Villa da Victoria montait à
ao^a4 ^t tnême a6 mille crusades.
Les forces militaires de la province d'EspiriCo Santo
se con^KMent d'un régiment d'infimterie de milice de
dix compagnies; de deux compagnies de cavalerie éga-
lement de milice; de quatre d'artillerie ; plusieurs de
pédestres ou piétons ; enfin d'une compagnie de ligne.
Cette dernière comprend , en comptant les officiers ^
1 14 hommes presque tous blancs ; elle est commandée
par un capitaine , et &it le service des forts et du palais
du gouverneur. Les compagnies d'artillerie appartiens
nent à la milice comme celles de cavalerie , et ne re-
çoivent point de paie ; nais elles ont à leur tête un
capitaine qui est tiré de l'armée et touche des appoin-
temens. Jjes pédestres j tous mulâtres ou nègres libres,
forment une troupe d'un ordre inférieur ' ; ils sont
chargés de porter les ordres de l'administration et oc-
cupent les diflfiirefis postes destinés à protéger le pays
contre les invasions des Indiens sauvages. Ils reçoivent
chaque jour 80 reb de solde ( 5o centimes ) et sont
obligés de se nourrir. Autrefois ils portaient un unifor-
me; mais actuellement on leur permet de se vêtir
comme bon leur semble , et , tous les ans , on leur donne
quatre mille reis ( aS francs ) pour leur habillement.
Ils devraient être au nombre de 4oo ; mais , lors de
^ On a vu qu'il existait aussi des compagnies de pédestres
dans le District des diamans.
AU BRÉSIL. \Sj
mon voyage 9 la désertion les avaient beaucoup réduits.
Les fugitifs se retiraient à S. Matheus, la ville de la
province de Porto Seguro la plus voisine du S. Esprit,
et Vadministration les laissait en repos pour s'épargner
les difficultés qui accompagnent l'extradition des crimi-
nels d'une province à l'autre. Les Indiens civilisés de
Benevente, SAldea Felha, et probablement de toute
la province ne font point partie des régîmens de mi-
lice portugais-brésiliens; ils sont divisés en compagnies
dites S ordonnance qui ont leurs capitaines, et qui
obéîsseiit aux ordres des capitàes mares '.
Tai dit ailleurs * que , sous le nom pompeux de
dwisions auUiaireSj on avait établi, sur les frontières
de la province des Mines, des détachemens chargés
de la protéger contre les attaques des Indiens sau-
vages. La province d'Espirito Santo a aussi ses dipi'
sions militaires qui sont au nombre de deux. Le
Çuartei da Boa Fista, près la ville dltapémirim, est
le chef^lieu de la seconde de ces divisions, et le viU
lagede Linhares, sur les bords de Rio Doce, le chef-
Ueu de la première.
Toute la province d'Espirito Santo fait partie du
Ttste évêché de Rio de Janeiro, et comprend neuf pa-
roisses soumises à la juridiction d'un vigario da vara.
Les cm*és de cette province ne reçoivent rien des fi*
\
' Il en est ainsi ^ comme on a pu le voir^ des Indiens de
l'aidea de S. Pedro dos Indios dans la province de Rio de
Janeiro.
^ Voy. wol première Relation, vol. I^ p. 420.
.^
i88 SECOND VOYAGE
dèles pour la communion pascale ^ ; ils jouissent de la
portion congrue de ceux cent mille reis ( i^sSo fr.) ,
et ont en outre un casuel. Il n*y a point ici , comme
dans les Mines, de desservans à la nomination des
curés ; les fidèles paient directement les chapelains des
églises quinesontpoint paroissiales. Dans Tétat actuel
des choses^ c'est principalement , je le répète , par les
soins du clergé que la civilisation pourrait pénétrer
parmi les Brésiliens y et il est à regretter que celui
d*£spirito - Santo ait des mœurs aussi peu régulières.
Un magistrat éclairé avait proposé ' de soumettre les
prêtres de ce pays à une surveillance plus immédiate
et plus active^ en faisant de Villa da Victoria le chef»
lieu d'un diocèse particulier ; ce projet ne s'erécutera
prbbablement jamais , et les lumières et Tinstruction
ne pourront pénérer dans la province du S. Esprit
qu'avec une extrême lenteur.
En effet , si comme je Tai dit , cette province jouit
de très grands avantages, elle se trouve aussi, sons
plusieurs rapports , soumise aux influences les plus
fâcheuses. Elle est isolée, elle est pauvre, et rien, pour
ainsi dire, n'y appelle les étrangers. Les deux races
qui y vivent confondues doivent réciproquement se
communiquer leurs vices. La chaleur du climat invite
les habitans à la nonchalance; et les alimens peu sub-»
stanciels dont ils se nourrissent, contribuent néces-
' Voy. ma première Relaiion, voL I, p. 67.
* Voy. le mémoire de M. Antonio Rodrigues VeloflP de
01iveii*a dans les Années Fkminens^s , iSô,
AtJ BRÉSIL. 189
SKirendent encore à augmenter leur apathie. Les
hommes riches sont les seuls qui mangent de la viande.
Les autres vivent de farine de manioc , de poisson
frais ou sec , de coquillages , de haricots , et ils font
cuire ces derniers avec le poisson j sans même y mêler
du lard , aliment dont ils ne font point usage, parce
que leur paresse les empêche d'élever des pourceaux.
Les maiivaises eaux que boivent habituellement les
colons d'Espirito Santo peuvent aussi concourir à
leur donner cette maigreur , ce teint jaune , cet air
languissant que l'on remarque chez la plupart d'enb*e
euXf et à les priver de l'énergie nécessaire à notre es-
pèce. Au reste, si les habitans d'Espirito Santo n^ont
point toute» les qualités qui distinguent les Mineiros,
ils ne sont guère moins hospitaliers ; ils l'emportent
beaucoup en activité et en industrie sur les cultiva-
teurs de la province de Rio de Janeiro, ou du moins
sur ceux d'une grande partie de cette province, et ils
n'ont rien de cette dédaigneuse indifférence que ces
derniers laissent voir trop souvent.
Dans la province d'Espirito Santo , les femmes ne
se cachent point comme à Minas; elles reçoivent l'é-
tranger, causent avec lui et contribuent à faire les
honneurs de la maison. Le filage du coton» forme
leur occupation habituelle ; presque toutes font aussi
de la dentelle plus ou moins commune , et elles ont
coutume de travailler accroupies sur de petites es-
ttades qui s'élèvent d'un pied environ au-dessus
du plancher.
C'est sans doute à l'exemple des Indiens qui ne
190 SECOND VOYAGE
cachaient point leurs femines , que celles de la pro«
vioce d'Espirilo Santo doivent la liberté dont elles
jouissent y et ce résultat n'est pas le sei|l quVit eu ,
dans ce pays, sur les habitudes des Portugais, leun
communications aveo les nombreux indigènes» La Jant»
gue portugaise a été altérée à Espirito Santo par ces
communications continuelles , et beaucoup de mots
en usage dans cette contrée ne seraient certainement
pas compris sur les bords du Tage ou du Minlio , ni
même à Bio Grande do Sul ou à Minas Gîeraes. Ainsi
les Portugais-Brésiliens de la province du Sw Esprit se
servent , pour dire une plantatiott , du mot indien
capiaoabaj du mot maniba pour les rejets du mamoc,
de quibando * pour un van, ampenbua un tamisa elcw
J'avais beaucoup plus de peine à comprendre les hÀ»
Utans de cette partie du Brésil que ceux de Minas Gre-
raes ; je trouvais qu'en général iU parlaient plus vite,
qu'ils prononçaient moins clairement, que les hooiraes
du peuple en particulier se servaient d'espressîoas
inoins correctes ; et j'étais choqué surtout de cette
suppression presque entière de IV final qui peut-être
est imitée des nègres, et qui rend la prononciation de
ces derniers si enfantine el ai niaise. ,
D'après ce que j'ai dit de la pauvreté des hahîtans
de la province du S. Esprit , on ne sera pas étonné
sans doute du peu de luxe que les individus d'une
classe inférieure mettent dans leur oostume , quelle
' Il ne serait pas impossible que quibando fut plut^ ttrï-
in aa*iBdien.
cain qa*iBdien
AU BRÉSIL. 191
que soit d'ailleurs la race à laquelle ils appartiennent.
Les hommes ont pour tout vêtement un caleçon de '
toile de coton et une chemise de même étoffe^ dont ils
labsent les pans flotter par-dessus le caleçon ; les fem-
mes, comme dans les Mines^ portent avec la chemise de
coton une simple jupe dlndienne.
iga
SECOND VOYAGE
CHAPITRE VIII.
LES IKDIENS SAUVAGES. LA VILLE d'iTAPÉMIR/M.
L*attteur traverse un pays infesta par des Indiens que Von regarde comme
anthropophages. -^ Récits qui tendraient à prouver la réalité de l'an"
thropopbagie.-^ Poste militaire de Boa F'ista. — Ue dite dos An-
ditrinkas, — Encore l*anlhropophagie.— Hameau de Ceri, — La ville
^Itapêmirim, District dont elle fait partie. Position de cette petite
ville. Culture des terres. Plantations d'oignons. Commerce. — Le
Rio liapêmîrim -—Hameau ^Agé. — VenU qui régnent sur la c6te.
"- Rivière de Piùma.
Après avoir quitté Muribéca ponr parcourir la
province du S. Esprit % je traversai d'abord dfes hoi&
vierges. Je passai ensuite sur un terrain où l'on ne
voit qu'un sable pur , et où croissent les espèces de
plantes que j'avais déjà observées , dans un lieu sem-
blable y près de Cabiunas *. Enfin, au bout de quelque
temps, je me trouvai encore une fois au bord de la
mer, sur une plage ferme et sablonneuse, comme celle
où j'avais marché la veille '•
> Voy. plus haut p. i63.
• Id. p. 96.
' Itinéraire approximatif de la frontière de la province du
S. Esprit à VilU da Tictoria.
AD BRÉSIL; 193
Depuis Rio* de Janeiro , on n'avait cessé de ih'en-
tretenir des dangers que l'on courait entre Muribéca
et Itapëmîrim de la part des Indiens sauvages, et Fou
m'avait engagé partout à me faire accompagner par
des hommes bien armés. Avant donc de partir de Mu-
ribéca , je priai, l'administrateur de permettre que
quelques-uns de ses nègres vinssent avec moi jusqu'à
Boa Yista, poste militaire dont j'ai parlé plus haut
Le bon prêtre me donna trois esclaves qui s'étaient
déjà battus contre les Indiens , et qu'il arma de fusils
et de couteaux de chasse.
A mesure que nous avancions , les nègres avaient
soin de nous montrer les différens endroits où avaient
paru, depub quelques années f ces Indiens enn^nis ,
qu'ils disaient anthropophages. En écoutant nos nou-
veaux compagnons y mes gens se pressaient les uns
contre les autres ; le plus profond silence succédait
aux récits effrayans des trois esclaves, et sans. cesse
le muletier Manoel da Costa avait les yeux fixés sur la
DeHuribëcaàBoaVista,
Itapémirim^ ville ,
Agâ , hameau ,
— — Benevente , ville ,
3 1/2 fegoas.
3 i/a
4
3 1/9
•
Meiaipi ^ hameau ,
Pero-Cao , habits^tion , .
PoQta da Fruta , hameau ,
3 i/s
3.j/a.
4. .
*
Sitio dé Santinhos , chau-
9
mière sur le bord de la baie d'Espirito Santo,
4 «/a
3o legoas.
. TOMS
11.
i3
i^ SECOND VOYAGE
fwét qui borde le rivage , et d'où il était pauîUe que
sortissent les Indiens.
Lacëàe la destruction ^dés jésqites, il n'y avait point
de sauvages dans tout^ ce canton ; c'est depuis six à
-iièit années feulement ^ qu'ils cmt oommeacë à y exer»
xqr des ravages ( écrit en 1618). La première fois
:qiiL^on les aperçut , ils tuèrent des bêtes a oornes ,
dw<èhevaux y des b^mmes, et depuis il^ ont encore
renouvelé ieurs meurtres et leurs dévasiatioqs. Je va^s
rapporter ici un fait qui me ftit raconté par 4leux de
mes nègres, et j'aurai soin de ne rien dwnger -à leur
rédit« Les indiens -sMvages attaquèrent , il y avait
toe cdiiple d'années^ les vacbens de Mutûbéca^et ^em^
tparàirMt d^un jeune>ndir âgé de dix à dç^uze Bn^.
Ayant appriace qui vemât de ae passer, le maitiie^e
Viiabitiitîon envoya aussitôt à la po«irscqle dea iadîh
gèhes^ dini| esêiaves lûe^ «m^és ';, .panÉur. lesquels se
trMvaient aies deux nègres^ Les csetaiàès surprirent
4esitsattvages qi^v étaient aésiâfeufcotir d'un grand feu y
leur tirèrent des coups de fusil , et en tuèrent plu-
sieurs. S'étant ensuite approchés du feu, ils trouvè-
rent te borps du petit noir , dont les Indiens avaient
détaché des morceaux qui étaieut déjà en partie gril-
lés. Us >jÇoupèrent , pour.)a inqqtrer ^ leur juaître, la
tête d'ti^ des Indiens qui étaâena restés sur^ la place ,
et ils enterrèrent les tristes restes du jeune nègre.
Nous fûmes assez heureux pour arriver aîi poste
de Boa Vista (bellç vue) ' , sans avoir aperçu aucun
* Le nom de Boa Vista aura sans doute ëtë substitue comme
[^
AU BRÉSIL. ,^5
saévagé. Le poste, comme je l'ai dit plus haut, a été
établi depuis que. ks Indiens ont commence à exereer
teurs ravages dans ce canton, il se composé d'une
vingtaitae d'hommes oopnnandës par un soUs - héa-
ttnant(ml/ens ), et dont quelques-uns sont cohtinuel-
lement détachés pour aller défendis les bords du Rio
Gabapuaha et d'autres points égafement menacés.
La maison où logent 1«8 soldats «$st située sur line
colline qui s'élève à pic au-dessus de la mer. Elle a
été construite en terre et en bois; on l'a shnplement
oouTerte en cbaume, et les vents qui sans cesse régnent
sur cette oôte ont endommagé sa tMture. Autour de
cette grande f^umière, les bois ont été brûl« par les
soldats qui cultivent quelques légumes ; mais d'ailleurt
on ne voit derrière la colline que des forêts sans li-
mites an milieu desquelles les Lecf^hùs se font remar-
«foer par l'immense quantité de fleurs rouges dont
ils sont couverts. Au-delà du poste, ht côte contÎBue
h déiewer au-dessus de la mer; presqyie partout les
«aux ont emporté de larges portions du terraiu ; et
la glaise, coupée verticalement, contraste par sa cou-
leur rouge avefc le vert foncé des forêts qu'elle snp-'
porte. Devant Boa Vista se montre » lleor d'éàu k
petite île, peu éloignée, des Hirondettes fllka das
y'.
plua agréable a tehù de Barreirtu que' le «mm» miùi^.dé
Neuwied donne à cet endroit; mais «, comme le dit M. de
«euwied , on a voulu désigner un lieu taillé à pic, ce serait
Bamneos qu'il fiiudMBt et mm Barreira*: Le tadt *artïi>m
o» bmreins àgnifie glaiaière ; btureira est aussi un • terme de
lortification ( Voj. Mor. Die. , I ). ....
igô SECOND VOYAGE
jândorinhas ) où croissent quelques broussailles. Enfia^
au pied même de la colline sur laquelle la caserne a
été bâtie y est un hangar destiné à servir d'abri aux
soldats qui montent la garde pendant la nuit. Vu des
bords de la mer, l'ensemble de ce paysage est d'u»
effet extrêmement pittoresque.
Lllha das Andorinhas dont je viens de parler man-«
que d'eau y et ne pourrait par conséquent être habitée.
Cependant, comme la pêche y est abmidante, de»
hommes de la ville d'Itapémirim y viennent avec le»
provisions nécessaires; ils y prennent du poisson et
restent assez long-temps pour le &ire sécher.
En quittant Boa Vista pour me rendre à Itapémi*
rim, je traversai une forêt, et bientôt je me retrouvai
çur la plage qui, depuis Curralinho, offre un sable
solide sur lequel on marche sans enfoncer. Dans la
partie voisine du poste, le terrain qui borde le rivage
s'élève à pic ; mais plus loin il offre une pente douce.
Les premières plantes que l'on trouve au-delà du sable
nu sont une Amaranthacée à feuilles glauques * et
une Con volvulacée à tige rampante et ^ à grandes feuil-
les qui est également commune sur les bords de la mer
près de Rio de Janeiro. Viennent ensuite les arbris-
seaux que j'avais déjà observés du côté du Rio das Os-
tras comme dans les environs de Manguinhos, et au
milieu desquels naissent ici une grande quantité de
^ Yoy. la nott Mli à la fin du volume.
^ Convolvubu irasiiiensis L. ^Yoy. la note OO à la fin da
volume.
AU BRÉSIL. 197
gariris , ces palmiers nains dont j'ai parlé ailleurs et
4(ui en général ne sont pas rares sur toute cette por-
tion du littoral ( AUagoptera ptanda Neuw. Nees^ ' .
Plus loin s'élèvent les bois vierges. La végétation que
je vi^is de décrire n'est pas au reste particulière à la
plage voisine de Boa Yista ; je Tavais encore observée
plusieurs jours de suite avant d'arriver à ce poste.
L'ofBcier qui y commandait m'avait donné quatre
soldats pour m'accompagner dans une partie de la
route où il y avait encore des dangers à courir. Ces^
militaires eurent soin de me montrer une maison dont
les habttans avaient été tués par les sauvages. Lorsque
cet événement arriva, un individu qui fut assez heureux
pour s'échapper, se réfugia au poste de Boa Yista. A
l'instant même on envoya un détachement à la pour-
suite des indigènes ; ils furent atteints , et les Portu-
gais tuèrent plusieurs d'entre eux. On trouva les corps
des cultivateurs massacrés ; les sauvages n'avaient point
séparé les membres du tronc; ils' avaient détaché la
chair des os , et la tête seule était restée intacte. Ces
^ On reiiKirque que , pour les plantes recueillies par M. le
prince de Neuwied , je cite toujours son nom avec celui des
personnes qui les ont caracténsëes. C'est assurément un bien
ttble mérite que de découvrir une espèce nouvelle , mais il
me semble qu'il y en a moins encore à la d&igner par un
nom ou par une phrase. Souvent même la découverte d'une
plante se rattache à des travaux immenses , et il est , ce' me
semble y bien peu de gens qui y dans une phrase latine bien
oourte et plus ou moins barbare , ne puissent dire y par
«xemple , si des feuilles sont pointues ou arrondies y des fleurs
solitaires ou disposées plusieurs ensemble. -^ -
193 SECOJÏD VOYAGE
faits dont un de mes soldats a¥ait ëlë| disait^il, té*
mçdn oculaire,, et cqux que m'avaient racontés les es-
claves de Munbéea, tendraient à prouver la réalité de
l'anthropophagie ; mais il est permis, je crois, de ne
pas accorder une confiance entiène aux récits de quel-
ques hommes grossiers, animés par k haine etbtea
aises pput^re d^ r^andre du : merveilleux sur leurs
^ploita ',
A l'eadroit appelé Gerî, on voit un assez grand
noiinbre de chaumières que les courses fréquentes des
Indiens sauvages ont fait abandonner. Ainsi le vaste
empire du Brésil qui ailleurs présente une étendue ^de
trente-^six degrés d'orient en occident , est ici réelle-
ment borné à une plage étroite et dépouillée de ver-
dure. Le seul habitant de Ceri était , lors de mon
voyage, un vieillard qui avait passé toute sa vie dans
ce lieu désert, et n'avait pu se décider à le quitter,
quoiqu'il eût déjà failli tomber entre les mains des in-
digènes.
Il n'était pas sans intérêt de savoir à quelle natîou
appartiennent les Indiens qui désolent cette partie du
Brésil. Les hommes tués par les nègres de Muribéca
avaient la lèvre et les oreilles percées, mais ceux à qui
les soldats de Boa Y ista donnèrent la mort , n'offraient
sur le visage aucune ouverture artificielle. De là il
^ M. le prince de Neuwied qui a parcouru cMc cote pla-
ùfimn années avant «loî» parle anasî des ratages exercés
f^r des bandes d'indigènes entre Murîbéoa et Itapëmidm ;
«nais il ne dit absotument lien qui puisse faire considérer cea
Indiens comme aathrapofdiagn.
AU BtlÉSlL. 14)9
hul conclore que lés forêts romàés^ de cette cèle
servent d^asile à deux nations diflférentes. Les saQVflge»
qui ayaient péri à Muribëea étaient évidemment des
Botocudos; et, comme la peupflade dont ils fiiisaient
partie, n'a paru sur le littoral que depuis un petit
nombre d'années , il est à croire qu'elle vient des fron-
tières de la province des Mines, et que les poursuites
des divisions militaires ' l'auront décidée à quitter ses
anciennes retraites. Selon quelques Portugais , les In-*
diens ennemis dont la lèvre et les oràlles ne sont
point percées ne seraient autï^es que les Coroados
demi-civilisés de S. Fidelis qui , après s'être montrés
ehet eux amis des Portugais, iraient les assassiner
dans le voisinage dltapémirnn. Mais , comme lés Go*
roados de S. Fidelis ont bien peu d^intérét à tra>^t^el*
* vingt lieues de bois pour commettre une telle tra4ii-
son, il est assez évident que cette histoire a été ima<^
ginée afin de rendre les Indiens plus odieux. Geto éé
ces infortunés qui nous occupent dàtiè ce moment àfh
partiennent sans doute à la nation desPuris * qUl n-it
;>
» » «
* Voy. mdi première Relation, l, ^p, 4^1 *, II^ii38^ i45.
144.
* On ne peut lire sans horreur dans les éicrits de Von Es-
chwege les détftih des mauvais trakemens que le» PortugaM-
Brénliensont fidt , denos jours , eodurar aux Pucis. ccAnav
« long-temps que les Brésiliens n*auront pas ^ dit l'aut^pr
(c que je cite , upe plus ju^tç idée de la religion du Glii^t^
<L ce sera en vain que le fjouvernement piiendra de sages me-
« sures pour la civilisation des indigènes» {Joum, von Bras.,
l, io5 ).
aoo SECOND VOYAGE
pas encore voulu toute entière se réunir en aMéa ( écrit
en 1818).
Les soldats qui m'avaient escorté prirent congé de
mokf aussitôt que j'eus passé Ceri; plus loin Ton voit
de distance à autre des chaumières habitées.
Je quittai le rivage de la mer à environ une demi-«
lieue d'Itapémirim. I>e terrain , d'ahord un peu mon-^
tueux, redevient bientôt parfaitement plat. Ce canton
parait avoir été jadis couvert de forêts ; mais aujour-
d'hui on n'y voit plua que des bouquets deboiséparsçàet
là entre les champs de cannes ou de manioc ; et^ prin-i
cipalement dans le voisinage de la ville, on rencontre
un grand nombre de chaumières. La campagne a un
aspect riant I et ressemble beaucoup aui^ environs de
Taquarassu près de B^io de Janeiro \
J'entrai dans la villte naissante d'Itapémirim par une *
grande place oit s'élève le poteau de justice (pelou^
rinho ) ^ et qui , bâtie seulement dans une partie de sa
circonférence y est entièrement ouverte du cQté du
chemin. J'avab une lettre de recommandation pour
l'un des principaux habitans de la ville , M. le capi-
taine Fraitcisco CoEmo. Il était à sa fazenda ; je lui
envoyai la lettre par un exprès, et je fis décharger
mon bagage à la porte de sa maison. Bientôt après,
M. Coelho eut la bonté de m'envoyer ses clés par son
jeune fils, et, accompagné de cet enfant , je partis
presque aussitôt pour aller rendre visite au père. Com-
me la ville dltapémirfm est située à la droite de la
^ Voy. plus haut vol. I^ p. agi.
AU BRÉSIL. !2oi
rivière du même nom et hi/azenda du capitaiiie Fran-
cisco Cœlho sur la rive gauche , je m'embarquai dans
une pirogue , afin de traverser Feau. La rivière dlta-
pémirim est bordée de hautes Graminées et d'arbris-
seaux du plus beau vert , et elle serpente dans un
pays plat et riant entrecoupé de bois et de pâturages.
A3sis dans ma pirogue , j'apercevais à l'horizon la
chaîne de montagnes au milieu de laquelle s'élève le
pic appelle Mono do Frade^ et, tout près de moi , je
voyais la ville d'Itapémirim qui, composée d'un petit
nombre de maisons couvertes en chaume, ne ressem-
ble guère qu'à un village. Le capitaine Francisco
Coelho me reçut de la manière la plus honnête et la plus
affectueuse I et m'envoya des provisions que je n'aurais
certainement pu consommer dans l'espace d'une se*
maine.
La ville dltapémirim ne fait que commencer; mais
le nom qu'elle porte et qui en guarani signifie petite
pierre plate , était par les Indiens appliqué à son terri-
toire , probablement même avant la découverte
du Brésil , car on le trouve déjà cité dans la rela-
tion si intéressante de Jean de Lery publiée vers
le milieu du seizième siècle '• Il est vraisemblable
qu'il y eut toujours , dans cet endroit , quelques
hut^ d'Indiens ou des chaumières de Portugais;
mais c'est seulement au mois de juin 1811 * qu'on
' Lery écrit Tapemiry ( Voyage y éd. 1578^ p. 5i ); mais à
répoque oii il vivait y on n'attachait pas à Texactitude des
poms une très grande importance.
f Pi*. Mém. hùi.,y, p. 88.
J
a02 SECOND VOYAGE
donna le titre pompeux de villa à Itapémirim.
Le district qui a eette ville pour chef-lieu % est dd^
ministre par deux juges ovAindxve&iJuizes ordinarios).
Commençant à Santa Maria qui est à une demi-lieue
de Cabapuana du côté du sud *yil s'étend vers le nord
jusqu'à la plage appelée Praia da Piabanha , et n'a
pas plus de neuf lieues du midi au septentrion. Du
côté de 1 occident y il ofire moins d'étendue encore , et
est bientôt borné par des forêts qui ne sont habitées
que parles sauvages. La population entière de ce petit
district s*élève y m'a-t-on dit, à environ 1900 âmes.
Itapémirim est situé sur la rive méridionale du petit
fleuve de même nom , à peu près à une demi-lieue delà
mer. La prétendue ville n'est réellement qu'un pauvre
hameau composé tout au plus de 60 maisons dont la
plupart , couvertes en chaume , sont dans l'état le plus
déplorable. Ces chaumières forment une seule rue très
courte j et en outre la place inachevée dont j'ai parlé
plus haut. L'église un peu éloignée de la ville est fort
petite et n'a pas même de clocher; mais du haut de la
colline sur laquelle elle a été bâtie, on découvre une
vue très agréable , celle à peu près que j'avais déjà
admirée en traversant le Rio d'Itapémirim. Unepkiiie
* Itapémirim n'est point comme on Ta cru , la capitale
d'une comarctt. Toute comarea est le territoire sur lequel
s'étend la juridiction d'un oui^idor^ et Itapémirim ^partient à
Vouyidoria de Villa dà Victoria.
^ Il est clair, d'après ceci , que le Rio Cabapuana ne se-
rait pas exactement la limite méridionale de la province dTA-
pirito Santo.
AU BRÉSIL. ao3
liante s'ëtend de tous oâtës , et ofiEre un mélange char «
mant de pâturages, de bouquets de bois et de terrains en
culture; la rivière dltapémirim arrose la campagne en y
décrivant de nombreuses sinuosités, et, du côté du nord-
ouest , l'horizon est borné par de hautes montagnes qui
font partie sans doute de la chaîne maritime.
Si la ville dltapémirim n'a pas aujourd'hui une
grande importance , elle est destinée , par sa position ,
à en acquérir davantage^ L'entrée de la rivière , étroite
et difficile, n'a pas à la vérité plus de 8 à 9 palmes
de profondeur; mais un tel volume d'eau suffit pour
des embarcations sur lesquelles on charge 60 caisses
de sucré et même davantage, et ces embarcations,
pouvant remonter la rivière jusqu'à une petite distance
de la ville, prennent le sucre, pour ainsi dire, à la
porte de plusieurs ^àjee/t^/a^. Les terres qui bordent le
•Rio d'Itapémirim , sans avoir la fertilité miraculeuse
de celle des environs de Gampos , doivent cependant
être regardées comme très fécondes, puisqu'elles rap-
portent pendant ao ans sans se reposer jamais et san$
être fumées. Elles produisent également bien le riz,
les faaricotk et le manioc ; mais c'est à la canne à sucre
qu'elles conviennent le mieux, et la culture de cette
plante occupe principalement les habîtans de la con-
trée. A l'époque de mon "Voyage , on comptait 9 sucre^
ries dans les environs de la ville d'Itapémirim; et en
outre plusieurs colons plantaient des cannes, sans avoir
de cylindres, envoyant leur récolte à quelque pro-
priétaire de moulin avec lequel ils partageaient le pro*
duit. Les colons des alentours d'Itapémirim, cultivent
!ào4 SECOND VOYAGE
le ootoD , mais uniquement pour leur usage. C'est éga-
lement pour la consommation du pays que Ton plante
du riz et dés haricots; cependant il n'est point rare
que les cultivateurs aient un excédant de ces denrées,
et ils l'envoient à Rio de Janeiro.
En traversant les environs dltapémirim , je fus éton-
né d'y voir une aussi grande quantité de terres plantées
en oignons. Tandis que dans beaucoup d'autres parties
du Brésil, à Villa da Victoria , par exemple, ce légume
ne vient qu'à force de soins et lorsque la terre a été
fumée % ici au contraire il multiplie avec une extrême
facilité, et est, pour le pays, une branche d'exporta-
tion assez importante. Dltapémirim on fait des en-
vois d'oignons à Rio de Janeiro, à Villa da Victoria ,
à Campos, et lors de mon voyage , la botte qui se don-
nait pour 80 reis ( a5 centimes ) sur les lieux où elle
avait été récoltée se vendait 3ao reis ( % francs) dans
la capitale de la province d'Espirito Santo. De petites
embarcations et de grandes pirognes vont chargées
d'oignons d'Itapémîrim à Villa da Victoria , et revien-
nent avec de la poterie. Ici ce légume ne se sème point ,
on le plante par cayeux pendant la nouvelle lune de
mars; en juin on arrache ces cayeux qui ont déjà grossi^
on sépared'euxlesnouveaux cayeux qu'eux-mêmes ont
formés; on replante les uns et les autres, et l'on fiût
^ Koster dit expreasëment ( Foyage irad. Jay , II ,
S99 ) que FoignoD d'Europe dégénère à Fernambouc ,
et qu'il n'y produit plus qu'une petite bulbe obloDgue,
oomme y selon le P. Dutertre, cela arrive aussi daos les
Antilles.
AU BRÉSIL. ao5
en décembre la récolte définitive. Ce mode de propa-
gation prouve combien, dans ces beureux climats , U
végétation est active et puissante.
La plupart des cultivateurs d'Itapémirim envoient
leur sucre pour leur compte à des négocians de Rio de
Janeiro , ou ils en confient la vente aux patrons des
barques. Geux-la seulement se défont dans le pays même
du produit de leur récolte qui se trouvent pressés par
des besoins d^argent ou qui ne fabriquent point assez
dé cassonade pour remplir une caisse. Lors de mon
vojage, le plus beau sucre blanc se vendait a Itapé-
mirim aooo reis l'arrobe. Quatre ou cinq embarcations
su£5sen t pour transporter tous les produits que le district
dltapémirim envoie à la capitale. Lorsque le vent est fa-
vorable , elles ne mettent pas plus de trois jours à faire
le voyage. Le fret se paie à raison de i oo reis l'arrobe.
En quittant Itapémirim (4 octobre 1818), je fis
une demi-lieue dans les bois , et j'arrivai à Fembou-
chure de la rivière. Cette emboucbure est en partie
formée par les sables que les eaux y ont amoncelés , et,
comme je Tai déjà dit , il ne reste aux embarcations
d'autre passage qu'un canal étroit et difficile de 8 à 9
palmes de profondeur. Quant aux sources du Rio Ita-
pémirim y il parait qu'on ne les connaît point encore.
Au-dessus de la ville^ les pirogues peuvent remonter ce
petit fleuve dans un espace d'en viron 8 lieues ; mais
ensuite elles sont arrêtées soit par des cbutes d'eau ,
soit par des rapides \ C'est , à l'embouchure même de
^ Suivant Gisal ( Corog. , II, 6a ), lltapëmirfm a un cours
}
2o6 SECOND VOYAGE
la rivière quô l'on passe celle-ci , lorsque Toi^t^itpar
terre le vo^rage de Bio de Jadieiro ou de Gamiios vers
le nord du Brésil. Comme personne n'a voulu afTermer
le péage dont on retire très peu d'argent , à cause du
petit nombre de personnes qui suivent cette rpule^ il
est resté pour le compte du fisc
.Parvenu de l'autre côté de Itapémirim, ye reeofn-
mençai à parcourir une plage sablonneuse^ tristéet soU«
taire, bordée par ces diverses zones de végétations que
j'avais déjà observées ailleurs '. Pendant toute la joui^
née , je ne trouvai en fleur que quelques plant^ corn*
raunes; je n'aperçus aucun insecte; je.oe rencontrai
trèe étendu , et , quand il traverse la cbaine maritinit > il est
d^a considérable. On aaBure » ajoute le niâme.aujbaur^ qu'une
des branches de cette rivière commence aux mines peu con-
nues de Castello qu'ont fait abandonner les courses des sau-
vages. D*apr& M. le prince de Neuwied , le Rio Itapëmirfm
ne viendrait pas d'aussi loin que le prétend €aaâl ; mais 4Ê
sortirait des montagnat d'Itapénliim qui font partie de ia
grande chalneet qu'on peutapercevoir de la viiladu m^me nom*
Pisarro, postérieur aux deux écrivains que je viens de citer^ dit
deux mots de lltapémirim^ mais ne parie point de ses sources.
> Il ne saui-ait j avoir une identité parfaite dans 4a végé-
tation des parties du littoral qui même se ressemblent le ^lus;
nais on doit sentir qu'il serait imposable de Mlvaoer tant de
nuancea diverses. Entre Tltapéiaîriflgi el Taopàba croissent ^
immédiatement au-dessus de. la plage, avec le Conval^uius
IrasiUmisish» (Voj. la note OO déjà citée plushaut), une Ru-
biacée et une Euphorbiacée qui toutes deux ont des tiges éta-
lées sur le sable , et enfin un Erioeaulon à feuilles raides et
jMquantcs ( Eriocauion Masimiliani Schmd, Yoy. la note PP
à la fin du volume ).
AU BRÉSIL. ao7
p9^ MO voyageur, et jusqu'à Tax^dba^ je ne vis pas
u^e chaumièrç. Les oiseaux eux-mêmes fuient cette
plag^ où l'oD ae trouve poiot d'eau douce , et l'on y
est assourdi par le bruit monotone des flots de la mer
qui viennent se Jariser sur le rivage.
Vers Taopâba ^ où est une cabane , le pays devient
uç^ peu montueux et des rochers embarrassent la plage.
Al<H*s j^ m'éloignai de l'Océan, et, après avoir traversé
un bois vierge dans lequel je remarquai un grand
nombre de Lecythis chargés de fleurs, j'arrivai au ha-
meau àijégd. Les chaumières qui le composent sont
bâties sur le bord de la mer au fond d'une petitç aA3e,
et, auprès de ces chétives demeures, est une certaine
étendue de terrain aujourd'hui cultivée o^ qui le fi^^
jadis. Je fis halte chez le principal propriétaire de cet
endroit. Son habitation est formée de plusieqrs^çabanes
très petites , fort rapprochées et bâties fans ordr^esdans
un pâturage qui s'étend jusqu'à la mer et où des oran-
gers sont plantés ç^etlà. Au fond du pâturages^
^-puve upe cçtUiB^ dont Icf (flanç&sont couverts de ga-
scon et dont. le. commet était, lor^ de; mqn voyage,
plajQté de. ricilis et dç cotonniers. Des banaoiç^^ non^
hi*eQx entouraient cette plantatiqn et étai^^ept dps
teqilles horU<^ptales qui toutes y.iQ^me. l^s- plqs nofi^
velles, avaient été déchirées en lanières. étroites pai^
le» Vî^n^s ipipétueui; san^ cesse déchau^é^ s^v c»tte cote.
■ JDes mots indiens tào grande? fourmis et pàha mortaUtë
( destructioq des grandes fourmis ) ( Ant. Ruis de Montoya,
Tes, leng, guar. ).
^/
208 SECOND VOYAGE
Derrière la colline dont je viens de parler^ s'élève unt
montagne arrondie , presque à pic ^ et formée d'an
rocher grisâtre sur lequel on voit à peine quelques
-plantes éparses. Enfin vers les côtés du pâturage, sont
des bois vierges embellis par des Lecyihis aux fleurs
rouges et au tronc élancé. Ce paysage très varié em-
prunte quelque chose de solennel du bruit des vents
et du mugissement monotone des vagues de la mer.
Depuis que je voyageais, les vents avaient toujours
soufflé du nord«est. Mais s'ils sont incommodes par
leur violence, du moins ils ont l'avantage de rafraîchir
singulièrement l'atmosphère, et, depuis Rio de Janeiro,
la chaleur ne m'avait jamais beaucoup incommodé
toutes les fois que j'avais suivi le bord' de la mer,
tandis que, dans les environs de Campos où je me
trouvais à quelques lieues du rivage, j'étais accablé
par l'ardeur du soleil.
En sortant d'Agà, on s'^éloigne de la mer pour quel^
ques instans; mais, après avoir traversé une portion
de bois vierge , on se retrouve bientôt sur la plage. Ici
la végétation est plus vigoureuse que celle que j'avais
observée tous les jours précédens; les arbrisseaux sont
plus élevés ; leur feuillage offre une verdure plus fraî-
che, et ils n'ont pas un aussi grand nombre de ra-
meaux desséchés.
A environ deux lieues d'Agâ, l'on arrive à l'embou-
^ Cektsans doute cette montagne que. M. le prince de
Nenwi^ appelle Marro de Aga y et Pisarro Montanha do
Agé.
. AU BRÉSIL. 2oç^
cfaure de la petite rivière de Piuma devant laquelle
sont trois îlots de peu d'importanëe. Cette rivière ,
m'a-t-on dit^ n'a pas plus de 8 lieues de cours ; et ,
si des embarcations d'un faible tonnage y entrent
quelquefois , c'est uniquement pour se mettre à l'abri
des vents contraires.
On trouve à l'embouchure du Piûma quelques chau-
mières habitées par des Indiens civilisés qui vivent de
la pêche et cultivent un peu de terre près du rivage.
J'entrai dans une de leurs maisons qui était construite
avec régularité et divisée dans l'intérieur en plusieurs
pièces y mais où l'on n'avait employé d'autres maté-
riaux que de longues perches et des feuilles de pal-
mier. Quant aux autres chaumières^ elles sont, sui-
vant la coutume du pays , bâties en terre et en bois.
Il y avait jadis sur les bords du Piuma plus d'Indiens
qu'on n'en voit aujourd'hui ; la crainte des Botocudos
a Élit fuir ceux qui s'étaient un peu avancés dans l'in-
térieur des terres ; d'autres se sont retirés pour satis-
faire à l'inconstance naturelle à leur race, et pour
éviter les vexations dont elle est si souvent l'objet dans
la province d'Espirito Santo.
Un pont en bois avait été construit il y a plusieurs
années sur la rivière de Piiima, mais, à l'époque de
mon voyage, il était presque entièrement détruit ' , et,
pour passer l'eau , l'on se servait d'une pirogue. Le
^ M. le prÎDce de Neuwied a encore passé ce pont en i8i5>
et lui donne trois cents pas de longueur. C'était , dit-il avec
raispn y une véritable curiosité pour ce pays.
TOME II. l4
aïo SECOND VOYAGE
péage n'était point affermé ^ et se percevait directement
pour le compte du fisc.
Après Piûma, le pays devient montiieux, et Von
entre dans les bois ; mais tout y annonce le voisinage
d'une ville ou d'un village de quelque importance,
car sans cesse l'on voit des chaumières , des terrains
en culture et d'autres qui jadis ont été cultivés. La
ville de Bene vente se montre bientôt entre les arbres;
elle se cache plusieurs fois pour reparaître peu d*ins-
taos après, et procure au voyageur une suite de poîats
de vue très agréables.
AU BRÉSIL. an
CHAPITRE IX.
LA VILLE DE BEITETEirrE ET LES mDIEIfS CIVlLISlÉS.
LA VILLE BE GUARÂPART. ARRIVEE SUR LES
BORDS DE LA BAIE d'eSPXRITO SAITTO.
PafMge au Hio de Bentvente, — Position Je la yilk de JBenevente
— Sts édifices. Son histoire. De quelle manière les Indiens y sont
traités. CuUare et commerce. — Hameau de Meiaipi, A quelle raee
appartiennent ses habitans. — Ville de Gtiordpari» Son histoire et sa
population. Description de celte ville. Culture de tts environs ; son
commerce* — Habitation de Ptro'Câb, Respect des Brésiliens pour
leurs supérieurs. — Hameau de Rîo d'Una, Sel blanc. — Ponta du
Fruia, — • La rivière Jeeà* Canal creusé par les jésuites. — Végéta-
tion analogue è celle de quelques parties de la province de Minas Ge-
raes. — - Vue de la baie d^Espirito Santo. ^ Embarras quVprouve le
vojsgenr à Fapproche des villes. — Passage de la baie. — Habitation
de Jueutaeoéra. MangUers. — Sitio de Saniinhos, Conversation.
Lorsque j'arrivai devant Benevente qui est situé
sYir la rive septentrionale du petit fleuve de même
nom, une pirogue vint bientôt me chercher, conduite
par un jeune nègre. Je m'embarquai avec Prëgent , le
Botocudo Firmiano et une partie de mon bagage. La
pirogue était très chargée ; le vent soufflait avec force,
la marée nous entraînait, et notre batelier était sans
expérience. Je ne pus , je Vavoue, me défendre de quel-
aia SECOND VOYAGE
que crainte ; cependant nous arrivâmes sans aucun
accident. Je demandai aux premières personnes que je
vis sur le rivage où je pourrais passer la nuit, et Ton
s^accorda à me dire que je ne trouverais de logement
que dans l'ancien couvent des jésuites. Ck>mme cet
édifice est situé à une certaine distance de la rivière ,
mes mulets seuls pouvaient y transporter mon bagage,
et il fallut avant de m'instaler, qu'ils eussent passé
l'eau. Il y eut à ce sujet je ne sais combien de pour-
parlers inutiles. Enfin, les mulets traversèrent la ri-
vière à la nage, mais les uns après les autres, tenus
à la longe par un ou deux hommes qui étaient dans
la pirogue. Environ deux heures s'écoulèrent, avant
que toute ma caravane fût sur la rive gauche du Be-
nevente, et, pendant ce temps, je fus obligé de rester
sur le rivage avec mes effets, exposé au plus ardent
soleil. G>mme ce jour là était précisément un diman-
che et, qui plus est, la fête du rosaire, une multitude
de gens de tout le voisinage s'étaient rendus à la ville.
A peine fûmes-nous débarqués que Ton fit cercle autour
de nous, et, à chaque instant, la foule grossissait da-
vantage. Des Indiens civilisés, des nègres, des Brési-
liens-Portugais nous regardaient presque sans rien
dire avec un air d'étonnement et de stupidité. Mais
c'était principalement Firmiano qui attirait les re-
gards des curieux ; ses oreilles et sa lèvre inférieure
largement percées avaient trahi son origine , et , comme
le nom de sa peuplade est ici en exécration , on faisait
devant lui les réflexions les plus injurieuses. Le pau-
yre garçon, interdit et décontenancé, baissait les yeux
AU BRÉSIL. ai3
sans proférer une seule parole , ou cachait sa figure
en l'appuyant sur ses mains. Enfin y la patience mM-
chappa ; je dis aux assistans les vérités les plus dures,
et leur reprochai sans aucun ménagement leur cruauté
et leur sottise. Je fus écouté avec le plus grand sang-
froid ; on ne me répondit point ; mais personne ne
songea à se retirer. En Thonneur de la fSSte, tous les
Indiens s'étaient plus ou moins enivrés , et Pun d'eux
qui probablement avait suivi Fexempie des . autres ,
vint crier à mes oreilles qu'un Botocudo ne devait pa-
raître dans ce pays que pour y être mis en prison,
ajoutant qu'il allait donner avis de ce qui se passait
au commandant de la milice. Prégent répondit à cet
homme avec quelque rudesse, et mit les rieurs de son
côté. Je ne sais si l'Indien exécuta la menace qu'il avait
faite; mais, peu d'instans après la petite scène dont
je viens de faire le récit, te commandant parut, et
demanda à voir mon passeport. Quand il en eut
pris lecture, il me combla de politesses et mit fin à
mes ennuis, en me faisant préparer dans l'ancien
monastère le logement réservé pour les voyageurs^
Bientôt après le curé vint me voir^ et ensuite il
m'envoya des provisions avec une bouteille de bon
vin d'Alicante.
Débarrassé des importuns, je pus enfin me prome-
ner dans Benevente et examiner sa positiou. Des mon-
tagnes que l'on aperçoit dans le lointain du côté du
nord-ouest, descend une rivière qui, immédiatement
avant son embouchure, se dirige brusquement vei^s
Vouest. C'est dans l'angle formé par cette courbure
ai4 SECOND VOYAGE
qu'a été bâtie la ville de Beneveote , t aiUpeipeiit ap«
pelée FiUa Nwa oq VUla Nwa de Benei^e/Ue. Celte
ville se compose d'environ cent maisons couvertes,
les unes en tuiles, les autres en clwanie, et dont
plusieurs ont un éta^ outre le reEwie«>pfa4USsée. Au*
tour du principal grpupe de maisons qui est le plus
rapproché de la rivière , et présente une espèce de
triangle, le terrain s'élève en formant une pente ra-
pide oti le rocher se montre à découvert. Cette pente
se termine à une plate-forme assez large qui domine,
noohseulement la campagne , mais encore la mer ,
et là se trouvent situés l'ancien couvent des jésuites
et leur église, aujourd'hui la paroisse de tous les fi-
dèles du district. L'entrée de celle-ci regarde l'Océnn ;
le Qouvent est appuyé contre le côté méridional de
l'édifice , et une large rue formée par des chaumières
aboutit au côté septentrional. Sims être fort ornée ,
cette église est cependant remarquable par sa grau-*
deur, et surtout parce qu'elle a deux bas-ootâ, genre
de ooffstr notion dont les temples brésiliens offrent très
peu d'exemples. L'ancien couvent est à ihi étage , au*
quel on monte par un escalier extérieur, et forme les
trois côtés d'un cloître dont l'église fait le quatrième.
lia vue la plus délicieuse s'ofifre aux regards de
celui qui se place à quelqu'une des fimdtres du mo-
nastère; il découvre à la fois la rivière, les bois
majestueiuc qui la bordent , son embouchure ,
l'Océan , la ville de Benevente et les campagnes des
alentours,
^nevente, jadis connu sous le nom d^jildea de Be-i
AU BRÉSIL. ai5
iitfrgba ', étak une des quatre réductions * qui se
trouvaient coni)prues dans la province d'£spirita-
Santo. Les jésuites jetèrent les foodemeos de cet al-
dea, ipreaqu'aussitât après leur arrivée au Brésil ' ; ils
y réunirent un nombre très considéraUe dlndiens ;
ils y établirent un hospice pour les voyageurs de leur
ordre ( Aoj^oib}, et&eritygba fut, en grande partie,
le théâtre <l6$ généneuK tpavaux du R. Andiietav £n
1761, Tancienne réduction fut érigée eu ville aous le
nom de Bena^enteyet, en 1795, on en fit le chef4ieu
d'u«e paroiase iadépendanle ^. Après 1 expulsion de la
compagnie de Jésus, le gouvemenent «'empara du
monastère. Une partie du hâtimeot sert aujourdïiui
de logement au curé ; le reste de l'édîfioe a été cetH
sacré à plusieurs destinations différentes. On y a tM
une prison ; on y a disposé une salle pour les assem-
blées dix .sénat {camara) ; dans une autre ^èce Yotm^
dar -donne ses audiencea, lorsqu'il vient ici remplir ses
* /ZM^^amtsdvait-îl des mets indiens rl^ru -corbeille et
luàa réamon > réuaÎDn de codwilles ?
* On appelle réductions les village dTadiens fondés par
les jésuites.
' Des jésuites, comme on Tavu, débarquèrent pour la pre-
mière fois au Brésil en i549avec,le gouverneur général Thomé
de Sousâ.
^ J*ai dit plus haut que la population de la paroiaie de Be-
nevente s'élevait en i8so, suivant Pixarro, à a^Soo individus.
M. le prince deNeuvied ne la faisait monter , en i8i5 , qu'à
1 ,400 âmes ; mais la manière dont il s'exprime peut faire
soupçonner que ce chiffre ne comprend pas la population de
la paroisse tout entière.
ai6 SECOND VOYAGE
fonctions de corregedor; et enfin on a eu la générosité
de réserver une chambre pour la donner aux étrangers
honnêtes qui passent dans le pays.
^rsqu'elle chassa les jésuites, l'administration as-
signa à la communauté des Indiens civilisés de Bene-
yente, une étendue inaliénable de six lieues de côtes
fiur autant de profondeur. Mais y comme le pays était
fertilcydes gouverneurs donnèrent biei^tôt à leurs amis
des portions de terrain , sans s'inquiéter du droit des
indigènes qui vainement firent entendre leurs plaintes.
D'un autre coté, afin de pouvoir acheter de l'eau-de-
yie y un grand nombre d'Indiens cédèrent leurs pro*
piiétés à des blancs qui , pour s'assurer la jouissance
du fonds déclaré inaliénable, s'engagèrent à payer une
légère réribution à la municipalité (^camara) de Bener
vente \ D'autres indigènes , en quittant le pays , ne
firent aucune vente, et des Portugais se mirent pu-
rement et simplement en possession de leurs terres.
Enfin aujourd'hui on donne des sesmarias dans tout
le district , sans même exiger un cens pour la camara ;
Voiwidor de Villa da Victoria porte encore le titre
honorable de conservateur des possessions des Indiens
de JSeneuente, mais il n'a réellement plus rien à con-
server. Les terres en rapport ont passé presque toutes
entre les mains des Brésiliens-Portugais, et les Indiens
se louent chez ces derniers pour cultiver des cliamps
qu'ils ne devraient ensemencer que pour eux-mêmes.
^ On a vu ( p. i5 et 16 ) que cela se pratiquait encore
ainsi à S. Pedix> dos Indios.
AU BRÉSIL. !ii7
Quand un Indien demande justice contre un Por-
tugais, comment pourrait-il Fobtenir ? C'est aux amis ,
c^est aux compatriotes de son adversaire qu'il est obligé
de s'adresser, puisque les juges ordinaires ijuizes ordi'
narios ) de Benevente sont uniquement des Portugais.
Et , d'un autre côte , comment les plaintes d'une race
d'hommes pauvres et sans appui parviendraient-elles
jusqu'aux magistrats supérieurs, placés à une si grande
distance de ces infortunés , et sourds trop souvent à
la voix de celui qui se présente les ipains vides?
Peu de temps avant l'époque de mon voyage , on
avait , comme je l'ai dit plus haut , ouvert de nou-
velles routes dans )a province d'Espirito Santo ; on
avait jeté les fondei^ens d'une nouvelle ville, celle de
Vianna , et c'étaient les Indiens qu'on employait à ces
divers travaux. On en tire de Benevente (1818) un
certain nombre que l'on change de trois en trois mois;
on les envoie travailler fort loin de leur pays ; on les
nourrit mal, et, au bout du trimestre , on ne leur
donne que 49^0^ ^^^ (^^ ^^Oy ^^ encore ne sont
pas toujours exactement payés. La crainte de ces cor-
vées illégales a fait fuir un très grand nombre d'In-
diens y et comme ce sont principalement les hommes
qui quittent le pays, et qu'ailleurs ils ne trouvent
point de femmes , ils restent perdus pour la po-
pulation.
Il n'est pas surprenant que les terres de Benevente
soient fort recherchées par les Brésiliens- Portugais,
car elles sont en général d'une très bonne qualité , et
conviennent également au riz, au coton, aux haricots,
ai8 SECOND VOYAGE
h ia eanneà sucre, et au manioc qui déjà 9 au jiout
de sU mois y produit des racines bonnes à arracheR.
Ce n'est pas seulement du sucre que les colons en^
voient à Rio de Janeiro; ils recueillent les autres pro-
ductions de leur pays avec assez d'abondance pour en
faire des envoi» à la capitale.
Le voisinage de rOeëto «t celui de la rivière £avo-
rîsent siogulièreoMiit les agriculteurs de cette contrée.
Du coté du nord, la terre qui borne le Rio de Bene-
vente dépasyse Tembouchure, et forme dans TOcéan
use avance très grande et demi*cîrculaire, qui offre
un abri aux petits bâtimeas. L'entrée de la rivière a
10 à la pieds de fond ; elle n'oppose au navigateur
aucune diflBculté, et donne passage aux plus grandes
sumacas. Il paraît que l'on ne connaît point les sour-
ces du Benevente ; mais on peut , avec des pirogues ,
le remonter dansune étendue de quatre à cinq l^oas ' «
» M. le prince de Neuwied pente ( Foymge trad, Eyr. ^
I» s49 ) q^ Casai s'est trompe en appliquant au Rio Giba-
puana , Hioite de la province d'Espirilo Santo , le nom de
Reritygba ; et, en effet , il serait bien extraordinaire que les
jésuites eussent bâti Taldea de Reritjfgba sur le bord d*une
rivi^ qui ne serait pas le Reritygba. Pizarro y en général si
exact y a encore augmenté la eonfbsien. Dans un endroit de
its ouviagBS ( Mém* , II, a& ), il distingue positivement le
Reritygba du Benevente, et comme il dit que le pi^emier s'ap-
pelle aujourd'bui Gamapuan , on doit croire qu'avec Caxal ,
il a eu en vue le Camapuana ou Cabapuana ; et cependant
ailleurs ( V, gS ), il ajoute que les jésuites bâtii^nt l'aldea de
Reritygt» sur ks bords du Rio Reritygba , qu'ils appelaient
vulgairement Iriritiba et que l'on nomme aujourd'hui Cama-
AU BRÉSIL. a 19
Lespetks navires qui tranaporteot habkwUdmem: à
Rio de Janeiro les denrées du pays sont au nombre de
quatre ou cinq; et, en outre, il en vient de temps en
temps dans la rivière d'autres qui sont frétés par des
négocians de Bahia et de la capitale.
Ceux-ci ou leurs commissionnaires vont chez les
colons 9 donnent d*AV9.BC^ quelque argent et retien-
nent une certaine quantité de denrées qu'ils font ebarr
ger ensuite '. Ce n'est pas toujours en numéraire que
se font les achats ; il n'est point rare que les nëgo-
cians fournissent des marchandises en échange des
productions du pays. On vend assez régulièrement une
pataque et demie à deux ( 3 à 4 ft*0 Valqueire de riz
revêtu de ses enveloppes , une à deux Valqucire de
maïs, deux à trois celui de farine de manioc. Le coton
qui j pendant longtemps , s'était vendu deux pataquès
l'arrobe, venait , lors de mon voyage, d'être poussé
jusqu'à trois par des acheteurs étrangers.
Ce qui arrête les progrès de la culture , c'eat la
orainte de« BoLocudos qui , depuis environ a5 à 3o
r
puao : voilà donc le Reritygba ou Camapuan redevenu le^e-
nevente , puisque c'est lui qui coule auprès de la ville aussi
appelée Benevente ; mais ensuite l'auteur brésilien oublie les
noms de Reritygba y Caniapuan et Benevente j et dît que la
lUvière qui arrose le câté méridional de la ville est le Rio da
Aldea. Pour se conformer à l'usage du pays , il faut donner le
nom de Rio Caiapuana a la rivière qui sépare la provinee du
S. Esprit de celle du Rio de Janeiro, et le nom de Rio de Be*
nevtnùs à la rivière qui arrose la ville de Benevente.
> On a vu que ce n'était pas seulement à Benevente que le
commerce se faisait de cette manière.
aao SECOND VOYAGE
ans (écrit en 1818), ont commencé à exercer des
ravages sur le territoire de ce district. Ces Indiens ont
fait abandonner le voisinage de plusieurs des affluens
du Rio Benevente^et l'on ne peut guère, à cause d'eux,
s'éloigner à une grande distance du littoral. Cepen-
dant y depuis que l'on a établi un détachement mi-
litaire sur les bords très fertiles de la rivière d'A
conha y des cultivateurs commencent à s'y établir
aujourd'hui
Après avoir quitté Benevente, je cheminai d'abord
sur le rivage de la mer; je passai plusieurs fois de la
plage dans la forêt, et de la foret sur la plage, et ayant
parcouru , dans un espace de trois lieues et demie, un
pays montueux parsemé de chaumières , j'arrivai au
hameau de Meiaipi ' , qui dépend de la paroisse de
Guaràparî. Ce hameau est situé sur le bord d'une cri-
que. Au nord de celle-ci , on voit un groupe assez
considérable de maisonnettes ; par derrière , sont des
collines couvertes de bois, et, en face du hameau^des
rochers noirâtres presqu'à fleur d'eau se montrent dana
la mer.
Quoique les habitans de Meiaipi se vantent d'être
des blancs, on reconnaît sans peine que, pour la
plupart , ils n'appartiennent pas sans aucun mélange
à la race européenne. Us n'ont point, à la vérité, les
' J'écris ce mot coaune j'ai cru Teotendre prononcer dans
le pays ; mais je dois dire que l'on trouve Miaipê dans le
•avant ouvrage de M. le prince de Neuwied. Meiaipf vien-
drait-il des mots iodîena mbeim tourte, gâteau et a/pi
manioc doux ?
AU BRÉSIL. aai
yeux divergens et la couleur bistrëe des indigènes ;
mais il est à remarquer que ces caractères se perdent
presque toujours par le croisement des blancs et des
Indiens; d'ailleurs, les colons de Meiaipi ont la poi-
trine large et les épaules effacées comme les Améri-
cains ; leur tête est plus grosse que celle des véritables
Portugais , et l'os de la pommette est chez eux plus
proéminent que chez l'Européen ; enfin, la blancheur
de leur peau a quelque chose de terne et de blafard
qu'on n'observe jamais dans les hommes qui appar-
tiennent entièrement à la race caucasique \
Les habitans de Meiaipi cultivent un peu de terre ;
mais ils vivent principalement de la pêche qui, dans
ce canton , est très abondante. Ils font sécher le
poisson qu'ils prennent , et de petites embarcations
viennent le leur acheter de Villa da Victoria et de S.
Salvador dos Campos dos Goitacazes.
Après être sorti de Meiaipi, je traversai, pendant
quelques instans , un terrain qui n'offre guère qu'un
sable pur et où la végétation, très intéressante, est al>-
solument semblable à celle des restingas de Saquaré-
ma , du Cabo Frio , etc. Bientôt je me trouvai sur la
plage, et ensuite m'en étant un peu éloigné, j'arrivai
à Guardpari*.
^ Voyez ce que j'ai dit des caractères de la ph jaioDomie
des mamalacos au chapitre premier de ce volume.
* Guardpari et non , comme on Ta écrit , Goaraparim ,
vient du mot indien ffuarà l'oiseau de rivage appelé lùis rubra
ou Tantalus ruber par les naturalistes j et de pari piège ( piège
à prendre 1^ guaràs ). Il est à remasquer que co doit être par
M2 SECOND VOYAGE
Cette petite ville fut originairement une des qua-
tre réductions que les jésuites avaient formées
dans la province d'Espirito Santo , et le célèbre José
d'Anchieta y fit , comme à Bene vente, briller son
zèle pour la civilisation et le bonheur des Indiens. Il
parait que , du temps de la compagnie de Jésus , des
blancs avaient déjà pénétré à Cuarâpari , car, dès
l'année 1689, ce lieu reçut le titre de vîHe, et, vers
la même époque, on y fonda une esfpèce de paroisse '.
Nous ne pourrions dire quelle était , sous l'admi-
nistration des jésuites , la population de ce district ;
tout ce que nous savons, c'est qu'aujourd'hui on
compte, dans le ressort de la juridiction curiate, plus
de 3oo feux et plus de a,4oo adultes *.
extension que le mot guarani /mit/, qui a pané au Brésil daiÊls
la langue portugaise , se trouve appliqué aux guaràs / car il
signifie , à praprement parler , claie à prendre le poisson
( Voy . ma première Relation , II, 375 ). Le nom de Guardpari
indique assez qu'autrefois il existait des guaràs autour de cette
ville , maïs actuellement on n'en voit plus aucun dans la pro-
vince du S. Esprit. Du temps de Marcgraff(iHrûf. nat. Bras.^
so3 ), les lùis ruhra étaient ausn fort communs à Rio de Ja-
neiro ; et aujourd'hui on y connaît à peine le nom de œs
magnifiques oiseaux. Je n'ai retrouvé des guaràs que dans le
petit port de Guaràtûha situé au midi de la province de S. Paul ;
et y comme on les tue sans pitié pour avoir leurs plumes et que
Ton mange leurs oeufe qui sont , à ce que l'on dit , d'un goût
agréable, il est à croire que bientôt l'un des plus beaux orne-
mens de la côte du BiHbil aura entièrement disparu de cette
contrée.
» PisB. Mém, hîst., m, 352-4.
' Ce chiffre est emprunté à Pizarro. M. le prince de Neu-
r
AU BRÉSIL. aa3
La ville de Guaràpari a été bâtie dans une position
très pittoresque à l'embouchure de la rivière du
même nom; mais,au lieu de s'étendre sur le bord de cette
rivière , elle y aboutit perpendiculairement , et l'on ne
parvient au rivage qu'après avoir traversé la ville dans
toute sa longueur. JLa rue par laquelle j'arrivai au
Bio Guaràpari est assez large et bordée de maisons
mal entretenues j la plupart couvertes en tuiles. De*
vaut les portes et les croisées est ordinairement une
espèce de treillage très (in qui tient lieu de jalousies et
ressemble à celui dont on se sert dans plusieurs par-
ties du Brésil pour feire des tamis. On n'a pas eu le
soin de paver la rue dont je viens de parler , et il y
croit, comme au Cabo Frio , un gazon très fin d'un
effet assez joli. Une colline couverte' de bois et cou^
rottnée par l'ancien couvent des jésuites touche à la
ville 9 et s'élève devant l'embouchure de la rivière.
Cellc'^ci qui , en &ce de la rue principale , n'a guère
que la largeur de nos rivières de troisième ou qua-
trième ordre , se jette dans une petite baie à environ
une portée de fusil des dernières maisons. Sur la rive'
du Rio Guaràpari opposée à la ville, c'est-à-dire sur
la rive gauche ou septentrionale , s'élèvent quelques
rochers noirâtres ; une plaine couverte d'arbrisseaux
et de broussailles s'étend derrière eux; on voit du côté
du septentrion, sur le bord de la petite baie ou se jette
wied indique un nombre peu différent ; il porte la popnla^
tien de la ville de Guaràpari en particulier à i ,600 habitans ,
et celle de tout le territoire à 3^ooo.
!ia4 SECOND VOtAGE
la rivière , ane rangée de cabanes qui forme le de-
ïùi - cercle , et enfin Thorizon est borné par des
montagnes.
La ville de Guarâpari a beaucoup moins d'impor-
tance pour le commerce qultapémirim et Benevente.
Ses habitans sont généralement pauvres et ont peu
d'esclaves. Les cannes à sucre que produisent leurs
teri*es ne pisuvent guère être employées que pour
faire de Teau^e-vie y et, s'ils recueillent du coton , du
riz, des haricots, du manioc, ce n'est point en assez
grande quantité pour qu'ils entretiennent avec la ca-
pitale des communications régulières '• De temps à
autre , des marchands de Bahia ou de Rio de Janeiro
entrent, avec de petites embarcations , dans le Gua-
râpari, et achètent aux cultivateurs les denrées qui
excèdent la consommation du pays ; mais ce com-
merce se fait avec une lenteur extrême. Lors de mon
voyage, une embarcation qui était venue de Bahia
pour prendre des farines , se trouvait , depuis trois
mois, dans le port de Guarâpari, et elle n'avait pas
encore pu compléter son chargement *•
^ Fizarro (Jlf^m. , I[I, s53 ) reproche aux agriculteurs de
Guarâpari leur paresse et leur attachement à de vieilles
routines. ^
* N ayant pas pris de notes sur le petit commerce de baume
que fait Guarâpari, je m'abstiendrai d'en parler. Par la même
raison , je ne dirai rien oon plus d'une espèce de république
de nègres i;évoltés qui s'était formée dans le voisinage de la
même ville , et dont on s^entretenait beaucoup à l'époque de
mon voyage.
AU BRÉSIL. ii5
En quittant Guarâpari , j<^ passai la rivière. On se
sert d'une pirogue pour transporter les hommes d'un
bord à l'autre , et Ton force les chevaux et les bétes de
somme de traverser l'eau en nageant. Le péage est af-
feimé pour le compte du fisc.
Lorsque je fus de l'autre côte de la rivière, je tra-
versai la plaine que j'avais déjà aperçue , étant encore
dans la ville. Elle offre une surface sablonneuse , et la
végétation qu'on y observe ressemble , du moins pour
l'aspect, à celle des diverses restingas que j'avais par-
courues jusqu'alors. Au-delà de cette plaine^ j'entrai
dans une forêt, et bientôt j'arrivai à Pero^Cào^ lieu
qui a emprunté son nom à une rivière dont les eaux
coulent dans le voisinage. La maison où je fis halte a
peu d'importance, mais sa position est fort belle. Cette
maison a été bâtie sur le sommet d'une petite monta-
gne qui domine une anse assez large, et d'où l'on dé-
couvre aussi la haute mer. Autour de l'habitation sont
des terrains cultivés et quelques cases à nègres ; on
voit au pied de la colline la vallée qu'arrose le Pero-
Cao; d'immenses forêts s'étendent du côté de l'ouest,
et dans le lointain l'on aperçoit de hautes montagnes.
Le propriétaire de Pero-Cao me logea dana une
case à nègres ; ce n'était pas un gîte bien distingué ,
mais du moins je pouvais espérer d'y travailler avec
plus de liberté que dans la maison du maître lui-même.
Cet homme me traita d'abord assez cavalièrement;
mais, quand on lui eut dit que j'avais la qualité à^homen
mandado ( un homme chargé d'une mission par le
roi), il prit aussitôt l'attitude du plus profond respect.
TOME II. i5 .
Î196 SECOND VOYAGE
Les Brésiliens avaient à cette époque une telle vëné-^
ration pour leur souverain que ce mot mandado agis-
sait comme un talisman sur la plupart d'entre eux.
Après avoir qititté mon hôte ^ je passai le Rio Péro-
Cào qui un peu plus bas se jette dans TOcéan. A en*
viron un quart de lieue de cette rivière , j'en trouvai
une autre également petite , celle d^Dna ( rivière noire )
près de laquelle sont quelques chaumières fort mal
entretenues, feutrai dans l'une d'elles , et j'y vis du
sel blanc comme la neige. Ce sel magnifique se forme
par une évaporation naturelle, dans des creux où la
mer laisse de l'eau à la suite des marées hautes ^ et les
babitans du pays ont grand soin de le recueillir. Ainsi
que le Rio Pero-Câo, la rivière d'Una se passe sur un
pont. Plus loin , je traversai des terrains sablonneux
dont la végétation est celle des resiÙÊgas; puis je c6*
toyai des marais , et enfin je me retrouvai sur le bord
de la mer dont j'étais resté éloigné pendant quelque
temps. Ici k plage sablonneuse et dépouillée de ver*
dure a plus de largeur que partout où jusqu'alors j'a-
vais SAiivi le rivage y mab au-ddà de cette grève le
terrain est assez élevé.
A quatre lieues de Pero-Cao , je fis halte à un ha-
meau composé de quelques chaumières éparses qui
ont été bâties sur le petit promontoire appdé Ponia
da Ffvta (la pointe du fruit). La maison dams laquelle
je passai la nuit est située sur une hauteur oh, à l'ex*
ception du mois de mars, les vents se font, pendant
toute l'année, sentir avec violence*
Depuis les environs de Gnarapari jusqu'à Ponta da
AD BRÉSIL. ai-;
Fivia , les terres noat môiâs productives t^u^âuprè^
(fltapéniirÊsi* et ptuB au sud , ce ({u'H faiït aUtribuer à
ce qi/ettes sont nioiàs basses , plus sèches, et plus sa-
blonoieiMsies. Ici )eis grandes ftmrthis désolent Tes agri-^
colteur^par leurs ranges, bien plus qu^à Itapémirfm
et à Gan^s, parce que les terres arides n'dpposent
point à ces insectes les obstacles qu^ils rencontrent
dans les Ikut humides, lorsqu'ils y veulent construire
leurs demeures.
• Entre Ponta da Frula et le SUio de Sàntifihos ou j
si Ton vetit| là baie d^Espirito Santo, le chemin, dans
un espace de quatre lieues et demie, ne côtoyé plus
lamer ^'Cependaiïit il ne s'en éloigne pas tellement que
le voyageur l^e puisse souvent encore entendre les
mugissemens -de» vtrgiies. On traverse toujours im ter-
rain plat qui dflbe tantôt des marais, tantôt des pâtu-
rages, des bouquets dé bois, ou une végétsttioia ana-
logue à celle des re^tingas.
A peu près à «Moitié chemin, je trouvai la rivière
dé Jecû ' près de laquelle sont quelques chaumières
éparses. On passe cette rivière sur un pont en bois
dont rentrée est fermée par une grande porte et où l'on
exige un péage. Le Jecii se jette dans l'Océan un peu
auniessons du pont ; mais son embouchure a trop peu
■ J'écris ce mot tel que je l'ai entendu prononcer dans le
pays et tel qu on le trouve dans Cazal ( Corog, , II, 6a ) ;
mais je dois dire que M. le prince de Neuwied et Pizarro
é'accordentà écrire Jucû, Peut-être le nom Jecû serait-il
plutôt celui d'une des petites rivières qui se jettent dans la baie
d^Espirito Santo du coté du sud.
/
aaS SECOND VOYAGE
de profondeur pour donner entrée à d'autres barque»
qu'à des pirogues. Cette dernière circonstance avait
décide les jésuites, possesseurs de ttov^fcts^ndas si«
tuées sur les bords de Jecii, à creuser un canal qui^
communiquant de la rivière à la baie d'Espirito Santo^
mettait les denrées à l'abri des risques qu'elles auraient
courus , transportées sur la mer dans des troncs
creusés. J'ai déjà eu occasion de parler ailleurs de ce
petit canal y le seul qui existe , à ma connaissance, dans
tout le Brésil méridional, avec celui de Capitinga près
Faracatu et celui des forges de Gaspar Soares '.
Au-delà du Jecti , j'entrai dans un bois, puis j'arri-
vai à un vaste pâturage où l'on pourrait élever un
grand nombre de bestiaux. L'horizon y est borné dit
côté de l'ouest , par des hauteurs qui font partie sans
doute de la chaîne maritime , et, sur un plan moins
éloigné, on voit d'autres montagnes au milieu des-
quelles il est impossible de ne pas distinguer celle
d'une forme conique dont le sommet est couronné
par le fameux monastère de Nossa Senhora da Penka
( Notre Dame du rocher ).
Après avoir traversé le pâturage du Jecii , j'arrivai
à un terrain extrêmement sablonneux couvert d'ar^
brisseaux petits^t rapprochés qui, dans leur ensemble,
présentent absolument l'aspect des carrascos de Minas
^ On verra daD9 ma troisième relation que le canal de Ca-
pitinga ne servit jamais à rien ^ et peut-être est-il aujourd'iiu^
entièrement comble. Je ne serais pas surpris qu'il en ^t ac-
tuellement de même du petit canal de Gaspar Soares.
J
AU BRÉSIL. a!i9
Novas ' . Mais ce n'est pas seulement par sa physiono-
mie que la végétation de ce lieu se rapproche de celte
de quelques parties de Minas Geraes. J'y trouvai des
plantes que j'avais déjà recuâllies dans cette dernière
province y et je puis même dire en général que les es*
pèces des restingas de la eôte sont souvent celles qui
croissent sur les plateaux élevés , humides et sablon-
neux des Mines y ou du moins qu'elles appartiennent
aux mêmes genres. Ceci tend à prouver que , quand
l'élévation du sol n'est pas extrêmement considérable,
elle contribue moins que les changemens de terrain à
apporter des différences dans la végétation \
Ayant continué ma route , j'arrivai à un pâturage
où je ne trouvai plus aucune trace d'hommes ni de
chevaux; je crus alors m'être égaré, et je revins sur
mes pas; cependant j'appris bientôt des habitans d'une
chaumière voisine que je ne m'étais point trompé de
chemin y comme je l'avais pensé. J'étais alors sur le
poiBt d^arriver à Villa da Victoria; mais, dans ce
pays, on voyage si rarement parterre, que, pour ainsi
dire ,> aux portes de la capitale de la province, le seul
chemin qui y conduit disparait entièrement sous les
herbes dont il est couvert.
Je montai bientôt sur une colHne couverte de gazon,
et au sommet je trouvai une chétive cabane. £â une
grande partie de la baie d'Espirito Santo s'offri^t à
^ Voy. mai premier^ Relation , vol. 11^ p. 32.
• Voyez mon introduction à V Histoire des plantes les plus
remarquables du Brétil^t du Paraguay, p. XXV. i
SICOND VOYAGE
.«^ : ^^«àA>4$^ X«r ^Mijfiis le canal par lequel y entrent les
^«uoMtt^ A .{ttt 9* Irouve resserré du côté du midi par
a uMMiQi^iM ^ Morenoj et, du côté du sud, par la
(Kiiii: A^ afipeiëe Ilha do Boi ( tle du bœuf). Devant
UMi :<^ «kpioyaient 1^ contours irrégulîers de la baie
^% inj— ro de colUnes et de nioolagnes. Sur ces hau<»
tkîurs^ de formes très ymë^, j'apercevais tour à tour de
graades forêts, de yertf pâturages , d^ champs cul-
ùvés «t des terrains maigres qiii Q*4^r€nt que des
broussailles. Au milieu de toutes ces montagnes, il
m'était impossible de ne pa^ remarquer celle de Jaou^
tacodra qui se termine par un roi^ber ou p arrondi au
sommet et en apparence c^iindriqpe. Vers le nord, je
découvrais entre les momea» sur ipi. pUa reeulé, le
pic de Mestre ^he éloigné de .8 à 9 ïegoa^. Bepor^
tant mes regards sur la hfLie , je me plaisais à oontem^
pler les îles dont elle e^t parsemée, fit qui ont entre
elles si peu de ressepiblance pour l'étendue et pour la
forme. Au pied de la colline du haut de laquelle j'iad**
mirais ce m^gni^que panorama , je voyais les eaux de
ÏArabiri se réunir à celles de la baie, après avoii^ ser-
penté dans la campagne. Villa da Vietoria était cariée
par des hauteurs; mais quelques chaumières se mon*
traient çà et là sur les mornea, et la vue de la belle
habitation de Jucuiacoéra rendait moins austère celle
de^ montagnes voisines.
Dans les parties du Brésil où Ton voyage par terre,
on éprouve , en arrivant dans les villes, les plus gran-
des difficultés pour trouver un gîte , et surtout pour
placer ses çbevaux/ et ses mulets. Il est donc nature)
AU BRÉSIL. i3t
de croire que je dus essuyer quelque ^nbarras, quand
je fus parvenu près de la capitale d'Ëspirito Santo.
On n a point étabU de passage régulier entre Villa da
Victoria y située dans une ile et Textrémité du chemin
où je me trouvais alors. Je ne vis qu'une pirogue au
bas de la colline du haut de laquelle j'avais contemplé
la baie d'Ëspirito Santo , et cette pirogue était atta-
chée avec un cadenas. Heureusement l'homme qui
m'avait indiqué le chemin, lorsque je m'étais cru
égaré, m'avait dit qu'il possédait une barque, et je
m'étais arrangé avec lui pour qu'il me l'amenât. 11 ar*
riva bientôt , et m'apprit que le capUào môr de Villa
da Victoria , pour lequel j'avais une lettre de recom«>
mandation, était le propriétaire de la grande habi*
tation de lucutaooàra, dont j'ai parlé plus haut , et
que j'avais aperçue dans le lointain , du haut de la
colline.
Je laissai à terre mes effets et mes bêtes de somme,
et j'entrai dans la barque avec mon nouveau guide
pour me rendre chez le capitSo môr. Bientôt je décou-
vris Villa da Victoria, et je ne tardai pas à arriver de
l'autre côté de l'eau.
£n débarquant , je ne pus m'empêcher de faire
quelque attention aux mangliers qui croissent sur le
rivage. Leurs branches ne retombent point pour pren-
dre racine dans la terre et former des berceaux ; mais,
à une hauteur d'environ 8 à lo pieds au-dessus de la
vase, le tronc donne naissance à des racines qui vont
chercher le sol , et l'arbre semble porté en l'air sur dea
espèces de cordes obliquement tendues. Je présumé
iSft SECOND VOYAGE
que cette végétation singulière est due à rhumidité
dans laquelle la mer entretient les troncs , et que lea
racines conunencent au point oii parvient 1 eau dans les
hautes marées > •
L'habitation de Jucuiacodra vers laquelle je m'étais
dirigé a été bâtie dans la position la plus agréable. Elle
est grande , régulière et s'élève à mi-côte sur un mor-
ne couvert d'une herbe rase. Devant la maison, s'étend
une vallée traversée par un ruisseau et bordée par des
montagnes couvertes de bois dont la plus remarqua-
ble est cellequi donne son nom à l'habitation elle-même.
De gros rochers sont épars çà et là dans la vallée. Une
sucrerie et des cases à nègres ont été construites de
droite et de gauche au-dessous de la demeure du maître.
A l'extrémité de la vallée est une plantation de cannes
à sucre au milieu de laquelle l'œil se repose sur un
groupe de palmiers élégans ; viennent ensuite des pa-
létuviers ; plus loin on découvre une portion de la
baie y et au-delà , quelques-unes des montagnes qui la
bornent du côté du sud. Le rocher de Jucutacoâra
n'est réellen^eht pas cylindrique comme il m'avait sem-
blé l'être lorsque je l'avais découvert du haut de la coU
line sur le sommet de laquelle j'avais admiré pour la
première fois li^ baie d'Espirito Santo. Au nord , ce ro^
^ La figure du Bhizophora mangle Lin.^ publiée par le cé-
lèbre Turpip dans EUmens dç Botanique çle M. Mirbel ,
donne une idëe très juste de la végétation que je tâche de
peindre ici. Cette végétation mériterait d'être étudiée dans
tous ces développement depuis l'époque où la plante germe
|l|aqu'à o?Ue oii elle peut ae repixpduire.
AU BRÉSIL. . a33
cher est coupé à pic; mais, vers le midi, il s'élève
par une pente inclinée, et, du côté de l'est, il pré-
sente deux larges trous arrondis où l'on n'a point en-
core pénétré, et qui^ dit-on, lui avaient fait donner par
les Indiens le nom qu'il porte aujourd'hui \
Le propriétaire de l'habitation que je viens de faire
connaître , M. le capitào môr Fraitcisgo Pinto , me
reçut parfaitement , et m'engagea à prendre un loge-
ment chez lui. Cependant comme il était tard , nous
convînmes qu'il ne m'enverrait une barque que le len-
demain matin pour transporter mes gens et mes effets,
et que^ retournant de l'autre côté de l'eau, je passe-
rais la nuit à l'endroit appelé Sitio de Santinhos. Je
trouvai le propriétaire de ce sitio qui ne possédait
qu'un très petit réduit, peu disposé à me recevoir; ce-
pendant il finit par s'y décider; mais il me fit payer sa
tardive complaisance , en me fatigant , durant mon
travail, par son intarissable bavardage. Cet homme
me montra une haine implacable contre les Botocudos,
sentiment partagé au reste par la plupart de ses com-
patriotes et peut-être par tous. Les Botocudos , me dit
mon hôte, au milieu de ses fastidieux discours, sont
comme les Français ; ils n'aiment que la guerre *. J'em-
* Jueutaeoàra veut sans doute dire trou de la pointe. En
effet j codra ngnîfie certainement trq^ dans la lingoa gérai y et
l'on trouve dans le dictionnaire de cette langue ( Dkc. Port
Bras. ) jucutû eutûca pour coup dtune pointe,
* Un auteur brésilien dont les immenses recherches mé-
ritent de grands éloges , M. Pizarro , ne s'est pas montré
^nvors notre nation beaucoup moins sévère que son compas
a36 SECOND VOYAGE
CHAPITRE X.
ZL BAIK DSSPIRITO SAKTO. — VILI^ DA VICTORIA..
— DiiTAiLs anB l'agricultube.
Rftdruioo iu •alcBti qui ont prit U bais i'BtpirUo Samio poor Vtm-'
bondian! iTun gnod flcQTa. — Detcriptioa da cctli bail. — fil/a da
fieloria ; la poaitinn', lai ruei et M) maiioiii; plicet al fonlainei ;
^liiet at eoaTaiu ; hApilaai ; palab du p>uniraaar; admlniiTTatioD ;
popaUlian ; commerça ; comcitiblet. — Elat da l'agriculUin aai en-
nroni de Villa da Victoria. De i{a(lU nuaièn le tapilâo irutr FmAH-
CUCO PlSTO dirigeait ut a*clant. — Inflneoca da U lana anr la vi-
I^Aation. — PaçoDi pr^panhiiTU qiia l'on donne k la terre. Aiaoleineiu.
— Cullure du catonîer. Qoalilj et prii dn coton. Maniira d'extraire
Ui lemeDCCi. TqÎIci de cotoo. ObfcmtioDi générale! lar la culture
da coloaiar au Bréiil , >ur l'ancienBclë de cette cnllure, tel llmilei
et lei Tari^léi br^iliannti dii colonier. — Quelquei mon lur lu faa-
ricota et la maTi. — Cultun du ria. Le* différentai eipteei de ccll*
céréale. Ejcolte. Comment on pile et comoNDl on nAoie le rii. — Cul-
lare du manioc. Farine eitraite dea racioea da cette ptanie. De <]n*1le
maniera on manga la Tarim de manioc. Lei inconvépiciu (|ub pr<-
•eole la culture de ce <r^<lal. Obienationt lur l'hittoire du manioc
•1 laria Tiriél^ à racine* vénéneuiei. — Cullure do dioa. — Lia
ctfromenl. — Chevani, Utailel ponroaaui. — Hortun dcittrpeni.
Des autctirs très modernes ont considérés les eaux
de Villa da Victom comme appartenant à l'embou-
cliure tl'uu grand fleuve qui, suivant eux, s'appelle
/Ho d'Espinto Santo, et prend sa source dans les moa-
AU BRÉSIL. 2^7
tagnes voisines de Minas Geraes > ; mais il n*en est
réellement pas ainsi. Aucune rivière, dans le sens que
nous attachons à ce mot, ne porte le nom& de S. Es-
{HÎt, et rétendue d'eau ainsi appelée, est une baie vé-
ritable, comme celle de Rio de Janeiro ou le Réconcaçe
de la ville de Bahia.
L'entrée de la baie d'Espirito Santo est fort large ,
et s'étend depuis la montagne de Moreno du côté du
midi jusqu'à la pointe de Pirahé du côté du nord;
mais toute la partie septentrionale a peu de fond. Les
batimens ne passent que par un canal resserré entre
le Moreno et la petite île assez plate que l'on nomme
llha do Boi, près de laquelle il s'en trouve quelques
autres de grandeur inégale. Au*delà du goulet^ la
baie s'élargit et forme un bassin îrrégulier borné du
tïôté du midi par les mornes de Jaborûna * où est située
la maison de Santinhos, et, du coté du nord, par la
partie orientale de la grande île sur laquelle est bâtie
' Casai y beaucoup plus exact 9ur ce point de géographie
que l'abbé Pizarro , n'indique adcune rivière du nom d'Es-
pirito Santo y et s'exprime comme il suit : a A bahia do Espi-
« ritD Santo he espaçosa... Entre as varias torrentes que
« nella vem perder^se se he consideravel o Rio de Santa Ma-
<£ ria ( Corog. , II, 6a )• d L'extension que: les Brésiliens
donnent au mot rio a dû , au reste , être nécessairement la
source de plusieurs erreurs ; car ib l'appliquent également à
un lac ou à un détroit ^ aux plus petites rivières et aux plus
grands fleuves.
* Ce mot viendrait-il des mots indiens /o^iru espèce d'oi-
seaux et una noir ?
a38 SECOND VOYAGE
la capitale de k proTiB€& Quelques lies pkrs pattes
et converties' de hcÔB s'élèvent da milieu' de ce bassin
qui est entouré de tous cdtés pat* des marnes soirvent
très pittoresques et revêtus de forêts, de pâturages , de
plantes cultivées* La g^ttde île dont j*ai parlé tout à
l'heure et qui peut avoir quatre lieues de circonférence,
se praldn^, dans presque toute l'étendue de la baie,
e( est en partie cultivée. Du côté du nord, elle n'est
séparée du continent que par un bras de mer fort
étroit y et, vue de certains points , elle se confimd avec
la t^re ferme ^. Celle^i a été réunie à Itlepar un pont
en boU jeté auv le bras de mer, au lieu appelé Pas'
^agem de Maraipi *« Antrefois la grande île était ap-
pelée llha dé DUûrte de L&nos ^ ; anjourd'hui elle n'a
plus de nom général ; mais chacune de ses parties
porte un nom particulier, et c'est ainsi qu'on donne
celui deJucutacoÂraà la montagne remarquable dont
j'ai déjà dit quelque chose , k Isifazenda qui a été cons-
truite un peu au-dessus d'elle et aux mornes voisins.
À l'ouest du large bassin que j'ai fait connaître plus
haut , la baie se ressente et ne laisse plus aux. embar-
cations qu'un étroit passage. Cfslui-ci qui a peu de lon-
gueur , est défendu au septentrion par le petit fort de
S. Joào construit sur là grande île , et , au midi , il est
borné par un rocher presque nu et à pic qui porte le
* C'cvt là sans doute ce qui a fait dire que Villa da Vic-
toria était bâtie sur la rive septentrionale du Rio d'Espirito
Santo.
- ' Mâmhàpe , en guarani , signifie ignominieusement.
* Pix. Mém. hùi., II, i3.
AU BRÉSIL. a3g
nom de Pâo dAssucar ( pain de sucre ). Au*delà du
goulet intérieur dont je viens de parlet*^ la baie s'ë-
largissaiit de nouveau , forma an beau canal allongé
qui s'étend kTouest un peu au-delà de l'île de Duarte
de Lemos , et qui se termine par une grande crique
oil la vase se montre à découvert dans les basses ma*
rées ^ et au sud de laquelle se jette le Bio de Santa
Maria. C'est sur la rive septentrionale de ce canal plus
intérieure que s'élève Villa da Victoria. L'île de Penedo
( rocher ) située en &ce de la ville n'est pas entière*
ment entourée par les eaux de la baie ; celles qui la
baignent du côté du sud , sont apportées par deux ri*
vières dont l'une est l'AralÂriy et entre lesquelles se
trouvent des marais. A l'ouest de l'île de Penedo et sur
la même ligne, on en voit une autre de grandeur
moins considérable appelée llha do Principe où l'on a
constrait un magasin à poudre. Plusieurs rivières se
jettent dans la baie; mais, à l'exception de celle de
Santa Maria, elles ont peu d'importance '.
^ Jean de liSet , qui écrivait en i633, a mieux décrit la
baie d'Espirito que les modernes. Voici en effet comment il
s'exprime : Portus autem oppidi , prout noatrates observave^
runt ^ ita se habet : portus sese aperit ad modicum sinum ,
quem cootinens hic admittit , ad Orientem expositum , in
quo nonnuils exigus infulœ sparsie \ aquilonari autem ktert
rupes et vada objacent navigantibu» insidiosa : portom autem
subituri primo observant prealtum mootem, campanœ forma,
quem Portugaili Alvœ nomine insigaiuut , ad quem navi-*
gantes cursum suum dirigunt y situs est autem intra conti-
dentem duabus circiter leucis à liUore ; deinde. paulo pro-*
pius littora stringentibus , turris candida in praerupto monte
1
aAo SECOND VOYAGE .
Villa da Victoria a ëtë bâtie, comme on Ta vu,
sur le coté sud-ouest de la grande île appelée autre-
fois Uha de Duarte de Lemos, et au bord de celui des
deux bassins de la baie qui est le plus occidental*
Elle occupe la crùupe d'une colline de peu de hauteur,
et est adossée à des montagnes d'une forme variée
souvent très pittoresques et couvertes de forêts au
milieu desquelles des rochers se montrent à découvert.
De Tautre côté du canal, le terrain n'est pas très élevé;
cependant on voit devant la ville quelques collines où
l'on aperçoit des rocs noirâtres entre des arbres d'une
végétation maigre. Enfin , dans le lointain , on décou-*
vre, du coté de l'ouest, cette chaîne qui se prolonge
si long-temps parallèlement à la mer ( Serra do Mar ).
Les rues de Villa da Victoria sont pavées, mab
haud longe à mari sîta visitur, PortugalH vocant No$tra Sen~
nora de Penna , esl enim Ecclesioia muro in ambitu cincta ;
sub qua olim municipium fuit , cujus adhuc aliquot aedes
supersunt , appellant hodieque Viilam Veîam , paulo ante
quam ad banc accédas , angustas portus feuces subeund»
sunt , quas vadum , ab esigua et oblonga insula quae ad Arc-
tum jacet , descendens coardat ; bas ingressis , jam liberior
est navigatio et minus periculosa. Subeuntibus autem porro
primo se ostentat ad dexterum latus , rupes e solo assurgens
instar coni obtusi ; deinde ad sinistram editus mons ad ipsam
oram sese attollens , quem Portugalli vocant Panem Sacehan\
quia forma egregie convenit ; è regione ad deztnim portus
latus , visatur exiguum munîmentum quadratum , exiguî mo-
menti : atque ita tandem pervenitur ad oppidum ipsum ,
quod conditum est ad dexterum portus latus, ad ipsam oram;
circitei* tribus ieucis.ab alto mari , nul lis manibus vallove
incinctum ( Nov. Orb. , 584 )-
AU BRÉSIL. a4i
elles le sont mal ; elles ont peu de largeur , et n'of-
frent aucune régularité. D'ailleurs on ne voit point
ici de bàtimens déserts et à demi-ruinés, comme dans
la plupart des villes de Minas Geraes. Voués à l'agri-
culture ou à un commerce régulièrement établi , les
habitans de Villa da Victoria ne sont pas exposés aux
mêmes changemens de fortune que les chercheurs
d'or^ et n'ont aucune raison pour abandonner leur
pays natal. Ils ont soin de bien entretenir et de blan-*
chir leurs maisons ; un assez grand nombre d^entre
elles ont un ou deux étages , et il en est qui se font
remarquer par leurs fenêtres vitrées et de jolis balcons
de fer travaillés en Europe.
Villa da Victoria n'a point de quais ; tantôt les
maisons 's'étendent jusqu'à la baie, et tantôt on voit
sur le rivage des espaces où l'on n'a point bâti et qui
ont été réservés pour le chargement des marchandises.
Cette viUe est aussi privée d'un autre genre d'orne-
ment } elle ne possède , pour ainsi dire , aucune place
publique ; car celle qui existe devant le palais est fort
petite y et l'on peut à peine donner le nom de place
au carrefour fangeux qui s'étend depuis Téglise de
Nossa Senhora da Conçeiçào da PrcUa jusqu'au ri-
vage. Il y a à Villa da Victoria quelques fontaines
publiques y qui ne contribuent pas non plus à embellir
la ville, mais qui du moins fournissent aux habitans
de l'eau d'une qualité excellente.
On compte dans la capitale d'£spirito Santo neuf
églises, en y comprenant celles des monastères. L'é-
glise paroissiale est très grande , fort propre et ne pré-
TOHE II. i6
y
34a SECOND VOYAGE
sente rien d'ailleurs qui mérite d'attirer la curiosité»
Depuis la suppressiou des jésuites , les couvens ne sont
pJ^M3 <}i|i'au Bombrie de deux , celui des carmes et celui
de S. Fraoçpis bâtis e^ dehors ou presque eo dehors
de la vjUe. Le.couvjeDt de S. François qui domine une
porJtion,^^ la baie et Les campagnes voisines, n'a rien
de cemarqual4e que sa position. Lors de mon voyage y
oa y comptait deun religieux ; cependant^ quoique
petîty le bâtiment aurait pu en recevoir un plus grand
9d^re. Au reste, les revenus de cette maison sont
pw considérables. Quant au couvent des carmes il
vii'a pfiru plus grand que celui des franciscains ; mais
l'administration a pris le rez^le-chaussée pour en faire
U caserne des soldats pédestres. L'église de ce couvent
est très propre et bien éclairée comme toutes celles du
Brésil ; il est iacheux qM'on Tait jgâtée en plaçant au-
dessus dqs autels le§ plus vilaines ^ures que j'aie
peut-être jamais vues. De la communauté des carmes
dépend une très belle/azeiuia ; mais cette propriété
esjt, depuis long- temps ^ m'a-t-on dit, fort mal admi»
nistrée; les moines animés du même esprit qu'un grand
nombre d'fiutres Brésiliens , ne songent qu'au moment,
font mrge^t de tout , détiuiisent les bois et ne laisseront
à lours 3UQcesseut*s que des .terres inutiles.
Il e^te à Villa da Victoria un hôpital militaire ejt
u,n petit hôpital civil. Lors de mon voyage, on avait
le projet de les réunir, et on voulait les placer sur un
morne qui s élève à quelque distance de la ville tout-
a*fait à l'extrémité occidentale de l'ile où elle est si-
tuée. Il eut été impossible de choisir une position plus
AU BRESIL. a43
/avorat>lejcf^rqe&oat les vents du .nord^est qui régnent
j4flixs .ce pays, ,€|t iU éloignecont nécessairement de la
ville. les émai^atioos dangereuses. En i6i8,les bâtimens
de rt^ospîce projetés'élevaient déjà de quelques pieds au-
de^us.du sol/et paraissaient devoir être considérables.
Le plu3ibal orjiement de^la capitale d'Espirito Santo
est ^aps Gontre(|it Tanmo! Souvent des jésuites , au*
JQurd'hui le palais du gouverneur, situé à l'extrémité
de la .ville. C'est un bâtiment à un étage et à peu près
carré dont un des côtés a vue sur la mer, et dont la
façade, .tournée vers la ville, donne sur une petite
place alongée, vis-à*vis d^une église, celle de la Mi-
séricorde. 'Cette façade a environ 5o pas de longueur,
et cliacun des deux cotés en a à peu près. 60. Devant
celui qui regarde la mer est une sorte de terrasse cou-
verte de.gazon à laquelle , venant de la rade, on arrive
par un perron bordé de deux rangs de palmiers. Un
jérctocarpus et un Mangifera plaiités à droite du per-
ron ettous d^ux extrê^iMWiQQt toufTus,contrastent.avec
la simplicité .élégante des palnjiiers , par leur épais
feuillage et leurs branches nombreuses. L'église du
palais ou des jésuites a sa façade comprise dans celle
du palais lui-même. Cette église est grande, mais d ail-
k;urs elle a^ofifre rien ds remarquable '. C'est là qu'a
^ ^rsque les j^uites.çeiretirèrenl delà p]x>vince du S. Es-
prit y ils laissèrqiit toute rargenterie de leurs églises ; maison
lie ti^ouv^ point de numéraire dans leurs couvens. Voici un
fait qui m'a été raconté par un cui;é qui me parut être un
homme honnête et véridique. Cet ecclésiastique faisait creuser
auprès d'un bâtiment , lorsqu'un vieil Indien vint )ui dire
244 SECOND VOYAGE
été enterré José d'Anchieta^ le bienfaiteur le plus ar'-'
dent et le plus généreux des Indiens du Brésil ; il était
mort le 9 juin 1667 dans l'aldea de Reritygba \
Villa da Victoria est le chef-lieu d'une paroisse fort
considérable et celui de la juridiction de Vaiwidar
chargé de rendre la justice à toute la province. Quant
au termo de Villa da Victoria en particulier, il est
soumis à Tautorité de àe\joLJuizes ordinarios ; ces ma-
gistrats, suivant l'usage, sont choisis parmi les habi-
ta ns du pays; mais la dépendance dans laquelle les
gouverneurs ont coutume de les tenir , empêche les
hommes les plus notables d'accepter la place. Ici comme
ailleurs * , la durée des fonctions àe&jiùzes ordinarios
ne s'étend pas au-delà d'une année; les élections ne se
font à la vérité que tous les tr(Hs ans , mais on nomme
six juges à la fois. En même temps que les juges or-
avec mystère qu'il ne fallait pas que Ton fouillât davantage ,
parce qu'il y avait là des choses cachées. Le curé fit entrer
cet homme dans sa maison y lui donna de l'eau-de-vie , l'ex-
cita à causer, et llndien finit par lui dire que si l'on creusait
dans un certain endroit qu'il désigna d'une manière précise
et que le curé m'a indiqué à moi-même , on y trouverait
unecle. On fouilla au lieu désigné, et bientôt la clé fut aper-
çue. Ifaprès la connaissance qu'il avait des localités , le curé
jugea que la découverte de quelque trésor caché par les jé-
suites amènerait dans le pays des persécuteurs : il fit inter-
rompre les recherches et remettre les choses dans l'état oii
elles étaient avant que l'on commençât la fouille. Le vieil In-
dien , qui sans doute avait été lié par quelque serment et se
jvpentit d'y avoir été infidèle , disparut pour jamais.
^ Pis. Mém. hise,, II, 30.
* Voy. ma première Relation , vol. II, p. 4o^*
AU BRÉSIL. a45
dînaires, on élit à Villa da Yictoria un juge des or^'
phelins {juiz dos orfaos) qui reste en exercice pendant
les trois années.
La population de Villa da Victoria s'élevait en 1 8 1 8
k 4^4^ individus sur lesquels il y avait environ un
tiers d'esclaves et un peu plus d'un quart de blancs.
Un tableau statistique qui trouvera place dans ma
troisième relation, montrera avec détail quelle est ici la
proportion des différentes races entre elles, et quelle
est , dans les diverses races , la proportion des
individus aux différons âges de la vie.
Tout ce qui a été dît jusqu'à présent prouve que
Villa da Victoria est avantageusement situé pour le
commerce ; cependant les négociaus de cette ville ne
profitent qu'imparfaitement de sa position favorable.
Des frégates peuvent entrer dans la baie d'Espirito
Santo , lorsqu'elles sont en partie déchargées ; mais on
n'y voit presque jamais d'embarcations plus considé*
râbles que les lanchas et les ^wnacas. Au reste , si les
habitans de ce pays se bornent au cabotage le plus
mesquin , cela tient en partie , il faut le dire , au mau-
vais succès qu'a eu la seule expédition lointaine qu'ils
^ent faite dans ces derniers temps. Le gouverneur
Tovar usant de son pouvoir despotique , avait forcé les
principaux propriétaires de consigner des sucres à
une maison de Lisbonne avec laquelle on soupçonne
qu'il s'était associé. On ne retira presque rien de ce
qui avait été envoyé , et le souvenir de cette malheu-
reuse affaire , encore présent à l'esprit des ucgocians
peu éclairés de Villa da Victoria, contribue à le? cm-*
n$jS SECOND VOYAGE
pêcher de sortir de leur routine accoutumée. Pour
peu qu'ils aient quelque aisance , ils font chaque an<*
née, le voyage de Bahia ou de Rio de Janeiro; ils s'y
approvisionnent y et ont soin de bien garnir leurs bou-
tiques. Leurs idées né s'étendent pas plus loin. Il y a
en général une différence de 3o a 5o pouï" cent entré
les prix de Rio de Janeiro et cMr de ViUada yich>*
ria. Le fer en barre et les instrumens d'agriculture
sont les articles qui trouvent ici le débit le plus facile.
CeuK que ce pays fournit à Bahia sont le maïs j le riz ^
les haricots ; il envoie les mêmes denrées à Rio de Ja^
neiroy et, en outre, des sucres, du bois' et dti Coton^
Ainsi que cela a lieu dam d'autres petits* petits, l^spro^
priétaires riches expédient léui^ denrées pout leur
compte à Rio de Janeiro où à Bahia*, et quélques^un^
même les chargent sur des embartetions qui leut* ap-
partiennent; mais les colons les moins aisés vendent le
produit de leur récolte aux négocians du phys. Ces
ventes se font au comptant, o\x bien, comme i Cam^
poSy le cultivateur prend à crédit éhet le ncgociattt
les marchandises dont il a besoin , et ensuite il s'ac-
quitte avec le produit de ses i^écolt^^. t\ éàt extrême-
ment rare qu'il vienne à Y ills diGt Victol^a de^ marchand?
du dehors. Peu de temps avant mon voyage , il était
entré dans la rade de cette ville un navire de Lisbon-
ne, ce qui avait été regardé comme irn é Véhément e>t-
traordinaire. Le propriétaire de ce naVire aVait vendu'
il Rio de Janeiro une partie de ses maréhan'dises'pom^'
laquelle il avait pris des retours; ii était v^nu ensuite
a Villa da Victoria , et , après s'être défafit Ai réita de
AtJ BRÉSIL. a47
aa cargaison qui consistait priifôipallement en bêchée ,
«ognces et autres instrnmens de fer, il avait complète
ses retours en sucre et en coton. Il est facile de sentie
cfue la population de là province d'Espirito Santo est
trop faible pour que de telles opérations ne soieM pas
extrêmement lentes.
Il n'y a à Villa da Victoria âucim marché pubttc.
L'embarras de traverser l'eau fiiit que des environs on
apporte à la ville peu de légumes et autres provisions ;
aussi les gens qui ne possèdent point de maisons de
caAipagne^ sont-ils presque sans cesse aux etpédiens
pou^* se procore^ les denrées les plus nécessaires à la
vie. A la vérité on tue des bêtes à éôrnes deux fois pat
semaine à Villa da Victoria ; maisf oti n'en tue pas en
assez grand nombre , car il n'y a jamais àatanl de
viande qu'il en faudrait pour fes besoins des hfabifànsi
Après avoir donné une idée de l'état du comitverce
dans la ville capitale de la province d'ËspiriVO Sanfô ;
il ne sera pas inutile de faire connaître de quelié ma*
nièré on cultive dans ce pays les plantes qui en font la
richesse. Pour recueillir dSes reiMeî«cnem*éns certains
sur les pratiques en usage parn!ii les colons j je ne
pouvais être mieux placé que chez le capiiàù ntét
Francisco Pinto , homme intelligent et bon agricul-
teur. Héritier de la connaissance des méthodes que
les jésuites suivaient dan^ l'administration de leurs
domaines, M. Pinto traitait ses nègres avec humani-
té \ Il avait soin de les marier, et , par de sages mesu-
* Si ma mémoh'e est fidèle^ 'NiAecapitâo mér Francisco
a48 SECOND VOYAGE
res, il conservait les enfans en ménageant leurs mères.
Tandis que trop souvent ses voisins mettaient sotte*
ment leur amour-propre à faire à tout prix un peu de
sucre déplus, M. Pinto cultivait le coton autant que la
canne , et , par ce moyen , il pouvait fournir du travail
kses nëgressesi sans les forcer à aller se fatiguer dans la
campagne sous un soleil brûlant. Jusqu*à ce qu'une
année se fut écoulée depuis l'instant de ses couches ,
chaque mère restait au logis , et , en filant le coton ,
elle allaitait son enfant nouveau né.
Je passe aux détails que j'ai annoncés. Les culti-
vateurs de Villa da Victoria croient beaucoup à Fin-*
fluence de la lune. Us ont soin de planter dans le décours
tous les végétaux à racine alimentaire, tels que les
carâs ( dioscorea ) , les patates , le manioc ; et au con-
traire ils plantent pendant la nouvelle lune , la canne
à sucre, le ma!s, le riz , les haricots. Us ont également
Tatteation d'abattre le bois dans le décours , et ils pré-
tendent que, coupé dans un autre temps ^ il est bien-
tôt piqué par les vers , et ne tarde pas à pourrir. M.
Pinto me dit que , lorsqu'il s'était mis à la tête de son
domaine , il avait commencé par traiter ces assertions
de préjugés, mais que l'expérience l'avait forcé à re-r
venir aux pratiques communes '.
pinto tenait Bajazenda d'un oncle , et lui devait la tradition
de l'administration des jésuites.
^ Des idées de ce genre auront été sans doute portées ei|
Amérique par les agriculteurs euix)péen8 qui les y auront
appliquées aux plantes y objet de leurs nouveaux soins. Ce-
pendant il est à remaïquer que , suivant le père Dutertre ,
AtJ BRÉSIL. ^49
Qu'un champ ait été anciennement défriché , ou
que la culture succède immédiatement à l'incendie d'un
bois vierge ; on a toujours soin de donner une façon
à la terre, avant d'y planter des haricots ou du mais,
et l'on a reconnu que ces végétaux produisaient peu ,
lorsqu'on négligeait de préparer le sol. Quant au ma-
nioc, on peut le planter dans un terrain vierge, sans
donner aucune façon à ce dernier.
Pendant le second séjour que je fis au mois de no-
vembre chez le capUao môr Rinto , je vis des nègres
planter du manioc dans une terre couverte aupara-
{Hist. nat. Ani. , H, ii4)» en a dans les Antilles, comme
au Brésil , grand soin d'observer le dëcours de la lune pour
planter le manioc ; et les habitans des Antilles n'ont y à ma
connaissance , jamais eu de rapports directs avec les Brési-
liens. Quoi qu'il en soit, la croyance aux influences de la lune
généralement répandue parmi les cultivateurs , a été com«
battue par des agronomes et de savans naturalistes , Laquin-
teriCy Nardman, Buffon^ Réaumur, Reichart, Haiienfels
(Yoy. OlbcTS De t influence de la lune dsLUsV Annuaire de i833);
et , pour Ce qui concerne les bois en particulier , Duhamel
a fait une suite d'expériences habilement combinées dont le
résultat tend à renverser lopinion qu'ont en général les bû-
cherons et les propriétaires de forêts sur la puissance des
lunaisons ( Yoy. Exploitation des bois , I. SSo-gS ). Il n'est
personne qui ne soit porté à adopter une doctrine pi'ofessëe
par tant d'hommes célèbres et appuyée sur des faits et des
raisonuemens ; nous ne dissimulerons cependant point
que certains savans se sont montrés favorables aux idées des
campagnards de tous les pays sur la puissance de la lune ,
et nous pensons qu'il est permis de désirer quelques expé-»
riences de plus.
i5o SECOND VOYAGE
ravant de capoeiras. Apf es la première rétoXie cpxe ,
suivant l'usage', on aura faite au bout de 1 8 mois , on
devait remettre du manioc dans le même terraih. On
comptait , apt*ès cela, y planter deux fois de suite du
maïs et des haricots avec de la canne à sucre qui, cha-
que fois, donne ici trois coupes. Enfin, lorsque fa terre
aura ainsi ][>roduit, sans étrefun^ëe, pendant 9 années
consécutives, on l'aura laissée reposer durant 5 ans,
pour y faire ensuite des plantations nouvelles, lies
cultivateurs qui n'ont pas un domaine fort étendu , ne
donnent à leurs terres que deux années die repos. Les
pauvres mêmes ne laissent point reposer les leurs;
mais on sent qu'ils doivent nécessairement finir par
les épuiser. Ils divisent leur propriété en trois portions,
toutes les ti*ois plantées de cotouiers , et comme ce
végétal produit trois années de suite , ils s'arrangent
de manière à avoir toujours deux portions en rejets
et une troisième fraîchement ensemencée dans laquelle
ils font venir, avec le coton , des haricots et du maïs,
plantes qui réussissent mal au milieu des cotoniers
dont les racines sont devenues vigoureuses.
Si le coton n'entrait point dans l'assolement auquel
le capàào màr voulait soumettre le champ où je vis
ses esclaves planter du manioc, c'est que, pendant
un grand nombre d'années, on avait laissé sans culture
cette partie de son domaine , et que les terrains nou-
veaux ne conviennent pas très bien aux cotoniers.
Après les cinq années de repos qui devaient, comme
je l'ai dit, suivre les neuf années de production, on
aura semé dans le champ des graines de cotoniers ,
AU BRÉSIL. aSi
et| à cette culture, on aura fait succéder deux plan-
tations de cannes à sucre de trois années chacune '.
Le riz, le manioc , la canne à* sucre, le coton sônl!
les plantes dont s^occupent le plus les colons de la
province d'Espirito Santo, et en particulier ceux de
Villa da Victoria.
On plante ou Ton shtàe les gi^ines du cotonier après
les premières pluies , c'est k dire âafns les mois de sep-
tembre, octobre ou novembre, âiiivant que la saison
des eaux ést> ]|)lus ou moins tardive. Les agriculteurs
expérimentés éèment le coton au lieu de le planter,
parce qu'au moyen de Fensemencement , les jeunes
iildividus pt*ennent plus de vigueur qiué lorsqu'ils pro-
viennent de graines mises ensemble dans un même
trou, et patce qu'an milieu d'un graùd nombre de
pieds qui lèvent étant semés, il en échappe toujours
aux ravages des fourmis. Quand on suit cette méthode,
on nétoie la terre au bout de trois mois *^ et alors on
^ On voit , d'après ce que je dis ici , que j'ai commis une
grave inadvertence , lorsqu'en traîné par la rédaction rapide
dé' V Aperçu de mon voyage publié dans les Mémoires du Mu-
setan ( vol. IX), j'ai dit que c'était seulement dans le canton
de Campes qne j'avais trouvé quelque idée légère d'un système
régulier d'assolement.
* Dans un précieux article sur la culture des cotoniers au
Maragnan, MM. Sprx et Martius indiquent Vcrva de
S. Caeiano comme une des mauvaises herbes qui croissent
dans les plantations de èoton , et , sous le nom de Momordica
maeropetalay ils fout de cette Cuicutbitacée une espèce nou-
velle ( Reis,^ 816). Il n*ést pas absolument impossible que
Verva de S. Caetano du Maragnan soit une plante différente
aSa SECOND VOYAGE
arrache les pieds superflus. Ceux qui préfèrent plan*
ter le coton font des trous, et jettent dans chacun
une pincée de semences. Plus le terrain est fertile ,
plus ils éloignent les fosses, parce que, dans les bonnes
terres, les cotoniers s'étendent davantage; cependant
en général ils mettent entre les cavités une distance
de six palmes. Vers le mois de janvier, ils donnent avec
la houe une façon à la terre, et ne conservent que deux
ou trois des cotoniers qui sont nés dans chaque trou.
La récolte dure depuis le mois de juin jusqu'au mob
d'octobre. Comme dans les Mines , on laisse ouvrir les
capsules sur la tige , et l'on en tire les paquets de co-
ton. On brise les cotoniers au-dessus du sol immédia-
tement après la récolte ou au mois de janvier, lorsque
l'on donne une façon à la terre. Les mêmes cotoniers
produisent deux ou trois années de suite. Le coton
de celle connue sous le même nom dans le midi du Brésil ;
mais cette dernière est bien certainement XeMomordica senegU"
lensis Lam., ce dont je me suis convaincu par la comparaison
de mes échantillons brésiliens avec ceux de M. senegaltnsis
rapportés d'Afrique par M. Perrotet ( Yoy. mon TaAleaa da
la végétation primùive dans la province des Minas GeraesàdJM
les Annales des sciences naturelles ^ vol. XXTV, 64). Ce qui
tendrait fortement , au reste , à me faire croire à l'identité de
la Cucurbitacée de MM. Spix et Martius avec le M. senega-
lensis y c'est non-seulement le nom d'etva de S. Caetano qu'elle
a reçue comme ce dernier, mais encore celui de macropetala
que les savans bavarois donnent à leur espèce ; car de très
grands pétales contribuent certainement beaucoup à carac-
tériser le M, senegalensis. J'ai déjà publié des observations
sur ce dernier ou ert^a de S. Caetano dans mon Mémoire sur
Uf Cucuràitacées , p. 3i, ou Mémoires du Muséum.
AU BRÉSIL. a53
tfËspirito Santo d'une qualité fort inférieure à celui
de Minas Novas, se vendait, vers l'époque de mon
voyage, 1 120 reis Tarrobe avec semences. Pour sépa*
ter le coton de ses graines , on se sert ici de la petite
machine à deux cylindres qui est aussi en usage dans
la province de Minas Geraes, et dont j'ai donné la
description ailleurs '. Un arrobe de coton avec se-
mences donne 8 livres de coton nétoyé. Deux femmes
occupées pendant un jour peuvent séparer un arrobe
de ses graines, et, pour cet arrobe, on paie n^o reis
( 1 f. 5o c. )• Non-seulement les habitans d'Espirito
Santo vendent des quantités considérables de coton
en laine, mais encore ils en envoient beaucoup de filé
à Rio de Janeiro. On fait aussi dans la province d'Es-
pirito Santo de grosse toile de coton blanche, sem-
blable à celle des Mines ; une partie de cette toile s'ex-
pédie pour la capitale du Brésil et pour d'autres ports ;
le reste s'emploie dans le pays même pour faire les
chemises et les caleçons des esclaves. Les propriétaires
qui jouissent d'une certaine aisance font fabriquer de
la toile d'une qualité plus fine. Quelques personnes
ont planté ici le cotonier à laine jaune; mais comme
on ne trouvait pas à vendre ses produits, on le cultive
aujourd'hui seulement pour le mêler dans une sorte
d'étoffe serrée et solide que les cultivateurs fabriquent
pour l'usage de leur fiimille et qui ne sort pas du
pays ••
* Yoy. ma première Relation , vol. I, p. 4o6.
* Les plus anciens voyageurs trouvèrent l'usage du coton
a54 SECOND VOYAGE
On peut^ fYjec le çotoo^ plwter du ^la|s.et 4es ha-
ricots, ufi9fs ^ pr^n^ère anné^ fieulemenl ; ' plus tard
répandu parmi les indigè^^ de la cote. Les Tupinambas et
autres peuplades de la ^us-race tupî appelaient cette laine
yégétafe anuuiy, û ( Dkc, Port, Braz. , 9 ) et remployaient à
Ikire des cordes, des hamacs et même des espèces de chemises
et de langes ( Hans Stade in Th. Htj, I ). Aujourd'hui la cul-
^ture du coton s'étend depuis la frontière septentrionale de
Ten^pireluréailiien ju6q\ie versje 3o*'9'lat. S.(etpar conséquent
beaucoup plus loin que la Serra das Furnas indiquée par
inadvertance comipe limite absolue dans la Flora Brwiliœ
meridionaiis , I, p. 354 )- Si , comme je l'ai dit ailleurs
( Voj. ma première Relation , H, p. 107 ), il est difficile qu'il
n^existe ^pas dans une étendue de terrain aussi immense une
foule d'e^pècep et de .variétés différentes de cototniers , il l'est
également que , suivant les localités et surtout la distance de
l'équateur, il ne se soit pas introduit des différences dans la
culture de celte plante. Le Brésilien qui aura l'utile courage
d'entreprendre une monographie générale des cotoniers de
son pays y trouvera dans mes écrits des détails sur la culture
d^ cet arbrisseau aux alentour de S. Jooo d'Ei Rej, à Pas-
sanba et à Minas Novas ; il en trouvera sur la manière de trai-
ter les cotoniers aux environs. du Rio das Contas, province
dos Ilheos , dans le petit traité de José de Si Betencourt , in-
titulé: Memoria sobre a plantaçâo dos Agodoes^ etc.; l'ouvrage
à*Arruda y qui a pour titre Memoria sobre a culàira dos algo*
doeiros , etc. , lui fournira des renseignemens sur la culture
des GOtoniei^ à Fernambouc ; enfin , il pourra consulter
avec le p^us grand fruit l'intéressant article que MM. Spix«t
Martius ont inséré, sur le coton du Maragnan , dans le Reisc
inBrasilien, p. 81 4* H est à remarquer que José de Sa Be-
tencourt a suivi , pour distinguer les cotons du Brésil , à peu
près les principes que Rohr a adoptés depuis. Yoici en peu de
mots do quelle manière il caractérise les sept espèces dont il fait
AU BRÉSIL. 255
ces végétaux serraient étouffés par les irejets vigoureux
des cotonniers. Les mêmes grains au contraire se plan-
tent parmi les rejets de cann^ à sucre qui s'élèvent
san^ s'étaler. On sarcle les haricots et le mais un mois
^rès qu'ils ont été plantés^ et, en faisant cette opéra-
t;iipn^ op a soin de rapprocher la terre des jeunes pieds
^fin de les fortifier contre les vents qui y dans ce pays,
oo,t souvent heaucpup de violence '.
Avant :1e gouvernement du marquis de Lavradio ,
le riz , chargé ^e droits , se cultivait peu dans la pro-
vince de Aio de Janeiro ^ , et il paraît qu'il en était de
même dans le nord du Brésil; car, en 1768, le Ma-
mention : i» Le coton de Maragnan à semences aglutinées et
noires dont l'ensemble est allongé. 2° Le coton vulgaire à se-
mences aglutînées et noires dont l'ensemble est moins allongé
que dans l'espèce précédente et dont la laine est plus feible.
3o Le coion à semences aglutînées couvertes et un sous^dui^etbrun,
4o iLe coton à semences aglutînées couvertes et un sous-duvet vert,
5^ he coton à semences aglutînées ^ à laine brune ou couleur de
nanquîn. 6<* Le coton de flnde d semences séparées , couvertes
d'un sous'duvet blanc , d fleurs couleur de feu, 7^ Le coton de
rinde à semences séparées et noîres sans sous-duvet. Outre ces
variétés toutes cultivées y José de Sa indique encore deux es-
pèces sauvages qui croissent , dit-il , dans les ccaîngas du Rio
das G:|f[)tas , et qui , sans doute ^ étaient du nombre de celles
dont les indigènes tiraient parti. Ces espèces ; ajoute Sa ^ res-
semblent aux cotouiers dits de l'Inde; mais )eur laine est brune
et rude.
^ J'ai, donné dans ma premîère Relation des détails sur la
culture du maïs. Pour ce qui regarde l'origine de cette plante,
voy. la note RR à la fin du volume.
» Piz. Mém, hist,, VII, 98.
a56 SECOND VOYAGE
ragaan n'exporta que ^83 arrobes de ce grain, tandis
que, de nos jours^ il en a exporté jusqu'à 284^721 ar-
robes \ lie riz est également , pour la province d'Es-
pirito Santo, un article d'exportation. On n'y cultive
point, comme dans les Mines, la variété pourvue de
barbes ; des deux variétés sans arrêtes que Ton connaît
ici) Tune qui a le grain de couleur blanche est plantée
généralement, l'autre qui a le grain rouge et porte le
nom Narrez vermelho (riz rouge) se vend difficile-
ment, et l'on n'en fait guère usage que pour les ma-
lades. Ces deux sortes se cultivent uniquement dans les
terrains marécageux ; mais , dans ce pays , on n'est pas
obligé de donner les mêmes soins aux rizières qu'en
Piémont ou aux Indes. On fait avec la houe des trous
peu profonds éloignés d'environ une palme et demie,
et, dans chacun, l'on jette une pincée de semences *.
Il est nécessaire de faire garder les plantations jusqu'à
ce que les, graines soient levées, parce qu'une foule
d'oiseaux sont friands de ces dernières, particulière-
ment les espèces connues dans le paysr sous le nom de
guaxioM icwaso,paparroz etgnunara. Les personnes
qui ne sont pas assez riches pour faire garder leurs
champs, jettent les semences dans des trous plus pro-
fonds faits avec un piquet, et où les oiseaux ont plus
de peine à les aller chercher ; mais , lorsque l'on suit
cette méthode, les pieds de riz naissent trop rappro-
^ Spix et Mart. Reis, j 874*
* M. Martius dit qu'au Maragnan , on ne met que trois
eemences dans chaque trou.
AU BRÉSIL. • îi57
chèsy et se nuisent mutuellement. C'est au mois de
septembre y un peu avant la saison dés eaux, que se
plante le riz j on le sarclé environ un mois et demi
après y et la récolte se fait en février. A ceft effet, on
coupe la tige immédiatement au-desspus de l'épi, en
se servant d'un couteau ou d'un morceau de bois tran-
chant ^ et l'on néglige la paille \ Les épis se battent
avec de longues gaules; ensuite on. expose le grain au
soleil pendant une journée ou une demi-journée, et
on le pile. On a l'attention de ne pas laiss€fr le grain
trop long-temps au soleil, parce que, desséché plus
^u'il ne faut 9 il se brise dans l'opération du pûagCé
D'un autre coté^ pour s'assurer s'il a le degré de sé-
cheresse nécessaire, on en prend une petite quantité
que l'on met sur une table ; on a la coutume assers
bizarre de passeï^ dessus un soulier^ et, lorsque par
cette opération, (es enveloppes se s^arent sanfi peine,
on commence à piler. Dans sa journée , une négresse
peut avec le pilon séparer de ses enveloppes un â/-
queire de riz et un nègre la quantité d'un alqueire et
demi à deux alqueires. Il en coûte i6o reis ( i f. ) par
alqueire y quand on ne se sert pas de ses propres es-
claves. Le capitào môr Francisco Pinto avait construit
* Ce qu'ont écrit MM. Spix et Martius sur la manière dont
on coupe le riz au Maragnan ^ prouve qu'on j suit la même
méthode que dans la province d'Espirito Sanlo ( Rtù. , 874;
— AgrosUy 56o); et probablement il en est de même par-
tout le Brésil. On a vu dans ma première Relation ( I> Sgi )
que le froment se coupait aussi dans les Mines au-dessous
de l'épi.
TOME II. ly
a58 SECOND VOYAGE
une sorte de moulm qui fiiisait agir plusieurs pilons k
la ibîs ; omis obligé^ fiiute d'avoir une chute d*eau, de
se servir de bœufs pour mettre la machine en mou^
vement^ il avait fini par trouver plus ëcooomique de
faire piler son riz par ses négresses. Il leur donnait
]iour tftdie de piler un alqueire dans leur journée ;
ordinairement elles avaient fini à deux heures après
midi^ et ensuite elles se reposaient. Comme ce travail
est très fiitigant, M. Pinto n'obligeait jamais la même
négresse à piler pendant deux jours de suite. Quand
le pilage est adievé , on nétoye le riz va l'aide d'un van
circulaire, fait de paille et presque plat qui peut avoir
deux palmes et demie à trois palmes de diamètre.
Enfin y pour dernière opération , on sépare, à Taide
d'un tamis, les grains entiers de ceux qui ont été bn-
ses par le pilon. On calcule qu'ici le riz produit de
loo à iio pour I. Je ne dois point oublier de dire
qu'après la récolte, on foule aux pieds ta paille pour
la briser. La racine produit bientôt des rejets, et, au
mois de mai suivant, on fait une seconde recolle ' qui
donne le tiers de la précédente. De nouveaux r^ets
succèdent aux premiers; mais, comme ils rendraient
peu, on ne leur permet pas de croître, et l'on aban-
donne la plantation au bétail très friand des chaumes
du riz.
Le manioc n'est pas moins cultivé que cette céréale
^ MM. Spix et Martins disent suisî qu'au Marogiiaa on
hîwe perdre la paille du riz , et que Ifs mêmes pîada deDneat
deux récoltes ( Reis. , 874 ).
AU BRÉSIL. aSg
|)fir les babitfn^ 4'&pi>^to Sftnto. Ainsi que je l'ai dit,
j'assistai, an m>)s de iiayembre 1818, à la plantation
d.M mapioo ^^tm UQ^ p«rûe das domaines du capiiào
ft^^r. La terrç élt^itlwg-temps restée couverte de capoe>
rWj et popvalt en quelque sorte être considérée comme
irierge. On avqit^ commencé , suivant la coutume j par
abattre et brûler les bots. La veille du jour de la plan*
tatioi) j on prépara \(^ tprrain à l'aide de la houe. Au
p)pinçiit d? planter» des nègres firent dans le champ
des trous larges y peu profonds et obliques , en donnant
un coup dç hcm^ $ ramenant vers eux la terre qu'ils
avaient enlevée et la retournant à Textrémilé du trou^
Le gérapt ouy^^A>/' avait auprès de lui des paquets de
tige^ de manioc ( Hianiba ) dont les feuilles et. les ra^
m^aux avaient été détachés , et il coupait chaque tige
en morceaux de 5 à 8 pouces. Des négresses venaient
prendre ces boutures y et les enfonçaient obliquement
dfips cette terre qui, comme je viens de le dire, >af ait
été relevée à restifémité des trous. Au bout do trois
mois y on aura nétoyé le sol en arrachant les mauvaises
barbes avec \u^ main, |9t de trois en trois mois on
«ura .recommencé le même travail jusqu'ati moment
de la récolte qui se fait oirdinairenient ()î^-htiit mois
•près la plantation. On pent déjà j au bout d'un an ,
arracher les racines '4 mais alors elles contiennent
' On a vu qu'à Benevente , où la terre est très bonne y
on pouvMt arracher l(s maoioc au \)out de six mois ^ < mais
cettç préopcîté doit, jecr^is , être considérée comme une ex-^
ception. ^
a6o SEGOSD VOYAGE
encore beaucoup d*eau. Si l'on ne se sert point de la
houe pour nëtoyer les champs où Ton a planté du
manioc, c'est parce que les racines de cette plante sont
peu profondes , et l'on prétend que les blessures les
plus légères les font pourrir. Pour faire les boutures ,
on a soin de ne prendre que des tiges qui ont au moins
un an.
. Voici de quelle manière j'ai vu préparer la farine
de manioc dans la province du S. Esprit. Les nègres
commencent par enlever l'écorce des racines , en grat*
tant cdles-ci avec un couteau, puis ils les soumettent
à la râpe. Celle-ci est en cuivre et revêt le toor d'une
grande roue mobile enchâssée dans une table étroiter.
Un nègre fait tourner la roue à l'aide d'une manivelle ,
et, pendant ce temps un autre nègre présente les ra-
cines à la râpe, eu les appuyant sur la table. Sous la
rouee^t une auge où tombe la pulpe. Cette dernière
se presse d'abord avec les mains ; ensuite , pour ache-
ver de faire sortir le liquide vénéneux qu'elle renfer-
me ,.conune tout le monde sait , on la met dans des
chausses ttssues avec une espèce de palmier qu'on
nomme tipili i. L'extrémité supérieure de la chausse
s'attache au plancher, l'autre à un treuil ; on £iit tour-
ner celui-ci , et par ce moyen , on allonge la chausse
qui, agissant sur la pulpe, force le reste de l'eau à
^ Hans Stade qui visita le Brésil avant i55o^ dit qu'alors les
sauvages se servaient , pour presser la (>ulpe du manioc , d'un
engin qu'ils appelaient /i/yiiVi ^ et était firit avec les feuilles
d*un palmier ( Hisî, Braz. in 7%. Bry, 1, 109 ).
AU BRÉSIL. 36t
s^ëchapper \ La pulpe se passe ensuite k travers un
tamis y et en la bit sécher en la mettant aurdessus d'un
fourneau dans une chaudière de terre cuite, dont le
bord est très bas , le fond très aplati , et ou on la
remuer sans discontinuation. La plupart des chaudiè-
res à manioc dont on se sert dans les environs de Villa
da Victoria et probablement dans toute la pvovince
viennent de Bafaia ; cependant il s'en £d>rique aussi
dai\s un lieu appelé Goiabeim ( goyavier ) situé près
de la capitale d'Espirito Santo. Ces chaudières varient
un peu pour la grandeur; mais en généi^al elles ont
3 i/a pieds anglais de diamètre, i pouce d'épaisseur et
4 dje hputeur *•
Lu farine de manioc et le•tapiocl^ sont trop bien con-
nus pour que je m'étende beaucoup sur leurs usages*
Les Portugais-Brésiliens appellent la ferine de manioc
farinha yfarinha de mandiocca onfarinha^depao ( fa*
rine de bois ) '; ils eu. saupoudrent les haricots et les
> Je ne prétends point qu'il n'y ait pas dans la province du
$. Esprit des colonel qui. se servent de la presse; je racon^.e
ce qui se pratiquait dans Tendroit oîi j'ai vu faire la farine de
manioc. Je ne puis même assurer que j'aie suivi la sérje de
tous les procédés que je détaille ici ; mais ceux que je D*iaurai
point vus m'ont été indiqués sur les lieux.
* Il est au Brésil des endroits où, l'on se sert de chaudières
de cuivre.
' Autrefois le nom farinha de pao ne se donnait point à la
farine de manioc. Il désignait une autre sorte de farine qu'on
faisait; à défaut de la première j en trîturant les tiges du pal-
mier appelé urucuriiba ( Voy. Marcg. Hist, nat, Braz. 3o4 et
South , Hist. I f 933 ). Avec le temps les moXsfarinha de pao
a6a SECOND VOYAGE
autres meu auxquels on a coutume âe johtrire liea
aaucesy et^ quand ib la mangent avec detalimena
stecs ^ ils la lancent dans leur bouche avec une dexté-
rité ^ empruntée brigînaîrenient aux Indiens indigènes
et que l'Eliropéem a beaucoup de peiné à imiter^ Il
m'eA ilnpossible de ne pas mettre k farine de manioc
au-dessous de celle de mais «mployé de la ménie n»s«
iiière par les Mineiros'; mais il est des Portu^is^Bl^é^
siliens qui préfèrent la première ^ là sieconde> et
trouvent nlênie t^e^ mêlée à certaines substances ali--
mentales ^ elle est pins agréable que le pain de fro-
ment. Quoi qu'il en soit, on doit désti^e^ pour le^
Brésiliens que la consommation du maâîdc diminue
dans leuk* pays, car il paràtt que cette plaùtb aime les
terrains nouveaux; que^ du moins en certains can-
tons^ eUe épuise lé soi > et que par coiiséquent sa eulr
ttire doit accélérer la destractioi^ des fbrttsi Lé P.
Jèio Bakixl a montré combien la cnltuf% du manioc
était préjudiciable aux habitans des bords de TOrellana
ou rivière dès Amasone^, et José de Se Qet0iicqurt dit
que, déjà en 1 798, les habitans dû ferma de la yille de
Cama;7i2{ province dosïlheos se trouvaient réduits à une
misère extrême, parce que 1^ manioc ne pouvait plus
sont devenus synonymes defarinha de mandiocca, et l'usage
de fiiire de la ferine avec le bois de Yurucuriiba s'est entièrement
perdu; du moins je n*ai jamais entendu parler de cette farina^
et il pardt que Koster ( Yoy. Voyages s^i. ires. trad. Jai ,
II y 377 ) qui a habité le nord du Brésil , n^en a pas entendq
parler daVanUigè.
* Vôy. ma première Relation , vot. I, p. ai 1 .
AU BRÉSIL. 363
réiifitîr dans leur paya dépouillé de bois vierges e( ok il
avait a uirefois prospéré ' •
^ Il ait iBeoBtastabie qù'avtnt l'arrivée dm Européens au
Brésil , les Indiens de la sous-race Uifi connaissaient l'usage et
la culture du manioc, et par conséquent, ainsi que Ta fait
observer M. Moreau de Jonnès {'Histoire de F académie des
sciènves , 1894) > Raynal s'était probablement trompé quand
il aviéC dit que le manioc avait élé appoité aax Antilles par
les nègres esclaves. Cependant les Indiens du Brésil ne regar-
daient point le manioc comme indigène de leur pays. Us
croyaient qu'il leur avait été apporté par un vieillard à longue
barbe , appelé Zomé ou Tzomé, qui était venu de l'est et avait
jeté parmi eux quelque semences de civilisation et d'industrie ;
tradition qui confirme merveilleusement mon opinion suc
l'origine à la fois mongolique et caucasique des Indiens du
Brésil , ou au moins d'une partie d'entre eux. Les pratiques
usitées aujourd'hui parmi les Portugais-Brésiliens pour la
culture et la préparation du manioc remontent donc à une
très baute antiquité ; car elles ne difièi^ent pas essentiellement
de celles que suivaient les Indiens. Ceux qui voudraient avoir
une idée plus complète de l'histoire du manioc ch^ les Bré-
siliens ^ feront bien de consulter Southey qui a extrait les an-
ciens auteurs ( Hisi. o/Braz. > I, 3519 } ; le P. Yasconcellos
( Noiicioâ curiosas ) ; Pison ( Hist. nat. Bras., 1 14, éd. i658) ;
Marcgraff qui mérite tant d'éloges ( Hist, nat. Bras. , 65 ) y
Koster {Voyage Sept, Brés. trad.Jai, H, 275); enfin cet in-
fortuné père Joae Daniel qui voulut encore se rendre utile
pendant sa captirité^ en écrivant le résultat de ses longues ob-
servations ( Quinta farte do Thesùuro descoherto no Rio das
Amazonas, 11-37 }- '*' Mettant ici Southey au nombre des.
principaux auteurs qui ont écrit sur la culture et les usages du
xpanioc chez les Brésiliens , je crois qu'il est de mon devoir de
relever une inadvertence «jpii a échappé à cet estimable et la-
borieux historien. Il soupçonne que le manioc non vénéneux.
a64 SECOND VOYAGE
Je ne pourrab , sans m'écarter de mon plan , parler
avec détail de tous les végétaux de grande et de pe^
tite culture qui font Tobjet des soins des colons d'Es-
pirito Santo. Cependant je dirai quelques mots du
chou 9 parce que la manière dont on le multiplie prouve
quelle est, sous ces heureux climats, la puissance de
la végétation. Ici , comme en d'autres parties du Bré-.
sil, ce légunie ne se sème point; niais il se propage
ett cultivé aujourd'hui piir les Brésiliens, mais il ajoute quViu-
cuD écrivain n'en a fait mention. Lery, qui était au Br^l en
i547» dit que la racine de Vt^pi (nom qui 8*e8t conservé pour
le manioc doux ) se mange cuite sous la cendre , et qu'elle a
le goût de la châtaigne , tandis que celle du manihot ne pour-
rait être prise cQii^fne aliment sans le plus grand danger, si
elle n'était réduite en £arïne {F^oy âge , éd. iS'ji, p. i36 ).
Ainsi il me parait très vraisemblable que le manioc doux était,
comme le vénéneux, connu des sauvages du Brésil avant l'ar-
rivée des Européens. Lerj est loin d'être le seul qui ait parlé
du manioc doux. Le P. A. Ruiz de Montpya , qui écrivait en
1637, assure ( Thés, teng, guar.^ s4 bis ) que le mot o^/ii veut
dire en guarani une espèce de manioc doux; suivant Pison
( Hist. nal, , 1 17 ), le manioc macaxerd se mange grUlé au feu
sans aucune préparation ; enfin MarcgraflF dit que toutes les
espèces de manioc mangées crues sont mortelles pour les
hommes , excepté Vaipîmacaxera qui est agréable cuit sous la
cendre. Quoiqu'assez rare , le manioc doux était aussi connu
aux Antilles du temps du P. Dutertre qui écrivait en 1667; on
le faisait cuire alors tout entier comme les patates sans expri-
mer son jus , et on l'appelait kamanioc{Hist, nat, A ni., 1 i4)f
enfin, Aublet donne beaucoup d'éloges au camagnocj et dît
qu'on le mange à l'Oyapoc , sans être pressé ni réduit en fil-
rine ( Guy., II, Mém., 66 ).
AU BRÉSIL. aôS
fMur bouture. Quand on a coupé la tête du chou j il
natt des bourgeons tout autour de la tige; on les sé-
pare en laissant au*dessous de chacun un petit mor-
ceau du tronc; on enfonce ce morceau de tige dans la
terre , et chaque bourgeon donne bientôt naissance à
un nouveau chou qui peut perpétuer l'espèce de la
même manière.
A l'arrivée du roi Jean VI au Brésil , on avait donné
ordre aux cultivateurs des environs de Villa da Victo-
ria de pUnter du froment et du lin , et on leur distri*
bua de la semence. Mais généralement ils se prêtèrent
de mauvaise grâce à cet essai qui réussit mal. Cepen-
dant, comme le résultat ne fut pas entièrement nul,
il est à croire que, si on se livrait à de nouvelles expé-
riences avec le désir de bien faire , et qu'on cherchât
principalement le temps le plus favorable pour les
plantations , on pourrait être récompensé par quelque
succès.
Il n'existe point de grands pâturages dans la pro-
vince d'Espirito Santo, et par conséquent on ne peut
y élever beaucoup de chevaux et de bétail. Dans toute
la province , il ne se fait par terre absolument aucun
transport de marchandises ; on ne connaît d'autre vé-
hicule que les embarcations et les pirogues. Il n'est
donc pas surprenant que nulle part pn ne voye de mu-
lets j et les miens ont été quelquefois pour les en-
fans un objet de curiosité. On ne fait usage que de
chevaux , et , comme on n'a point Thabitude de char-
ger ces animaux, et que les bâts sont fort mal
faits, le cheval auquel, par extraordinaire, on fait
«66 SECOND VOYAGE
porter tine charge un peu loin , anive presse ton*
jours blessé.
Taudis qu*à Minas Geraes les hommes les plus
pauvres élèvent des cochons» les cultivateurs d'Espirito
Santo négligent presque entièrement oe genre de soin,
et s'excus^ni ea disant que ces animaïut détruisent les
plantations de manioc. 11 est très vrai que les pour-
ceaux fôni beaucoup de mal dans ces plantations,
lorsqu'ik y péftèlireat; mais» avec moins de parasse»
les colons pourraient entourer leurs champs et les
garaDCin
Il pemitrait que les cultivateurs d'Espirito Saato
ont dans les reptiles de redoutables ennemis ; car
M. le capitSo môr Francisco Pinto me dit que» depuis
qu'il possédait s^Jazenda^ i4 de ses nègres avaient
été mordus par des serpens Venimeux » mais » ajoutait*
il» il avait guéri tous ses maludes à l'exception d'un
seul. Voici quel était le remède dont il faisait usage.
Au moment où l'homme venait d'être mordu » il lui
fiiisait avaler une poignée de poudre à tirer délayée
dans le jus de 3 ou 4 citrons* &isuite il lui donnait à
trois reprises difiërentes » dans le cours de hk journée»,
une tasse d'une décoction faite avec les racines des.
trois plantes suivantes » l'Aristolochiée appelée milhith
mens ; le /arw aiitre Aristolochiée et le batata de-
junça » herbe de marais dont les racines rampantes,
produisent de distance à autre des tubérosités » et qui »
d'après la descriptiDn qu'on m'en a faite , doit être uaq
Joncée ou une Cypéracée. M. Pinto avait soin aussi de
froter la plaie avec la même décoction à laquelle oi\
▲U BRÉSIL. ^67
Ajoute y si l'on ireut, les racines du taririquim onfe^
degùSO do mato espèce de Cassia qui , si je ûe me trôûi-
pe , a en général les mêmes propriétés que le jt7. occi-
fleniaUs L.
f68 SECOND YOTAGE
^*^^9t^ v *tvumimimiiÊ i y^^^f9f9^miv^^miMMtt^Mm/w9i%mim0Mim^é m %%tti^ vw «i^^eii
CHAPITRE XL
LA MOlTTAGirE DE IfESTBE ALVB. LA. VILLE D*AL«
MEIOA ET LES IKOIENS QUI L'HABITEirr.
Passeport. — - Horrear do Rio Doce. -<*> Fonia dos Flochos. Hospitulîti^.
— Pays sîtoé entra U mer et la montagne de Mestre Atçe. — Aspect
des foréu nouvellement bràlëes. De qaî les Br&ilîens ont empranlé
lear système d*agricultura.. -<- F^'egtiezia da Serra» De quelle ma-
BÎère l'aulear est raçu dans ce vîliage. — SoarEranoes cansëes. par la
chaleur. -^ La auMUagna de MettK Ahe^ Respect des Brésiliens pour
leurs supérieurs. — Pièges appelés mundeos, — Hameau de Caraipé.
^- yUia tC^Aimeida, Son bisloire et son administration. Description
de cette ville. De (|aelle manière ' las Indiens de Villa d*Almeida
étaient gouvernés dn temps des jésuites. Comment on les traite an*
)onrd*baî. Diminution que la population a éprouvée. Occupation dc&
Indiens d* Almeida.— Caractère des Indiens en général. -* Langue de^
ceav d*AImeida, -«• Le €apiiâo màr d^Almeida.
Pendant mon séjour à Villa da Victoria^ je me pré-
sentai chez le gouverneur de la province auquel j'é-
tais recommandé. Il me reçut très bien, me donna un
pédestre pour me servir de guide jusqu'au Rio Doce,^
but de mon voyage , et me remit nneporiaria ( passe*
port privilégié) signée de sa main. Celle que vous te-
nez du ministre d'état ^ me dit-il, devrait vous suffire;
mais les soldats ne savent point qui est le ministre ; ils.
ne connaissent que leur gouverneur ^ et ma signature
AU BRÉSIL. 269
vous mettra à l'abri de tous les embarras que l'on
pourrait vous susciter.
On m'engageait beaucoup à ne pas poursuivre mon
voyage; on me représentait sous les plus sombres
couleurs le pays dévert que j'allais parcourir, et sur-
tout <m ne cessait de m'entretenir de l'insalubritë des
bords du Rio Doce ; o Rio Doce he um infemOjXe Rio
Doce est un enfer , telles étaient les expressions dont
on se' servait^ en me parlant de ce fleuve \ Mais, par
tous ces discours , on ne faisait que piquer ma curio-
sité ; j'avais résolu d'aller jusqu'aux frontières de la
province de Porto Seguro, e| je me mis en route '.
^ Si l'oD' a tenu ^a a^tre langage au savant prince de Neu-
wied , c'est incx)nte8tablement par quelque intérêt particulier.
* Itinéraire approximatif de Villa da Victoria au Rio
Doce. ' •
Dé Vflla da Victoria àPontadds Fachos>
chaumière y 6 légoas»
-^^ Freguena da Serra, village» 3 i/a
Guaipé 9 hameau y s i/s
Villa dos Reis Magos , ville , 3
Aldea Velha , hameau , * * 3
QuarteldoRiachb, poste militaire, 3
— — * .QuarteldaRegencia, id. 7
27 legoas.
Obs. Je dois (aire remarquer qu'en passant par la Fregue-
aia da Serra , j'ai un peu allongé mon chemin , puisque ce
village est situé à environ 9 I. de la côte. Pour éviter ce dé-
tour, on peut de Villa da Victoria fiiire halte au hameau d&
Garapiboi , moins éloigné que Ponta dos Faohos, et , de Car-
mpîboi y se rendre , le jour suivant^ à Villa dos Reis Magoa
autrement Villa d'Almeida. . r ,. .
970 SECOKD VOYAGE
Après tffoir pria congé dfi iMo hâle, i&cafùSamâr
Pinto, je traversai llle très montagneuse on sa maiaoB
et la dotale de la ppotince sont situées ; et bientôt
j'arrimi sur le bord du bras de mer qui du côté du*
septentrion, sépare l'île de la terre ferme. Ce petit
détroit peut avoir la largeur de nos rivières de troi<-
sième ou quatrième ordre. On le passe sur un pont
en bois qui^ lors de mon vojage, était dans le plus
mail vais état, et qui probablenient n'aura pas tardé
à tomber, si, suivant Fusagé^ on a connue à n'y
faire aucune réparation. Tantôt lediemin suit la
plage, et tantôt il pass^ par les bois viei^es dont elle
est bordée. Après avoir fait cinq lieues, je m'arrêtai k
une chaumière bâtie sur une colline qui domine la
mer et qu'on appelle PorUa dos Pachos ( la pointe des
flambeaux ). Je fus fort bien reçu des babitans de Ut
chaumière. En général , à mesure que je m'avançais
vers le nord , j'étaifr traké avec plus d'hospitalité^ et
nulle part je ne retrouvais cette dédaigneuse IndifTé-
rence de Hiabitant des environs 4e Rio de Janeiro.
Tai déjà dit un mot de la moqtagne de Mestre
Alve' que j'aveiaepérfU^ eu firri vent auprès de la baie
d'Espirito Santo, derrière les hauteurs dont cette baie
est bordée. Comme le Mestre Alve passe pour un des
^ Jfsn4e l4Sflt.9 qiii.pabUaan 4633 son excellente oompî*'
Istion , écrit Jlfanr Al\^ ( Abn* Oti* > &84 ) ; on trouve dans
l'abbé Gaul , MotUê de Mastn Akw ( Corêg.^ Il, 63 ) ; et
enfin dans Plsarre (JAm.yiIy 3o)> amarra ifaAiMire Aitfawi
Alvaro. J*sdopts rertegrapha qui m'a paru oonfonneilspio*
noncîation usitée cur les lieux mèmei.
AU BRÉSIL. 371
points les plus élevés de la province du S« Esprit 9 et
qu'ea m'y reodant de Ponta dos Fachos, je n'avais
pas à me détourner beaucoup de ma route ^ je me dé*-
cidai à faire ce petit voyage* Guidé par le. faon Luiz,
ce pedestrt qui m'accompagnait par Tordre dp gour
verneuri je me dirigeai vers l'ouest , et , parcourus pisn*
daot long-temps un pays plat oix ooule la rivière de
Caraipéf et qui est entro-ooupé de oaptmrai^ et de bois
vierges. De dbtance à autre^ j'avais le plaisir de voir
quelques cabanes.
On était alors ( 1 3 octobre ) à l'époque où l'on a
coutume de brûler les bois vierges abatus quelques
mois plus tôt. tkans plusieurs endroits, je passai de^
vantdesportÛMis de forets ainsi détruites et incendiéesl
Bien ne pouvait être plus triste que cet aspect. Les
petites branches qu'avant l'incendie on avaif détachées
des grands arbres, les liaoes et les arbrisseam avaient
seuls été consumés; les gros troncs n'avaient été que
noircis ou réduits es charbon, et gissaient par terre
sans aucun (M*dre9 jetés les tins sur les autres ; la terre
était desséchée et couverte çà et là d'une cendre blan^
châtre; enfin, de tous côtés, on voyait s'élever, au
milieu de ces débris, la base des grandes tiges
coupées à deux ou trois pieds au-dessus du sol. Le
système d'agriculture adopté dans l'empire du Bré^
sil est celui des Tupinambas, des Garijos,^s Tupi«
niquins et autres nations indigènes de ta'sous-râce
tupi aujourdliui détruites ' ; les Portugais-firosilicns
• • •
i Voici comment, vers l'ëpoque de la dëosuiterle dit
a7a SECOND VOYAGE
ont encore emprunté à ces sauvages la culture de la
racine qui fournit leur alimeht principal et la prépa-
ration de cette racine ; ils leur doivent une foule d'u-
sages dijfférens, la connaissance de quelques bons fruits
et de plusieurs remèdes salutaires, divers mots géné-
ralement répandus panni eux, enfin la plupart des
noms de leurs montagnes et de leurs rivières. Ils de-
vraient bien avoir quelque pitié des descendans de
ceux qui furent leurs maîtres \
Un peu avant d'arriver au lieu oh je fis halle , je
commençii à monter , et fatentât je me trouvai au mi-
lieu d'une réunion de collines qui toutes présentent à
leur sommet de larges plateaux de niveau les uns avec
les autres. Une Mehstomée et une Composée
croissent en abondance sur le penchant de ces
mornes. Depuis long-temps j'apercevais la montagne
de Mestre Alve; là elle se présenta à mes regards
avec toute sa masse lourde et imposante ; je pouvais
même distinguer çà et là des plantations au milieu des
forêts qui la couvrent. A Fbccidéiity l'honzon était
borné par les monts de la chaîne maritime*
BréaiX y s'exprimait Hans Stade en parlant des sauvages
de ce pays : « Arbores iis in locîs incidunt quo plaotatio-
nem suam constituerant ; incisas relinqtiunt 'feid menses
très donec èxciccentur hitic igné fiupposito eas comburunt et
pknlant ( Hitt. Braz. in ThiBtj. , l» 173). »
' Par u^e haine puérile conU-e les Portugais-Européens ,
quelques-uns de ceux du Brésil ont pris de nos jours des
noms indiens que pi*obablement ils n'entendent pas. Il eut été
plus noble de chercher à améliorer d'une manière efficace le
sort des indigènes.
I I
i
AU BRÉSIL. S73
Sur le plateau de quelques-unes des coUînes dcmt
je viens de parler , sont des chaumières très ëçartéetf
les unes des autres et éparses çà et là. A peu près au
milieu d'elles » on voit une église entourée d'uqe p&«
louse isolée comme les maisons elles^-mâiiies, €A ooh
bragée par quelques palmiers. Cette espèce de village
porte le nom de Freguezia de N. Senhora da Cànoe^
çao da Serra f" paroisse de Notre-Dame de la G>nc^
tion de la montagne ) ou simplement Freguezia da
Serra j et est le chef-lieu d'une pavoisse qui compisend
un grand nombre d'habitations situées vers l'ouest , et
une population de plus de mille âmes \^ 1
En arrivant à la Freguezia da Serra , je me préseiif
tai à la maison d'un des principaux habitans qui étfiit
capitaine de miliee, et lui demandai la permissiontde
in'arrêter chez lui. Il me la refusa en me disant qu'il
n'avait pas de place pour me recevoir, et il envoya .un
esclave louer une maison dans le v<Msinage. Pendant
l'absence du nègre, nous nous mimes à causer, leia^
pitaine et moi, et je fis venir l'occasion d'exhiber ma
portaria. Tue respect des Brésiliens pour leurs supé^
rieurs était tel alors , que la seule vue de la signature
du ministre d'état Thomaz Antonio de Yillanova e Por-
tugal, produisit l'effet d'une phrase magique. Mars
la maison fut à moi; on était à mes ordres ; on voulait
absolument me garder. Je fis un peu le fier^ et je ne
donnai pointa mes gens l'ordre de déchargejr mes mu-
lets, avant d'avmr appris par le nègre du capitaii^
* Pi». JHém, hist, , V, p. 85.
TOME II. 18
^74 SECOND VOYAGE
qiie la maÎBOii eu on lavait euvoyé , avait ëlé dcja re-
leiMie par un autre.
Peudaiit toute cette journée je trouvai la chaleur
insupportable^ probablement parce que je m'étais éloi-
gné de la mer; je sbuffris cruellement des nerfs, et,
te soir, en écrivant mou journal, j'avais la tête si lourde
que l'image des objets qui, dans ma route, avaient
passé sôtts mes yeux, me semblait enveloppée d'uu
miage*
' 'Atfint de me coucher , je témoignai le désir de
trouver un homme qui consentît à me conduire au
sommet du Mestre Alve , et à l'instant même , mon
hâte fit demander un guide au commandant du vil-
lage. Le ieademain , le guide se présenta et nous par*
ttmes* Je voulais ^ pour m'accompagner, un homme
ijtii sAt les diemins et que j'aurais payé ; mats en
iMusaotavec celui que l'on m'avait envoyé, je sus
liîeîitot'que c'était un cultivateur honnête appartenant
-à la milice, et j'appris qu on lui avait donné l'ordre de
•tne servir de guide, parce que j'étais , lui avait-on dit^
tsl^ii^é <l*>aiTe o9mmÎ8sioa par le gouvernement. Ce
IwAve homme, qui était un blanc, obéissait gaiment
-et sans fnurnun*er, ne paraissant pas croire que l'on
pût 6e plaindre eo faisant quelque chose pour le sen-
"viGe Kte 6on altesse. Cest ainsi qu'on avait appelé
ks roi lorsqu'il n^ét^iit que prince régent , et un grand
nombre de Bpésilieiù d'une classée moyenne ou mSé^
rieurs lui conservaient encore ce titre par habitude.
La montagne de Mestre Alve est fort arrondie au
sommet ; elle a une très graQde largeur d'orient en
AU BRÉSIL. 275
occident , et , vers ces deux points , sa pente est très
oblique. A l'exception de quelques gros rochers que
l'on voit çà et là , cette montagne est entièrement
couverte de bois vierges au milieu desquels on a fait
plusieurs plantations de manioc, de coton et de maïs.
Nous montâmes en suivant la trace des chasseurs qui
ont la coutume de parcourir ces lieux , et nous arri-
vâmes au pied d'une cascade où l'eau se précipite dans
le temps des pluies, mais qui alors pi*ésentait seule-
ment une suite de rochers humides , presque à pic et
couverts de mousse. Mon guide m'assura , en vantant
mon agilité , que la plupart des chasseurs de la mon-
tagne n'allaient point au-delà de la cascade ; les
éloges de cet homme m'encouragèrent , et je grimpai
sur les rocs avec une facilité extrême. Quoique j'eusse
déjà beaucoup marché , je me sentais plein de force ;
au lieu de la chaleur excessive qui la veillç m'avait
tant fatigué , j'avais éprouvé, depuis le commence-
ment du jour, la plus agréable fraîcheur; des arbres
touffus empêchaient les rayons du soleil d'arriver jus«>
qu'à moi , et partout je rencontrais sous ces ombrages
des ruisseaux d'une eaa limpide. Au-dessus de la cas-
cade , je commençai à voir des bambous de la grande
espkce ^ippelée taquarassû ^ Il faut^à ces Graminées
immenses de l'humidité et une élévation assez consi-
dérable. Elles croissent sur les montagnes du Coreo-
^ Cest principalement , dit M. Martius , à une hauteur
de 1,800 à s, 000 pieds aii-des^s du niveau de la mer que
croisaent les bambous ( A gros t» , 5'2^ ).
376 SECOND VOYAGE
vado et de Tijuca près de Rio de Janeiro & une hau-
teur analogue à celle où je me trouvais alors ; mais
je n'en avais aperçu aucun pied sur la côte si basse
où j'avais voyage depuis mou départ de la capitale.
Tantôt les bois vierges du Brésil sont si embarrassés
d'épines et de branchages qu'on ne saurait y pénétrer
sans s'ouvrir un passage avec la hache ; tantôt aussi,
en présentant des diflficultés, ils ne sont pourtant point
impénétrables. Ceux du Mestre Alve sont de cette der-
nière classe. Cependant presque partout les arbres me
cachaient la campagne ; ce fut dans un seul endroit
qu'elle s'oflrit à mes regards. lÀj du coté de l'orient ,
je découvrais la mer ; à l'occident , j apercevais dans
le lointain les montagnes élevées de la chaîne mari-
time auxquelles s'en rattachent d'autres plus rappro-
chées ; et enfin , je voyais les collines sur lesquelles
sont bâties les chaumières de la Freguezia , et qui, se
terminant toutes par un large plateau , semblaient ,
de la hauteur où je me trouvais placé , former une
vaste plaine. De côté et d'autres , d'épaisses colonnes
de fumée montaient lentement vers le ciel , et indi-
quaient les lieux où des bois allaient être remplacés
par d'utiles plautalious. Je passai la journée entière
sur la montagne de Mestre Alve j et je revins à la
maison presque sans avoir recueilli aucune plante.
La végétation est sans doute très variée dans les bois
vierges '; elle est admirable par sa vigueur et par les
> Suivant ^. Fi^ycinet , on peut estimer à 60 ou 80 le
nombre des espèces de grands végétaux qui , iodépendam*
AU BRÉSIL. a77
contrastes qu elle présente à chaque pas ; cependant j
on trouve très peu de fleurs sous ces grands arbres qui
privent d'air et de lumière les herbes et les arbris-
seaux qui croissent à leur pied ' ; les arbres eux-
mêmes paraissent, comme je Tai dit ailleurs , fleurir
assez rarement, et ils sont trop élevés pour qu'on
puisse apercevoir leurs fleurs en général plus petites
que celles des végétaux moins vigoureux. Il se pas-
sera donc vraisemblablement bien des années avant
que l'on connaisse, à quelques exceptions près, une
autre Flore brésilienne que celle des herbes et des ar-
brisseaux. Des botanistes sédentaires pourraient seuls
faire connaître les arbres des bois vierges, et je ne
sache pas que depuis la mort démon ami, le P.Lean*
DRO DO Sagramento , il sc soit formé des botanistes
au Brésil
•
ment des herbes et des lianes , se trouvent aux environs de
Rio de Janeiro dans un quart de lieue cairée ( yojrage Un
Hisi,, I, ii4}.
' Les familles de plantes dont on trouve le plus d'espèces
CB fleurs sous les grands arbres des bois vierges du Brésil in«
tcnnédiaire sont les Acanthées et les Rubiacées.
* lie P. Leandro do Sacramento , professeur de botanique,
dii*ccteur du jardin des plantes de Rio de Janeiro , cultivait
avec succès la science qu'il était chargé d'enseigner, et possé-
dait encora des connaissances en chimie et en zoologie. On
lui doit l'analyse des eaux minérales d'Araxa(in Eschw. Neue
//^c/^, 1,74)» des observations botaniques imprîmées dans le re-
cueil des Mémoires de l'académie deMuiiiche^ un mémoire sur
lesArcbimédéesouBalanophorëes qui, je l'espère, sera bientôt
publié. C'était un homme de mœurs doucçs , d'un commerce
facile /plein de candeur et d'amabilité. Il accueillait lesétran-
a78 SECOND VOYAGE
Je vis sur la montagae de Mestre Alve iio grand
nombre de ces pièges appelés mundeos ' que Ton a
coutume de faire pour prendre les quadrupèdes. Dans
les endroits où le gibier passe ordinairement , les chas-
seurs ne laissent qu un sentier étroit , et ils le bordent
à droite et à gauche d'une rangée de pieux menus,
hauts d'environ 5 k 'j pieds, rapprochés les uns des
gère avec bienveillaoce, et, il faut le dire , Tod ne fut pas tou«>
jeun reconnaissant envers lui. Pour justifier les reproches
qu'ils font quelquefois aux habitans de l'Europe , les Brési-
liens pourraient citer la manière dont fut traité le P. Leandra.
Il avait fait part de ses collections à nos navigateurs ; il avait
envoyé des plantes sèches au Muséum de Paris ; expédié pour
le gouvernement français six caisses de plantes vivantes k la
colonie de Cajenne , et ce fut en vain que , pendant long-
temps , le consul de France à Rio de Janeiix> et moi nous
sollicitâmes une simple lettre de remerclment de deux de nos
administrations. Le9 savans qui , s'ils aimaient les sciences
pour elles-mêmes , devraient encourager par tous les moyens
possibles les Américains dont il y a tant à espérer, les savans»
di»-je 9 n'ont pas tous non plus été parfaitement justes envers
le P. Leandro. Comme si l'on eut voulu làire disparaitre
jusqu'au souvenir de cet homme recommandable » on a dé-
truit un genre qu'ilavait formé dans l'un de ses mémohres: pour
expliquer cette suppression on a dit , il est vrai, que le genre
existait déjà en manuscrit; mais nousne devrions jamais perdre
de vue cette règle si sage établie par M, de Candole dans son
admirable Théorie éiémentaire , savoir que pour taniénorùé »
il nefaui point tenir compte des trctvaux inédits^
' Le mot mundeo a été originairement emprunté aux In-
diens. Aiundé y suivant le père Antonio Ruic de Montoya
( Thés. leng. guar, ^ a3s )j signifie en guai*ani pic^ posMr
prendre les animaux.
AU BRÉSIL. »79
autres. Eotre \et deux palîssddes soat placées 'paral-
lèlement à elles, et à environ 4 pieds de terre, des ma-
driers pesans que soutiennent aux deux bouta deux
bâtons transversaux. Ceux-*ci reposent sur denx gaules
tuises horizontalement Tune en dehors d'une des ran-
gées de pifmx^ct Tautre on dehors de la seconde. 'Uiae
dea gaules est fixée à Tune des rangées ou palissade^;
l'autre gaule coupée par la moitié dans sa largeur cet
seulement retenue au point de partsige par une liane ^
et celle^i se rattache à une petite trape dressée enire
las palissades. Les betes fauves, passant dans le sett-
iier que ecAles-ci laissent entre elles , poussent la tra-
pe qui fait effort sur la liane; les deux portions de
gaule retenues par cette demièi^e se séparent brusque-
ment; tout l'échafaudage s'écroule, et les madriers
en tombant écrasent Panimal *•
Je revins de la Freguezia da Serra par le chemin
qut m^y avait conduit , et je fis ballo ^péu de distance
de la mer au lieu appelé Càraipé ^. C'est un espèce
de hameau qui se compose de quelques maîsona foit
éloignées les unes des antres, et qui doitson nom à
^ Il serait difficile que 1*00 disposât les mundeçs exactc*-
meut de la même manière dans toutes le^ parties au Brésil, fjçs
pièges à quadrupèdes que M. le prince de Neuteied a vu
chasser an Morro dtArara ( Voyugetrad, Eyr.^ H, 5 ) dans la
pvovincede Porto Segurodifiéraienl de ceux qne j*ai tus sud
ieM^stre.Âlve.
' C'est probablement ce lieu que le savant prince a indi-
qué sous le nom de Carape 6^çu. Carmpé vient peut-dire des
MÎots indiens earai sorcier» ^ • homnes blamss d pé chsaiin ,
cbemiu des sorciers ou des hommes blancs.
îijBo SECOND VOYAGE
Ift 'p^ke ri? ière près de laqoelle il a été bâti. La mai-
90tl où jecouchai est située sur une-hauteur; elle ap-
partenait à des mulâtres pauvres mais eKcellens , qui
parurent me recevoir avec plaisir.
Le chemiu que je suivis entre Caraipë et la ville
SAlmeida est parfaitement égal. Tout en se prolon-
rgeant parallèlement à la mer^ il ne la côtoyé que dans
'des espaces très peu considérables , et traverse tantôt
des terrains presque semblables aux resUngas de Sa-
quaréma et du cap Frio, tantôt des forêts vierges et
des capœiras. Je passai quelques petites rivières sans
importance y et . enfin j'arrivai à la ville SAbnéda
presque entièrement habitée par des Indiens civilisëf •
: €ette ville fondée par ï&& jésuites avant Tannée
1587 , portait jadis le nom SAldea dos Reù Magos
(aldea des Rois Mages ). Son nouveau titre lui îuSl
donné en 1 760 ^ et , à la même époque , on fit d^Al-
meida le chef-lieu d'une paroisse ^ Quoique ce dernier
nom ait été consacré par des actes légaux , ceux de
FiUa dos Reis Magos et surtout de f^illa Not>a pa-
i^niiaent avoir prévalu dans Tusage ordinaire. Les
Indiens de Villa Nova ont aujourd'hui ^ comme ceux
de S. Pedro , un capitao mâr de leur race , et l'admi-
nistration de tout le district est entre les mains de
deux juges ordinaires {juizes ordinarios ) , l'un indien
et l'autre portugais , qui tour à tour font leur service
pendant un mois. A l'exception ànprovedor % tous les
^ Pis. Mém. hêst, , V, 109.
. * Il fiiudrait , je crois traduire ce mot par procureur de Ai
municipali'ié»
AU BRÉSIL. 281
membres de la camara ou sénat municipal du termo
sont également des Indiens.
Almeida ou Villa Nova est située vers l'embouchure
d*une petite rivière sur une colline qui offre à son
sommet une large plate-forme j et qui domine une
vaste étendue de mer. La plupart dçs maisons sont
rangées sur le haut de la colline autour d'une grande
place régulière dont la forme est celle d*un carré long,
et qui' a environ i4p pas de large sur a6o de lon-
gueur. L'ancien couvent des jésuites et leur église
sont placés au nord de la place y et occupent un de ses
petits côtés. Entre les maisons Ton voit de distance à
autre des autels destinés aux stations de la semaine
sainte et placés chacun dans un petit bâtiment qui
représente une espèce de boîte allongée. Derrière les
maisons situées sur la place, il y en a d'autres qui,
construites à peu de distance , forment avec les pre-
mières une rue de peu de largeur. Du côté de l'occi-
dent, se trouvent encore quelques ru^s assez courtes.
Si l'on excepte un petit nombre de maisons occupées
par des Portugais , toutes les autres ne sont que des
chaumières sans crépi ^ couvertes de feuilles de pal-
mier. *
La rivière qui coule au pied de Villa Nova du côté
du nord porte le nom de Rio dos Reis Magos ' ; elle
est petite, et ne donne entrée qu'à des pirogues. Il pa-
^ M. le prince de Neuwied dit que cette rivièi*e s*appelle
aussi Sauanha et que les indigènes la nommaient jadis Apyor-
fuUmg ( Voyage irad. Eyr, , I, 3o3 ).
a8a SECOND VOYAGE
rait que pour cette raison, les jésuites avaient préféré
la position de Villa Nova à celle, d'Aldea Velha^ lieu
situé vers le nord à l'embouchure d'une rivière navi-
gable. Il entrait dans leur système d'éloigner les Por-
tugais des Indiens y et ils devaient avoir plus de peine
à y réussir, quand ils choisissaient comme à Bene*
vente , les bords d'une grande rivière pour y former
des aldeas.
J'ai passé deux fois à Villa Nova ^ et j'ai beaucoup
questionné sur les jésuites les Indiens du pays, entre
autres un vieillard , homme plein d'esprit et de juge-
ment qui avait connu ces pères. On me donna souvent
des renseignemens contradictoires : je me bornerai
à consigner ici ceux que je puis regarder comme
certains. ^ .
Il n'y avait jamais à l'aldea dos Rets Magos que
deux religieux profès que l'on avait la prudence de
changer tous les trois ans; mais c'était dans cet en-
droit que les novices venaient apprendre la langue des.
indigènes. Pendant les deux cents ans environ que le»
jésuites furent à la tétc de ce canton , ils durent né-
cessairement introduire 9 suivant les circonstances,
quelques changcmens dans leur mode d'administra-
tion. Cependant , environ 4o ^^^ avant la destruction
de leur ordre , ils tenaient encore les Indiens dans To*
béissance la plus étroite. Tous les trois mois, ils fe-
saient venir de la campagne à l'aldea, 4^ ménages
pour leur enseigner la religion chrétienne y pour don-
ner aux hommes quelque idée de différens métiers ,
et pour apprendre aux femmes à filer le CQton et à
AU BRÉSIL. a83
faire de la toile. Quand le trimestre s'était écoulé, les
4o ménages étaient remplaces par d'autres. Il parait
que, vers 1720 9 quelques idées d'indépendance s'é-
taient déjà glissées parmi les Indiens de Reis Magoa
Fatigués des règles sévères auxquelles ils étaient as»
treints , ils allèrent porter des plaintes au gouverneur
de Bahia , et celui-ci obligea les jésuites à leur donner
plus de liberté.
Pour ce qui regardait le temporel , ces religieux ne
gouvernaient point immédiatement les Inc^ns; noais
ils nommaient le capitao màr et les autres officiers
chargés de veiller au maintien du bon ordre et de pu-
nir les hommes qui commettaient quelque faute. Au-
cun Portugais n'entrait dans Taldea sans la permission
des jésuites \ et il était défendu aux Indiens de parler
d'autre langue que la leur propre ; cependant ils pou*
vaient aller à Villa da Victoria vendre leurs denrées
et y acheter les objets dont ils avaient besoin. Les jé-
suites choisisaient les enfans qui montraient le plus
de disposition ; ils les envoyjaient dans leur couvent de
Rio de Janeiro, pour leur faire apprendre différena
métiers , et l'on trouvait des hommes de tous les états
dans l'aldea dos Reis Magos. Il paraît que cet àldea
tout entier, et même l'église et le couvent ont été bâ-
tis par les Indiens. La musique était , comme je l'ai déjà
dit, un des moyens dont se servaient les pères de la
compagnie de Jésus pour captiver les indigènes; ils
^ On a va ailleurs que l'entrée des aldeas était interdite
aux portugais par les lois même du roi D. Pedro IL
r I
a84 SECOND VOYAGE
envoyaient également à Rio de Janeiro les enfaus qui
avaient le plus de goût pour cet art ; ils les faisaient
revenir lorsqu'ils étaient suffisamment instruits , et l'on
assure que l'on entendit toujours dans Téglise de l'ai-
dea des musiciens très habiles \ Il n'est pas vrai
qu'ici les récoltes fussent mises en commun, et ensuite
réparties par les jésuites, comme cela avait lieu au
Paraguay, il n'est pas vrai non plus que les Indiens fus«
sent obligés, comme à S. Pedro *, de travailler pour le
couvent un certain nombre de jours chaque semaine '•
^ Un voyageur qui a écrit sur les Indiens de i*Aniërique
du'nord a dit que si , a à renseignement des préceptes sala-
ce taires de Tévangile , les premiers missionnaii*es avaient réuni
a celui de la musique , ils seraient parvenus à adoucir la fê-
a rocité de leurs néophites. » On voit que les jésuites du
Brésil n'avaient pas négligé ce moyen. Ceux du Paraguay ne
lavaient pas négligé davantage. Gomme je le dirai dans ma
troisième Relation , la connaissance de la musique s'est per-
pétuée parmi les Indiens des anciennes réductions des bords
de l'Uruguay, et ils ont conservé l'usage de la harpe, ce La
a religion chrétiennCyaditavec raison M. de Chateaubriand y
a a réalisé dans les forêts de TAmérique méridionale ce que
a la fable raconte des Amphion et des Oi*phée. »
^ Voyez plus haut chap. I.
^ Southey a déjà montré que les jésuites n'avaient pas
adopté la même méthode de colonisation pour toute l'Amé-
rique {Historfjr ofBrasil , III, 870 }. Ils avaient modifié leur
système, suivant le caractère des diverses peuplades , les cir-
constances et les localités ; ils avaient été forcés de fiiire plu-
sieurs concessions à l'autorité jalouse des gouvememens es-
pagnol ou portugais , et n'avaient pu toujours lutter avec
succès contre la cupidité des planteuiv qui demandaient sans,
cesse que les Indiens fussent esclaves.
AU BRÉSIL. 285
Le père de fiiinille cultivait pour lui-même, et jouis-
sait libremeot du fruit de ses peines. Les jésuites
avaient des plantations ; quand venait le moment d y
travailler, tout Faldea était invité à s'y rendre, et lou-
vrage était bientôt achevé. Lorsqu'il manquait un
ornement à l'église, les pères excitaient les Indiens à
scier du bois; ils faisaient enlever les planches par une
petite frégate qui appartenait à leur ordre, et, au bout
de quelque temps, l'ornement désiré arrivait au villa-
ge. En général les disciples de Loyola traitaient les
Indiens avec douceur; ils instruisaient les enfans; ils
ne prenaient aucune rétribution pour les baptêmes, les
mariages, les euterremens; et tout le monde s'accorde
à dire qu'ils visitaient les malades, leur administraient
des remèdes,et leur prodiguaient les plus grands soins.
Des Portugais et des indigènes ont prétendu que
les jésuites conduisaient à coups de fouet les habitans
de l'aldea dos Reis Magos ,- comme l'on traite encore
aujourd'hui les nègres esclaves. Il parait certain que
quelque temps avant la suppression de la compagnie de
Jésus, on avait mis à la tête de la réduction un religieux
qui abusa beaucoup de son pouvoir; mais, à la fin dcsou
gouvernement, tout rentra dans l'ordre accoutumé.
Les Indiens de la côte ont perdu depuis de longues
années, les habitudes de la vie sauvage, et, lors même
qu'ils auraient le courage de rentrer dans les forêts,
ils y seraient pourchassés comme des bêtes fauves.
Ainsi que j'ai déjà eu l'occasion de le dire ' , le ca-
* Voy. ma première Relation , vol. I, p. 53. \
a86 SECOND VOYAGE
ractère de ces hommes disgraciés de la nature exigerait
qu'ils fussent conduits avec douceur, amour, fermeté,
par des tuteurs bîenveillans et sans intérêt^ qui eussent
sur eux une grande supériorité d^ raison et d'intelli-
gence. Ces tuteurs, il &ut le dire , pour rendre hom-
mage à la vérité 5 , ils les avaient trouvés dans les
jésuites. Cependant ils ne regrettent point le gouver-
nement de la compagnie de Jésus , parce qu'on a su
leur persuader qu'elle voulait détrôner le souverain du
Brésil , et se mettre à sa place, ce qui à leurs yeux est
le plus grand de tous les crimes. L'accusation dont il
s'agit a déjà été victorieusement repoussée par un
historien consciencieux, M. Robert Southey, qui ne
saurait être suspect , car, attaché à la foi protestante ,
il s'est toujours montré fortement opposé au catholi-
cisme. Mais l'éloignement que les Indiens ont conçu
pour les jésuites sur cette seule accusation , en démon-
trerait suffisamment toute la Êiusseté: qui en effet
aurait inspiré aux indigènes ce respect idolâtre qu'ils
ont pour leur roi , si ce n'est les jésuites ?
Après la destruction de cet ordre, le gouvernement
' J*ai déjà dit que j'avais été amené par la force de la vérité
à admettre cette opinion , et j'ai fait voir qu'elle était appuyée
par les autorités les moins suspectes. A celles que j'ai citées,
j'en puis ajouter une plus grave encore , celle de M. Routin
qui a retrouvé dans quelques réductions fondées au milieu
des colonies espagnoles , par les jésuites , les traces du bien
qu'ils y avaient opéré. Ce savant recommandable a montré qu'il
partageait entièrement mes idées sur les services que la com-
pagnie de Jésus rendirent aux Indiens (Voyez Le Temps du
a8 novembre i83s ).
AU BRÉSIL. 287
portugais laissa à la communauté des Indiens de Villa
Nova, un territoire qui fut déclaré inaliénable ets'étend
depuis le lieu appelé Cabota^ du côté du midi, jus-
qu'à Comboio du côté du nord. On donne des sesma*
fias sur les terres des Indiens aux Portugais qui
veulent s*j établir; mais ceux*ci sont obligés de payer
annuellement a iestôes pour lOo braças au sénat
municipal de la ville, et ils ne peuvent vendre que
leurs récoltes et les constructions qu'ils ont élevées
sur le terrain dont ils sont censitaires. Les privilèges
des Indiens de Villa Nova sont donc semblables à
ceux qui originairement avaient été accordés aux ha-
bitans de S. Pedro et de Benevente ; mais ici on a
eu peu d'occasion de violer les droits des indigènes ,
parce que le pays ne présente, pour ainsi dire, aucun
appas à la cupidité, qu'il est peu fertile, isolé, voisin
des Botocudos , que les fourmis y exercent ^es ravages
continuels , et qu'enfin le Rio dos Reis Magos offre
pour les transports de très faibles ressources.
Malgré les avantages dont jouissent encore les In-
diens de Villa Nova, leur ville est dans l'état le plus
affligeant de décadence. Le couvent tombe en ruine ,
presque toutes les maisons auraient besoin d'être répa-
rées et plusieurs sont désertes. Connaissant l'incons-
tance et la paresse des Indiens, les jésuites les avaient
soumis à une règle austère; pour qu'ils fussent véri«
tablement heureux , ils voulaient qu'ils travaillassent
* Je ne saurais garantir la parfiiite exactitude de ce nom.
Peut-être faudrait -il Capaba,
a88 SECOND VOYAGE
et ne laissaient point Toisiveté sans punition. Depuis
que la compagnie de Jésus a été détruite ^ les habitans
de l'aldea, débarrassés d'une utile surveillance, se
sont abandonnés à leur caractère naturel ; ils n*ont
plus travaillé avec la même régularité, et plusieurs
d'entre eux, étant tombés dans Tindigence, ont été
chercher ailleurs les moyens de subsister.
L'émigration des Indiens, leur extrême pauvreté
et Téloignement où ils se trouvent de Villa Nova ont
encore une autrç cause. La main de fer des gouverneurs
delà province d'Espirito Santo s'est appesantie sur ces
infortunés. Tous les mois on tire de chez eux (i 8i 8) un
certain nombre d'Indiens mariés ou non mariés pour
les faire travailler au chemin de Minas, à l'hdpital de
Villa da Victoria , à la nouvelle ville de Vianna ou
saint Agostinho , etc. ; on les nourrit mal ; pendant
long«temps on ne leur a donné aucun salaire , et, à
l'époque démon voyage, c'était seulement depuis deux
mois que l'on avait commencé à ajouter à leur nourritui*e
une rétribution de deux vintens ou cinq sous par jour '.
On envoie garottés à Villada Victoria ceux qui veulent se
soustraireà cette tyrannie, et plusieurs ont succombé au
milieu des rudes travaux auxquels on les avait con-
damnés. Outre leurs maisons de la ville, les Indiens
de Villa Nova en ont presque tous une autre sur les
terres qu'ils cultivent; c'est là que se sont retirés les
femmes et les enfans privés de leurs maris et de leurs
' On a vu que les Indins de Benevenie éuient traités à peu
près de la nièuie manièi'c.
AU BRÉSIL. 289
pères j et Faocien aldea a été abandonné. Il est même '
des familles qui se sont enfoncées dans de profondes
solitudes y et d^autres qui ont fui loin de la province.
Du temps des jésuites , on comptait 3^700 Indiens à
Villa Nova etauzalentpurs^ tandis qu'aujourd^hui le
territoire de cette ville renferme tout au plus i^aco
habitans, dans une circonférence de 9 legoas^.
Ceux des indigènes qui sont restés dans le pays
pècbent et cultivent la terre ; mais en général ils ne
plantent qu'autant qu'il est strictement nécessaire
pour faire subsister leur famille. Parmi les Indiens de
Villa Nova qui i*ecueillent plus de denrées qu'il n'en
faut pour leur consommation , les uns vendent l'excé*
s
dent aux Portugais établis chez eux ou à des mar-
chands du dehors; les autres s'embarquent dans des
pirogues avec leurs haricots , leur coton ou leur fari-
ne , et vont s'en défaire à Villa da Victoria , en suivant
toujours la côte qu'ils connaissent parfaitement.
Les Indiens du littoral sont généralement excellens
pour la mer. L'imprévoyance qui les distingue leur
ferme les yeux sur les dangers ; les longs intervalles
' Gomme mes manuscrits signalent une réduction considé-
rable , sans dëaigoer aucun chiffre ; j'ai emprunté celui que
je note ici à M. le prince de Neuwied. A la vërité Pizarro
assure que la population de la paroisse de Villa Nova d'Almeida
s'élève de 4 à5,aoo individus ; mais il ne dit pas dans quelles
limites^ et il est assez vraisemblable que ce nombre comprend
la population de la nouvelle paroisse de Santa Cruz .de
Linhares ou au moins celle de tout le territoire qui s'étend
jusqu'au Rio Doce.
TOME II. jg
\
ago SECONJ) VOYAGE
de repos que laisse la navigation conviennent à leur
indolence, et la force dont ils sont doues leur rend
faciles les travaux du marin. Dès les temps les plus
anciens, le voisinage de l'Océan les avait rendus pê-
cheurs, et c'est encore là un des métiers qui convien*
nent le mieux à leur caractère. Toujours dans le
présent, n'ayant pas la patience d'attendre , voulant
cueillir le soir les fruits des travaux de la journée ; ils
doivent naturellement préférer la pêche aux soins de
l'agriculture. Par la même raison , il n'est aucune oc-
cupation qu'ils aiment autaot que celle de scier des
planches. Ils voyent promptement les résultats de ce
métier ^purement mécanique, et, pendant qu'ils re-
muent les bras d'une manière uniforme, leur esprit se
livre à ce vague qui est propre à leur race , et fait le
charme de leur existence '.
^ Os Indios dô Brazil , dit Jozé Joaquim da Gunha de Aze-
redo Coutinho , sao excelentes &lquejadore8 e serradorës de
madeiras Eles sac muito abeis principalemeote para tudo
o que ë de imitaçao ou de manu&tura ; e ainda mesmo para
tudo o que pede forsa et agilidade : para a agricultura porem,
ou para o trabalho continue de rasgar a terra , parecem ter
os Indios unia repugnancia invencivel./... Eles nao tem a pa-
ciencia de esperar, querèm logo do trabalho do dia oolher o
fruto â noite et por iso a pescaria e a mariliha sera para eles
uma manuÊitura îmensa ( Ens. Econ» , 38 ). Tout dans ce
passage est parfaitement vrai. Les Indiens y sont peints teb
qu'ils sont avec leur amour pour la pêche et le méfier de scieur
de long , leur répugnance pour l'agriculture et cet impatience
d'enfant qui ne leur permet pas d attendre les résultats d'un
long travail. On croira sans doute qu'après avoir tracé œ Xhr
AU BRÉSIL. . agi
Il ne fiial pas croira pourtant que les Indiens dé
Villa Nova, S. l^edro dos Indios, fieneveate ete. soient
sans industrie et sans intelligence ; ik conçoivent amec
plus de facilite que les Portugais-Brésiliens de cette
même partie de l'Amérique , que ceux du moins des
contrées qui s'étendent depuis Rio de Janeiro jusqu'au
Parahyba; ils laissent Toir moins de tristesse, et met-
tent plus de vivacité dans leurs réparties. Cependant
ces qualités ne leur servent jamais pour l'avenir ; ils
appartiennent tout entiers au présent; ce qu'ils vien*
nent de gagner, ils le dépensent à l'instant même, ils
boivent , font l'amour , et , lorsqu'ils n'ont plus rien ,
ils soutirent la faim sans proférer une plainte. Ils se
montrent aussi remplis de patience, aussi doux qu'in-
soucians,et peut-être même les deux premières de œs
qualités ne sont-elles chez eux , que le résultat de la
dernière. En parlant des rudes travaux auxquels les con-
bleau y l'auteur a reconnu comme moi que les Indiens étaient
incapables d'arriver à oe haut degi^ de civilisation dofit est
susceptible la race caucasique. Point du tout : il prétond en
faire des hommes semblables à nous , et c'est par le mojrei^ de
la pèche qu'il espère y réussir. En voyant nos filets ^ dit-il ,
les indigènes voudront en avoir de semblables ; pour faire la
répartition d'une pêche abondante , ils deviendront arithmé-
ticiens ; leur commerce de pécheur prenant de Textensièn les
obligera d'apprendre à lire et à écrire ; du milieu de ces
hommes civilisés par la pèche, sortiront naturellement des ma-
telots et des pilotes habiles, puis des ouvriers pour la marine,
puis des négocians, en un mot, des citoyens utiles Les
pauvites Indiens ont vu nos filets ; ils les ont mités , et sont
restés Indiens.
aga SECOND VOYAGE
damoait le gouverneur de la province, les Indiens de
Villa Nova ne laissaient échapper aucun murmure; le
service du roi l'exige, ces paroles ils les prononçaient de
la même manière qu'un fataliste aurait pu dire, tel est
l'arrêt de la destinée^ Le manque de bonne foi est ua
des défauts qu'on leur reproche avec le plus de justi-
ce; mais ce défaut est certainement chez eux bien
moins inexcusable que chez les hommes de noire race;
comment ne resteraient-ils pas étrangers à l'honneur,
humiliés comme ils le sont sans cesse par les desoea-
dans des Européens ? Peut-être même lorsqu'ils don-
nent leur parole, ont-ils l'intention de la tenir; mais
ils sont trop inconstans^ ils ont des idées de l'avenir
trop confuses pour pouvoir être fidèles aux engage-
mens qu'ils prennent^ Ce sont des enfans qui ne savent
ni mesurer leurs forces, ni calculer les obstacles quUls
doivent rencontrer^
Le vieil Indien de Villa Nova dont j'ai déjà parlé, et
avec lequel je m'entretins long-temps, ne voulait point
accepter pour sa nation le nom de Tupis, et considé-
rait ce mot comme un sobriquet injurieux ima^né
par les Tapuyas ou Tapuyos. Suivant cfe vieillard , sa
nation avait auti*efois porté le nom de il/opa; c'était
même, ajoutait-il, celui que se donnaient encore en-
tre eux, du temps des jésuites, les Indiens de Reis
Magos \
^ Je serain presque tenté de croire que maeu était moins un
nom de nation qu'une sorte de terme de politesse , comme
monsieur et madame ; car je trouve dans le Diccwnario Par-
tugez e BrasiUano le mot cunham moçû pour désigner une jeune
AU BRÉSIL. ftg3
Les habitans de Villa Nova, de l'Aldea Yelba
et dePiriquiassUy vHlages que je ierài connaître plus
tard parlent absolumeat la même. langue^ celle quf
les jésuites appellaient Imgoa gérai etdoni ils avaient
fait le dictionnaire et la grammaire. Je lus à mon vieil
Indien des mots qui m'avaient été dictés à S. Pedro
dos Indios; pour la plupart j ils se trouvèrent les allâ-
mes que ceux dont on se sert à 'V^iilaNova, cependanjt
quelques-uns, et pniooipalemeot les verbes, offrit
des différences sans doute introduites par le temiis et
le défaut de communications. Le tablew suivant mon-
trera non-seulement ces différences, /mais encore .^^el-
ques-unes de celles qui • existent* entre les dial^tes
actuels de S. Pedro ainsi que de Villa Nova d'Âlmeifjft
et la lingoa gérai j tel que les jésuites décrivirent dâi|s
leur dictionnaire, ouvrage composé probablendent
dans le seizième siècle*.
Français.
Dictionnaire
des jésuites.
Dialecte
de S. Pedro.
Dialecte
d'Almeida.
Tête.
Cheveux.
Acànga.
A'ba.
Nhacai^a.
Java.
Ava.
Œil.
Nez.
Ceça.
Tîm.
Ceca.
f
Itchi., .
»
Bouche.
Juru.
Juru.,
Oreille.
Cou.
Namhy.
Ajuru.
Nambv.
Jajiura.
fille et corumCmoçu pour indiquer un jeurie ' homme. Il serait
même possible que le mot moçû fut tthe aHération du portu-
gais moço ( jeune homme ). • • '
394
SECOND
VOYAGE
FraBfiais.
Dictionnaire
Dialecte
Dîalflote
9
des jésuites.
de S. Pedro.
d'Afaneida^
Bras.
Jyba.
Java.
Mains.
Po.
Ipo
I>6igts.
Po.
Ipoha. »
'
Otigles.
Pô apem.
l'pohape
-
Pied.
py-
Iporongava.
Jambe.
Cetyma.
Cetuma.
Dieu.
Tupanâ.
Tupan.
1
Caraibebe.
Caraivieve.
Jour.
Ara.
Ara.
An^.
JjntiG*
Jacy.
Jacy.
«tdile.
Jacylata:
Jacytata.
Ciel.
Ybake.
Yuvaca.
Pluie.
Amana.
Amana.
Edafr.
Beraba.
Overapa. >
Riu.
n-
Tg.
Y'g.
Feu.
Tata.
Tata.
Vent,
Ybytû.
Yuytû.
Evutû.
Mer.
Paranâ.
Paranâ.
Viande.
Çoô.
Çoô.
ÇOQ,
•
Poisson.
Pyrâ.
Pyrâ.
Oiseau.
Guirà.
Vuirâ.
rhique.
Tumbyra.
Tunga.
^
Pécari.
Tayaçu.
Tayaçu.
Cheval.
Cabarû.
Cavarû.
Fusil.
Moçaba.
Moçava.
Pierre.
Ita.
Ita.
Sable.
Ybiciii.
Vocuî.
Arbre.
Ymyrâ.
Vnyrâ.
AU BRESIL.
295
Fraoça».
Dictionnaire
Dialecte
Dialecte*
desjiisttiifls.
de S. Pedro.
d'Almeida.
Nuit.
Pituna.
Putuna.
Père.
Paya tuba.
Echeruva
(mon père).
Mère.
Maya.
Ghemanha
(inamère).
V
Homme.
Apyaba.
Apuava.
Femme.
Gunha.
Gunha.
Enfant.
Mytanga.
Pytanga.
Maison.
Oca.
Joca.
Grand.
Turuçu,
Tubichava.
f
Petit.
Merîm.
Merim. ,
Lo«g.
Peeû,
Ipocutete.
Ipocutete.
Large.
Tepopyr.
Ipoaçute.
Ipoaçutete.
Menu.
Ipoite.
Ipoitete.
Mâle. .
Apyaba.
Apuava,
Femelle.
Cunha.
Gunha.
•
Noir.
Pixana^ Ukia. Sun.
Suna.
Blrac.
Morotinga.
Morotchin.
Imorotinga.
Rouge.
Pyranga.
Pyran.
Dormir.
Ker.
Tcotchake.
Takerne.
Mourir.
Mano.
Omanon.
TonU>er.
Oar.
Iriate.
Aare.
Je t'aime.
•
Gheruputa.
Oropobane.
Je bois.
Ghacauma.
Acauma.
Un.
Oyepe (le P
Figueira).
. Oyepenho.
Ayepe.
Deux.
Mocoi*
Mocoi.
Trois.
Moçapyr.
Moçapu.
agô SECOND VOYAGE
Français. Dictionnaire Dialecte Dialeet8
«
des jouîtes, de S. Pedro. d'Aimeida.
Eglise. Tupanoca. Tuparoca.
Monsieur. Jara* ' Andi^ra.
Manger. Itambaiu. Beiu '.
^ Les différences qu'indique ce tableau ne sont peut-être
pas dans la réalité aussi grandes qu'elles le paraissent. En
effet : i° Il est des sons mixtes qui peuvent être à peu près éga-
lement rendus par deux lettres, telles, par exemple, que le
betlev. %"* 11 m'est à peu pi-ès démontré qu'il s'est introduit
des fautes dans le dictionnaire des jésuites imprimé à une
époque fort éloignée de celle où il fut composé, et dans uq
pajs où personne ne savait la langue des Indiens ( Lisbonne ,
1795 ). 3« Ce dictionnaire très abrégé renferme fort peu de
synonymes *, et des mots qui ne s'y trouvent pas n'en étaient
pas moins i^egardés comme corrects du temps des jésuites;
par exemple , pour grand on n'a fait entrer que turuçu dans
le dictionnaire , et pour chique que tumbyra; mais tabichaba
eitunga,en usage aujourd'hui à S. Pedro' dos Indios^ se
retrouvent dans la grammaire indienne du P. Luiz Figaeira
( Arte da granmticada iàigoa do Brajiii ), dont il j a eu quatre
éditions. 4** Il est vraisemblable qu'une étude très approfondie
de la lingoa gérai et de ses divers dialectes actuels, étude au*
jourd'hui presque impossible , ferait disparaître ou explique-
rait quelques autres différences; ainsi, quand j'ai demandé
aux Indiens de S. Pedro cbmment se dimt père et mér^ , ils
m'ont répondu echeruva et chemanha , qui semblent différer
beaucoup de tuba et maya; mais dans les premiers de cesmola
se trouve évidemment compris le pronom possessif cA^/ pour
saluer, dans les missions de IVruguay et au Paraguay , un
Indien d'un certain âge , on lui donne le nom de cheru mon
père , et le P. Luiz Figueira dit expressément qu'on traduit
père par tuba et mon père ou j'ai un .père par cheruh , parœ
AU BRÉSIL. a97
A mon arrivée à Villa Nova, j'allai voir le capitâo
m6r indien pour le prier de m'indiquer une maison
où je pusse passer la nuit. Teus le tort de ne pas
songer à lui montrer m^portana^ et j'appris plus tard
qu'il avait été ehoqué de cet oubli. Il m'accueillit mal;
cependant il me donna la clé d'une petite maison des-
tinée à recevoir les soldats qui viennent du Rio Dooe
ou ceux qui s'j rendent. Dans l'après-diner^il eût avec
mon muletier une dispute assez vive; mais le ouré que
f avais été voir et qui était un homme excellent , ar-
rangea cette petite ai&ire. {je lendemain je réparai
ma fiiute en retournant chez le capitâo mâr; cette fois
j'eus soin de lui montrer mon passe-port, et il me fît
beaucoup de politesses. Cet homme n'avait point le
teint bistré comme la plupart des autres Indiens ; il
l'avait seulement un peu jaune , sans doute parce qu'il
sortait peu de chez lui ; ce qui tendrait à confirmer
l'opinion que MM. d'Eschwege , d'Olfers et moi nous
avons émise sur la couleur des Indiens du' Brésil '.
Le titre de capitâo môr indique ordinairement un
homme riche et important ; celui de Villa Nova n'était
que , dsDs la composition , le f se change en r. Si j'avais joint
au tableau que je publie ici le dialecte guarani , on aurait vu
combien il diffère peu de ceux de la côte , quoique parlé à
une distance énorme des provinces de Rio de Janeiro et Es-
pirito Santo. Comme dans les vocabulaires que j'ai déjà pu-
bliés , je me suis conformé ici à l'orthographe portugaise qui,
bien mieux que la nôtre , s'accorde avec la prononciation.
C'est d'ailleurs celle qu'ont suivie les jésuites.
^ Voj. ma première Relation, vol. I, p. 4^4 «t ce que j'ai
dit plus haut, vol. I, p. 363.
A98 SECOND VOYAGE
ni Tua ni l'autre. Sa maison se distingiiait de celle de
0e$ administrés uniquement parce ^*elle était Uanehîe
en dedans et en dehors. Une chaise , deux tables et
autant de coffres formaient tout l'ameublement de la
pièce principale , celle où Je fiis reçu» Je trouvai cbeE
le capUSo môr un vieux Portugais qui le traitait avec
une sorte de supériorité respectu^euse, oomme legou-
v^neur d'un prince a coutume de traiter son élève;
ces d^uK personnagas réunirent leurs lumièpes pour
lire wkfoHaria qui était parfiûtement peinte, et je
•(»$ sottvtot obligé dTdltr à leur secours.
AU BRÉSIL. 999
^W%^W%%»»^% X <»^*<WMWIIW^»*'»>W»^>*^<^»»*^^W^<*'<<»*<*<^^^^<%Vl%^<t^'
CHAPITRE XIL
I.S PATS SITUi SIVTRE Ul YIIXB d'âLMEIDA BT LE
RIO DOGE.
Chemin qui condoit 4*Almei(ia «a hameau SAldea Velha» — Dm-
criptton de ce hameaa* — I^ Ko da Aldea Veiha. G ommerce ;
iatafiba o« boit yanne ; chaas. Porta militaire. CmpUBo dm Butrm^
M. Maxobl FaAifCf 800 da Silya Guihabaéhs. — Plage qae Foii
parcoart aa-delli d* Aldea Veiha. ^ Dësagrémens qaVproave rauteor
de la part des geas qui le aenrent. — Poste militaire conna sous le
nom de QuaHeldà Bm€ho. — Riv&èn opptlëe MUàfho, — Guitares
— La plage qui sVteiid depuis le Riacho jusqn*aa Rio Doce.— L*ao-
teur arrive à Temboachare de ce fleoTC. — Quartel âa Hegencia,
De^inalion de ce potle.
En quittant Villa Nova, je traversai le Rio dos
Reis Mages sur une pirogue que le capitao môr avait *
mise en réquisition , et qui appartenait à des Indiens.
Comme cette contrée n'entretient par terre que très
peu de eommunieatiofis ftvec le nord du Brésil , le pas-
sage de la rivière n'a point été affermé par le Bac.
Le chemin de Villa Nova à' V Aldea Vdha , tra-
verse presque toujours les bois dont la mer est bordée.
Partout le pays que l'on parcourt est égal ; mais , un
peu vers l'occident ^ on aperçoit des mouvemens de .
terrain. Quoique la saison fut très avancée (16 octo-
3oo SECOND VOYAGE
•
bre)', il faisait encore unesécheresse extrême, et je ne
trouvai pendant toute la journée , aucune plante en
fleur : cette année-là les colons se plaignaient avec
amertume du manque de pluie qui retardait toutes
leurs plantations» Je passai successivement devant un
assez grand nombre de chaumièves habitées par des
Indiens, et, après avoir fût 3 lieues, je m'arrêtai à
Aldea Yelha.
Ce hameau se compose de quelques chaumières bâ-
ties pour la plupart à l'embouchure du Rio da Aldea
Pelha et sur sa rive méridionale. Il fait partie de la
paroisse de Villa Nova ou Almeida « et est peuplé par
des indigènes civilisés qui vivent de la pêche et du pro-
duit de quelques terres eu culture.
Le Rio da AMea Yelha est formé de la réunion> de
deux rivières; l'une. moins considérable qui vient du
sud-ouest, et porte le nom de Pùiquimerinij l'autre
qui Vient du nord-ouest et qu'on appelle Piriquiassu^.
A son embouchure, le Rio d'Aldea Yelha peut avoir
^ n ne faut pas oublier que dans cette centrée la saison
des pluies commence vers le mois d'octobre.
* Piri jonc et qui ici , en guarani ; peiy ike, dans ia Unfffa
gérai /avec l'augmentatif A^^ti où le diminutif merim. — Le
savant prince de Neuwied a écrit fyra kâassû / mais , comme
il n'a &it que passer rapidement à l'embouchure de l' Aldea
Yelha , il n'est pas étonnant que ce nom ne lui ait pas été
parfaitement indiqué. Dans tous les cas, il me semble que
pyrakâassû ne voudrait pas dire grand poisson , mais plutôt le
grand bois aux poissons , /[fra poisson , cad bois, avec l'au-
gmentatif.
lAU BRÉSIL. 3oi
la même largeur que laSeine auPont-Neuf , et, comme
sa profondeur n'est pas à cet endroit de moins de 8 à
i4 palmes, suivant les marëes, il donne passage à
des embarcations assez considérables.
De temps en temps, il vient ici des barques de &
Matheus , de Villa da Victoria, de Campos, qu^ue*
fois même de Bahia et de Bio de Janeiro , et elles
prennent , mais en petite quantité , de la farine , du
mais et des planches. D'Âldea Velha on exporte encore
pour Rio de Janeiro du bois jaune, celui du tatajiba * ,
le Broussonetia iinctoria des naturalii^es; avant l'ar-
rivée de Jean VI au Brésil, l'exploitation de ce bois de
teinture était ici entièrement négligée, mais, à l'époque
de mon voyage, on en était venu à arracher les ra-
cines, après avoir abattu tous les arbres. Du Bio da
Aldea Velha sort aussi un article de commerce impor-
tant, la chaux faite avec des coquilles que l'on tire
des carrières voisines du village de Piriquiassû situé
sur le bord de la rivière du même nom à trois lieues
du hameau d'Aldea Velha. Cette chaux vaut ici 4^000
reis (26 f.) le moio de 5o alqimres (10 hectolitres) et
on la revend 8,000 reis à Villa da Victoria , et un
double (80 f.) ou même un double et demi (120 f.) à
Campos. Quant aux autres articles , ils sont achetés
des Indiens par 3 ou 4 marchands portugais établis
dans le pays et par desnégociansquiviennentdudehors
avec des embarcations. Lors de mon voyage , les hari-
cots valaient à Villa Nova et probablement dans tout le
^ Par corruption pour tataiba ou taiati ( Ind. ).
3oii SECOND VOYAGE
eanton 5 paiacas (lo f.), Valqaàre (Valq. de Bio de
J. 4o Utres); le coton 3 pat. rarrobe;la farine a testées
(i f. a5) la quarte (la quarte de Rio de J. lo litres);
les planches de ao à a5 palmes de longueur sur une
de large \ pat. (i f.), lorsqu'elles étaient d'un bois
ordioaire » et i |^ pat. quand elles étaient d'un bois
propre à la menuiserie.
On a établi à Aldea Yelha un poste militaire , com-
posé de quatre Indiens que l'on change tous les huit
jours. Il y a en outre ^ dans le hameau, un capitaine
de milice portugais y qui , sans être attaché à aucune
compagnie en particulier , est chargé de veiller au
maintien de l'ordre y et de délivrer aux patrons des
barques les papiers exigés d'eux. Ce capitaine , qu'on
nomme capitào da barra (capitaine de l'embouchure) ,
n'a d'ordres à recevoir de personne, si ce n'est du
gouverneur.
Le capitào da barra, Manosl Fravcisco da Silva
GuiXABASNSy habitait, à l'embouchure du Rio da Aldea
Velha, une maison couverte en tuiles, et m'y reçut
avec beaucoup d'hospitahté. Cet homme était venu de
Porto au Brésil , sans aucune fortune ; à force de tra-
vail et d'activité, il s'était amassé quelque argent en
faisant le commerce, et il avait l'ame assez élevée pour
ne faire aucun mystère de son origine.
Après avoir quitté Aldea Yelha , je passai la rivière
sur une pirogue que me fournit le capitaine Manoel
Francisco , et qui était conduite par des Indiens. Far-
venu sur la rive septentrionale du Rio da Aldea Yelha ,
je continuai ma route, en traversant un bois; puis
AU BRÉSIL. 3o3
t
j'arrivai sur une plage assez abondante ei^ Fucus \ et
je b suivis constamment jusqu'au Quarte! do BiacluK
La végétation qui. borde immédiatement cette plage
ne diffère point de celle que j'avais observée en beau-
coup d'autres endroits du littoral, et présente géoé*
ralement un fourré assez égal de feijôes da praia
{Sophora lùtoralis Neuw. Sdirad.), d'aroeùns {Schi*
nus theribinûfolius Radd.) et de BromeliéeS. Ce jour-*
là , je ne rencontrai aucun voyageur , et ne vis aucune
habitation.
Les plus grands désagrémens que j'aie essuyés pen-
dant mes voyages , c'est aux gens qui me servaient que
je dois les attribuer. Dieu sait tout ce qu'il me fallut
souffrir de l'humeur du pauvre Prégent , depuis le
moment oii il commença à perdre la santé jusqu'à
celui de sa mort. Pendant fort long-temps , j'avais eu
beaucoup à me louer du muletier Manoel da Costa;
mais I entre le hameau d' Aldea Velha et le Quartel do
Biacho y il me déclara qu'ayant eu une petite dispute
avec mon domestique , il me quitterait au Rio Doce.
Je crois qu'il eût été fort embarrassé^ si je l'avais pris
au mot; mais je ne vis que l'embarras où je serais
moi-même, si cet homme me laissait, avec mes collec«
tions et mon bagage , dans Un pays désert , où per*
son ne ne connaît le service des mules. Je m'efforçai donc
de calmer Manoel da Costa , et je parvins à y réussir.
Je 6s halte à un poste militaire (Ç^^rfe/* do BÙMcho)
' Toy. la note RR à la fin du volume.
* Le mot portugais quartel signifie une caserne ou le bâ-
timent qui sert d'habitation à un poste militaire.
3o4 SECOND VOYAGE
que l'on a placé à Tembouchure de la rivière appelée
Riacho y et qui est destiné à protéger contre les Boto-
cudos les voyageurs et quelques Indiens civilisés , éta-
blis dans ce canton. Le poste se compose de quatre
pédestres et d'un commandant qui, quoique noincné
par le gouverneur de la province , n'est lui-même
qu'un %vax^^ pedeshe dont la solde n'est pas plus forte
que celle des autres. Ce détachement occupe une
grande chaumière isolée, oii l'on reçoit les voyageurs
et où je passai la nuit.
En remontant le Riacho, on trouve, à une demi-
lieue de son embouchure, de vastes pâturages et un
hameau habité par des indigènes civilisés qui cultivent
la terre et élèvent du bétail. Auprès du hameau dont
je viens de parler , et qu'on appelle Campos do Rùi'
cho ( les pâturages du ruisseau ) , la rivière du même
nom prend celui de Rio da Lagoa (la rivière du lac) ;
si on la remonte davantage encore, on arrive bientôt
à un poste militaire, uniquement composé dlndiens,
et là commence un chemin qui mène au village de
linhares, situé sur le bord du Rio Doce. J'aurais pu
suivre cette route; mais comme les Botocudos s'y
montraient de temps en temps , et la rendaient dange«
reuse, j'aimai mieux continuer à côtoyer la mer.
Pendant que j'étais au poste de Riacho, je vis une
pirogue arriver de l'Océan à l'embouchure de la ri-
vière* Elle était conduite par des Indiens qui s'étaient
hardiment embarqués à Villa da Victoria , et qui sur-
le-champ se mirent à remonter la rivière^ pour se
rendre à Campos do Riacho.
AU BRÉSIL. 3o5
Dans ce canton , les Indiens civilises font des gui*
lares pour leur usage avec le bois du genipayer et un '
autre bois blanc et extrêmement léger , dont le nom
est tajibibuia^. Je vis un de ces instrumens, et je fus
étonné du soin avec lequel il avait été travaillé.
Ce fut le jour où je couchai au Quartel do Riacho,
que la pluie commença à tomber. Le vent était au sud,
chose extraordinaire dans cette saison , et il faisait un
froid extrêmement vif.
, £n quittant , le lendemain , le Quartel do Riacho ,
je passai la rivière dans une pirogue que me fournit le
commandant du poste. Ce jour-^là ^ je fus obligé de
faire deux fois plus de chemn qu'à l'ordinaire , parce
que, depuis le Riacho jusqu'à l'embouchure du Rio
Doce, où j'arrivai le soir, on ne troure ni eau douce ni
maisons. On suit constamment une plage sablonneuse,
bordée de forêts, et où croissent mêlés ensemble, mais
par groupes , des guriris .{ j^liagopiera pumUa Neuw.
Schrad.), des Bromeliées et divers arbrisseaux, entre
autres une.Rubiacéfe oàov9SkX% \Gardenia Bichardd
Var. 3 rugpsissima N * ) , et surtout le Chisia rosea
JFL Bras. mer. — Lin. ? dont les larges feuilles sont
rouges .dans le fond et.Jblanches sur les bords.: iLà se
trouvent encore en abondance le Renàrea markima
Aujb»% Cyperaoée à feuilles raides et piquantes ,
, ' Selon Marcgraff ( Hisi. ruU. Braz., d99 \ taj&i était le
nom de la sarigue chez lesPetiguares ouPitiguares , peuplade
de la sous-race tupi. Je ne devine pas ce que veut dire buia.
* Voy. la note SS à la fin du volume.
5 Voy. la note TT ibid.
TOME ir. aïo
3o6 SECOND VOYAGE
et une Cowpoiée [Femonia rufa-grisea N. ' ), qiii a
le port et la teinte grisâtre de nos saules nains de
hautes montagnes. Mais , quoique cette plage ofire
quelques plantes curieuses , il n'en est pas moins vrai
qu'elle est d'une monotonie fatigame. Le manque
d'eau en éloigne entièrement les oiseaux et les insectes,
et^pous y aperçûmes seulement les traces dequelque^
qi^rupèdes, celles d'un tatou , d'un fourmillier et
d'un chevreuil. Un temps sombre , le vent froid et
violent du midi , l'agitation des eaux de la mer ajou*
taieiit encore à la tristesse naturelle à ce pays désert.
Pendant toute la journée , le soleil resta caché par des
nuages, et je ne souffris point des nerfs, ce qui m'é*
tait rarement arrivé depuis le commencement de ce
yi^yage; oependanl une mélancolie proibnde finît par
me gagner; je pensais à uni famille, dont je n'avais
pias reçu de nouvelles depuis long-temps, et de noirs
piressentimens vinrent m'obséder.
• La vue du Quartel da JRegenda (caserne de la ré*
gence), qui fut le terme de cette longue marche, n^é*
tait pas faite pour m'égayer. C*est une grande ohau-
OMfère isolée, qjiii a été bâtie au milieu des sables , un
peu en deçà de l'embouchure du Rio Doce, et qui
regardé la mer. On y entend sans cesse le mugissement
des flots ; du coté de l'ouest , la vue est bornée par
d'immenses forêts , et au nord , on aperçoit , entre des
broussailles, le fleuve dont la rive septentrionale est
aussi couverte de bois.
* Yoy. la note UU à la fin du volume.
AU BRÉSIL. 3o7
La caserne de Regencia a été construite pour un
détacbeinent de pédestres ' , destiné à protéger Pem-
bouchure du fleuve. Ce détachement se compose de
cinq hiNpoiBies , y compris le commandant qui n'est ici,
comme au Riacho, qu'un sî»ple soldat. L'admiais*
tration entretient près du poste de Regencia plusieurs
pirogues dont se servent les pédestres pour porter les
ordres du gouverneur de la province ou de ses délé-
gués. C'est aussi sur ces pirogues que l'on passe le
fleuve y quand on se rend par terre d'Espirito Santo à
la province de Bahia. On paie alors i6o reis (i franc)
par personne, et autant pour les chevaux; et les sol-
dats du poste, faisant l'office de rameurs, partagent
entre eux le produit du péage. Les personnes qui
veulent aller à Linhares , sont obligées d'attendre
qu'il vienne des pirogues de ce village , ou que l'on y
envoie i\\xû^fxe& pédestres. Quant aux voyageurs mu-
nis de recommandations ou d'ordres du gouverne-
ment, on leur fournit, pour remonter le fleuve, des
soldats et des pirogues.
Les postes très rapprochés que l'on trouve entre
Yilla lïovà et le Rio Doce, font partie de la première
dwision miUtaire d'Espirito Santo, commandée par un
sousF-lieutenant dont la résidence est à Linhares. L'é-
tablissement de ces postes date du gouvernement
d'Antonio Pires da Silva Pontes Leme * , et n'est par
conséquent pas fort ancienne. Avant cette époque.
' J'ai fait connaître cette milice p. 186 de ce volume.
* Yoy. plus haut p. 176.
V
3o» SECOND VOYAGE
toute communication par terre entre Villa Nova et
l'embouchure du Rio Doce, ou^ si Ton veut, les pro*
vinces de Porto Seguro^ et de Bahia, devait être im*
possible. Ainsi ^ il &ut reconnaître que Fadministra'*
tion de Pontes Leme, généralement si tyrannique y fut
sous quelques rapports utile à cette contrée.
*■ La province de Porto Seguro touche à celle d'Espîrito
Santo.
AU BRÉSIL. 3o9
I
I
CHAPITRE XIII.
LE RIO DOCE. — UL NOUVELLE COLONIE DE LINHARES.
LE LAC JUPARAWÀlf.
Le Rio Doce ; sod embouchure ; son cours ; ses rapides ; sa source.
— Histoire de la navigation du Rio doce. — Obstacles qui s' opposent
à cette navigation. Insalubrité du fleuve. — L'auteur s'en^barquc sur
le Rio Doce. — Description de la partie de ce fleuve voisine do
Vemboncbure. ^ Le colon AlVTONio Ma&tins. Forêts voisine de sa
demeure. Insectes. — Description de la pSirtiç du fleuve comprise
entre la demeure d*Anionio Martios et le village de Linliares.— Com-
bien- il serait avantageux de former des établissemens sur les bord*
du Rio Doce. — Village de Linhares» Sa situation. Son «église.
Forces militaires. Culture et commerce. Histoire de Linliares; celle
de JoÂO FiLiPPE Calmon et ses malheurs. — Rivière qui commu-
nique du Rio Doce au lac Juparandn, — Description de ce lac.— Le
lieutenant-colonel GuiDO THOMAS MariièeB et la civilisation des
Bulocudos du Rio Doce.
M. le prince de Neuwied estime qu'un peu avant
de se réunir à la mer, le Rio Doce a , pendant la
saison des pluies^ une largeur double decelledu Rhin
dans les endroits où celui-ci s'étend le plus. Un banc
de sable se prolonge obliquement devant l'embou-
chure du Rio Doce. Le canal par lequel les eaux de ce
dernier fleuve se rendent à l'Océan change souvent de
3io SECOND VOYAGE
place ; mais il ne se forme que dans la partie méridio-
nale du banc de sable ; il a deux brasses de largeur envi-
ron^ jamais plus de cinq à 6 pieds de profondeur même
dans les hautes marées ou pendant la saison des pluies,
et par conséquent il ne saurait donner entréç qu*à de
petites embarcations. Dans un espace de aa lieues, de-
puis l'embouchure j'usqu'au .Atf) Goa/u/u'^ les bateaux
plats peuvent remonter le fleuve à l'aide de la voile;
dans ce même espace sa largeur la plus ordinaire est d'un
quart de lieue à une demi-lieue, mais son lit, encombré
par le résidu des lavages de la province des. Mines, a peu
d^ profondeur surtout au temps de la sécheresse. Un
peu avant le Rio Guandii se trouve le poste militaire
appelé Porto de. Souza , le dernier qui appartienne à
la province du S. Esprit. Depuis cet endroit jusqu'au
confluent du Guandù, le Rio Doce, fort resserré, cou-
le avec violence, et ne peut être remonté qu'à l'aide du
hilage. Ce Rio Guandii prend sa source dans les mon-
tagnes appelées Serra da Costa; ^esl du côté du midi
qu'il se jette dans le fleuve , et , avec Vile de l'Espé-i
rancej il divise la province du S. Esprit de celle de
Minas Geraes. Au-dessus'du Guaudii commencent les
fameuses Escadinhas (petites échelles )• C'est une
suite de rapides et de petites cascades qui embarrassent
entièrement la navigation du fleuve ; elles se prolon-
gent dans une étendue de trois quarts de lieue ; mais
on dit qu'il serait facile de faire un canal latéral du
^ Le Rio Doce est si peu connu que je crois devoir donoei^
sur qon cours des détails de quelque étendue.
AU BRÉSIL. 3ji
,côté du sud. Du même côté et plus haut que les £sca-
dinhas , se trouve le conflueut du Rio Maemaçii ou
Manhuassù qui prend sa source dans les montagnes
.désertes d'Itapémirim aussi abondantes , dit-on , en
poudre d'or que le furent jadis celles de Villa Rica.
M. d'Eschwege pense que la différence de niveau qui
«iiiste entre FOcéan et an point pris à i o L au-dessus
des Escadinhasy serait de ii65 pieds anglais, ce qui
ferait, terme moyen, une chute de 218 pieds par lieue.
A 5 lieues au delà du Manhuassii , sont tes rapides ap-
pelés Cacho&ra do Infemo ( cascade de Fenfer ) qui
ne permettent pas aux barques de remonter autrement
qu'à l'aide du balage. Dans un espace de la à 1 3 lieues,
là navigation est encore gênée par des pierres ()éta-
•chées, mais, avec un peu de travail, on la rendrait
moins difficile. Plus haut, on trouve les rapides èlEme ;
,ceux-ci doivent leur nom à des rochers qui , formant
dans le fleuve trois angles aigus , représentent à peu
près la figure d'une M ';on pourrait aussi les frire
disparaître sans beaiicoup de peine. Entre l'Eme et te
confluent du Eio CuytUé ou Cuite qui réunit ses eaux
au Rio Dooe en venant du sud, il exkte aussi, dans un
espace d'environ six lieues , quelques rodiers faciles à
détruire. Remontant toujours le fleuve, on trouve à
■ C'estrjBm^quej-ai indiqué avec quelque altération sous
le nom d^Uemi dans m^ première Relation, vol. I, p. 4^^- ^
que je dis ici du cours du Rio Doce complèlera ou rectifiera
ce que j'ai écrit sur cette rivière ( l. c. ), à une époque où je
n'avais pas sous les jeux tous les manuscrits dont je fais
usage aujourd'hui.
3ia SECOND VOYAGE
trois lieues du Cuyatc , les rapides Dommés Cachée^
rinha (petite caseade) où la navigation , encore une fois
embarrassée^ pourrait être rendue fecile par quelques
travaux. Il est à remarquer que , depuis ce point jus-
qu'à rOcéan , aucune rivière ne vient du coté du nord ,
réunir ses eaux à celles du Rio Doce. A trois Keues de
Gachoeirinha se trouvent les rapides ^lUtarunas ; ils
n'arrêtent point les bateliers dans le temps des grandes
eaux , mais ils leur opposent quelques obstacles au
temps de la sécheresse. Remontant des Ibîturuuas au
confluent du Rio d* Antonio Dias ou Sonia Barbara ,
éloigné de vingt-deux lieues, on trouve les cachoeirasj
dites dos Magqans ^t Escura , qui présentent beau-
coup de difficultés I et que les barques ne franchiraient
qu'à l'aide de moyens mécaniques. C'est dans l'espace
de vingt-deux lieues , dont ^e viens de parler , que les
rivières appelées Sussuhy Pequeno , Sussuhy Grande,
Corrente et S. jintonio ' se réunissent au Rio Doce ;
elles viennent du coté du septentrion, et, étant na-
vigables dans une partie de leur longueur, elles pour^
raient être fort utiles à la comarca du Serro do Frio,
dont elles arrosent les campagnes. A neuf lieues au-
dessus du confluent du Rio Santa Barbara , se trouve
Antonio DiaSj le premier village de la province de
Minas Geraes qui soit situé sur le bord du fleuve. Cet
intervalle de neuf lieues n'offre aucun obstacle à la
navigation, si ce n'est dans l'endroit encore appelé
^ J'ai déjà parlé daps msi première Relation de plusj^uiits,
des afflueDs du Rio Doce.
AU BRÉSIL. 3i3
Cuchoeirinha , où il suflSrait de briser un rocher aplati
pour donner passage aux barquefi» On estime que y
depuis Antonio Dias jusqu'à la mer , le fleuve , qui
décrit beaucoup de sinuosités, n'a pas un cours de
moins de quatre-vingt-dix lieues ; mais on croit que la
distance, en ligne directe, ne serait pas de plus de
quarante lieues.. Au-dessus d'Antonio ï)ias , le Rio
Doce reçoit les eaux du Percicaba que j'avais vu à
S. Miguel de Mato dentro, et dont l'embouchure
, forme la limite de la comarca de Sabarà. On m'a dit
que, malgré les obstacles qui trop souvent contra-
rient les bateliers, on pouvait, avec des pirogues, se
rendre en huit jours de l'embouchure du Percicaba à
l'Océan. Plus haut que le Percicaba ' , se trouve le
confluent An Rio Bombaçajet plus haut encore, celui
des deux Gualachos. Cèst après avoir reçu les eaux
de ces derniers, que le Rio Doce quitte la direction
du nord-nord-est qu'il avait suivie jusqu'alors , et
prend celle de l'Orient. Au-dessus des Gualachos, les
eaux du Firanga s'unissent aux siennes, et alors il
commence à prendre le nom de Rio Doce , pour le
conserver jusqu'à la mer *. A Marianna, il avait reçu
^ Après avoir rapproché les Botocudos des Brésiliens-Por-
tugais^ M. Guide Thomas Marlière a fondé dans les bois,
à lo 1. au-dessus de l'embouchure du Percicaba , la nouvelle
colonie de Peiersdorff,
* Gazai dit ( Cor, y I, 366 ) que c'est seulement au*delà du
Peixicaba que le Rio Doce prend son véritable nom. J'ai suivi
ici l'opinion d'Ëschvirege qui a long-icmps résidé dans le pays
( Voj. Journ. van, Braz,, I, 52 ).
3i4 SECOND VOYAGE
le nom de RAàrào doCarmo^ et à Villa Rica, c'est*
à^lire quelques lieues plus haut, il portait celui de
Ribeirao do Ouro Prelo ' . Là , ce n'est encore qu'un
£iible ruisseau sans cesse divbé par les mineurs, et, si
Ton suit ses bords, on arrive bientôt à sa source* qui
^ On trouvera dans ma première Relation y vol. I, chap. VI
et VIT, des détails sur les Ribeirao do Ouro Preto et Ribeirao.
do Gtrmo y origine du Rio Doce.
• Gazai dit ( Corog., I, 366 ) que le Rio Doce prend sa
source dans la Serra da Mantiqueira. Si par là il entend Ten-
semblede la grande chaîne occidentale de Minas Geraes (Serra
do Espinhaço ), son assertion est exacte » car les montagnes de
Villa Rica font partie de cette chaîne. Mais il s'est trompé, si ,
par Serra da Mantiqueira, il a voulu désigner la seule portion
de la chaîne appelée Mantiqueira dans le pays mtee. Au
i*este , il est asses rare que Ton ait des erreurs à relever dans
Gazai y et je n*ai pu m'empécher d*ètre surpris de la sévérité
avec laquelle on Ta traité dans le nord de TEurope. Avant
Gazai, rien n'avait été imprimé sur plusieurs des provinces du
Brésil y et l'on ne possédait sur les autres que des documens
incomplets ou surannés. Get écrivain a , pour ainsi dire, pris
à zéro la géographie brésilienne , et l'on pourrait citer tel ou-
vrage sur la Finance qui , quoique imprimé de nos jours , est
peut-être moins exact que le sien. Gazai parcourut quelques,
paities de Tempii'e brésilien ; pendant qu'il résida à Rio de
Janeiro , il allait voir tous les étrangers qui de l'intérieur ar-
rivaient dans cette ville ; il les interrogeait , il comparait soi-
gneusement ses propres notes avec les rénseignemens qu'il ob-
tenait d'eux , et ce fut au bout de vingt ans , quand il se crut
certain de connaître la véiûié , qu'il publia son livre. Voilà
l'auteur éminemment original que Ton n'a pas craint d'appeler
un compilateur. Gazai, au milieu de ses travaux, n'a ménagé
ni ses forces , ni ses moyens pécuniaires ; je ne sache pas qu'il
AU BRÉSIL. 3i5
se trouve dans les montagaes voisines de la capitale
de Minas Geraes '•
Lorsqu'aucun fils d'Europëen, n'habitaitencore Tin-
tërieur des terres, et que des peuplades d'Indiens féroces
parcouraient seules les va stes forêts qui couvrent une
partie de la province des Mines et les bords du Rio
Doce, quelques hommes entreprenans osèrent déjà
remonter ce fleuve. Il existait ^ assursdt-on y des mines
de pierres précieuses entre le territoire de Porto Se-
guro et la province du Saiot Esprit. Le gouverneur
général du Brésil, Luiz de Brito de âlmeida, voulut
savoir si cette ppininion universellement répandue
avait quelque fondement , et chargea SesastiIg Fer-
HAiroES ToûRiNHO de faire des recherches dans les
déserts où l'imagination ardente des Portugais plaçait
tant de richesses. Tourinho s'embarqua en 1573 sur
le Rio Doce , et , après quelques mois de courses pé«
nibles, il revint en apportant, dit-on, des émeraudes
et des saphirs qui probablement n'étaient que des
ait reçu des Brésiliens aucune marque de reconnaissance , ni
qu'aucun souverain Tait jamais récompensé , et aujourd'hui il
vit à Lisbonne dans Tindigence sans pouvoir publier la se-
conde édition de sa Corographie. Les Européens auxquels cet
ouvrage n'a pas été inutile devraient bien au moins rendre
à l'auteur un peu plus de justice.
^ N'ayant pas remonté le Rio Doce au-delà du village de
Linhares y j'ai extrait ce que je dis ici sur le coui*s du Rio
Doce d'un mémoire manuscrit de M. Joâo Yieira de Godoy
Alvaro Leme qui , comme je l'ai dit ailleurs ( vol. I, p. 1 33 ),
avait plusieurs fois navigué sur le fleuve. J'ai aussi consulté
Cazal , Pizarro et von £schwcge.
3i6 SECOND VOYAGE
cristaux colores, des tourmalines ou des morceaur
d'euclase. Plusieurs aventuriers marchèrent sur les
traces de Tourinho, et, beaucoup plus tard, Marcos
DE AzEREJDO, ayant osé comme lui s'embarquer sur le
Rio Doce, montra à son retour de Targent et des éme-
raudes. Ce fut aussi, après avoir remonté la même
rivière, que Roortgues Arzao, natif de Taubaté,
rapporta en 1695 les premiers échantillons d'or qui
furent trouvés dans la province de Minas Geraes '.
En suivant les instructions qu'avait laissées ÂRzao, son
beau-frère Bartholomeu Bueno de Siqueira, par-
vint jusqu'au lieu où est aujourd'hui située Villa Rica;
et les chercheurs d'or qui amvèrent après Bueno dans le
pays des Mines, passèrent sans doute également par l\e
Rio Doce , car ils avaient avec eux des esclaves faits
prisonniers dans le voisinage de cette rivière. Cepen-
dant des communications plus faciles furent bientôt
ouvertes entre les contrées aurifères et le littoral , et
il paraît que, pendant de longues années, personne
ne songea plus à la navigation du Rio Doce dont les
bords continuèrent à être l'asile de diverses peuplades
dlndieus sauvages. Mais déjà, vers la fin du dix-hui-
tième siècle, les Mineiros se plaignaient de l'épuise-
ment de leurs mines et de celui de leurs terres en
culture. D. Rodrigo José de Menezes, gouverneur
de la province, fut touché des lamentations de ses
administrés, et voulut livrer à ceux-ci de nouvelles
forêts. C'était un homme courageux et entreprenant;
* Voy. ma première Relation, vol. I, p. 76.
AU BRÉSIL. 3i7
Itti-inéme s^enfonça en 1781 , dans les déserts où
coulent les affluens du Rio Doce et il donna à son
aide^de-campyJosE Joaquih de Siqueirae Almeida,
Tordre de descendre ce fleuve jusqu'aux rapides ap-
pelés Escadinhas. Environ vingt «cinq ans plus tard ,
le Rio Doce fut exploré d'une manière beaucoup plus
régulière par le gouverneur Pontes qui, malgré ses
bizarreries, rendit au Brésil sa patrie , de véritables
services ' par ses travaux savans. Pontes brava tous
les dangers , remonta le Rio Doce et , commença la
carte de ce fleuve dont on doit la continuation à son
neveu età AurTONioRojDRiGUEsPEliEiRA Taborba, sous-
lieutenant du régiment des Mines *. Le ministre d'état
D. Rodrigo Coutinho , comte de Linhares avait trop
d'instruction et une imagination trop ardente pour
n'être pas frappé de l'utilité dont pouvait être au com-
merce de la province des Mines et à celui du littoral,
le Rio Doce enfin rendu navigable. Il fit donc des
efforts pour écarter plusieurs des obstacles qui s'oppo-
saient à ce que l'on remontât ce fleuve ; il fonda non
loin de l'embouchure, le village de Linhares, et il
* Antonio Pires da Silva Pontes Leme était ne dans la pro-
vince des Mines, et avait contHbuc à fixer les limites du Rrësil
dans les provinces du Para et de Mato Grosso. Je ne sais pi*é-
Gisement en quelle année Pontes Fut nommé gouveroeurd^Es-
pirito Santo ; mais son neveu , M. Manoel José Pires da Silva
qui Tavait accompagné dans le périlleux vojage du Rio Doce,
me disait en 1818, que ce voyage avait eu lieu huit à dix ans
plus tôt.
* South. Hisf, ofBraz.y I, 3i2 ; 111,4^, 5o. — Gaz. Corog,,
II, 357. — Piï. Mém. hùt. y II, 20 ; VII, 2^% 4».
/"
/
3i8 SECOND VOYAGE
publia un décret par lequel le gouvememeat exemp*
tait de droits les marchandises qui passeraient par
eau de la province du & Esprit dans celle de Minas
Geraes. Encourages par ce décret^ des aventuriers
pleins de courage commencèrent à remonter et à
descendre le Rio Doce; mais presque aussitôt , on pla*
ça sur les borda du fleuve une troupe de douaniers.
Ces hommes que Ton regarda comme les agens d'un
pouvoir infidèle à ses promesses , ne gênèrent pas
long-temps les bateliers ; atteints par les fièvres qui
exercent de si crueb ravages dans plusieurs can-
tons voisins du Rio Doce, tous moururent , et alors la
rivière redevint libre comme elle l'ëtait auparayant.
Le gouvernement avait beaucoup vanté les avantages
que Ton retirait, prétendait-il , de la navigation du
Rio Doce, et, lorsque le sel transporté par des mulets
dans la province des Mines , s'y vendait toujours à des
prix excessifs , on imprimait dans la gazette de Rio
de Janeiro que cette substance, grâces à la naviga-
tion du Rio Doce, pouvait enfin être achetée parles
Mineiros au taux le plus modéré. Le fait est qu'à Vé-
poque de mon voyage, quelques mulâtres de Minas
Geraes se hasardaient à peine à descendre de temps
en temps le Rio Doce dans des pirogues, afin de pren-
dre du sel au village de Linhares, et d'y laisser du
fromage, du lard et autres denrées de leurs pays. En
1 8 1 9 , le gouvernement accorda divers privilèges à une
compagnie qui s'était formée pour rendre plus faciles
le commerce et la navigation du Rio Doce; mais il
faut que cette société n'ait pas eu de résultat et se soit
'v
AU BRÉSIL. 3i9
bientôt dissoute ; car le Français Marlière^ inspecteur
dos divisions du Rio Doce et directeur général de la
civilisation des Indiens, m'écrivait au mois de décembre
i8a4 ^uil n'existait réellement aucune compagnie
poMf la navigatîoii du fleuve, et que probablement il
ne s'en formerait aucune \
Ces rochers qui s'élèvent du milieu du Rio Doce
opposent un grand obstacle à la navigation de cette
rivière; mais, comme on l'a vu, les uns disparaî-
traient à l'aide de quelques travaux, et on éviterait
les autres en creusant latéralement des canaux de peu
d'étendue. Devequs les amis des Portugais-Brésiliens
par les soins du généreux Marlière, les Botocudos ne
doivent plus aujourd'hui inspirer d'inquiétude aux
navigateurs. Mais il reste un danger que de nom«>
breux défrichemens pourraient seuls diminuer ou
faire évanouir , et qui païf conséquent subsistera long-
temps encore, c'est l'insalubrité de divers cantons
voisins du fleuve. Cette insalubrité est causée non-scu-
lement par ses eaux, mais encore par celles de plusieurs
de ses afBuens qui, dans la saison des pluies, s'éten*
dent les unes et les autresi hors de leur lit , séjournent
sur le sol et infectent l'air de vapeurs malfaisantes.
Il est rare que ceux qui descendent et remontent le
Rio Doce ne soient pas atteints de fièvres malignes ou
intermitentes,€t elles peuvent laisser de longues traces
^ On verra par la note jointe à la fin de ce chapitre que y
depuis i8s4f la navigation du Rio Doce fut concédée par le
gouvernement à une compagnie anglo-brésilienne.
3ao SECOND VOYAGE
après elles y car M. Maaoel José Pires da ^ilva que
j'eus le bonheur de voir à Minas Geraes ' se ressentait
encore, en 1818, d'une maladie qu'il avait gagnée 8
ou I G ans plutôt en descendant le Rio Doce j éous le
gouvernement de son oncle, Antonio Pires da Silva
Pontes Lenie. Les bords du S. Francisco ne sont guères
malsains pendant plus de deux ou trois mois, parce
que ce temps suffit pour l'évaporation des eaux du
fleuve répandues au-delà de leur lit sur un terrain dé**
couvert '• Il n'en n'est pas' ainsi du Rio Doce. Les
forêts épaisses dont ses rives sont ombragées mettent
obstacle à l'action du soleil; ici l'évaporation des eaux
débordées s'opèi*e lentement; elle continue d'une an*
née à l'autre, et, dans toutes les saisons , il est égale-
ment dangereux de remonter ou de descendre cette
rivière. Pour se garantir, autant qu^il est possible, des
fièvres auxquelles on est exposé par la navigation du
Rio Doce , il faut ne point passer la nuit dans les
pirogues , ni même coucher sur les bords du fleuve ,
sans se ménager quelque abri contre le serein et la
fraîcheur ; il faut avoir soin de prendre des alimens
substanciels , et ne pas s'exposer à toute l'ardeur du
soleil dans le voisinage du lit de la rivière.
En arrivant au poste de R^encia , j'avais témoigné
au commandant le désir de m'embarquer sur le Rio
Doce , pour me rendre au village de Linbares. Le len-
demain, une pirogue et deux rameurs étaient à mes
* Voy. ma première Reîafion , vol. I, p. 26g.
• Voy. Ibid. . II, p. 389.
AU BRÉSIL. 3ai
ordres. Il fallait nécessairement faire ce voyage par
eau ; car aucun chemin ne conduit à Linhares y ou du
moins il n'existe sur le bord du -fleuve qu'un sentier
peu frayé et embarrassé de branches et d'épines. Je
laissai au poste quelques-unes de mes malles avec
Manoel da Costa, qui avait la fonction de surveiller
mes mulets, et )e m'embarquai avec Prégent , le Bo-
tocudo et Luiz da Silva , ce bon pédestre qui me ser-
vait de guide depuis la capitale d'Ëspirito Santo.
Dans toute la partie que je parcourus le premier
jour de mon voyage, le Rio Doce n'avait pas plus de
trois à quatre pieds de profondeur; mais, pendant la
saison des pluies , il augmente d'une manière considé-
rable. Presque à son embouchure, ses eaux sont assez
douces pour pouvoir être bues ; cependant, à l'époque
de l'hivernage, elles arrivent chargées d'un Jimon
rougeâtre , qui n'est autre chose que le résidu des la-
vages de la province des Mines.
Jusqu'au lien où je fis halte, c'est-à-dire probable-
ment dans l'espace d'une couple de lieues, les deux
rives du fleuve sont parfaitement plates. Des bois les
couvrent entièrement , et ont d'autant plus de vigueur
qu'ils s'éloignent davantage de l'embouchure. A la
parfaite égalité du sol dans le voisinage- de la rivière,
est due sans doute la différence que je remarquai entre
l'aspect du Rio Doce et celui du Jiquitinhonha. Les
bords de ce dernier sont souvent dominés par oes
montagnes; tantôt il ressemble à un beau lac parfai-
tement uni; tantôt des rochers noirs, d'une forme
très variée, s'élèvent du milieu des eaux; jamais il
TOM£ II. 21
3aa SECOND VOYAGE
n'est asaes large pour qu'en le travafsant, on ne puisse
très bien distinguer les divers efBets de végëtatioo
que présentçst les arbres du rivage i, U n'en est pa»
de mteie du ftio Dooe* Les fiwéts qui le bordent me
fiarurent moins ëkff ées que oettei du Jiquitinhoalia ,
et y lorsque je naviguais sur le premier de ces fleuves,
}e ne vo jais à droite et h gaucbe qu'pne masse de vé»
gétaux pretque uniforme.
Entre Tembouchure du Rio Doce et Tendroit oh je
m'arrêtai, je n'aperçus sur la rive méridionale aucune
traee ^e défriehemeut , et , sur la ri^e gauche , je
comptai seulement trois misérables chaumières , ha-
bitées par dés Indiens civilisés qui avaient abattu un
peu de bois pour pouvoir planter du manioo, des
ooqrges et des past^ues. Ces Indiens s'étaient retirés
dans ce lieu déçeit , afin d'échapper aux persécutions
dont leur race est l'objet à Benevente , Villa Nova de
Almeida et ailleurs. Les maris allaient à la chasse,
péchaient dans le fleuve ^ ou se louaient chez les co»
Ions portugais^brésiliens, tandis que les femmes eul*
tivaient la terre pour nouirir leur famille. Ainsi ^
dans l'état même de civilisation ^ les Indiens , ou do
moins plusieurs d'entre eux^ ont conservé ^ avec
leur caractère^ quelques-unes de leurs haUitudes an-
eîennes*.
' Je n'ai pas besoin de dire que jc^ ne vçux parler ici que
de la partie du Jiquitinhonba sur laquelle j'ai navigué. Yoj.
ma première Relation , vol. tl^ p. i ai et suiv.
* On sait que^ ckes les anciennes peuplades sauvagesdu lîtto*
rai; o'éiaisDt les fenunes qui pfentaient et faisa^nt les rfcollee
AU BRÉSIL. 3-i3
Iç fis ht ko à là quatrième des chaumières bâties sur
ht rive gauche du fletiTe. Elle appartenait à un blanc,
le premiet^ tùXtm qui , dans les temps modernes, se
féit élabli sur le bord du Rio Doce. Cet homme , ap-
pelé AirTomo Mah^iks , s'était d'abord fixé un peu
pAHS'bas^; mais, en mariant don fils, il lui avait cédé
mû premier établissement , et il était venu défricher
im antre ooia de terre plus près deLinhares.Les bords
d« Rio Doce sont tellement fertiles , qu'environ trois
quaitiers de tetve suffisaient pour fait*e vivre la fit-
mille de Martins , composée de douze personnes ^ et
il restait encore à ces bopnes gens assez de farine de
aipiQioc pour pouvoir en vendre. Tous m'assurèrent
que l'oii exagérait beaucoup les dangers de l'insalu-
brité du fleuve , et me dirent que jamais il ne leur
arrivait d'être malades. Au moment de mon arrivée
chea Antonio Martins , sa femme et ses filles se pré-
sentèrent à moi; car, ainsi que je l'ai déjà dit, les
femmes, sur tonte cette cote, ne fuient point devant
les étrangers. Je demandai à celle de mon hôte si elle
ne s^en^myait pas de vivre dans une solitude aussi
profonde* N'ai-je pas, me répondit-elle, ma famille,
les soins de mon ménage, et cette société, ajouta-t-clle,
en me montrant un petit oratoire qui renfermait l'i-
mage de la Vierge. Ce jour-là , je n'aurais guère pu
désennuyer mes hôtes ; car la longue marche de la
veille m'avait extrêmement fatigué. Les souffrances
du pauvre Prégeftt ajoutaient aux miennes, et je
commençais à trouver que ce voyage était au-dessus
de mes forces.
3a4 SECOND VOYAGE
Après être arrivé chez Antonio Martins, je m'apér*'
çus que j'avais oublié au poste de Begencia un porte-*
feuille de plantes qui n^étaient pas par&itement sèches.
Ne voulant point perdre ces plantes^ je laissai^ le
lendemain, Prégent et le Botpcudo chez mon encellenl
hotc y et je partis dans la pirogue avec mes deux, rar
meurs et leur camarade le bon Luiz^ pour retourner
au poste. Pendant cette petite navigation, nous eûme^
plusieurs fois de la pluie, et nous nous en réjouîmes
pour les pauvres cultivateurs qui voyaient avec anxiété
la saison de la sécheresse se prolonger au-delà du
ternie ordinaire.
Je revins d'assez bonne heure pour avoir le temps
de faire le même jour une herborisation, et je m'en-
fonçai dans les bois voisins de la maison de mon hôte.
Ceux du Jiquitinhonha ont peut-être, ainsi que je l'ai
dcja dit, une plus grande hauteur) mais, en même
temps, ils sont, je crois, moins épais et moins som-
bres. Comme dans toutes les forêts primitives , la vé*
gétation est ici très variée; mais je trouvai peu de
plantes en fleurs. En beaucoup d'endroits cependant
la terre était jonchée des corolles violettes du majes«
tueux Lecjfthis et de ses feuilles nouvelles qui sont
d'un rouge-violet. Ces forêts servent de retiaiteà
un grand nombre de bêtes sauvages , telles que les
cerfs, les jaguars, les pécaris, les tapirs, et plusieurs
espèces de singes. Alors elles étaient aussi l'asile
(les tribus errantes de Botocudos , dont les colons
ue parlaient qu'avec épouvante. Plus d'une fois An-
tonio Martins avait aperçu leurs traces auprès de sa
AU BRÉSIL. 3a5
demeure ; mais il n'avait jamais ëtë attaqué par ces
indiens.
Dans le cours de la promenade que je fis aux alen-
tours de la maison d'Ai(^touio Martins, je trouvai
presque autant d'insectes que dans tout le reste de
mon voyage sur le littoral. La saison des pluies est,
comme je l'ai dit ailleurs, celle oii reparaissent ces
animaux. Ils fuient en général la sécheresse et le so-
leil; ils aiment l'humidité, et se plaisent sous les om-
brages épais.
Le surlendemain du jour où j'étais arrivé chez Mar-
tins, je m'embarquai avec mes trois pédestres y Pré-
gent et l'Indien Firmiano, pour continuer mon voyage
vers Linhares. Les trois soldats conduisaient la piro-
gue ; le pauvre Prégent , tout entier à ses souffrances
et à sa mélancolie , n'était pour moi d'aucune res-
source , et je me trouvais réduit à la seule conversa-
tion du Botcudo qui ne se faisait pas toujours très
bieri entendre. Pour me désennuyer, je me mis à écrire^
malgré les balancemens de la pirogue, qui sans cesse
dérangeaient mes mains, et me mettaient presque dans
l'impossibilité de tracer des caractères lisibles.
Entre le poste de Regencia et la chaumièi*c d'An-
tonio Martins , j'avais long-temps aperçu la mer et les
bancs de sable qui ferment l'entrée du fleuve. Eu me
rendant de chez Martins à Liuhares , je ne vis plus
que la rivière et les immenses forêts qui s'otendcni
jusqu'à son lit; pendant toute cette journée^ aucune
habitation ne s'offrit à mes regards; do petites îles
:qui, comme les bords du fleuve, sont couvertes do
3a6 SECOND VOYAGE
bois, s^ëlèvenl çà et là du milieu des eauX| et répan-
dent seules quelque variété dans le paysage. AuGim
bruit ne frappait mes ordlUes p si oe n'est le murmi^re
des vents qui agitaient le feuillage des arbres , le chant
grave de Yaraponga et celui du pa^ào ^ semblable aux
sons d'une cornemuse qu'on entend dans le lointain.
Il n'est peut-être pas de pays plus favorible aux
établissement d^agriculture que la partie des bords "éa
Rio Doce , voisine de la mer. £n efifet , le terrain pro-
duit avec une égale fécondité le maïs , les barioots, le
riz 9 la canne à sucre^ le colon , le manioc ; de tous
cotés, s'élèvent des bois magnifiques, et le fleuve four«>
nit un moyen facile d'expojrtatioio. De Temboiichure
du Rio Doce, on peut se rendre, en quatre îours, à
Rio de Janeiro , et la brièveté de cette traversée , ainsi
que le voisinage de Villa da Victoria , assurent le
prompt débit de toutes les denrées. Cependant jusqu'à
l'époque de mon voyage, deux motifs s'hélaient réums
pour éloigner de ce canton ceux qui auraient ett l'idée
de s'y établir , \a crainte des maladies et celk des B»-
tocudos. Il est incontestable que les parties de la pro-
vince des Mines, arrosées par le Rio Doce, sont,
comme je l'ai dit, fort mal saines ; il est incontestable
encore, qu'en arrivant à l'embouchure du fleuve, les
étrangers sont presque toujours atteints par des fiè-
vres ; mais ici c'est un tribut qu'on paie seulement une
fois ; elles cèdent, à ce qu'il parait , au moindre vo-
Wtif , et je puis dire qu'entre Rio de Janeiro et le Rio
Doce , je n'avais vu à aucune femme un kéoki aussi
frw et des couleurs aussi belles qu'aux filles du cullî*
AU BRÉSIL. 3a7
vttteur AAtonio Maitiiu . Quant à la arainte ijue jadis
on avait d€ii3 Botocudos , «lie doit s'être ^itiàremcnt
évanouie, à présent que, par les soins de M. Guîdo
Thomas Marlière, ces indigènes sont devenus ks amis
des Portugais-Brésiliens) et même, à Tépoque de nioa
voyage , ils ne devaioat pas être aussi dangereux qu'on
le prétendait, ear ils n'avaient jsunaîs fiût aucun mal
à Antonio Martias, établi dans oe eanton depuis plu-
siaitfs années.
Tandis que je me livrais à mes réflexions , la pi-
rogue remontait le Bio Doce nvec lenteur, et , lorsque
nous étions encore fort loin de lâshares , le soleil a**
vait presque achevé son courâ. Durant toute la jour-
née, le temps avait été sombre et pluvieux, mais, sur
le soir, il s'éclaircit} alors, dii coté de l'ouest, j'a^
percevais à l'horizon les montagnes de Juparandn ; le
fleuve coulait avec majesté entré les sombres forêts
qui le bordent) un calme parfait régnait dans toute
la nature , et le silence du désert était à peine trou-
blé par le chant de quelques petites cigales et le bruit
des perches dont se servaient mes bateliers. Ces vastes
solitudes ont quelque chose d'imposant; je me sentais
humilié devant cette nature si puissante et si austère ;
mon imagination était en quelque sorte effrayée, lors^
<(ue je songeaia que les forêts immenseadcxit j'étais en vi«
ronné, s'étendent vers le nord bien au^elà du Bio Grande
deBdmonte,qu'eHes occupent toute la partie orientale
de la province des Mines, qu'elles couvrent sans aucune
interriqition celles d'Ë^irito Santo et de Bio de Janeiro,
une portion de la province de S. Paul, celle toute
3a8 SECOND VOYAGE
entière de Sainte Catherine , le nord et Toccident de
la province ^ de Rio Grande y et que par les Missions
elles vont probablement se rattacher aux bois du Para-
guay septentrional.
Comme mes bateliers avaient souvent eu de la peine
à faire avancer la pirogue ^ nous n'arrivâmes pas de-
vant linhare^ avant 1 1 heures du soir. Je descendis à
nue /azenday celle de Bom Janlim, qui se trouve sur
la rive droite du fleuve en face du village, et qui ap-
partenait alors à feu M. Joao Felippe Calmoit. J'avais
connu cet agriculteur à Rio de Janeiro ; je présentai h
sa femme une lettre de recommandation qu'il m'avait
donnée pour elle, et je fus parfaitement accueilli. Ac-
compagné du jeune Aitselme, le (ils de M. Joao FéUppe,
je me rendis le lendemain à linhares, et je passai la
journée dans ce village.
Devant hi/azenda de Joao Felippe ou à peu près
devant cette habitation, le Rio Doce décrivant une
courbure , se dirige un peu vers le nord. Au milieu
de cette espèce d'enfoncement , le rivage s'élève à pic
au-dessus du fleuve , et s'arrondit pour former une
demi-lune parfaitement régulière qui , de loin , res-
semble à une forteresse , et dont le sommet présente
une large plate-forme. C'est là que l'on a eu l'heureuse
idée de bâtir le village de Lmhares ou SoFita Cruz de
Unhares. On n'y voit encore que des chaumières; mais
elles sont disposées avec symétrie et dessinent les
quatre côtés d'une place parfaitement carrée couverte
de gazon. A l'époque de mon voyage , on achevait i'é-
glise qui sera fort jolie; elle occupe le milieu du coté
AU BRÉSIJ.. . 3a9
septentrional de la place; mais elle est un peu écartée
des maisons ) et, derrière elle ^ les bois vierges forment
un rideau magnifique. Sur le devant de la plate-formo
m
que l'on a choisie pour y bâtir linhares , on jouit d'une
vue imposante , et pourtant assez gaie. Le fleuve coule
majestueusement au-dessous du village; plusieurs îles
s'élèvent du milieu de son lit, et l'on voit sur la rive
opposée, la sucrerie de Bom Jardim entourée de ter-
rains en culture qui contrastent avec les forêts primi-
tives.
Quoique situé sur la rive gauche du Rio Doce,
Linhares forme cependant une partie intégrante de
la province d'Espirito Santo \ Ce village est le chef-
lieu d'une paroisse y la dernière du diocèse de Rio de
Janeiro du coté du nord *; il est aussi celui de la pre-
■ On estime dans le pays à 4 legoaala. distance de Linhares
à l'embouchure du Rio Doce. M. le prince de Neuwied la
porte à'io lieues.
* Linhares fîit érigé en paroisse au mois d'août 1810 ; mais^
pendant long-temps^ ce village resta sans pasteur et sans
église. Les adultes vivaient dans un honteux concubi-
nage y et les enfans n'étaient pas même baptisés. Dans une
de ses visites diocésaines , le respectable évêque de Rio de Ja-
neiro, José Gaetanq da Silva Goutinho alla Jusqu'à Linhares ;
i] j répandit des consolations , fit un grand nombre de ma-
riages et planta une croix au lieu où depuis on a bâti une
égUse ( Pi/«. Mém.j y, 3oa ). — Ailleurs ( troisième Relation),
j'aurai l'occasion de citer un noble trait du prélat que je viens
de nommer ici. Jamais je n'oublierai les bontés dont 11 mlio-
nora et les conversations intéressantes dans lesquelles cet ami
sincère du Brésil m'entretenait avec tant de charme des beaux
déserts que nous avions parcourus tous les deux.
33o SECOND VOYAGE
mière division militaire de ia provinM; tt là wémde^
comme je l'ai dit , Vôtres pu soiM-lieiHemint diargé
du commandement de la divinoB. Les forces de oeitê
dernière ne se composent pas de plus d'une cinquati*'
taine d'hommes f cependant on a établi pour eux à
lànhares un hàpital militaire à la tdte duquel est un
chirurgien major qui reçoit 400 reis par jour (a f. Soc).
Les faibles troupes de la division militaire sont ré^
parties entre dif&irens postes; mais le détachement
principal reste à Linhares. Quelques hommes sont
aussi cantonnés en deux endroits de la forêt, à peu
de distance du -village^ et le protègeut taatre les at^
taques des Botocudos. Les casernes qu'occupent ces
deux détachemens sont de grandes diaumtères; au-
tour d'elles, on a fait coaper le bois par les soldats, et
on fait planter à ceux-ci le manioc qui doit servir à
leur nourriture.
Ce végétal est celui que l'on cultive le plus dans les
environs de Linhares; il y produit avec abondance, et
donne une excellente ferine. Les habitans, pour être
plus en sûreté contre les attaques des Botocudos, font
en général leurs plantations les unes auprès des autres ;
je parcourus, près du village, un terrain d^environ un
quart de lieue de longueur qui avait été défriché par
différens particuliers, et était entièrement couvert de
manioc. On en récolte assez pour pouvoir vendre de
la farine , et, peu de jours avant mon arrivée à Lin-
hares (aa octobre 1818), il était sorti du RioDoce
une petite embarcation chargée de 3o alqueires de ha-
ricots et de a5o de farine de manioc qui, après avoir
AU BRÉSIL. 33i
été achetée dans le pays , a paiacas Valqueirt^ s*élatt
revendue à Villa da Vîetoria 4^5 paiacas. Cette
embarcatioa était la première qui fut venue faire «on
chargement sur le Rio Ifoce; mais elle n'avait pu le
completter qu'au bout d'un mois , parce qu'à l'excep*
tion de }oao Felippe, les habitans da Linhares sont
pauvres et sans esclaves; qu'il avait £ei11u acheter d'un
grand nombre d'entre eux, et attendre que tous les
vendeurs eussent préparé leur contingent. Cependant
il est à croire que les bénéfices obtenus dana cette pe-
tite ailaire auront encouragé les marchands de YiUa
da Victoria à la renouveler, et sans doute les. colons
de Linhares auront étendu leurs travaux^ dans l'espoir
de se procurer une aisance dont ils n'avaient pas joui,
jusqu'alors.
La fondation de leur village date , comme je l'ai
dit, d'un petit nombre d'années , et estdue au ministre
dont il porte le nom. D. Rodrigo Continho , comte
de Linhares, avait très bien senti que le Rio Doce pou-
vait assurer une communication facile entre la mer et
la province des Mines, et, s'il ne prit pas les moyens
les plus efficaces pour établir cette communication , il
jugea du moins , non sans raison, qu'il fallait oom-
meaeer par roidre habitable le voisinage de l'embou-
chure du fleuve, et y chercher un point qui, dans la
•oite^ pût devenir un entrepôt pour le commerce roa«-
ritime et celui de l'intérieur des terres. Le local fut ,
ainai qu'on l'a vu, parfaitement choisi, et l'on com-^
mença par y placer un détachement de soldats. Tovar
était alors gouverneur de la capitainerie d'Ëspirito
3Q!i SECOND VOYAGE
Santo. Voulant seconder les intentions du ministère^
il tâcha d'exciter les cultivateurs de la province à aller
s'établir sur les bords du Rio Doce ; Joao Felippe CaU
mon fut le seul qui répondit à ses invitations. Ce colon
entreprenant vendit un domaine qu'il possédait près
d'Itapémirim^ et vint à Linhares avec toute sa famille.
La rivière était alors très haute, et l'on n'aurait pu h
remonter sans périL II fallut donc foire venir par Cam-
pos do RiachO| à travers des forêts presque impéné-
trables , toutes les provisions dont on avait besoin. La
fièvre attaqua Joao Felippe et une partie de sa famille ^
mais rien ne put le décourager. Parvenu sur les bords
du fleuve , il choisit , pour y former un établissement ,
le terrain qui fait face au village de Linhares y évitant
ainsi l'inconvénient d'être trop rapproché d'une popu-
lation naissante qui devait naturellement être mal
oomposée^et pouvant profiter en même temps des avan-
tages nombreux que devait présenter ce voisinage.
Cependant l'exemple de Joao Felippe ne séduisait per-
sonne; on représentait les bords du Rio Doce comme
un pays affreux oii l'on était dévoré par les insectes ,
attaqué par des maladies dangereuses , et où sans cesse
l'on courait les risques d'être massacré par les Bqto-
cudos. Désespérant de pouvoir parvenir à peupler
Linhares j l'administration y envoya des paysans espa-
gnols qui étaient partis des Iles Canaries pour se ren-
dre à Montevideo, et avaient fait naufrage près de Villa
da Victoria; on pardonna à des déserteurs à condition
qu'ils iraient se fixer dans la nouvelle bourgade ; quel-
ques aventuriers, des femmes de mauvaise vie, des
AU BRÉSIL. 333
Indiens qui fuyaient les persécutions du gouverneur
se joignirent à ce noyau, et c'est là ce qui aujour-
d'hui compose la population de Linhares. Des Minei-
ros se hasardèrent y comme je l'ai dit, à descendre le
Rio Doce. Ils apportèrent à Linhares du lard , du
sucre , des fromages , du tabac , de la viande sèche, et
ensuite ils remontèrent le fleuve en emportant du seU
Encouragé par les bénéfices qu'ils retirèrent de ce voya«
ge, les mêmes hommes le. répètent une fois chaque an-
née; il y avait peu de temps qu'ils étaient arrivés à
Linhares, quand je visitai cette bourgade, et alors les
productions de Minas Geraes y étaient à meilleur
marché que dans la capitale de la province. Tels sont
les faibles commencemens d'un commerce qui par la
suite aura sans doute pour le Brésil la plus haute im-
portance.
Tandis que se formait peu à peu la population de
Linhares, Joao Felippe Calmon secondait de tous ses
efforts les colons qui venaient s'y établir, leur ren-
dant les transports plus faciles , les recevant dans sa
maison, leur procurant des vivres. Il aidait égale-
ment les Mineiros dans leur commerce, et il leur four-
nissait des pirogues avec des conducteurs. Aussi
long-temps que Tovar fut gouverneur de la province,
Joâo Felippe continua tranquillement ses utiles tra-
vaux.. Rubim au commencement de son administration,
s'entendit également très bien avec ce généreux plan-
teur , et avait soin de le consulter pour tout ce qui,
regardaitLinhareset leRioDoce. Mais bientôt uncdeccs
petites intrigues sourdes communes parmi les Brésiliens,
334 SECOND VOYAGE
bronilla deux hommes dont l'anion coostaale aurait
produit tant de bien. Joâo Felippe, devenu l'objet des
persécQtions du gouverneur y se retira à Rio de Janeiro
pour demander justice , et je crois qu'il est mort sans
rien obtenir.
Lors de mon voyage , l'administration du village de
IJnhares était tout entière entre les mains du sous-
lieutenant ou alferesj chargé du commandement de la
première division. Cet homme me reçut très bien;
mais il était malheureusement étranger au but que
s'était proposé le gouvernement, en fondant Santa
Cruz de Liohares , car il me disait des Mineiros qui
ont le courage de naviguer sur le fleuve : je n'aime
point ces gens-là , et je ne ferai rien en leur faveur.
Le lendemain de mon arrivée chez loào Fetippe ,
j'allai visiter le beau lac de Juparandn qui est situé
à quelque distance de Linhares. Après avoir traversé
le Rio Doce, nous entrâmes dans une petite rivière
dont les eaux se réunissent à celles du fleuve, immé-
diatement au-dessus du village. Cette rivière semble
n'avoir aucun cours , et réfléchit la couleur foncée des
arbres touffus qui se pressent sur ses bords. Quelques-
uns étendent leurs rameaux en forme de voûte au-des-
sus de la rivière, d'autres tout entiers s'inclinent vers
son lit. Des lianes épaisses s'élancent, pour ainsi dire ,
de l'un à l'autre, et forment, en les unissant, des
masses de verdure impénétrables aux rayons du soleil.
Souvent on aperçoit de larges trouées au milieu des
broussailles, et bientôt l'on reconnaît qu'elles sont l'ou-
vrage des cabiais, des pécaris et des tapirs dont la.
AU BRÉSIL. 335
itêee eat restée enipreiote sur la vase. La rivière forme
de nombreux détours; elle peut avoir environ une
demi-Ueue^ et elle est eœbarraasée continuellement
par des tron^» renversés. On éfurouve une surprise »•
gréable, lorsqu'au sortir de ce canal étroit et obscur,
on se trouve tout à coup dans un beau lac qui pré-
aente une vaste étendue d'eau^et dont la limite échappe
aiU regpirds*
Il parait que le lac de Juparanàn ^ doit son origine
A une petite rivière dont on ne connaît pas encore la
source* I^i eaux de cette rivière , ayant très peu de
pante^ du moins vers le confluent, se seront répandues
sur les terres et auront formé le lac. Celui-ci beau-
coup moins large que long » s'étend à peu près dans la
direction du nord au sud ; il est bordé par des bols
vierges; mais, comme ses rives sont fort éloignées
Tune de Tautre , les forâts lui prêtent des beautés ,
sans lui communiquer un aspect sombre. Du milieu
de ses eaux s'élève une grande île qui contribue à Tem-
bellir^ et que j'aperçus dans le lointain. Le lac de
Juparanàn est très abondant en poisson , comme ses
bords le sont en gibier principalement en hoccos oi|
* M. le prince de Neuwied semblerait porté à croire que
le lae dont je parle ici y pourrait bien être celui que Sebas-
tien Tourinho prétendait avoir trouvé vert i57Sy à l'ouest du
Rio I>OQe \ mwlç «avant ornitbolo^e f^t lui-même les ob-
jections les mieux fondées contre cette opinion qu'il est abso-
lument impossible d'admettre. — Juparanàn vient des mots
de la imffoa gérai jù épine et paranàn mer, grande eau (mer
d'épines ).
336 SECOND VOYAGE '
fhatuns (crax a/ec/i9r}/pecaris et lézards '. Les habi-
ta ns de Linhares vont sans cesse chasser et pécher
dans ce cant<m , mais ils n'ont encore fait aucun défri-
cbeinent sur les rives du lac. Un jour viendra où elles
fieront animées par la présence de Thomme et embel-
lies par des habitations nombreuses ; ce lieu sera cer-
taînejnent alors Tun desplus beaux de l'empiredu Brésil.
Notre retour à \à/azenda de Bom Jardim fut déli-
cieux. Il faisait nuit; mais une étoile brillante éclairait
assez la rivière pour que nos rameurs , accoutumés à
cette navigation y pussent éviter sans aucune peine les
troncs renversés. Nous entendions le chant des cigales
et le bruit confus- produit dans Tépaisseur des bois
par les bêtçs sauvages. D'ailleurs aucun vent n'agitait
les feuilles des arbres et le ciel était sans nuages. Je
m'étendis dans la pirogue , toutes les ^fatigues de mon
voyage forent oubliées , et j'éprouvai ce bien être
vague que Rousseau a si bien peint dans une de ses
réf/eries.
Nous rapportâmes de cette promenade un pécari ,
un singe, quelques grands lézards et le plus joli des
palmipèdes. En tuant cet oiseau, mon domestique avait
éprouvé un instant de bonheur. Comme un souvenir
du pauvre Prégent , jeune homme recommandable à
tant de titres j je m'étais bien promis de conserver tou-
jours^ le charmant palmipède du lac Juparanén ; pen-
dant la trop longue maladie que j'ai essuyée à mon
*■ Il 8 agit ici du fia dont la chair est y comme Von sait ,
bonne à manger.
AU BRÉSIL. 337
Retour y il a eu le même sort que le reste de mes col-
lections zoologiques '.
' J'ai dit plus haut que , par les soins de M. Guîdo Tho-
mas Martière, directeur général de la civilisation des Indiens,
les Botocudos habitans des parties de Minas Geraes voi-
sines du Rio Doce s^étaient , depuis mon départ , rappro-
chés des Brésiliens-Portugais. Quelques détails sur cet événe-
ment remarquable ne seront peut-être pas sans intérêt.
M. Marlière , après avoir porté les armes en Europe , passa
au Brésil vers 1808, et fiit placé dans le beau régiment de
Minas Geraes. La qualité de Français attira d'abord à M. Mar-
lière quelques penécutions absurdes ; mais bientôt on lui
rendit une justice éclatante, et, depuis cette époque , il consa-
cra son existence entière au bonheur des indigènes. La civili-
sation desCoroados^ des Coropds et des Puris fut l'objet de
ses premiers travaux (Yoy.Eschw* Joum, von Brtu,^ Il ). Il
était plus difficile d'éteindre la haine que portaient aux Bré-
siliens-Portugais les Botocudos irrités par une longue guerre
et de barbares traitemens. La philantropiedeGuido Marlière
triompha de tous les obstacles. Les premières tribus qui se
rendirent à lui furent celles de la rive méridionale du Rio
Doce (fin de i833 )• Ces tribus, connues sous le nom de
Zaïiip/^/i, vivaient dans un état horrible d'hostilité avec celles
de la rive septentrionale appelée Naknenuk. Devenus les amis
des Portugais , les Zamplan engagèrent Guido à se réunir à
eux pour tendre un piège à leurs ennemis , exterminer les
hommes et s'emparer des femmes et des enfans ; mais^ comme
il est fîicile de le croire , cette proposition fut rejetée avec
horreur ( Marlière in Compilador Mineiro , p. 111 ). Peu de
temps après (fin de i8a4)) les Naknenuk commencèrent à se
soumettre volontairement aux Portugais ( Marlière in litt. ).
Ils envoyaient les femmes en avant, et celles ci , dans le des-
sein d'exciter la compassion des blancs, leur montraient ces
misérables haches de pierre dont se servent les sauvages qui
TOME II. a a
338 SECOND VOYAGE
n^oDt encore eu aucune communication avec les hommes de
notre race. Afin de s'attacher de plus en plus Ifes Botocudos^
Marlière fit feire pour eux plusieurs plantations. C'étaient les
soldats des dÎTisians militaires qu'il employait à œ travail ^
et souvent il avait le plaisir de voir ces derniers serrer dans
leur bras les sauvages que naguère ils exterminaient comme
des bétes féroces. Un des premiers soins de Marlière fut d'é-
tablir une discipline plus sévère parmi les soldats des divi-
sions; il avait obtenu la réforme des vieux bouchers des In-
diens y ce sont ces expressions \ il les avait remplacés par des
hommes moins barbares « et avait établi pour règle qu'il n'y
aurait aucun avancement pour le^ soldats dont la conduite
tendrait à éloigner les indigènes. Marlière fixa son quartier
général au lieu appelé GaUo au-dessus du confluent du Rio
de S. Antonio , et il y fit fiiire des plantations de bananiers ,
de manioc y de malsi de rie , d'ananas^ de cafEéiers^ etc. j
dont les résultats surpassèrent ses espérances. U fonda encore
d'autras colonies > principalement celle qui reçut le nom de
Petersdorjffy et est située au-dessus du confluent duPercicaba.
En peu de temps , plus de quatre cents sesmarias furent dis-
tribuées dans les déserts du Rio Doce. Une circonstance par-
ticulière excitait les Mineiros à aller s'établir dans cette con-
trée. Le gouvernement avait eu le tort de concéder pour
vingt ans y à une société anglo^brasilienne , la navigation du
Rio Doce et la tiecherche de l'or dans ce fleuve et dans ses
affluens. Jaloux dé voir des étrangers venir les dépouiller de
leurs richesses pour en aller bientôt jouir en Europe ^ les na-
tionaux è'empresâaient de les prévenir, et se répandaient dans
ces fo^êlB immenses qui naguères n'étaient habitées que par
les Botocudos. Pour ce qui regarde ces derniers ; le ministère
et le gouvernement pkx>vincial de Minas Geraes> il faut le pro-
clamer à leur gloire , secondaient de tous leurs efforts les in-
tentions bienfaisantes de Marlière. On l'engagea à exposer ses
idées sur les mesures que l'on devait prendre afin de conso-
lider ses travaux et d'aiMîélérer la civilisation des Indiens.
AU BRESIL. 359
Mirlière répomKt avec une noblo fl-anohise ; H ne dtiignit
poHit de «igmiter ks abus et indiqua ieê noyetis qui lui pa-
mrent les plus propres à acwurer le bonheur des Indiens. Ses
méimoirea , adressés aux adfninistrateurs , reapirent une sorte
de naïveté ckevarleriesque qui n'appartient , pour ainsi dire ,
plus ànotre^époqiM. Dans ma correspondance avec cet homme
do bien , je lui avais soumis ipielqnes idées qui obtinrent son
approbation , et je ne pus , je l'avoue , lire sans un profond
attendrissement les paroles suivantes que je trouvai dans une
de ses lettres ; elfes lurent pour moi une récompense bien
douce et que je n^avâis point assez méritée ; a Je m'afiOlige de
« votre mouvatse santé comme si vous étiez mon frère. Vous
< ne seriez pas regt^té seulement de ceux qui cultivent les
a sciences : vous (e seriez enctM*e de mes pauvres Indiens ; ih
a tipfirendront que , dans l'autre hémisphère , ils ont un ami
^ « qui plaide leur cause au tribunal de Thumanité ; je serai
« votre interprète auprès d'eux lorsqu'ils sauront mieux me
le comprendre. « Marlière proposa au gouvernement de Mi-
nas d'encourager les mariages mixtes , d'appeler, poui* di-
riger l'instruction morale et religieuse des Botocudos, quel-
ques ecclésiastiques étrangers qui ne fussent point imbus de
tfeé préjugés que lés pi^étres mîneiros , d'ailleurs trop peu ré-
guliers , partagent avec le reste de leurs compatriotes ; d'é-
ioigner des aldcas les déserteurs et les vagabonds ( vadios )
qui volent les Indiens, les maltraitent et violent leurs femmes ;
de "défendre aux commandans des districts d'envojer les In-
diens loin de leur pays au milieu d'hommes qui les font tra-
vailler à coups de firule sur les grandes routes ; de restreindre
le commerce de l^u-de-vie dans les aldeas ; d'accorder des
indemnités aux maitres ouvriers qui veulent bien se charger
d'enseigner des métiers aux jeunes Indiens ( ici M. Marlière
cite le lieutenant-colonel Joaquim dos Reis qui , quoique
fort pauvre , avait élevé un grand nombre de jeunes In-
diens ) ; de substituer des officiers en retraite aux directeurs
actuels des aldeas ^ généralement ignares , paresseux et sans
34o SECOND VOYAGE
honneur ; de fiadre restituer les terres volées aux Indiens, ef£;
Amor e lealdade para eom elles, s*écriait Harlière, meu^
amigos , e êemos homens ! ( Aimons-les ; soyons loyaux en-
vers eux 9 mes amis y et nous aurons des hommes). Mais pour
exécuter les plans: du bon Marlière , il aurait fijlu des
hommes qui lui ressemblassent , et où les trouver? a Gio-
a quante-huit ans sont à ma porte , m'écrivait-il \ \di rngx
a deux blessures ; j'ai quarante années de campagne ; je me
« suis embarqué plusieurs fois y et souvent j'ai été obligé de
« me contenter d'une bien mauvaise nourriture. J'au-
fc rais besoin de quelque relâche ; mais je cherche
tt vainement un successeur ; il me &udra mourir pour cee
« pauvres gens et au milieu d'eux. 9 Marlière a mis les
Portugais - Brésiliens en possession d'une étendue im-
mense de forêts ; il a fidt aux Indiens tout le bien qu'il pou-
vait leur faire ; il leur a procuré quelques années de paix ,
mais la trace de ses nobles travaux sera bientôt e£Eacée , et ils
n'auront eu en définitive d'autre résultat que d'accélérer la
destruction de ceux dont il voulait faire le bonheur. <c Nâo
ouso espérât a fiUcidaie de ver estes meninos outra vez ,
écrivait-il au gouvernement des Mines , en parlant de quel-
ques jeunes Botocudos dont on fkisait &ire l'éducation à ^o
de Janeiro ; mas elles terâo na sua lembrança ao eapùâo Nhe^
rame ( o capitâo velho ) e virâo pagar o tributo de alguma
lagrima de sentùnento onde desçançarem os meus ossos , porque
sou €unigo destes homens da nalureza. » ( Je ne puis espérer de
revoir ces enfans ; mais ils se souviendront du vieux capitaine,
et viendront répandre quelques larmes sur ma fiasse > parce
que je fus leur ami ). Oh ! sans doute ils auront bien des rai-
sons de pleurer le vieux capitaine / maÏB ces hommes légers
souffriront, et je crains bien qu'ils ne le pleurent pas '.
> Je doit le dire cependant , le jeune Pedro Fêles que j'avaitamen^ en
France des Mîuions de TUragnay, et qni sert aaîoard*bai k Alger daw
)a Wgîon étrangère, a e'crit de lui>m£me à ttê bienfaîleuri , k son airiv^c
en Afrique, pour leur exprimer sa reconnaissance.
AU BRÉSIL. , 341
iwiwiiw ii ff ' y»"* ! ^ ' ^"**^'^^^^^"^**'' ! ^'^'* ! "'"''"^'"'*" ' '''^'^"» ! "» ! "* Wt^www n^% ^» »'
CHAPITRE XIV.
LES DOMESTIQUES DE l'aUTEUE TOMBENT MALADES
A l'embouchure du RIO DOCE. LE POSTE DE
GOMBOIOS. — LE VILLAGE IITDIEir DE PIRIQUIASSÛ.
L*aiitmir dcseend le Rio Doce. — Encore Antonio Martini. Réflexions
sur U toUtode. — Aatre Ue de Juparanân^ -» Les domestiques de
Tauteur tombent malades à l*emboachttre dn Rio Doce. Les provi-
«ons lai manquent. 11 se remet en roate. — Comboios, Histoire (le
ce poste. — L*auteor sVmbarque sur le Rio da Aldea Velba. — Car-
rières de coquilles. — Village de Pin<fuiassù ; son histoire ; sa si-
tuation; wt% maison». Les Indiens qui Phabitent; lear pauvreté ; leur
costume ; leur paresse et leur insouciance } de quelle manière on les
traite. — Le Cauim ; comment on prépare cette boisson. — L*auteur
revient, à Almeida. Curiosité que le Dolocudo Firmiano inspire auv
lubîians da cette ville. Enfans indiens. Hommes de eorvée.
Je partis de Linhares sur une pirogue qui apparte-
nait à Joao Felippe. Le temps n'était point couvert ,
comme le joiu* où j'avais remonté le fleuve , et je me
portais parfaitement; Taspect du pays me plut bien
davantage. Il n'est pas de site qui n'emprunte quelque
charme d'un ciel serein, et les objets ne se présentent
point à nous sous les mêmes couleurs , quand nous
jouissons d'une bonne santé et quand nous éprouvons
de la fatigue ou des souffrances. Il ne faut donc pas
34s SEGOSD VOYAGE
s'étonner s'il arrive que les voyageurs ne décrivent pas
toujours les mêmes lieux d'un» manière semblable.
Nous nous arrêtâmes encore un instant chez Anto-
nio Martins. Ce ne fut point sans un véritable senti-
ment de regret que je fis mes adieux à cet homme
respectable. Eloigné de tous les humains , sans société,
sans voisinage, sous un toit couvert de chaume, privé
de toutes les commodités de la vie, Martias passait
des jours heureux au sein de sa famille. Je ne change-
rais pas contre les trésoi» de mon roi lesconsolations
que ceci me procure , s'écriait-il en me montrant son
petit oratoire; et certes c'était beaucoup dire, car, à
cette époque, les Brésiliens qui vivaient loin des villes,
avaient une idée bien pompeuse de leur souverain et
de ses richesses. La solitude abrutit encore davantage
rhomme déjà corrompu; les Sertôes du Brésil, en
offrent trop d'exemples; mais elle achève d'épurer
ceux qui ont déjà quelques vertus; faute d'alimens,
leurs passions s'éteignent ; n'ayant rien à attendre des
hommes , ils élèvent leurs pensées vers la source de tout
bien, et se font une douce étude de devenir chaque
jour meilleurs. Je ne penserai jamais $ans attendrisse-
ment au bon Antonio Martins et à ce respectable cul-
tivateur qui me reçut avec tant d'hospitalité aux sources
du S. Francisco, et montrait tant de réaignatioa au
milieu de ses misères'.
Antonio Martins qui avait soixante; ans me raconta
* On trouvera dans ma troiaîàBie ReUtion des détails sur
tes lomxios jusqu ioi laconnues du Rio de S. Francisa).
AU BRÉSIL. 343
que j du temps de son graod père , il avait paru sur
les bords du Rio Doce, quelques tribus de Maeunis '
qui s'étaient montrés les amis des Portugais, mais qui
en même temps laissaient voir une haine implacable
pour les Indiens civilisés auxquels ils donnaient le nom
de Tupis. Les Macunis auraient voulu attaquer ces
derniers; mais bientôt ils se retirèrent parce qu'ils
virent que leurs ennemis seraient soutenus par les
Portugais. Il est difficile que ce fût ne soit pas véri-
table , car où le bon Martins^qui ne savait ni la géo-
graphie ni l'histoire, aurait-il été chercher les nom^
de Tupis et de Macunis. Le récit de ce cultivateur
tendrait éprouver, ce me semble, que le mot tupi
était 9 comme me l'avait dit le vieil Indien de Villa
d'Âlmeida, un sobriquet injurieux imaginé par les
peuplades de l'intérieur pour rendre ridicules les In-
diens de la côte.
A quelques portées de fusil de la mabon d'Antonio
Martins, commence,dans les bois vierges, un lac qu'on
nomme Juparandn, mais qu'il faut bien se garder de,
confondre avec le grand lac de Juparanân, voisin de
Linhî^res. Bien différent de celui-ci, le premier est
formé d'une eau sale et bourbeuse où naissent dos
milliers de moustiqiies. Dans les grandes eaux ce I9C
sort de ses limites, et va se décharger dans la oier à
l'endroit appelé Barra 5tfca (embouchure desséchée)'.
^ J'ai donné dsn^ |na première Relation , vo}. I^, p. 4i|
dqs détails sur cette tribu indienne.
* C'est , je crois , à tort que Pizarro fait de ce second lac
Juparanàn un bras de celui de Juparanàn de Linhares*.
344 STECOND VOYAGfi
Là est un poste militaire , et plus loin commence l'ar-
chevêche de Bahia. Ce n'est pas seulement le diocèse de
Rio de Janeiro qui finit à Barra Seca ; là finît aussi la
juridiction administrative de la province d'Espirito
Santo.
Pendant tout le temps que nous mimes à descendre
le fleuve, Firmiano eut de la fièvre; et lorsque j'arri-
vai au poste de Regencia , j'appris que Manoel da
Costa avait déjà essuyé deux ou trois accès de cette
maladie. Le lendemain le Botocudo était beaucoup
plus souffrant ; la fièvre ne le quitta pas , et il fut con-
tinuellement assoupi. Ma position devenait assez fâ-
cheuse. Prégent avait perdu sa santé sans retour; le
pédestre Luiz qui me servait de guide était plein de
courage et de bonne volonté , mais , après avoir été
longt-temps malade, il éprouvait souvent des rechutes;
enfin les seuls individus de ma suite qui eussent été
bien portans pendant tout le reste du voyageuse trou-
vaient alors plus soufirans que les deux autres. Il est
clair que je ne pouvais m'éloigner du Rio Doce ; et ,
soumis aux mêmes influences que mes gens, je courais
la chance d'être bientôt comme eux atteint par la
fièvre. D'un autre côté , mes provisions étaient presque
épuisées , et je n'avais aucun moyen de les renouvel-
1er, puisqu'il ne fallait pas moins de trois jours pour
faire le voyage de Linhares , et que les soldats du poste
ne pouvaient être continuellement à ma disposition.
Ces pauvres gens étaient si bons qu'ils eussent volon-
tiers partagé avec moi tout ce qu'ils auraient possédé;
mais eux-mêmes manquaient presque du nécessaire.
AU BRÉSIL. 345
Leur figure jaunâtre et languissante attestait Tinsalu^
brité du lieu qu'ils habitaient, etpeut-^tre davantage
encore l'insuffisance de leur nourriture habituelle. Ils
ne vivaient effectivement que de farine de manioc
qu'ils allaient chercher chez Antonio Martins et du
produit très éventuel de leur chasse et de leur pêche ,
principalement de lézards , de tatous et d'œufs de tor-
tue. Je me vis forcé de réduire nos portions de haricots
et de lard, et, profitant de la bonne volonté despedes'
ires du poste^je commençai à partager avec eux les faibles
résultats de leur chasscLe premier jour ils tuèrent un de
ces grands tatous qu'on appelle dans le pays tatuassû
(dasypus gigas Cuv'^; mais il nous fut impossible d'en
avaler la chair , à cause de l'odeur de musc , extrê-
mement forte dont elle était imprégnée. Pendant deux
jours I je n'eus qu'une mince ration de haricots avec
de la farine et un peu de tatu uerdadeiro dont le goût
sauvage me paraissait détestable; mais ensuite je fus
plus heureux ; je mangeai ma part d'un agouti que les
pédestres avaient pris au mundeo * et dont la chair me
parut semblable à celle de nos lapins.
Je m'étais décidé à faire prendre un vomitif à cha-
cun de mes malades. La fièvre quitta aussitôt Manoel
da Costa; mais Firmiano n'eut pas le même bonheur.
Cependant comme ce dernier avait encore la force de
se tenir à cheval; je pris le parti de quitter l'embou-
^ J'ai déposé cet individu au Muséum de Paris ; je ne
saurais dire s'il y est encore.
* Voy. plus haut p. 378.
346 SECOND VOYAGE
cbure du Rio Doce pour retournar k VîIU da Victo-
ria, espérant que^de meilleure eau et \e chkn^emmt
d'air produirairat $ur mes malades un efTet plus salur
taire que tous les remèdes- Il nous eut été 4b9olumeftf
impossible de parcourir eo ui| seul jour la loiigue
distance qui sépare le Rio Doce du poste de Riacho.
Je pris donc la résolution d'aller coucher au Ç^uarid
dos Comtois (poste des convois), situé da^/s les ï^
à quelque distance de U mer. Après avoir fait 3 Ueuss
sur la triste plage que j'ai déjà déorite (p, 3o5), j'mri*-
vai à une grande orpû( près de laquelle qommenoe Je
sentier qui conduit à Cpmboîos. Ce chemin étroit es^
si peu fréquenté qu'il &llut en un certain endroit em*
ployer la hache pour nous frayer un p^ftSage. Enfin,
après avoir fait une demi * lieue dans la forêt , nous
parvînmes à Comboios.
Là on ne voit encore qu'une simple cabane. Celle*
ci est située sur le bord d'une rivière de l^argeur niéf
diocre qui serpente agréablement entre deux iîsîàri^s
de pâturages marécageuj^ bordés degrandsbois vierges.
Le Rio dos ComboioSj c'est ainsi que s'appelle cette ri«
vière, prend sa source à peu de distance du postai et
se jette dans le Riaclio au-dessous du hameau de
Campos do Biacho. Le seul chemin qui aboutisse im**
mé4iatement de la plage ;iu qiiartel e^t celui par ^u^)
j'y étais arrivé; m^is » en pas^nt 1^ rivière , q^ trouve
un autre chemin qui conduit au hameau dont j'ai par-
lé tout à l'heure. D'ailleurs ce poste est éloigné de
toutes les habitations 9 et les Botocudos ne se montrent
jamais dans son voisinage; il ne saurait donc avoir
AU BRÉSIL. 34^
d'utilitë que pour les voyageurs qui ne font point en
une seule journée le chemin du Riacho à Regencia, et
Ton a pu , sans aucun inconvénient , se contenter de
placer ici deux hommes. L'un était un nègre libre et
l'autre un mulâtre mariés chacun à une femme in*
dienne. Ces bonnes gens qui vivaient séparés de tout
l'univers, me reçurent fort bien, et me rendirent
plusieurs petits services. Voici qu'elle est l'histoire du
Quartd dos Gomboios,
Il y a environ une cinquantaine d'années (éciit en
1818), un homme qui avait été poursuivi par la jus<>
tîce y alla s'établir sur les bords du Rio Doce, au lieu
oii est aujourd'hui le quartel da Regencia , et y fit une
plantation assez considérable. Cet. homme avait ima-
giné de transporter sur des chars, jusqu'au Rio dos
G>mboios, les denrées qu'il voulait vendre, et là, il
les embarquait sur des pirogues, pour les faire des^
cendre ensuite jusqu'au hameau de Riacho. Au lieu
où arrivaient ses chariots, il avait construit une
chaumière à laquelle on donna le nom de Comboios
(convois) , qui indiquait assez sa destination , et c'est
là qu'est aujourd'hui le quartd.
. Ce même homme, lorsqu'il était arrivé au Rio
Doce, avait été accueilli d'une manière amicale par les
Botocudos, et, pendant iong«-temps , il vécut avec eux
en bonne intelligence. Cependant un des chefs indiens,
étant devenu amoureux de la ftUe du Portugais , la
demanda en mariage au père. Celui-ci gagna d'abord
du temps; mais, comme le sauvage renouvelait s^uis
cesse ses impprt unités, le blanc s'avisa, poqr se dé-
348 SECOND VOYAGE
barrasser de lui et des hommes de sa nation , de leur
donner de la quincaillerie infectée de virus variolique ' .
Plusieurs Botocudos furent les victimes de cette hor-
rible perfidie ; les autres , soupçonnant la vérité, dé-
truisirent l'habitation du blanc, ainsi qu'une chapelle
qui en dépendait , et , depuis cette époque , les Por-
tugais voisins du Rio Doce, ont toujours été en guerre
avec les sauvages. La cabane de Gomboios fut aban-
donnée; mais, lorsqu'ensuite , sous le gouverneur
Pontes, on établit différens postes pour protéger les
chmnins et les habitations exposés aux attaques des
Botocudos, on fit une sorte de petite caserne de cette
même cabane.
Les forêts qui l'entourent, peu firéquentées par les
chasseurs, abondent en gibior. Prégent, qui avait été
chasser , revint , au bout de très peu de temps , avec
un pécari, un grand lézard et plusieurs oiseaux, parmi
lesquels était une gallinacée , bonne à manger.
Pendant W voyage de Regencia à Gomboios, Fir-
miano , quoique sur son mulet , avait toujours dormi.
Il arriva encore fort mal portant; mais, vers le soir,
la fièvre se dissipa, et bientôt il fut parfaitement
guéri.
Parvenu à Aldea Yelha * , j'y restai un jour, pour
aller visiter le village de Piriquiassii. Le capitaine
^ M. le prince de Neuwied raconte que , dans une autre
partie du Brésil , l'on a hdi usage du même moyen pour ^
débarraBser des Indiens sauvages.
* On peut consulter, sur ce hameau , la description que
j'en ai donnée dans un des chapitres précédons.
AU BRÉSIL. 349
Manoel FrancisGO Guimaraes, dont j'ai déjà parlé,
me donna une pirogue et deux Indiens pour la con-
duire. Nous attendîmes la marée montante , et il était
onze heures lorsque je m'embarquai. Avant de partir,
mes Indiens m'avaient demandé quelque argent pour
aller boire, et j'avais été beaucoup trop généreux, car,
lorsque nous fumes dans la pirogue , l'un de ces deux
hommes se trouva tellement ivre, qu'il était incapable
de pouvoir tenir sa rame. Tavais heureusement em-
mené mon pédestre Luiz ; sans lui , j'eusse éprouvé les
plus grands embarras.
G>mme je l'ai dit , la rivière d'Aldea Yelha peut
avoir, à son embouchure, environ la même largeur
que la Seine au Pont-Neuf. Jusqu'au village de Piri-
quiassii et peut*être plus loin , la marée se fait sentir,
et, dans cet espace, les eaux de la rivière sont salées
comme celles de l'Océan. Vers l'embouchure , la rive
méridionale, assez élevée, présente un amphithéâtre
d'arbres qui diffèrent entre eux pour le port et te feuil-
lage. Du côté du nord , au contraire , lé" terrain est
bas et couvert de mangliers , ainsi que d'autres arbres
amis des marécages voisins de l'Océan. A environ un
quart de lieue de l'Aldea Yelha ^ je passai devant le
confluent de la rivière qui vient du coté du midi ' , et
continuai ma navigation sur l'autre branche. A peu
près depuis cet endroit jusqu'au village dePiriquiassû,
les deux bords de la rivière , presque toujours égale-
' Yoj. cequej*ai dit /au chapitre XII, sur la rivière
d'Aldea Yelha.
35o SECOND VOYAGE
ment plats ^ sont également inondés au temps du flux,
et couverts de roangliers en général assez grands, et
d'autres arbres.de marais salés. Dans les endroite oii
ces TégétaUK laissent entre eux des espaces découverts,
les Indiens ont la coutume de faire^avec des morceaux
de feuilles de palmier, des enclos oit le poisson entre ,
lorsque la marée monte, et où on le prend sans peine,
quand les eaux se retirent Derrière les mangliers , le
terrain prend une élévation plus ou moins sensible.
Continuant ma navigation^ j'entendis dans le loin-
tain le bruit du tambour , et bientôt nous rencon-
trâmes une pirogue remplie d'Indiens qm en condui-
saient une autre que l'on venait de lalicer. A roccasion
de ce petit événement, on célébrait une fête. Au mi-
lieu de la pirogue nouvelle , avait été plantée une
croix ; mats d'ailleurs il ne s'y trouvait que deux per-
sonnel. L'autre pirogu€^, au contraire, était pleine
d'Indiens , hommes et femmes , qui , pressés les uns
contre les autres, poussaient de grands cris et chan-
taient , accdmpagnés par une petite ûûte et par un
tambour.
A environ une lieue et demie à deux lieues de l'Ai-
dea Yelha , nous arrivâmes aux carrières de coquilles
( ostreùras ) dont j'ai d^a eu l'occasion de parler. Ce
sont des collines qui s'élèvent sur les deux bords de
la rivière, et qui, presque entièrement , sont compo-
sées de coquilles d'huîtres, seulement entremêlées
d'une autre espèce de coquilles bivalves. Ces carrières
sont ouvertes au public, et chacun lest libre d'y aller
chercher, pour faire de la chaux , telle quantité de
AU BRÉSIL. 35ï
matériaux qu'il juge convenable. Deâ fours avaient été
autrefois construits auprès de la carrière ; mais comme
les Botooudos se montrèrent dans le voisinage , on
transporte aujourd'hui (i8t8) les coquilles à l'Aldea
Yelha , et o'est là que se fait la chaux qui , comme je
Fat dit ) est poui* cette espèce de village, une branche
de commerce importante \
^ Voici ce que Southey, d'après le père Gaspar da Madré
de Deo8 , raconte des osireiras du Brésil, a La côte de cette
ce contrée abonde en coquillages , et ^ à une certaine époque
(c del^année, les Indigènes venaient pour 8*en nourrir de
« rinlérieur sur lé littoral. Ils bâtissaient leurs huttes dans
« les endrtxts les moins humides au milieu des roangliers ;
« tant que durait le temps de la pèche , ils mangeaient les
a animaux renfermés dans les coquilles, et ils faisaient sécher
a une grande partie de ces mêmes animaux , pour ensuite les
€( emporter chez eux. Cet usage dura si long-temps que les co-
R quîHes tamonceléeS ânii*ent par fermer des collines ; de la
fc terre végétale se ramassa sur ces immenoes monceaux , et
c des arbres j prirent racine. Ces .collines ap|>elées ostreir&s
« ont fourni toute la chaux dont on a fait usage dans la capi*
a tainerie de S. Tincent ( S. Paul ) depuis sa fondation jus-
ix qu*à nos jours. Dans quelques-unes d'entre elles ^ les co-
ït quilles se sont transformées en pierre à chaux ; dans d'au-
« très, elles n'ont mibl auctan changement. An milieu d'elles,
« OB trouve souvent des pots brisés et des ossemens humains.
a Ces os sont ceux des Indiens qui mouraient pendant le
«c temps de la pèche , et dont on plaçait les corps au milieu
«c des amas de coquilles ( History of Brazil , I, 36 ). d Je
m'abstiendrai de toute réflexion sm* ce passage *, je dirai seu*
lement que je ne crois point que les coquilles ,d^ ostreiras de
Piriquissii soient entièrement à Tétat fossile. On sait qu'il
3Sa SECOND VOYAGE
Naviguant toujours, j'aperçus, vers l'ouest, les
montagnes encore inhabitées de Taquaùba ' , qui
sans doute se rattachent à la grande chaîne mari-
time. Au lieu appelé Lameirâo ( bourbier ), je vis la
rivière s'élargir, et former une espèce de lac. En-
fin , vers les quatre heures , j'arrivai au village de
Piriquiassii.
Il y a environ quarante ans (écrit en 1 8 1 8) , ce viU
lage n'existait réellement point encore. Des Indiens
avaient à la vérité construit leurs demeures sur le bord
de la rivière; mais elles étaient éloignées les unes des
autres. liCS Botocudos firent une excursion dans le
pays , et , profitant de l'isolement des cultivateurs , ils
ravagèrent plusieurs plantations , et tuèrent quelques
individus. Pour éviter qu'un pareil malheur ne se re-
nouvelât, BoM Jardim, qui était alors capitào môr de
la province du S. Esprit, ordonna aux Indiens disper-
sés de se réunir tous au lieu où est aujourd'hui le vil-
lage de Piriquiassû, et d'y bâtir des maisons. On leur
donna un capitaine de leur race ; et comme ils avaient
été en quelque sorte détachés de la population de Villa
d'Almeida et de l'Aldea Velha; que, d'un autre côté,
ils devaient se tenir prêts , comme soldats , à suivre
les ordres qu'on pourrait leur donner , le village prit
le nom de Destacamento (détachement) qu'il conserve
encore aujourd'hui.
existe aussi de grands amas de coquilles d'huKres en Egypte >
dans la Saintonge et auprès de Nice.
^ Toqua &ba veut dire en guarani lieu planté de roteaux»
AU BRÉSIL. 353
Le Destacamento , ou si Ton veut Piriquiassii ,
est situé sur le sommet d'une colline allongée qui do-
mine la rivière. On découvre sur la rive opposée
d'autres collines couvertes de bois ; à l'ouest , on voit
les montagnes de Taquatiba' dont j'ai parlé tout à
l'heure, et, du coté du nord*ouest, celles ^Aracan^
diba ^. Vers le nord, au-dessous dû hameau, se trouve
une vallée pn^nde , et ce sont lés deux côtés de cette
vallée qui sont cultivés par les habitans de Piriquias-
sii. Au-delà du village, du côté deTouest, il n'existe
que des forêts qui servent de retraite aux Botocudos ,
et dans lesquelles les Portugais-BrésiUens n'osent point
s'enfoncer.
Les maisons dont se compose Piriquiassiï ou le
Destacamento sont au nombre de 63. Fort rapprochées
les unes des autres, elles entourent une place qui
présente la figure d'un carré long. Toutes sont cons-
truites en bois et en terre ; elles ne sont point crépies ,
et ont un toit en chaume qui, comme celui de toutes les
cabanes de ce pays, est plus élevé que les murs. Très
mal entretenues , ces maisons n'annoncent que l'indi-
gence, et leur intérieur répond au dehors. L'on n'y
voit pas d'autres meubles qu'un hamac , une escabelle
et quelques vases de terre.
Les habitans du Destacamento, tous Indiens ci-
vilisés, ne montrent pas dans leur costume plus de
' Probablement d'oroçiU espèce d'oiseau , ( Xaracuén des
Portugais-Brésiliens ) et andiié ensemble. On trouvera dés
détails sur Varacuàn dans le quatrième volume des Beitràege
du savant prince de Neuwied.
TOME II. 2l3
^4 SECOND VOYAGE
lambeaux, ype^^içUçetu^eiup^ il'Mieme «dbiii»*
jent toutl^^çoMtrieinçntdff f(nfin(^f$^pmiM»M>tua
pa|ita|oB i^yec 1» cf^çiai^^ «( f(9Pir«>^t» WWd U» tu»"
vaille!^, ils^^pprin^lt .<» 4««Wr yêtwwnt, Plmw«n
jentrç eux pftfïWt WÇ Ç^WmW 4« Wne brwae. et m
Si le^ habHaji^ 4^ P^iqqia^ i;^ {Hiiiyiwmiln'eB&ai
afcijsejr çue l{||^ffei^ ef ^'ii^jtouci^i^.niiluveU^ à lew»
racfi. ]Le!^ terj^ ji If Y^ri^f ff^i^viepiwfit p^u^uootoi»;
piais elles çon^ tfif» ^«for^l^ 4 ^ «MJtwn d« wmupi»
ils ont, dans leur voisinage, des forêts qu'ik pWTcafc
e^pjjjjt^^pt: jlls expojr^iç)E9^°< «>w p«M IflA produits
de l^uf ^1, pw^qv^ l'eptefi? 4^Ri<» d' Ald«% y «Ibimt
préseptp ia«iÇ«tf»e <iifl5/çHjté ,^ ^ qi^ç l#ti ^^afiçiitiQM
«•empnf^i^l pj^^i^e jusqu'au vWftg^
î^ p?VY«*Çté 4(3? f yU^vatevF» d* Fi|ii{imssû n'a
f^^\ Ç» ?V "^^ W ^ P9P»dHîfft» ^ppfil^ lia» fân
c)ieuse. içi.^uçnce, :^ cftpitflifle des In^iw». m'umum
m^fl»^ q^p, depwls ^f fondfltjo'^ dp«Ve ^iUftgfl» Ifl «OHte
i}rç 4,(ç ^s ^^it^ifs ér^it d^vem) tifl^ifc««^p pW^ c«n^
«.. .\. ÎT
Les Indiens de Piriquiass^ Çtak^t ftMJidt^, OOfqniB
c?V^ ^Ç. 9VÇy?^te ^t d'Alœei^, W^ ç^m» appels
de tnjy^illfivif p gyq f^^f ait Ipi^^i Ips {pf^ i« gOMvprww
de la province ; mais , n'ayant aucun blanc parmi eux,
iU s^yaiwtdu laoiiia le honbeur d'^happer à une foule
de petHes vexations de détail. Je leur trouyai cet aif
de contentement que montrei^t engoi^éral I)^s in^igèo^
AU BRâSIL. 355
«k qui tient àocque'Fléée.de t'ivenir ne tes tdufnieate
Gc8 paufves gens n^acousâfeM que lès èubalternes
des ÎQÎustîocs.doiit Us étaient Pobjél, et, s'ils t>&rlaient
^ roi y c'était toajoufs ^ là tuaiiiièfe là plus toti»
çhante<» Le roi^ me disàiefit-ils, Veut que tous ses sujets
aoieat keureux et traitas de là même manière , s'il sa-
vait oe qui se passe iei, il ne le souffrirait pas ; mais
nous ne sommes point asseâs riches pour aller à Rio
de Janeiro lui demander justice ^ et nos plaintes ne
sauraient parvenir jusqu'à lui.
Les Portugais^ en réduisant ces malheureux à une
scnrtc de serrage^ne leur artaient offert aucun dédom-
magement. Personne né songeait à donner l'instruc-
tion la plus légère aux Indiens de Piriquiassd. Il n'y
avait au milieu d'eux ni prêtre , ni maître d'école ; il
fallait que pour se marier, il fissent un voyage de deux
jours , et tous les malades mouraient privés des consov
la|io9S que la religion aooorde à ses en£»ns. Les habi-
tans de PiriquiasSo conservent cependant la tradition
eonfuse des vérités fondamentales du christianisme;
mais leur vénération pour certains bienheureux égali^,
au moins celle qu'ils f>nt pour Dieu lui-même , et^ au*
reste, \\ fàut le dive, il est un giredd nombre de Bré-*
sîlienspPortQgais dont la eroyance diffère peu sur ce
point de celle des Indiens de Piriquiassû.
Le lendemain du jour ou je visitai ce village , on
devait y célébrer la fête de* 1^ Toussaint , et tous les
li^a]^it2|ns avaient préparé le cammon cauabà y bois-
son enivrante qui se fait avec les tacines du manioc.
356 SECOMD VOYAGE
On fait cuire ces racines après les avoir râpées , oin
pile la pâte qui résulte de cette préparation ; on la
mêle avec une certaine «Quantité d'eau, et le lendemain
on peut boire le cauim. Tels sont du moins les pro«-
oédés qu'indiquent les indigènes^; mais les Portugais
soutiennent qu'au lieu de piler la racine de manioc^
les Indiens la mâchent; le curé de Villa d'Almeida
paraissait être un homme véridique, eCil m'assura que
plusieurs fois il avait trouvé des Indiens assis en rond
autour d'un grand vase et occupés tous ensemble à
préparer la liqueur favorite à l'aide de leurs dents.
Quoi qu'il en soit, je voulus voir et goûter le €:a£tf^.
Je lui trouvai la teinte trouble et blanchâtre du lait du
heure , et un.goAt analogue à celui du petit lait mais
pourtant plus aigre ^
* On sait qu'à leur arrivée au Brésil les Européens trou-
vèrent Tusage du àauim répandu chez les Indiens de la côte ;
qu'alors c'étaient les jeunes femmes qui préparaient cette li-
queur, et qu'à cet effet , eUes recouraient â la mastication.
Autrefois les indigènes faisaient le cauùn non-seulement avec
la racine du manioc , mais avec plusieurs autres substances
aliâientaires , et M. le prince de Neuwied dit qu'aujourd'hui
encore les habîtans de S. Pedro doêlndiosemploient, outre le
manioc^ les patates et le maïs.— -J'écris le mot cauùn deUméme
manière que l'auteur très ancien du Dkciomtrio Fortuguex e
BroiiUano. Dans le dialecte guarani , le P. A. Ruiz de Mon*'
toya écrit càgûi i et , suivant ce dernier écrivain , cagâaha ,
identique avec cauabù , veut dire grande boisson , ivrognerie.
Lorsque les Européens eurent apporté l'eau-de-vie aux In-
diens, ceux-ci l'appelèrent eaaim tata le cauùn dè/lnt. Le mot
cauim parait être radical.
AU BRÉSIL- 357
Je m'embarquai avec la marée descendante pour
retourner à l'Aldea Yelha. La nuit nous surprit bien«
lot; mais le temps était calme; il faisait clair, de lube,
et nous n'avions aucune peine à nous conduire. L*eaii
étincelaity comme celle de la mer^ d'une lumière phos-
phoriquie, tout^ les fois qu'elle était frappée par nos
rames. Nou^ entendions d'un côté les coups de fusil
que l'on tirait à Pinquiassu pour la fête du lendemain,
et^ du côté opposé, les cris joyeux des Indiens qui
continuaient à célébrer le bonheur d'avoir lancé à
l'eau une pirogue nouvelle.
J'arrivai le jour de .la Toussaint à Villa d'Almeida
pii s'étaient rassemblés un grand nombre dlndiena.
J'excitais vivement leur curiosité par mes habitudes ;
mais c'était surtout Firmiano qui attirait les regards.
Chacun voulait voir le Tapuio ; on venait le considé-
rer comme on examinerait une bête féroce dont on se
serait enfin rendu maître après bien des efforts , et on
ne lui cachait point la haine et le mépris que sa na-
tion inapire duns toute cette contrée. J'étais obsédé de
tant d'importui^ités) la patience m'échappa , et je ijiuis
par mettre tout le monde à la porte. Ces pauvres In-»
diens sont si soumis et si doux que personne ne se
permit ni une plaisanterie ni même un murmure.
Un grand nombre d'enfans indiens jouaient sur la
place d'Almeida, et, bien différons de ceux des Bré»
siliens-Portugais de cette province et d'autres contrée
chaudes, ils couraient, sautaient et riaient de tout
leur cœur. Je remarquai en même temps qu'il y avait
dans 1^ mouvemens de ces petits indigènes quelque
3S8 SECOND VOYAGE
(jiofie 4e luriMiiae qu'on s'observe point <^ les en-
fiutf {!« apAre race.
Ja fi}te de la ToiUsdiint lie fut pas tpi jour kettrèot
pg^r 1^ Indiens du lotsîaagq. Des «oId«U de la cem-»
pt^îede Ugoe étaient .veaus chercher Vingt bomme^
qii devaient le lendemaià partir |>oiir la l^Hedé YiÉn-»
tw ou S« AgoatûlhOy el {^rendre la plaee ^es "^ngl
autres doQt \t mOia de tra^vàil vènoMt de fitair. G^étaièitt
\i^ capiMio^ Uidiena qui élaienlt chargés de dësignei*
1^ hai^niM de corvée, et , à meaikre qiie ééux-êi arri-
vaient à Almeida , on les mettait en prisoBi, êe péûr
qUHla né céda^sobt 4 leur ioeoMtanGe oatm^le^et
qu'api^f avoir obéi ëum ordres de leurs supérteuris, \Yà
ye fiÂssedt tentés de prendre la fuîibe: Le^eotitàn^ent des
tràvaiUeura ne. devant (kûnt 8& itM^ti^e eii route le
jour de la Toussaint , atten^^t dans la prison Tintant
du départ. Une feule de femmes ei d'ëtifttts se îe^
wient aux fenêtres de la geôle; mads^ il ne faut pas
croire que Ton songeât' à s'afHtgen l^e:^ prisonnier^
el leurs amis riaient^ ehanlâieiit^ ponssaiënt d^ crb
àb joie. Etrangers à l'idée dq l^a^^ii^, pourquoi en
eBPet se 8eraienl>iU désol^âs ?> i\è ataiékkt? le plaisir de' se
voir encore» Il n'ei|t est pas moins vNti 'que les mal-
heureux mis en réquisition allaient lislîs$ef^ d^s^ femmes
et des enfans sans aucun secours, et pei^e lé tboment
&v<irabte ponr fiîire knra plantaûbns, tfiiiqfte eapoi»
de leurs familles.
AV BkËSfÉ. %
% M tinmii* i TH^T*"""i"""T* " ■ * '"n TItl
CHAPITItÉ *V.
t
ti IxâtfvÉttÉ mùôrnii m ^AÉifÀ. ^ LE convIèiTf
iMÉ^ irdssA s^itàoUx i>ji j^kïhBA et tiixâ velhà.
t.-AirtetTl( iKETOtmi^E Â ïlld DE TÀI^ÏRÔ.
XX
L*aolear revient à Villa da Yictorît>f-;II J< ranll à la oolonie de fToip^o*'
UiklolVè de cèhe cblonie et du chemîo de Villa da Victoria à Minas
. Qmu: PMlti<M«de VhiîÎM; iott ^^Ue ,^ pMais'd^iX' gdti^if^iiéttr. Àd-
nûnîstcatioiu Cbitetoi d'iif^ l^iep^GiiHiir*. OraioM dâf B»i«l»«i
massacre d*iuie troqpe d'hommea de cette oation, — L^aaleu^retoqrnO'
dcT VUHfia* à ttllà Aa Victoria el arnvc^sûr les bods ^e la Uie d^Es-
pîrho Safttfx, Haine 4lM Bt«silb^s^P<Ma^ t&àti^ les étiébtûdô^.
— Excursion à F'ilia F'eiha. Hwtpire^ et ;descn|it$on de ceMUi F^^î^
▼itle. — Convent de Nosia Stnhora da renha* Vue admirable.
Histoire du monastère de Penha. Forteresse. — L'aatear sVmbarque ;
il essaie one tampéle* et arriv* à Rio df Janeiro.
Tàrrivai heureusement à Villa da Victoria, et fus
accueilli par le ccq^itâo màr Francisco Piolo aTec-air-
taiit d'amabîlîté c|M la premier fois; J'rilai bietftôt
resclre visite au giû^thrék^ear ; j'en reçus de nouveaux
témoignages dlùtërêt et de bienveillance, et il mf>
promit an pédestre pour m'accbmpag^er jusqu'à .lat
npuveile villa de Viiknna' que^yedésiraîs' Mohàttre^'
»
* Tdot lé iribttde datfs le pays donne à Tianna le titi*e dé •
36o SECOND VOYAGE
^ Ce fut encore le bon pédestre Luiz da Silva que
m'envoya le gouverneur pour me servir de guide. Je
me rendis à cheval de lucutacoàra, lliabitation de
M. Pinto y à Villa ^ Victoria ; et là je m'embanpiai
^ur un bateau du gouvernement , conduit par le pilote
du goulet (patrào môr (j^a barra). Comme les Indieas<
quiservaient ordinairement derameqirssur cette barque
étaient employés ailleurs, on avait mis quelques ma-
telots en réquisition. Nous longeâmes les îles appelées
Ilha do Penedo et Ilha do Principe; nous passâmes
devant l'embouchure du Rio Jecii, et enfin nous dé-
barquâmes vers le fend de la baie d'Espirito-^anto.
Le gouvçrnçur avait do^né des ordres pour qu'en
cet endroit, je trouvasse un cheval. Je fis environ trois
lieuçs ai4 milieu d'un pays fort inégal , jadis couvert
de grands bois vierges, mais qui aujourd'hui ne l'est plus
en grande partie que de çapoeiras ^ Dans les ei^vi-
viUa i mais je dois dire que Pisarro ne lui en accorde pas,
d'autre que celui de povoacôo.
^ Je n'ai pas encore donné l'étymologie de ce mot qui re^
vient si souvent dans ma prçmiére Relation et dans celle-^ ,
et qui , comme je l'ai dit , indique les bois que Ton voit suc-
céder aux plantations laissées en friche. Obmme 1% très bien
fidt observer Joué de Sa Betenoourt ( Mon. Aig.^ 1 1 ), ea--
poeira vient d^ mots indiens c6 cuéra pu ( Dfe. Pon**
Br€U, ) coquéra , plantation ancienne. — Daps ma premién^
Relation y J'ai fait , avec quelque doute , dériver du portugais
le mot caiinga qui désigne , ainsi qu'on t'a vu, ces forêts d'un
ordre îniërieur «dont lesfetniles tombei^ iom les ans. L'étf-
mologie indiquée par M. José de S£ Betenoourtme paraitplus
vi^^ûsemblable que la mienne. Il &it venir cqtinga des mots
AU BRÉSIL. 36r
rons de Yianna situ^ à environ trois lieues et demie
de Villa da. Victoria, les bois vierges sont beaucoup
plus communs, et le pays devient très montagneux.
Il y a- 7 à 8 ans (ëcrit en 1 8| 8), il n'y avait encore
au lieu que l'on appelait S. jigostinho et où est au-
jourd'hui Vianna que deux ou trois chaumièfes. Pen-
dant de longues années, le gouvernement avait inter-
dit toute communication entre les capitaineries de
Minas Geraes et d'Espirito Santo, voulant par là rendre
plus difficile la contrebande de l'or. Après l'arrivée du
roi Jean VI au Brésil, on ouvrit enfin les. yeux, et
ipâiena rod tinga bois blanc , comme sont , dit-il., ceux qpi
crissent dans les terres les moins fortes. — De savans All^^
mands ont cru devoir écrire çaa^tinga et caa^pim. Cette or^
tbographe peut être fort rationnelle ; mais ce n*e8t point celle
qu'avaient adoptée les jésuites auxquels on doit la fixation
des dialectes tupi et guarani. Ils écrivaient capiAn en tupi
( Voy. Die* Bras. ) et eapyt en guarani ( Ant. Ruix de Mon-
toya ) ; en général ils ne séparaient point par des traits d'union
les mots composés y et en cela ils étaieat guidés par ranalogie,
car on ne les sépare pas non plus dans la langue allemande.
Mais je suppose un instant qu'en écrivant le tupi ou le gua-
rani on dut y ce qui n'est pas , écrire ccui-pim et caa-tinga ,
il ne fendrait pas adopter cette orthographe y quand on cite
les mots dont il s'agit , comme emjproptés aux Brésiliens ac-
tuels ( Breuileiros ), et dans l'intention de se faire mieux com<^
prendre. En effet , au Brésil ces mêmes mots font actuelle-'
ment partie de la langue portugaise ; on les y écrit universel-
lement de la manière suivante r capim et ccUinga; et il serait
tout aussi étrange de vouloir aujourd'hui les rendre à leur
origine qu'il le serait d'écrire en français Bhein , hurg ou
IfindsÂnechte pour Bhin ^ bourg et lansquentls.
36a SECOND VOYAGE
Pou seitfit tèttibfen il éïàït àbsiirâé dé vérifier k Jtè
m^artfàitiéis préeatitiods lés iiiCëMtB qui devaient résul-
ter du eSÊttttétee dé âëht proihicôs limiffôphés dont
l'une est ^dïsiiiè de TOcéàn^ et dont Fautrè t>6ut fournir
k la prétiiière du fer, el d^utfés articles utifés. On
prit dôût là louable résolufiotl de faire ùd cbemiû
qui allât dé Tilià dâ Tictorlà k là v91é dé Mariantiâ.
Lé diéittikflit dommeneé du c6té de ta pi^viùce d'Ês-
|»irito Santé) in hâtoéAn de Santa MdHa dlixé sûr là
rivière dit mStiie nom, fîviëne qui, Côiûlné je l'ai dit,
«e jette daîM M baie. Cepeudàat , comme il faut faire
six lieues par eau de Santa Maria à Villa da Victoria ,
et qu'en général les Mineiros, niulétiew si habifes,
redoutettt de s'embilr^fueri on prit le pai^ d'ouvfir
un second éKéttrin , sans néanmoins renohcer au pre-
mier. On profita de celui qui déjà conduisait à S. A-
gostinboj^ et on le prolongea pour le faire aboutir à
la route de Savita Maria destinée^ comoie* o* l'a yvL ^
à arriver pràade Villa Rieav On eomtnença par faire
au milieu Ati bois vierges une percée (picùda) qui al-
lait jusqu^aux Mines; lors de mon voyage, le véritable
cbemin était totalement achevé dans un espace de di&
lieues ; on. Le. coatÎAiMat en se servant de pédestres cfe
d'Indîena^ et pour q«e le» mnietîera pussent ttburer ,
durant leur Voyage, desf vivres et des abris, on avant
le projet de pfacer de 3 en 3' îieues des détachemens
de Soldats que l'on devait supprimer , lorsqjae des ecH
Ions se seraient établis sur les bords de Ift roitle \
» « Du côté de MlaaB, mëcrivait le 6 décembre iSa^
AU BRÉSIL. ses
5. Agofliliiiho j i{uoique tràs vcism ûe YiHa da Vie-
ICMria, était cependant le poûii le pliis rectllë ôi!l foll
tnmvftt des terres es culture; on prit la rësolotioti dé
donner de Plmportance à ce hameau, et voici par
quels moyeus Ton tftcba d'y pin*venir» La population
des Açorts est, coimne on ftaît, ftirt rattôifdjérable , A
un grand nombre des ^bitans de CM tlé» vivent dafl^
Une extréue i&di|[ence.LegotiVerliement âfvail (ait ve^
nîr deâ Açdres au JB^ésil une cinquanfinne de ménages,
en prooMgt^t de leur dîstfibner des terres ; on \éi
eavojk & S. kgmihhb ^ et ce fut ëtoi^ <lhe Vàn éoti^
, lia h la'cobnie nouvelle le à6m de Fiarmaj celui de
Vintefidattt général de la police. Chaque ménage dln-
claires {lÛieos) eut sà maison , un espace de terre
aises considérable , quelques bestiaux et des instni'»
itteÉs aratoires. On avait besdiui d'argent pour subvenir
à ces dépenses ; dn en prit sur lés fonds affectés à \i
fi M. Guido Thomas MarKère , le chemin a été fait sous mon
c iasfMetiûU ; il a été adievé dans fonte Son étendue , ci %cè^
« ^nanlé pendant qndqu^ttmpspar des cBravannésda nm^
a Jetiers. Cependant les Mineiroa ne pouvant réussir à i^ndre
a leurs bestiaux et leurs autres denrées à la ville da Yictoriat
a ^doDt les habîtans se nourrissent pour la plupart de pois-
c( sdns et de coquîH^s, ont fini par i*enoncer à tout commerce
«I avec la previilée dU à. Bsprit ; et déjà lé chemin éb titntve
« intaniepté pav dea Ironcannveitttey dfas Uattaa€t.dc9 bran*^
« ckas d'atbres. Il ast biéit diffioil^» âjoutak M» MapUsni
« d'accord, avec Pizarro, que fes. babitans si apathiqjues d*Es-
a piiîto Santo fassent fleurir leurs pajs. Les Botocudos eux-
a thèmes connaisisent Udiifêrence qui existe entre ces hommes
a et katfitiefros. »
364 SECOND VOYAGE
police y arrang^nent bizarre qu^on peut ezpUquer aeu*
lement par les lionis de parenté et d'amitié qui unis*
saient le gouverneur de la province et M. PiLui.o
Fxair ANDES Yianwél , Tintendant de la police générale^
Dans une relâche que les lUieos avaiait faite au
cap Yert qujelqu0S-uas d'entre eux avai^at prî», dit-
on, le germe d'une maladie dangereuse; d^un autre
coté l'air de Viamia, avant les défrichemena. qui ont
eu lieu depuis, était loin d'être parfisiilemeat pur; les
nouveaux colons n'étaient poiat accoutumé à tra*
vailler sous le ciel brûlant des tropiques , et ils. eurent,
en arrivant, Viioprudence de former des rizières dans
de^ marais, voisina d^ leurs demeures. Plusieurs des
hommes tombèrent malades et moururent. Les femmes
furent épargnées , parce qu'elles sortaient beauçoup^
moins que leurs maris, qu'elles n'avaient pas les mêmes,
occasions de boire de mauvaise eau , et n'allaient poiot
dans les endroits marécageux. Aujourd'hui que lepajs
est plus découvert, il est aussi plus sain, et il ne pa-^
rait pas qu'il j ait à Yianna plus de nuiladesqu'ailleurs.
Lorsque les Insulaires avaient vu succomber quelques-
uns de leurs compatriotes , ih avaient été saisis d'ef-
froi , et plusieurs avaient voulu se retirer. Le gouver-
neur s'y opposa; quelques-uns s'enfuirent, mais ilsi
furent ramenés à Yianna par la force armée, et, lors
de mon voyage, il était encore défendu à tous les
nouveaux colons d'aller s'établir ailleurs. Ils se plai-
gnaient beaucoup d'une telle gêne ; mais le gouver-
nement avait bien, ce me semble, le droit d'imposer
quelques conditions à des hommes qu'il avilît tirés d^
AU BRÉSIL. 36S
rindigence et conibli^ debieniiîts. Leurs plaintes
eussent ëlé fondées y dsms le cas seulement où^ comme
ils le disaient , on leur eût promis des terres à Minas
Geraes> Rio Grande^ Sainte Catherine ^ et non dans
la proYince d'Espirito Santo.
Vianna se compose d'une soixantaine de maisons ;
mais elles- ne sont point réunies en un seul groupe.
Chacune d'elles y bâtie en terre et couverte en chaume^
est construite au milieu des possessions qui en dépen-
dent y et sur une colline séparée. Autour de l'habita-
tion , les bois, ont été abattus et remplacés par des
champs de mais , de riz , de haricots et de manioc.
Vers Textrémitë de tous les terrains actuellement en
culture , est une hauteur dont le sommet présente une
large plate-forme, et là , on a bâti l'église , le presby*
tère, ainsi qu'une grande maison destinée pour le gou-
verneur. De ce point y on découvre , vers l'est , une
partie des habitations de Vianna, et, du côté de l'ouest,
une grande caserne destinée aux soldats qui protègent
les colons contre les insultes des sauvages. Partout ,
si ce n'est vers l'est , des montagnes assez élevées et
couvertes de forêts épaisses dominent la hauteur , en
donnant à Thorizon des bornes très étroites. Dans
tout cet ensemble, il y a quelque chose de simple
et de majestueux qui élève l'ame et la porte au re-
cueillement.
L'église de Vianna n'est pas très grande; mais elle
est bien éclairée et ornée avec beaucoup de goût.
Cétait certainement une des plus jolies que j'eusse
vues depuis que j'étais au Brésil. Je ne saurais faire
I
■
I
\
368 SECOND VOYAGE
«les sauvages , en suiyant toujours leurs traces au mi-
lieu des forêts; et ^ à la fio de la troisième journée,
il découvrit les baraques de feuilles de palmier où ils
devaient passer la nuit. 11 se cacha avec sa troupe, et,
a la pointe du jour, il fondit sur les ennemis qui n'eu-
rent pas même le temps de saisir leurs flèches. lies
hommes et les femmes furent tués à coups de cou->
teaux par les Brésiliens-Portugais ^ sans pouvoir se
défendre; il n'y eut d'épargnés que deux enfans très
petits , un garçon et une fille, que le lieutenant em-
mena avec lui. On^*trouva dans les baraques des sau-
vages un grand nombre d'effets qui avaient appartenu
à des Portugais, principalement des couteaux, des
hadies , des chapeaux , et l'on fut d'autant plus surpris
de cette découverte , que , depuis quelque temps , on
n'avait point entendu dire que les sauvages eussent
fidt de pillage nulle part. On remarqua aussi, comme
une singularité, que les deux enfens auxquels le com-
mandant avait conservé la vie, se donnaient entre
eux les noms d'Antonio et d^Anina,qui sont portugais '.
Le lieutenant Bom Jardim eut la bonté de me faire
présent d'un assez joli collier qui avait été pris sur une
Indienne sauvage , et se composait de deux rangs de
petites graines noires séparées par quelques dents de
cabiai. Au Rio Doce, on m'avait aussi donné deux
instrumens de musique enlevés aux sauvages et qui
attestaient assez leur barbarie , c'étaient tout simple-
* Si anîna n'est pas précisément un nom portugais , c'eit
du moins un mot de cette langue légèranent altéré.
AU BRÉSIL. 369
ment des ficelles au milieu desquelles on avait attache
un énorme paquet de sabots de pécari entremêlés de
quelques morceaux de peau de cerf bien desséchés \
Comme les Indiens qui furent tués dans les forêts
de Yianna par la troupe du lieutenant Bom Jardim
avaient la lèvre inférieure et les oreilles percées , il
est bien évident qu'ils appartenaient à la nation des
Botocudos. Mais ce nom est peu connu dans la pro-
vince du S* Esprit. Les Indiens sauvages n'y sont
en général désignés que par les noms de Bugres ou
Gentios.
J'avais été reçu à Yianna par le lieutenant Bom
lardim qui m'accompagna partout, et répondit à mes
questions avec une extrême complaisance. Comme il
était fort tard , quand nos promenades furent termi-
nées , et que le temps était ma u vais , je me décidai à
passer la nuit dans la colonie nouvelle.
ATétant remis en route le lendemain matin , j'ar-
rivai bientôt sur le bord de la baie d'Espirito Santo,
et j'appris que le pilote du goulet (patrào môr da bat^
ra) était venu me. chercher la veille j et m'avait atten-
du jusqu'à onze heures du soir. J'eus beaucoup à
regretter d'avoir manqué cette occasion, car il me
> M. le prince de Neuwied a parlé de colliers semblables à
celui que j'ai décrit plus haut. Quant aux instrumens de
musique , je crois qu'ils me furent aussi donnés dans le pays
pour des colliers ; mais Firmiano m'apprit quelle était leur
véritable destination , et il est difficile en e£fet de supposer
qu'ils pussent en avoir une autre que celle de produire du
bruit.
TOME II. 24
370 SECOND VOYAGE
£iUut atleodre presque toote la journée avant de pou*
veir me procurer une barque. Après être resté loog*
temps sur le rivaget feutrai dans une venda pour me
mettre à l'abri du soleil, et j'y trouvai plusieurs per-
sonnes qui, comnoie moi , voulaient se rendre à YiUa
da Victoria. On parla beaucoup des Indiens sauvages;
c'était, dans ce pays, un sujet inépuisable de conver»
sation , et jamais on ne l'entamait sans montrer contre
ces malheureux une haine qui allak presque jusqu'au
délire. Un pédestre qui se trouvait là , ne se lassait
point de témoigner son étonnement de ce que son of&-
cier gardait dans sa maison un fils de Gentio, et jurait
qu'à la place du lieutenant Bom Jardîm, il égorgerait
reniant. Je tâchai en vain de faire comprendre a ces
braves gen# que de tels sentimens n'étaient point par«
faitetnemt 4'aceord avec la religion qu'ils prétendaient
professer : à leurs yeux les Gentios n'appartenaient pas
à l'espace humaine » c'étaient des bêtes féroces '.
Vers le soir, il se présenta enfin une petite pirogue,
et je m'empressai de la retenir. Maïs tous les hommes
qui attendaient avec mai dans la i^ènda voulurent pro«
fiter de la même occasion. La barque était fort char*
gée; le vent s'éleva, et ce fut avec un grand plaisir, je
Fa voue, que j'arrivai à Villa da Victoria.
Avant de retourner à Rio de Janeiro, je voulus al-
^ A répeque de «on voyage , les celons de la partie de
Minas Geraes , voiÀae du Rio Dooe , ne laontraietit guères
moif»! de haine oontra les Bctôcndos que les habîtans cfEs-
pirito Saato, ctne «lettaieiit pas moins de barbarie dans leurs
vengeances.
AU BRÉSIL. 371
1er voir Villa Y elha ' et le fisiineuft monftstène de Nossà
SeDhora daPenha situés Terfii'eMrée de la baie d*£spi-
iflo Santo du côté du mîdi. Le capitâo môr Pinto qui
avait pour moi toutes les teo«if>lai8aBCes possibles , se
proposa pour être mou guide^ Nous nous embarquâmes
dans ttae pirogoey el nous ëtaut d'abord rendus au
&tio dé Saatiiihos ' oii qiielqopes affaires nous appe-
laient, nous eûmes le plaisir de contempler cette vue
«agnifique que j'avais admirée en arrivant à Villa da
Victoria^ et que j'ai déjà décrite. Bientôt nous remon-
tâmes dans notre pirogue ; nous nous dirigeâmes vers
l'entrée de la baie ^ et, après avoir oéloyé les monta-
gnes qui la bordent du côté du sud , nous arrivâmes à
une crique dominée par la montagne de Penha , et au
ibnd de laqiselle ae trouve située la cfaétive ville de
Villa VeHia où nous débarquâmes.
Filla yéUha fut, commo je Tai dit, le premier éta-
blissement que les Portugais formèrent dans la pro-
viflce, et s'appela d'abord ^âVtf^jfi'j/iîrêlo Santo. Les
attaques des Indiens sauvages, onginairement très
nombreux , forcèrent bientôt les Européens de se re-
tirer dans l'île de Duarte de Lemos ; mais d'autres
raisons ont oontribiié encore à empêcher Villa do
Eapirito Santo ou Villa Velba d'acquérir quelque im-
portance. Les eaux y sont d'une mauvaise qualité, la
crique sur le bord de laquelle ta ville est bâtie a peu
de fond , et les embarcations ne peuvent y naviguer ;
* Voy. plus haut p. 170.
* ^oy. phi8 haut p. a33.
37a SECOND VOYAGE
enfin les terres du voisinage oootfennent trop de sfiM
Lie pour être mises en culture. Villa Velha n'en n'ert
pas moins restée le chef-lieu d'une paroisse et celui
d'un tenno administre par deux juges ordinaires et
un sënat municipal(aiman2)« Cependant cette préten-»
due ville n'est guère qu'un hameau composé presque
entîèr^nent de chaumières à demi-ruinées. Quoique
voisines des montagnes , ces chaumières sont bâties sur
un terrain très plat , et seulement au nombre d'envi-
ron quarante '. Les moins décrépites forment une
place alongée qui aboutit à la mer, et dont le côté
opposé à rOoéan est formé par 1 église.
Ne pouvant tirer parti de leurs terres , les habitans
de Vj^la Velha ne vivent guères que de la pèche; ils
sont très pauvres, et leur nombre va toujours en di*
minuant. La paroisse de Villa Velha ^ dit Pizarro, se
prolonge au nord dans un espace de trois lieues jus*
qu'à celle de Villa da Victoria; au couchant, elle a
moins d'un quart de lieue , à l'ouest elle a plus de cinq
lieues , au midi quatre, et, dans cette étendue de ter*
ritoire, elle ne comprend que ^ à 800 adultes ^.
A quelque pas de Villa Velha , du coté de l'est , se
trouve la montagne de Penha qui se termine par un
rocher énorme sur lequel on a bâti le couvent et l'é-
glise consacrés à la Vierge sous le nom de Nossa Sen^-
hora da Penha» Vue des environs , cette montagne
produit l'effet le plus pittoresque. Le rocher nu , le
* Chifire emprunté à Pizarro.
* Pi«. Mém, hisi. , II, 8.
AU BRÉSIL. 373
monastère et l'église qui la couronnent ressemblent
dans le lointain à une forteresse, et contrastent
«Tec les bois ëpais qui couvrent les flancs de la
montagne.
Pour se rendre à l'église, on passe d'abord sous une
arcade ; puis on monte par un chemin encaissé entre
deux murs d'appui , pavé de larg^ pierres et ombragé
par des arbres touffus. Â l'extrémité de ce chemin ,
immédiatement au-dessous du rocher, est une plate-
forme sur laquelle on a construit un bâtiment étroit ,
bas, alongé, divisé en différentes petites chambres
et destiné aux pèlerins que la dévotion attire sur la
montagne. De cette plate-forme, on monte par un es-*
calier étroit, taillé dans le rocher; et, parvenu au
couvent, on découvre une vue d'une étendue immense.
On aperçoit la mer , la partie orientale de la baie avec
ses îles , et , du coté du sud et du sud-ouest , de vastes
campagnes; du côté de l'ouest , en face de la montagne
de Penha est celle de Moreno qui , au midi de la baie,
forme le point le plus avancé dans la mer ; et , entre
les deux montagnes, se trouve l'embouchure. de la
rivière de Costa (côte) dont les eaux, après avoir scKt
pente sur des terrains plats et sablonneux voisins de
l'océan , vont embarrasser la baie des sables qu'elles y
charient.
Après avoir admiré la vue dont je viens de tracer
une faible esquisse, j'allai visiter l'église et le couvent
(le Penha. La fondation de ces édifices remonte à une
époque fort ancienne. Vers i553, un religieux esp^H
gnol appelé Pedro Palagios , passa au Brésil pdur
374 SECOND VOYAGE
tâcher de répandra parmjî les saunages la raligÛNi
çbrétie«#e. Cet hpininef 9a ratura sur Le monle dis Peu»
ha qui alors était o^gronaë par deui palitii^» d'uae
grandeur remarquable , et construisit sa cabanne oa
peu aMrdessou^ dasoioniet de la moDtagiie«Gepenâant,
ay^nt cru que le ciel luiavaîl &4t oompteodre, par àm
signes surnatureU^ qu'im édl6oe devait dtre élevé e&
l'honneur de k Yier^ au h«ut dtl rocher » il ne tar-
da pas à y copstruÂre une cbapelle ak il plaça «as
image à laquelle la légende atlribue une origme mi*
rfçaleiMe. Pedro Palaeios tnourut fort vénéré dans
t#iiA le pays. Après lui ua homme pions se chargin
du soin de la chapelle ^ mais., en 1 âg 1 , les mnmeîpalâ.
tés réunies de Villa da yicU>rîa. et de YilU do Espmlko
Santo la donnèrent aux Fraacîaoaina \ £n 1637, Vé*
gUse Alt bisaucoup augmentée^ et Von y jotgnil un
çpuyent capable de recevoir douce on treize religieux.
A ceUe époque , le gouvemenr de Rio dte Janeira Sal«
vador Correa de Sa e Benavîdea a*élaît mis en campagne
pour aller découvrir des mines d'émcrandes et autres
pterresprécienses; ayant passé parla province du &.£s^
prit, il contribua beaucoup anoL dépenses delà oonatrno
tion du couvant de Penfan, et attacha k ce mona^ère la.
redevance annuelle de vingt-cinq bètes à cornes prises
dans ses terres des Goitacazes *•
. ^ On voU que oe n'est peint >. comme on 1*4 cra ^ ax^x
nëdicUns de Hic de Janeiro qu'appartiei^t 1^ couveqt de
Penbtf . te suis sur ce point par&itemcnt d*accord syec Casai
et IÇîtoftrro.
* Fia. Hén. àist. , V.
AU BRÉSIL. 375
L*égKse âe Nossa Senhora da Penlia est petite, mais
fort jolie et bien ornée. Je n'ai pu parcourir le couvent
avec clétail; mais ce que j'en ai m ne m'a point para
remarquable. Les religieux qui l'habitent sont envoyés
dé Rio de Janeiro par leurs supérieurs ; lors de mon
iroyage, ils n'étaient plus qu'au nombre de deux. Ce-
pendant la Vierge de Penha continue à jouir d'une
grande réputation , et de très loin , principalement de
Gampos , on lui adresse des offrandes souvent consi-
dérables. Un peu avant la fête patronale , les moines
fbnt des quêtes dans les alentours ; le jour même de
la ftte un grand nombre de pèlerins montent sur la
montagne , et les religieux leur donnent un repas du
produit de leur quête. L'on voit auprès du couvent
une grande salle destinée à ce banquet publié.
Après avoir visité Nossa Senhora da Penha, nous
nous rendîmes, le capitâo m6r et moi ^ à un petit fort
bâti au pied de la montagne , sur un terrain très plat,
presque de niveau avec la mer. Cette forteresse est
destinée à défendre l'entrée de la baie; mais je crois
qu'elle remplirait fort mal ce but. Un détachement de
la compagnie de ligne commandé par uu gouverneur
forme la garnison du fort. Les patrons des bâtimens
qui entrent et de ceux qui sortent sont obligés de mon-
trer leurs papiers au gouverneur.
Gomme il n'existe qu'un seul chemin pour se rendre
de Yilla da Victoria à Rio de Janeiro, celui que j'avais
déjà suivi et qui même n'en n'est réellement pas un ,
je pris le parti de retourner par mer à la capitale du
Brésil et de renvoyer ma caravane par terre avec
376 ^ SECOND VOYAGE
Pr^nt et Manoel da Costa. Une Sumaca était sur le
point de mettre à la voile pour Rio de Janeiro. Le
gouverneur eut la bonté d'aplanir quelques difficul-
tés qui se présentèrent, et je convins avec le patron
de la barque qu'il me recevrait moi, Firmiano et
quatre caisses pour la somme de 20,000 reis (i^S f.)»
De mauvais temps retardèrent malheureusement mon
départi et je fus obligé de prolonger mon séjour
chez le capitao m6r dont la complaisance ne sç
démentit pas un seul instant. Enfin le temps changea.
Au moment où noiiis allions quitter le port, j'appris
que la barque était dans le plus mauvais état; mais
j'avais retenu mon passage; je me décidai à partir,.
L'embarcation était extrêmement remplie; j'avais à
peine la place de me remuer, et, pour dormir j'étais
obligé de me coucher en double entre des ballots de
hauteur inégale dans la cabane du patron où régnait
une odeur fétide. Un mal de mer affreux me rendit
inutile les abondantes provisions que m'avait données
le capitao môr; mais elles ne furent point perdues
pour tout le monde. A la hauteur du cap Frio , nous
fumes accueillis par une tempête qui dura une nuit
entière. Le propriétaire de la barque tremblant et dé-
sespéré, faisait des vœux à Notre Dame dç Penha et à
tous les saints du Paradis ; le patron occupé de sa ma-
nœuvre semblait ne pa$ l'entendre; quant à moi,
j'allai me réfugier dans l'espèce de trou que l'on m'a-
vait donné pour logement, et j'eus le bonheur de
m'y endormir. Le patron me dit depuis qu'eu égard au
mauvais état de la barque nous avions couru des dan-
AU BRESIL. * 377
gers véritables. Cet homme était d'une profonde igno-
rance; mais il avait fait plus de vingt-deux fois le
voyage de Villa da Victoria à Rio de Janeiro ; la lon-
gue habitude de cette navigation lui tenait lieu de
science, et, au bout de quatre jours, nous entrâmes
dans la baie de Rio de Janeiro.
37» SECOND VOYAGE
PRÉCIS HISTORIQUE
DES RÉVOLUTIONS DU BRÉSIL
DKPUI8
L* ARRIVÉE DE JEAN VI EN AMÉRIQUE
L'ABDICATION DE L'EMPEREUR D. PEDRO ».
Pendaitt plusieurs siècles , le Brésil fut soumis au
système colonial. Peut-être ce système ne fut-il jamais
aussi rigoureux pour cette belle contrée que pour
l'Amérique espagnole ; mais il n*en est pas moins vrai
que les prohibitions les plus sévères empêchaient sans
cesse les Brésiliens de profiter des bienfaits que leur
avait prodigués la nature. Fermé aux étrangers, le
Brésil s'épuisait pour enrichir les négocians de Lis-
bonne. Ses habitans marchaient sur le fer, et, sous
peine d'aller finir leurs jours sur le rivage insalubre
d'Angole, ils étaient obligés de tii*er du Portugal leurs
instrumens aratoires; ils possédaient d'abondantes
' \oyez la Préface.
AU BRÉSIL. 379
sigillés , ^t il ikUait qu'ik acheUsMDl à det oompa*
gaiçs européennes le sel qui leur étail iiidispensaUek
Us ëtaieni coatraints de se ikire juger sur les bords
du Tage, et leurs enfana îie pouvaient recevok* quel»
que instruction dans la médecine et la juri^fM-i»*
dence , s'ils n'allaient la chercher à l'universkë de
Goimbre.
lie système ooloniiâ ne tendait pas seulement à ap-
pauvrir le Brésil ; il avait un but plus odieux encore^
celui de le désunir. En semant des germes de division
entre les provinces , la métropole espérait coaserver
plus loag-temps cette supériorité de forces qui Ifii était
Q^essaire pour exercer sa tyrannie. Chaque capitai-
nerie avait son satrape , chacune avait sa petite armée ,
cbacune. avait son petit trésor ; elles communiquaient
difficilement entire elles, souv^it m^me elles ignoraient
réciproquement leur existence. Il n'y avait point au
Bré»l de centre commua : c'était un cercle immense ,
dont les rayons allaient converger bien loin de la cir*
conférence»
Lorsque Jean YI , chassé du Portugal par les Fran«
fus y chercha un asile en Amérique , une partie du
système colonial dut nécessairement tomber d'elle^
aiiême^ Alors: on établit à Rio de Janeiro des tribunaux
qui jugèrent ea dernier ressort; le Brésil fut ouvert
aux étrangers, et l'on permit enfin à ses habitans de
profiter des richesses que la nature avait semées soua
l^urs pas4 Biais on n'alla pas plus loin ; après cet
efiort y on s'endormit. On ne chercha point è établir
quelque homogénéité duns le nouveau royaume, dont
38q second voyage
on venait de proclamer Pexistence; on laissa malâdroi-»
tement subsister la même désunion entre les provinces,
et Jean VI était, à Rio de Janeiro, le souverain d'une
foule de petits états distincts. Il y avait un pays
qu'on appelait le Brésil; mais il n'existait point de
Brésiliens.
Jean VI était étranger aux notions les plus simples
de l'art de gouverner les hommes. Il avait eu un frère
auquel on avait prodigué tous les soins d'une édu*
cation excellente; tandis que lui, fils puîné, qui sem*
blait ne point être destiné au trône, avait été con-
damné à une profonde ignorance* Jean VI était né
bon , il n'eut jamais la force de prononcer lui-même
un refus; il se montra toujours fils tendre et respec-
tueux; simple particulier, il eût été remarqué pour
quelques qualités honorables , comme roi , il fut abso-
lument nul.
Les minisires qui gouvernèrent sous son nom ne
furent pas tous dépourvus de talens; mais aucun ne
connaissait assez le Brésil , pour cicatriser les plaies
qu'avait faites à ce pays le système colonial , pour en
réunir les parties divisées , et leur donner un centre
commun d'action et de vie. Don Rodrigo , comte de
linhares, avait des idées élevées; mais il voulait tout
entreprendre, tout finir à la fois; dans un pays où tout
est obstacle , il n'en voyait aucun ; il ne mesurait
point la grandeur de ses idées sur la petitesse de ses
moyens , et , dupe des charlatans qui l'entouraient ,
plus dupe encore de son imagination bouillante, il
croyait déjà exécutés des projçts gigantesques qui h^
AU BRÉSIL. 38î
peine pourront s'accomplir dans quelques siècle^i
Ceux qui lui succédèrent , vieux et infirmes, voyaient
toujours l'Europe dans l'empire du Brésil, et laissèrent
les choses dans l'état oh ils les avaient trouvées. Thomas
Antonio de Yillanova e Portugal , le dernier ministre
qu'eut le roi Jean VI comme souverain absolu , était
tiû homme de bien, et possédait même quelques con<^
iiaissances en agriculture , en économie politique , en
jurisprudence; mais ses idées, surannées et mesquines,
n'étaient point en harmonie avec celles du siècle , ni
avec les besoins nouveaux de la monarchie portugaise;
l'ânancipation du Brésil, déjà accomplie depuis plu-
sieurs années , lui semblait une sorte de rêve qui ne
pouvait se réaliser ; il avait de l'intégrité j et fut en<-
touré de fripons et de dilapidateurs; il voulait faire
le bien , et ne produisit guère que du mal. Thomaz
Antonio ne sut ni prévoir ni arrêter la révolution qui
biékitôt éclata en Portugal, et lui laissa envahir, pres-
que avec la rapidité de l'éclair ^ toutes les provinces du
Brésil.
A cette époque, les habitans de ce pays se croyaient
obligés d'avoir pour le souverain qu'ils tenaient de la
Providence, ce respect mêlé d'idolâtrie dont on ne
trouve presque plus de trace chez les Européens ; et
Jean YI s'était particulièrement attiré l'amour de ses
peuples par la bonté de son naturel , par cette affabi**
lité qui contrastait avec la morgue des anciens gou«-
verneurs , et même par cette espèce de commérage
qu'il mêlait à sa familiarité. En abandonnant la mé-
tropole à quelques chances , en restant au milieu des
38tt SECOND VOYAGE
Br^Ueos 4fâ Tadoraienti €D fiufuiBt disparaitre ju»*
qu'aux deraiers vestiges du syatèiae coloniil y enfin en
constituant un eaipire htésiMeti , Jean YI eût pa sau**
ver la plus belle partie de U teonarchie portugaise.
Mais, pour parvenir à de telles fins , il eût fattn plus
d'^ergie, plus de ^connaissance ^es hommes et èes
choses que n'en avait le fils ijgnoranl et débonnaire
du roi don Joseph, tl fuit la dupe d'une coupable m**
trigue.
La révolution de Portugal avait été l'ouvrage de
quelques hommes éclairés^ mais la masse de la nation
n'en pouvait concevoir ni le but ni les principes.
Gomme le roi ^tait aimé des Portugais, on sentît qu'en
le rattnobapt auit cbangemens qui venaient de t'opë*-
arer , on les rendrait moins impopulaires , et l'on ré^
eolut de faire des efforts pour ramener la cour an sein
de la mère-patrie. Jean YI aimait le Brésil; la servi-
lité familière des habitâns de ce pajfB Ini faisait goûter
le plaisir de la souveraineté sans lui en laisser les en»
nuis; et, il faut le dire, la crainte de passer les ners
l'attachait encore au continent américain» Il était né-
cessaire 4e lui cacher avefi soin le planque Ton avait
formé de l'associer à une révolution qu'il abhorrait ;
im sut lui persuader que sa présence ferait rentrer
dans le devoir les Portugais rebelles, et, par cet artifiDe,
l'on triompha tout h la fois de ses affectloos et de ses
répugnances.
Jean YI était encore sur le bâtiment qui l'avait
amené en Europe, et déjà il avait perdu toutes ses
illusions. Ses cortës lui dictèrent les lois les plus ri-
AU BRÉSIL. 383
goureuaes^ et allèrent jusqu'à hii prescrire l'heure de
son d^rquement. Se^veràîa absolu , il o*aTak point
été un tyran ; sôus prétexte d'en (aire un roi oonsti-
twlîoonel^ on le rendk esclave, et il mourut mal*
houreuK* '
lies Brésiliens fuirent indigi^és de Tabandon on les
laissait le départ de leur souverain. Ils ne pouvaient
U haïr i leur amour se changea en m^ris. Le seul
ewtre d'anioa ai&quel se ralliaient les provinces dn
Brésil allait étre-de nouveau transporté loin d'elles; un
légitime orgueil ne permettait plus à leurs hahitans
d'aller eu-delà des iners renouer les chaînes pesantes
que l'émaneipistioa avait rompues , mais alors se mon»
Itèrent «dans tout ce qu'ils avaient de hideux les tristes
résultats du système coloniaL
Les rivalités de capitainerie se i^veillèrent plus que
jamais. Profondément blessés des orgueilleux dédains
des babî&Bns de la capitale, ceux de Hutà^ur com-
mencèrent à examiner ses titres. Chaque province
voulait âtre la première : on oommeilait telle bour-
gade qui prétendait devenir la capitale du royaume,
et Vhabitant du désert, étranger aux arts, à la civili*
satîon , k tontes les commodités de la vie , soutenait
fièrement qu'il n'y avait rient que l'on ne trouvât dans
les lieux oit il était né , et que son canton pouvait se
paaser du reste de l'univers. Une affreuM anarchie
aUait anéantir le Brésil , lorsque la politique injuste
et^ibsurdedes oortèsde Lisbonne vint prolonger ara
ensteoce.
Le peuple du Portugal n'avait pu voir sans douleiu*
384 SECOND voyage"
s'opërer rémancîpation de sa colonie. Cette émand--
pation le rejetait au second rang , et tarissait une des
sources principales de ses richesses ; elle le blessait tout
à la fois dans son orgueil et dans ses intérêts. L'assem*'
blée des cortès crut donc que , p^ur se rendre popu-*
laire^ il fallait qu'elle fît rentrer le Brésil sous le joug
de la métropole. Aveuglé par la vanité nationale, les
législateurs portugais n'avaient pas même daigné sans
doute jeter les yeux sur la carte du Brésil. Un décret
maladroitement hypocrite rétablit l'ancien système
colonial; et, comprenant dans un seul anathème le
royaume du Brésil et le jeune prince auquel Jean VI
«n avait confié la régence ^ les cortès ordonnèrent que
don Pedro, déjà marié et père de famille, reviendrait
en Europe , pour voyager sous l'aile d'un gouverneur,
et lire avec lui les Offices de Cicéron et les Apentures
de Télémaque.
L'insulte qu'avaient reçue en commun les Brésiliens
et le prince régent , les rapprochèrent. Don Pedro
•désobéit aux législateurs de Lisbonne, les Brésiliens
le mirent à leur tête , chassèrent les soldats portugais^
et proclamèrent leur indépendance.
Le nouveau souverain de l'immense empire du Bré^
sil avait vingt-deux ans. Son enfiince avait été confiée
à un homme de mérite , le Portugab Rodemacher ;
mais la cour corrompue de Jean VI voyait avec une
égale appréhension le savoir et les vertus* ITne in-
trigue fit expulser le sage instituteur, et le prince n'eut
plus d'autre maître que le Franciscain Antonio d'Ar-
rabida , aujourd'hui évêque inparUbus. Ce moine pas*
Au BRÉSIL. 385
toit dan» soq ordre pour un homme instruit ; mais les
connaissances du plus instruit des Franciscains étaient
encore bien faibles , et le père Antonio d'Arrabida ne
voulut pas mémcf communiquer à son élève celles qu'il
possédait. Don Pedro était né avec des qualités heu-
reuses, de l'esprit, de la mémoire, et une ame élevée.
Si l'éducation avait développé ces germes précieux ,
si elle efit réprimé les défauts auxquels le jeune infant
était enclin , si l'exemple du vice n'eût frappé ses pre-
miers regards , si , par de graves études , on eût fixé
son imagination mobile, et, disons-le, si, porté au
timon des af&ires , il eût été secondé avec plus de
talent et plus de zèle, il aurait pu fonder sur des bases
solides un empire libre et florissant.
Don Pedro entrant à peine dans la vie, étranger aux
affaires, sans connaissance des hommes et des choses,
sans aucune instruction, sans un ami sincère et éclairé,
se trouva à ia tête d'un empire qui ne le cède en
étendue qu'à la Russie , à la Chine et aux États bri-
tanniques ; d'un empire qui n'était point encore cons-
titué , que l'on connaissatit mal , et dont la population
hétérogène présente, suivant les provinces, des diffé-
rences plus sensibles qu'il n'en existe entre la France
et l'Angleterre, l'Allemagne et l'Italie. Ce prince avait
pour lui les avantages de la jeunesse, une grande force
physique, de la droiture, de nobles sentimens, le
désir sincère de faire le bien. C'était beaucoup , sans
doute ; mais, dans les circonstances épineuses oii il se
trouvait , ce n'était point assez. Il fallait s'occuper de
donner au Brésil une forme de gouvernement nou^'^
TOME II. a 5
386 SECOND VOYAGÉ
velle ; cette tâche aurait embairaasé un homiBe pluâ
consommé dans les affaires que ne l'était ie Sis du roi
Jean VI,
Après avoir porté les titres àfifinnce régetU et de
défenseur du Brésil , don Pedro fut proclamé empe-'
reur conslùuUonneL Alors il n j avait point encore de
constitution; mais les députés des diverses proviocéA^
réunis à Rio de Janeiro, travaillèrent à ce grand
œuvre. Cependant une assez forte tendance au répu-
blicanisme ne tarda pas à se manifester parmi les re-
présentans ; don Pedro conçut des craintes pour son
autorité , et tout à coup il renvoya rassemblée cons-
tituante, en exilant quelques membres remarquables
par leurs talens et par leur éloquence '• Ce coup d'état
était audacieux, et, par rétourdissement qu'il occa-
sîona, il accrut un moment le pouvoir de l'empereur.
Mais, pour mettre à profit les résultats d'un tel acte de
vigueur , il fallait une constance et une habileté qui ne
pouvaient être le partage d'un souverain si jeune en-
cem , si mobile et si in wpérimenté ; la dissolution de
l'assemblée constituante ne servit peut-être, en der«>
nière analyse, qu'à rendre l'empereur un peu moins
populaire. Don Pedro avait annoncé :qu'il soumettrait
à une assemblée nouvelle un projet de constitution
remarquable par son libéralisme , et ce projet fut ef-
fectivenem offert à la nation le 1 1 décembre 1 8a3.
^ ^, José Bonifacio de Andrade, tuteur du Jeune Pedro II,
M, da Rocha, aujourd'hui ministre d«i Brésil à Parts,
Mi Momesama , etc.
AU BRÉSIL. 38^
iHais oa avait appris à se d^er de don Pedro ; oa
taraigiiit que 8*il réunissait une secondé assemblée
eonstiluante , il ne la chassât encore avant qu*eliè eût
terminé toutes ses discussions , et , par l'organe des
municipalités , le peuple demanda que le projet offert
devipt sur-le-champ le pacte fondamental. Le iiS de
mars i8a4> cm prêta serment à la constitution nou-
velle ; quelque temps après , deux chambres convoHi
quéea commencèrent leurs travaux.
Il n'y a point, sans doute/ d'homogénéité parmi lès
habitans du Brésil. Cependant on peut dire, en gé-
néral, qu'ils ont des mœurs douces , qu'ils sont bons ,
généreux , hospitaliers , magnifiques, même , et qu'en
particulier ceux de plusieurs provinces se font remar-
quer par leur intelligence et la vivacité de leur esprit.
Mais le système colonial avait maintenu les Brésiliens
dans la plus profonde ignorance ; l'admissiop de l'es-
clavage les avait familiarisés avec l'exemple des vices
les. plus abjects; et, depuis l'arrivée de la cour de
Portugal à Rio de Janeiro , l'habitude de la vénalité
s'était introduite dans toutes les classes. Une foule de
patriarchies aristocratiques, divisées entre elles par
des intrigues, de puériles vanités, des intérêts mes-
quins, étaient disséminées sur la surface du Brésil ;
mais dans ce pays , la société n'existait point, et à
peine y pouvait-on découvrir quelques élémens de
sociabilité.
Il est bien clair que la nouvelle forme de gouver-
nement aurait dû être adaptée à ce triste état de choses,
qu'elle devait tendre à unir les Brésiliens, et à Êiire en
388 SECOND VOYAGE
quekiue sorte leur éducation morale et politique.
MaiS| pour pouvoir donner aux habitans du Brésil une
charte conçue dans cet esprit , il aurait fallu les con^*
naître profondément j et don Pedro , que son père
avait toujours tenu éloigné des affaires, pouvait à
peine connaître Rio de Janeiro , ville dont la popuW
tion y difficile à étudier, présente un amalgame bigarre
d'Américains et de Portugais, de blancs et de gens de
couleur, d'hommes libres, d'affranchis et d'esclaves;
ville qui,' tout à la fois colonie, port de mer , capitale,
résideuce d'une cour corrompue, s'est toujours trouvée
sous les plus fâcheuses influences.
Don Pedro, animé par des sentimens généreux,
voulait sincèrement que son peuple fût libre ; ce fut
la noble idée qui présida à la rédaction de sa charte
constitutionnelle. Cette charte consacrait des principes
justes^ et quelques-uns de ses articles méritent de
grands éloges; d'ailleurs, elle ne différait point es*
sentiellement de tant d'autres combinaisons du même
genre : elle n'avait rien de brésilien , et elle aurait
peut-être convenu tout aussi bien au Mexique qu'au
Brésil, à la France qu'à l'Allemagne.
Dès les premiers momensxle la révolution, une foule
d'hommes ignorans , nourris dans toutes les habitudes
de la servilité, se trouvèrent appelés brusquement à
la participation des affaires. Les passions nées tout à
la fois du système colonial et du despotisme énervé
de Jean YI, se déchaînèrent sur le Brésil, et semblè-
rent vouloir s'en arracher les lambeaux.
La presse, cette garantie des libertés publiques, ne
AU BRÉSIL. 389
fut- guère que l'orgaae de la haine et de l'envie. Lés
pamphlets qui s'imprimaient à Rio de Janeiro , dégoû-
tans de platitude et de personnalités , révolteraient les
Européens qui, dans ce genre, ont poussé le plus loin
la licence. A p^îne , depuis 1821 , a-t-il paru au Brésil
deux ou tix>is ouvrages véritablement utiles ( et si au*
)0ui:d'hui cette coptrée commence enfin à être mieux
connue, c'est à des étrangers qu'on en est redevable \
Parmi ceux qui l'emmuraient , don Pedro cherchait
vainement des ministres qui fissent prospérer Fempire
hrésilieq. IL passait d'un homme* faible à un homme
corrompu., et ne rencontrait partout que les nullités
les plus, désespérantes. Quelques personnes ont pu voir
4 Paris un ministi^e de la guerre exilé par le gouver^
nement brésilien : la dernière de nos légions ea eût à
peine voulu pour L'un de ses caporaux. Tant de gens
incapables arrivèrent successivement au pouvoir, qu'il
De faut pjEis s'étonner si la plupart des Brésiliens pré-
tendent aujourd'hui être ministrjes à leur tour ; et ,
d'un autre coté , doii Beâro a rencontré , pendant le
cours de soi]^ règne ^ un si grand nombre d'hommes
vicieux, qu'il est exicus£d)le peut-être de ne plus croire
à l'honneur et à l'intégrité. <
Au milieu des changemens continuels qui s'opéraient
dans le ministère, il était impossible que le gouver-
nement suivit un système uniforme; à un acte de vi-
■ Il existe cependant tiii livre moderne fort remarquable
sur la géographie du Brésil^ les Memorias historicas de Tabbc
yizarro.
390 SECOND VOYAGE
gueur^ il faisait succéder uu acte de faiblesse ; il sem^
blait marcher par soubresaut^ et perdait à diaque paf
quelque chose de sa considération primitive. Tant d'os*
dilations faisaient accuser Tempemir de pei^die et de
inauvaise foi; il n'était que mobile^ et on le sera tou-
jours, lorsque, dans des circonstances très difficiles |
pn arrivera au timon des affaires sans instnictîoo et
sans nulle expérience.
Le Brésil cependant faisait quelques progrès ; mais
il en était redevable bien moins pettt-etre à son gmi^
vemement qu'à la liberté de ses relations commer*-
ciales : il en était redevable surtout à la facilité ave^
laquelle se développent , sur son immense surface , les
germes de prospérité qM la ' nature bîenfftisaiite y a
répandus d'une main si prodigue^
Louis XrV et le czar Pierre avaient fiiit venir de
l'étranger des savans capables d'édairer leurs peuples,
et l'on sait combien fut*ent heureux les résultats qu'ils
obtinrent. Le gouvernement brésilien eut aussi un
instant l'idée de mettre à profit les lumiènâss des na^»
tions les plus civilisées \ miais, au lieu d'appeler à Rio
de Janeiro des-professcMats instruits, qui, donusMt lem^
leçons à de nombreux audKents , eussent r&tAfi vul^
gaires des connaissances utiles y on envoya en France
de jeunes Brésiliens; on it pour eux des dépenses
énormes , et on leirr donna l-ordre d'étudier et de de-
venir savans. Peut-être le but qu'on se proposait n'eût-
il pas été tout-à-fait manqué, si , mettant au concours
|es places de pensionnaires, on eût fait partir pour la»
France les sujets les plus instruits et les plus labo^
AU BRÉSIL. 391
lieux; ums ce furent le nëpotiame et llutrigue qui
présidèrent au choix. Les puissans du jour envoyèrent
en Europe leurs paréos et leurs créatures , et, dans
\fi nombre, il se trouva des hommes qui auraient eu
besoin, de prendre des leçcina de grammaire et de
oalçuU Les pensionnaires goûtèrent les plaisirs de Paris
aux frais de leura compatriotes : on ânit par se lasser
de tant de dépenses , et l'on mie à faire revaiir cette
jeunesse peu studieuse autant de brutalité qu'on avait
pis peu de dÂsoeroeuMat en k feisant partir^
Im ciffconatance que noua venons de citer ne fut pas
la veille où k gouveraenieBt brésilien prétendît proi>^
ver qu'il n'était point indifférent ^ux noUes travaux
de rintellsgence* II. voulut ua jour t^écompcnaer quel*
qufis. étrangers eélèbres^, et son dioix tomba sur des
^OHHMa.doiftt personne ne saurait contester le. talent
supérieur» Comme il lui était impossible d^âccorder
des Avaucs à tous ks geniiss de mérite^ oti croira
peut-^tfe qu'il <iwna la préfiérea<;e à M. de Humboldt ,
par exemfk^ qui a rendu tpnt de» services an bonti*
neni amérkunn ; à des savans qui f comme MAI. Spix y
Pohl et Allirtias^ ee sont attelés en partiadier à faire
QomaoÊiM^ \e Brésil y :ses productions et ses ndNnsos ;
ou hien eucore à des hommes doiit ks iidppitantes
reeherehes ont eu .une grande influence eur les pro«
grès des sciences les plus utiles., et contribue à la
prospérité de tous les peuples , à des hommes tels que
les Cuvier y les Gaj-Lussac, les boisson, les Davy, les
Ampère I le$ Arago, les Berzclius. Ce ne furent point
1^ ceux que le gouvernement ])rcsilien songea à rc«<
/
Sga SECOND VOYAGE
compenser ; il fit tomber son ' choix sur Scribe et
Eossini ' .
Si nous avions pour but de rapporter tous les fiiils
qui f depuis douze ans, se sont succéd^^ dans l'empire
du Brésil» nous i^urîons le plaisir de citer plusieurs
noms justement honores; la guerre aussi impoUtique
que malheureuse du Rio de la Plata , les pirateries de
Cocfarane, la révolte successive de diverses provinces,
nous fourniraient des détails de mœurs dfun très grand
intérêt ; mais , en traçant l'histoire du gouvernement
de Rio de Janeiro, de la cour et de ses intrigues, nous
croirions plus d'une fois transcrire quelques pages des
annales du Bas*£mpire.
Fatigué du gouvernement dont il était le chef ^
tourmenté par des tracasseries toujours renaissantes ,
n'osant accorder à ses ministres une entière confiance,
don Pedro chercha des consolations dans les confia
dences et 1^ commérage de quelques serviteurs , hom-
mes obscurs et sans éducation. Disolemeqt dans^ le-t
quel il se trouvait peut sans doute faire excuser cette
fiiute; mais elle pair^t d'autant plus grave aux yeux
des Brésiliens , que les fiivoris étaient des Portugais^
Infatués de la supériorité de, leur pays, ces hommes-
peignaient à l'imagination du jeune monarque les dé^
lices de l'Europe sous les couleurs les plus brillantes.
^ L'abbé Manoel Ayres de Cazal , le père dû la géographie^
brésilienne , languit à Lisbonne dans Tindigence , sans pou-
voir publier la seconde édition de son excellent ouvrage sur
le Brésil.
AU BRÉSIL. 393
«t. le dégoûtèrent du Brésil qui peu à peu se dégoûtait-
de lui.
Une catastrophe se préparait. £lle fut accélérée par
on personnage fameux depuis long^temps parmi les
Brésiliens 9 Filisberto Galdetra Brant, que l'empereur
avait nommé marquis de Bavbacena. La peinture exacte
du4;aractère de Filisberto aurait quelque chose de très
piquant pour les Européens , et offrirait peut-être un
type particulier dans un roman de mœurs. Mais y si
l'histoire contemporaine peut -se permettre des consi">
dérations générales y elle doit d'ailleurs se renfermer
dans le récit des faits. Filisberto avait mené une vie
fort aventureuse , et déjà, sous l'ancien gouvernement,
il était parvenu à une très grande fortune. L'empereur
accumula si2r lui les titres et les honneurs. Il fut gé-
néral en chef de l'armée du Sud , se mit à la tête de
toutes les transactions impartantes que le Brésil passa
avec les étrangers, se chargea de tous les emprunts,
fit enfin ce fut à lui que l'empereur confia les négo-
ciations relatives à son mariage avec la jeune prin-.
cesse , fille d'Eugène Beauharnais.
De retour au Brésil, Filisberto Caldeira Brant pro«
fità de l'enivrement que causait au monarque l'al-
liance la plus heureuse. Au milieu des fêtes brillantes
qui se succédèrent , l'adroit courtisan eut l'habileté
de s'insinuer de plus en plus dans l'esprit de son maî-
tre; il fit valoir ses importa ns services, et finit par
s'imposer lui-même comme un homme :dont on ne
pouvait se passer. On lui offrit le ministère des finances
et la présidence du conseil , mais il refusa d'accepter
t
394 ^SECOHD VOYAGE
ces faveurs , à moins qu'on ne lui donnât une haul»
marque de la satisfaction impériale , en légalôant ^
sans aucun examen , les comptes qu'il présentmt.
Parvenu au timon des affiiires^Filisberto sentît qu'il
nes'emparenit pas entièreasent de l'espnt d u monarque»
s'il ne réussissait à éloigner quelques fiivoris iafluens^
et surtout Francise» Gomes , secrétaire intime du cb«>
bînetde l'empereur ^ et da Rocha Finto^ sous4ntenr*
dant des propriétés impériales* Il leur suacila des que*
reUes , et l'enq^reur se vit obligé d'envojm* en Europe
les deux coofidens qu'il eUrbsait Arrivé à Londres ^
Gomes n'y perdit point de temps; il réuifeit ieplus de
documens qu'il lui fut possible pour tâcher de prou**
ver que FUisberto n'avait paa toujours élé un af;ent
sans reprodie, et il envoya ces documeùs ài Vcmpemir
lui-même. L'aflfection que odui<<si portait à son mi-
nistre se changea tout à coup en indignation ; il Tac*
câbla des plus violens reprocbes, et il ie destitua.
Tandis que Gomes tramait la perte de Filisberf 9,
ee dei*nier ne s'était point endormi; il avait profite
du pouvoir qu'il possédait encore ^ et^ accoutumé à
manier les hommes, il avait; 6u se ménager un parti.
Dédiu^ il n« se laissa point abattre; moîa assuré des
appuis qu'il s'était ménagés dans lesddâmbres^ il pu-
blia «isi ftataipUct où , écartant avec adresse la vérr^
table question , lui-même se fit a«usateur« Par la pu*
bltcité* que lui donna Filisberto , cette dispute devint
une affaire nationale. Le ministre disgracié se mit à
la télé des mccotitcns; il créa des joaraaua qui favo-
risèrent sa iiaîtic et siqs desseins; il les répandit avec
AU BRÉSIL. 395
|Mrofasîon , et eicita de tout son pouvoir cet esprit
rëvolutionnaire qui bientôt amena Tabdicatioti de
Tempereur.
Ou tendit à cette époque un piège bien dangereux
à Tinexpërience du peuple brésilien. On lui peignit
sous les plus séduisantes couleurs la prospérité tou*
jours croissante de rAmérique du nord , et des idées
de fédéralisme se répandirent dans toutes les provinces
du Brésil. Mats Touion américaine a été formée par
des sectaires vertueux , pleins de constance et d'éner«>
gie^ qui^ préparés à la liberté par les leçons mâme et
par les exemples de leurs ancêtres européens , étaient
capables de la concevoir et dignes d'en jouira II s'en
faut bien malheureusement que le peule brésilien soit
formé des mêmes élémens et qa'il be trouve dans les
mêmes circonstances^ Des esclaves appartenant à une
race inférieure composent les deux tiers de ce peuple ,
et il gémissait) il n'y a guère plus de dix ans^ sous un ré"
^me despotique^ dont le réisultat était non^seulement de
^appauvrir y mais encore de le démoraliser. LfCs Bré-
siliens ont noblement secoué le joug du système co«
lonial; «aïs, sans y songer peut-être^ ils sont tou-
jours , il fout le ^ijre ^ sous sa triste influence ^ comme
Tesclave qui a brisé ses chaînes eti laisse voir les traces
bien k>ng<^temps encore sur ^ses membres meurtris.
L'union américaine ^ et surtout l'esprit qui anime les
Américains , tendent à rendre chaque jour plus con»-
pacte la société qu'a formée ce peuple , ou du moins
celle qui se forme dans chaque province. Les Bré-
siliens, au contraire, ne sauraient établir chez eux
]
396 SECOND VOYAGE
le système fédéral , sans commencer par rouipire
les faibles liens qui les unissent encore. Impa->
tiens de toute supériorité , plusieurs des chefs hau-*
tains de ces patriarchies aristocrati<{ues. dont le Bré-
sil est couvert , appellent sans doute le fédéralisme
de tous leurs vœux ; mais que les Brésiliens se
tiennent en garde contre une déception qui les con-
duirait à Tanarchie et aux vexations d'une foule de
petits tyrans mille fois plus linsuppoctables que ne
i-est un seul despote.
Au milieu de TagitatioB que produisaient dans les
esprits les idées de fédéi^alisme et les. systèmes déma-
gogiques^ don Pedro y. tout fatigué qu'il était de sa
couronne f, voulut tenter un dernier effort pour se
ménager un appui au sein même de son empire.
Des diverse^ provinces du Bi^iL, celle, de Minas.
Ceraes est bien certainement la plus civilisée, et peut-
être la plus riche. C'est celle.don( les habitaasdifièrent
le moins^entre eux , et montrent le plus de nationalité.
liCS habitans du Brésil rendent avec raison justice à la
supériorité de Minas Ceraes , et cetie partie de Tem--
pire brésilien, bien dirigée | ne saurait manquer d'à»
voir sur toutes, les autres une très grande influence.
Don Pedro, avait déjà voyagé parmi, le^ Miuj^os; il
les connaissait, et ce fut parmi eux qu'il eut l'idée de
se créer, des forces, et de regagner quelque popula-
rité. Ce plan avait été h^mreu^emçnt conçu; il fut mal
exécuté.
Malgi*c les difficultés nombreuses que la saison dei^
pluies oppose aux voyageurs, don Pedro s'avança dan^
~ AU BRÉSIL. 397
Va province des Mines, accompagné de la jeune impé-
ratrice, qui avait su se concilier l'amour et les respects
du peuple brésilien. Le monarque et son auguste
épouse furent accueillis partout avec les transports de
la joie la plus vive, et chaque ville,' chaque village
voulurent à Tenvi célébrer leur présence par de bril-
lantes fêtes. Les habitans d'Ouro Preto ou Villa Rica,
Capitale de la province, se distinguèrent surtout dans
cette occasion par leur zèle et leur magnificence;
Dans les rues de cette ville , on avait élevé des arcs
de triomphe; les maisons étaient ornées de tapis et
de fleurs ; de nombreux musiciens parcouraient les
difFérens quartiers, et, à chaque balcons, des voix
aussi justes qu'agréables chantaient des vers en l'hon-
neur du monarque.
En accueillant l'hommage de tous , don Pedro au«
rait pu reconquérir son ancienne popularité; mais
l'intrigue s'attachait à ses pas , et partout elle lui ten-
dait mille pièges. Il avait fait la faute de s'arrêter,
pendant plusieurs jours , dans une de ses propriétés ,
située à quelques lieues de la capitale de la province.
Là , il s'était encore laissé circonvenir par des hom-
mes auxquels il avait toujours accordé trop de con-
fiance, et qui lui avaient aliéné le cœur de ses sujets.
Ces 'hommes s'emparèrent de tous les abords, écar-
tèrent les personnages les plus influens , excitèrent la
susceptibilité de leur maître, et firent éloigner le pré-
sident de la province. Une proclamation que don
Pedro répandit bientôt parmi les Mineiros , en faveur
du gouvernement constitutionnel, produisit t^ependant
SgS SECOND VOYAGE
une heureuse iinpi*e8sion ^ et Toq allait offrir de noa^
velles fiâtes au jeuoe monarque^ lorsque bruaqu^meot
il se décida à partir. Ce voyage, qui, mieux combiné,
aurait pu être utile à ses intérâts^ ne servit qu'à leur
porter up coup morteL
En effet , pendant plus de trois mois, Fempereur
avait négligé le gouvernement de Rio de Janeiro, Du*
rant cet intervalle , ses ministres n'avaient pas même
su organiser une correspondance suivie avec Minas
Geraes , et quoique leur maître ne se (ut pas avancé à
une distance très considérable de la cote, il était, dit^
cm, resté quelquefois plus de douze jours sans recevoir
de dépêches.
Une marche rapide ramena don Pedro aux portes
de la capitale , quand oq le croyait encore à huit jour*
nées de distance. Lors de son entrée dans la ville, on
fit éclater quelque enthousiasme ; mais ces démons-
trations n'avaient rien de naturel : les seuls qui y
prirent part furent les serviteurs du monarque lui*
même , des courtisans , et des Portugais depuis ioog*
temps en guerre plus ou moins ouverte avec les Brési-
liens. Blessés par les témoignages d'une joie à laquelle
ils étaient entièrement étrangers , ceux«ci basèrent les
vitres des maisons que l'on avait illuminées; des rixes
s'engagèrent, et plusieurs personnes furent blessées,
ou même perdirent la vie.
Don Pedro crut pouvoir rétablir le calme en ca-
ressant le parti républicain , et il choisit un ministère
parmi les représentans qui s'étaient attachés à oe parti
avec le phis d'ardeur. Cette combinaison réussit mai :
AU BRÉSIL. 3()9
le désordre ne fit qu'augmenter , et, au bout de dix
jours 9 l'empereur nomma d'autres ministres*
Malheureusement ceux-ci étaient impopulaires.
Bientôt les mulâtres devinrent menaçans ; des baudes
d'hommes armés parcoururent les rues de Rio de Ja-^
neiro ; quelques personnes furent assassinées , et la
dernière catastrophe fut encore accélérée, dit-on , par
une intrigue dont les bornes étroites de ce précis
historique ne nous permettent pas de chercher à dé-^
voiler la trame. Les Portugais et les Brésiliens sont des
peuples spirituels y mais peu instruits et inoccupés;
par l'intrigue^ ils exercent leur esprit , et font prendre
le change à leur oisiveté.
En formant un nouveau ministère, l'empereur avait
cependant conservé le commandement des troupes de
la capitale au nommé Francisco de Lima ,. qui s'était
attaché è la cause populaire. Lima favorisa l'insurrec»
tion de tout son pouvoir, et encouragea les soldats k
abandonner leur maître» Ce fut cet homme (nous lais*
sons à l'histoire le soin de le juger) , ce fut cet homme,
disons-nous y qui vint, au ncrni du peuple^ exiger de
l'empereur le renvoi de ses ministres actuels et le rér
tablissement du dernier ministère. Don Pedro mit de
la dignité dans sa réponse; mais Lima ne fut point
destitué.
Des troupes, assez nombreuses avaient été prépo*
sées à la garde du palais de Saint-Christophe; elles
ne tardèrent pas à se réunir aux insurgés ' , et à
^ Le Brésilien Bastos , officier de l'artilleiîe à cheval , dit
4ôo SECOND VOYAGE
chaque instant la position de Tempereur devint phiâr
inquiétante. Alors il prit la résolution de renoncer k
la couronne, résolution à laquelle toutes ses pensëes
l'avaient déjà sans doute conduit depuis long-temps.
Lui-même rédigea un acte d'abdication en faveur de
son fils ; il fit venir les chargés d'affaires d'Angleten-e
et de France, afin de leur communiquer cet acte^ et
il réclama leurs secours pour se rendre en Europe".
L'abdication fut bientôt acceptée par les chefs de la
révolution , et don Pedro s'embarqua , ainsi que Tim»
pératrice , la jeune reine de Portugal , et un petit
nombre de serviteurs.
Aussitôt après que l'empereur eut renoncé k ta coik
ronne, on procéda à la nomination d'une régence:
elle fut composée d'hommes peu capables, mais assez
modérés. Peut-étre en est-il un que le sentiment des
convenances aurait dû écarter : c'était Francisca de
Lima.
Pendant que l'on faisait des préparatifs sur tes na-
vires destinés à porter en Europe don Pedro et les
siens , le jeune prince fut proclamé empereur , sous le
nom de Pedro IL Quelques désordres, inséparables
des révolutions, eurent encore lieu, mais tout parut
bientôt vouloir reprendre son cours ordinaire.
L'ex-empereur écrivit à José Bonifacio de Andrada,
pour le charger de l'éducation de son fils. Ce vieillard,
qu'il avait prêté serment de fidélité à Tempereur, et qu'il ne
lui paraissait pas que , de son côté , l'empei^ur eut violé ses
sermens. Il jeta soti épée , et il est du très petit nombre de
ceux qui ont suivi don Pedix) en Europe.
AU BRÉSIL. 40i
• tpii avait ôommencé la révolution- du Brésil ^ et dont
la haute capacité est incontestable y accepta le^ fonc-
tions qui lui étaient offertes^ et jura d'en remplir re-^
ligieusement )es devoirs. On lie pouvait fiiire un chbix
plus honorable^ .
Don Pedro quitta le Brésil le 1 3 avril 1 83 1 ; il 7 a
fait des ingrats^ et peut-être y sera-t-il regretté. Son
plus grand tort fut d'être né en Europe , et de con*
server pour ses compatriotes un penchant bien naturel^
sans doute, mais qu'il devait sacrifier à ses sujets amé-
ricains. Il fut mal entouré : l'expérîeitce et Finstruo*
tion lui manquèrent toujours > quelquefois même l'é-
nergie; mais la bonne volonté ne lui manqua jamais.
S'il eût voulu défendre son autorité les armes . à la
main y il eût trouvé des hommes qui n'eussent pas
mieux demandé que de le soutenir ; mais le sang eût
coulé, et don Pedro n'était point un tyran. L'histûire
donnera des éloges à la modération dont il fit. preuVè
dans cette circonstance ; elle en donnera aux sentimens
généreux qu'il déploya la nuit du 7 où il renonça à
la couronne ; mais elle redira qu'en faisant quelques
concessions , il pouvait encore conserver le pouvoir ^
et le blâmera d'avoir , par une abdication qu'on
n'exigeait point de lui , livré à toutes les chances
des révolutions l'empire dont il avait été le glorieux
fondateur.
Don Pedro a traversé les mers. Empereur, il y a
deux jours y maintenant simple particulier^ nous l'a-
vons vu à côté d'un monarque qui*, il y a deux jours,
n^était aussi qu'un père de famille et uii citoyen riche.
TOME II. 26
A
4oa SECOND VOYAGE
On s'est accoutume au bruit des trônes qui s'ëcr»if Jd»t^
et k peyie si l'on détourne la têtd potif conaîdéref letif^
Qaant a6 Brésil , ses destinées reposent aujourdniui
sur la tête d'un enfant. C'est un enfant qui unit en-»
oore les protinoes de ce vaste- empire; et son exis-
tence seule oppose une barrière aux ambitieux qui
surgissent de toutes parts avec une égale médiocritë
et des prétaitions également gigantesques ^ Un Eu-»
ropéen ne peut régner sur l'Amérique ; mais celui-là
est Brésilien : le brillant a2ur du ciel des tropiques a
frappé ses premiers regards; c'est sous Vombre des
bois viei^[es qu'ont été goîdés ses premiers pas; il
ti^aora à regretter ni les palais de Lisbonne , ni les
fruits savoureux du Douro. Né en Amérique , il ne
partagera aucun des préjugés des Européens contré
sa belle patrie, il aura tous ceux des Brésiliens contre
l'Europe : telle est la loi commune. Ed même temps ,
flu nom du jeune Pedro , se rattachent les plus beaux
souvenirs. Dans ses veines coule le sang de ces rois
dont la gloire aventureuse a eti plus dinfluénce sur
les destins du monde que celle des plus illustres sou-
verains de l'Angleterre et de Ia France, de ces rois
sous les auspices desquels furent découvertes la route
dellnde et la terre du Brésil. Seul parmi les Brésiliens,
cet enfant rattaehe le présent au passé ; et, tout entier
à sa patrie, il pourra cependant fotmer un heureux lien
' Cet aveu est fait par les Brésiliens eux-mêmes, f^, Jur.
fium. A* 48s. *
AU BRÉSIL. 4o3
^ÊMre elle ti le Kôuvean^Monde. Qu'autour du jeune
Pedro se giH>upeiil d^iie les bré^ilieitô qui attaoheftt
quelque honneur au noia de iMr patrie^ cevuUfÀ aittiéttS
sincèrement la liberté , et ne veulent point se la voir
ravir par une foule de tyi^ans cupides et abjects.
Mais j demandera-t-on peut-être , si les habitans du
Brésil se laissaient séduire par les déclamations d'am-
bitieux hypocrites, s'ils éloignaient le jeune prince né
au milieu d'eux , qu'arriverait-il alors? J'ai vécu parmi
les Brésiliens ; les liens de la sympathie et ceux de la
reconnaissance m'attachent à eux; j'aime le Brésil
presque à l'égal de mon pays : qu'on n'exige pas de
moi que je cherche à pénétrer un avenir qui se pré-
senterait sous les plus sombres couleurs Ce n'est
pas seulement le Brésil que j'ai habité ; j'ai aussi vu
les bords de la Plata et ceux de FUruguay. C'était na-^
guère une des plus belles contrées de l'Amérique mé-
ridionale. Ses habitads voulurent se fédérer ^ et corn*
mencèrent par se désunir; chaque village , chaque
hameau, prétendit ^/re sa patrie à part ^; d'ignobles
chefs s'armèrent de tous côtés ; la population fut dis-
persée ou anéantie ; les estancias * furent détruites ;
des étendues de terrain , qui formeraient presque des
provinces , n'offrent aujourd'hui que des chardons ' ,
^ Expression consacrée dans le pays même.
* Pix>priétë8 rurales ; accompagnées de bâtimens d'exploi-
tation.
3 Le cardon de nos potagers , sans doute , apporté origi-»
nairement d'Europe comme légume.
4o4 SECOND VOYAGE
et où paissaient d'innombrables bestiaux , l'on ne voit
plus que des bandes decbiens marronSi des çer&y des
autruches et de féroces jaguarSà
AU BRÉSIL. 4o5
fl>|^j>»^)yw<^t^)yysf»w^i^Wi<iWM>»<»»<w^«<iy»*rii»»<»ltl^wt»^w^%w » ^^% % »^^
NOTES
SUR LES PLANTES GÂAAGTÉRISTIQUES
IHDIQmSBS
E>ANS GE VOLUMS:.
Ija Salicome commune dans les marais salés de S. Christo-
phe près Rio de Janeiro j au Gabo Frio et ailleurs y a les plus
grands rapports ayeo plusieurs des espèces ou variétés déjà in-
diquées chins les livres. Je m'abstiendrai de chercher à la fidre
connaître avec détaiè pour ne pas courir la chance d'intro-
duire dans ht science un double emploi , ou de confondre
des plantes réellement distinctes. Le genre SaUeomia est au-
jourd'hui tellement confus , que fout travail isolé relatif à
quelques-unes de ses espèces ^ doit , ce me semble , Atre sus-
pendu jusqu'à ce qu'un monographe habile ait jeté un peu de
lumière sur l'ensemble du gi*oupe.
' A mon arrivée à Rio de Janeiro, je remis^ des échantillons de
la Salicorne 4!^ S. Christophe à M. S. Lambert^ ancien élève
de l'Ecole polytechnique, et il en fit une analyse chimique
dont on trouvera les résultait» dans les Mémoires du Muséum
f histoire naiUKcUe y vol. m, p. aa^i.
H/oê SECOND yOYACE
V.
GATLV8SACiAP8iinx>-yAGonifini. Y. a.Cham. Schlecten. £iV
futa I y 53o. — Androiilitda Iféair- IZeû. Bras. I, 84. — kn^
dromeda coccinea Schrad. Goett. Anz. iSai, Il , 709.— .Va€-
cinium Brasi l i en a e Spreng. Sysî. II , p. 919. '
LadeBcriptioodecetteospèce, puMiéç parHM- CbaiÛM»
et Schleçhtendal, est excellente. Si fy ajoute quelques traits,
c'est que j'ai pu analjrser sur les lieux mAmes les diffiSrente^
parties de la fleur et ^u fruit.
$vFrai7TBx 1-9 i/9-peclalis.IUDix horisontaliS| fibrillas te-
nues ferrugîneas ageiis. Cauus gtaber, ramosus. Fol. drei-
ter 9*i5 1. lioga , 6-8 lata, eUiptico-lanoeolata, mucrouata^
basi sspiiiB obtusa , apice inconspicuè serrata serFaturîs per
▼alidam lentem callosis, venosa> interdùm bàsi subciliata :
petioli vix 1 1. longî^ interdiun subcilîati. Kacbmi axiUares aut
terminales , simplices ^ l'ariasiimramosî , erectiusculi , secundi,
bracteati, laxiusculi autdenû, 8-i5-flori ; bracteae 3; una
caulina subfioliacea , circiter 4 ^* loogA » oUonga , acnnûoata ,
apice subserrata, ciliolata; A\m h basi pediceUi enat^s, fili-»
formes ; pedÎGellî <;irciter 3^ l. longi, giabriuapuli. Cjxtx cir*
citer 1 1, longosy çampanulatus, fi-dentatus, ruber; denti-»
bus «ubrotundis, acumioatÎAy inlerdùm piiosiusculis. G>ii^«
ioter calycem et nectarium inaeila , circiter 5 1. iooga , ovato-
oblonga^ subangusta y ô-gonâ , 5«dântata dentibus subrefleû j^
glabra, pulcberrimè riibra» Staii. 10 j ibidem ipserta, in-
clusa : fiiamenta brevia, complanata, arcuata, apice viUosa :
antberas a-fidœ, rufse ^ longissiinia tubuUs acmninataB, porq
obliquoapice apeiiae.NECT. ejMgynum, orbiculare, depreaiuœ.
STrifUs corollam Bubosquan^^ glabèrrimua> ruber. Svie.sub-
capitatum , sub^-gonum» Or. 54oc.; locul. i-spermis. Drvpa
glôbosai nigra, levia» nitida, taldè succulenta, ob pyrtnas
per siocationem io^ostata> lo-pyrena. Piasaji distincts»,
pvato-ellipiicae, comprea^, TnoQosp. Ssn. suspensa, pyrea«
AU BRÉSIli. l^
iMsfonpÎA' INT. menibranacwmy rufesc^ns. Vn. in margiiie
jB^BiniiiiSy paulà infra «jufdem apicem situB. Pmir. canuMum,
£m. axiliâ. — Lecta îp littpre Bra^ilieoai ab urbe Carû¥ellas
in pnov. Fsrto Segwro uaquo io însulâ S» Catharinv. — Obs.
L'idantité dets liaux où M# la pHoca de Neuwied a trou^ aa
planta al où j'ai f^aaueUli noeB ^antilloos, ca qu'il dit de cette
mdme plante y et ce qu'a ajoute M* Schi^der , ne me permet*
tant guif€ d'avoir des doutes sur Tavictitude 4^ synonymes
que je cite.
X.
Aimaovnu eetoluta. Spreng. Syst. Veg, II . agi . — An-
dromède Max. Neuw. B^eis, I, 84«
Cavlis firuteacens, circiter 4-'7'*P^a^lis 9 à basi ramosus :
rami glabrati : ramuli anguloaf , pubesçentes. Fol. numerQ-
sissima , valdè approximata , poUicaria y valde coriacea , elli--
ptica lau interdiim ovato-elliptica , utrinquè obtusa , mucro*
Data j integerrima , suprà plus minus conyexa et medio
çanaliaulata , margine valdè revoluta , subavenia ^ glabre seu
nervo medio basi puberula , nitîda : petioli circiter a 1. longi,
puberuli. Raoxu 1*9 poil, longi^ raro erectiusculi aut patuli,
aispîiiS penduli , 8-i5-flori ^ vix pedunculati y bracteati : axjf
filiformisy angulosa, pubescena : pedicel]î pubesçentes : brac»
^eie brèves dentiformes pubesçentes ad basin pedicellorum et
insuper in axi pedicellisque sparsae. Calyx brevis, profonde
S-^fiduSy pubescens, patulus ; divisuris rotundo-ovatis^ acur
nuoatis. Goa. hypogyna , circiter 3 1. longa , ovato-oblonga ,
basi compressa, 5-dentata , glabra , aibido-virescens ; denti-'
bus patulis. Skah. 10, byp. : fil. çomplanata^ apice l'ecurva,
pubesoentia : antbene bicornes, fulvae. Stvlits coroflftsublon--
gior^iglaber. Snoiu (continuuniy glabrum. Ovarivm brève, fae-
misphatricun , 6>-gonum , pubescens , 5-loc. , polysp. OyoïA
numerosa, placcntia axilibus ovoïdeis crassis affixa. Caps.
çrassitudine circiter ribium nigrarum , globosa , 5-gona , vix
/
4o8 SECOND VOYAGE
nigpsa I glabra , locuiicîdo-S-valvis : columeliadehifoentift lî-^
bera et placentis onusta. Semina linearia, aDguata, coiii-
pressa y subcurvata , ruik.
Y. /3. emarginaùii foliis sublongioribus , basi subcordatis ,
apioe emarginatisi in ÎDcisorâmiicroDatisy ma^ coriace», ma-
gis revolutis ; caljcerublx) ; corollâ ovato-conicâ ; stylo nibiOy
basi subpuboscente ; ovario depresso y subhemispbaerico , sub
5-gono. ' — Obs. sar les lieux mêmes j'avais pris cette plante
pour une espèce distincte ; mais un examen très-attentif nie
la fait aujourd'hui considérer définitivemoit comme une va-
riété. Si je ne me trompe , la plante dont M. Schrader serait
tenté de faire une espèce sous le nom d*iunbigua ( Gœt. Anz,
If 91 , n , 710 ) , diffère encore moins du type que la variété
emargiiuUa^
¥.
CupflSA VLAVA Sprang. IVbv. prai^. i4- — -U. Sysu , H, 4^6.
— D C. Pah/. , ///, 88.
. La plante que M. Sprengel a déàgnée sous le nom de Cu-
phea flatta avait été i^ecueiilie au Brésil par M. Sellow. Les
convei^tions de l'infortuné botaniste prussien ainsi que ie^
phrases des ifQvi pr^i^entus y du Sfsiemà et du Prodromus, ne
me permettent pas de douter de l'identité de cette même plante
avec le Cuphea à fleurs jaunes que j'ai recueilli au Cap Frîo ,
et que j^ cite dans mA'Reialion, Cependant, comme Tespècé
qui nous occupe est , ainsi que l'observe M. de Candole , en-
core mal connue , je crois devoir en donner une descriptioa
un peu détaillé^,
Radix lignosa, fibrosa. Caul|s suffruticosus , bréfis, ra-
mosus, infernè denudatus et glabei* : rami pauci , patuli , in-
fernè denudati, apice lineadm puberuli ; pilorum minimorun^
lineis cum foliis altçrnantibus» Folia conferta , cruciatim op-
I»osiu, ciratér s-5 1. longa, subsessilia, ovato-lanceolata,
acuta, basi obtusissimâ subcordata , margine subcallosa suL-^
AU BRÉSIL. 409
BÊfen et per validam lentem serrulata , remotisrimè rigidè-
que ciliata , ceteriim glabra , subavenia. Flores infra ramulo-
fum apicem npbvBçemosiy pauci, extra axillarcsy^pedunculati,
hoTUonttlea : pediuiculi solitarii; i-flori, circiter a 1. longî,
compreasiusculi , hinc puberali. Caltx tubulosus y ad baain
gibbo8U9 ; apice subampIiaU^ y 6-deiitatus dentibus inaequar
HbuB brevîbus latiuaculis, la-striatus, glaber aut pilh qtii-
buadam rigidis consperaus. Pxtala glabra^ flava. STiJi. ia,
valdè maequalia ; filamentia plei^ue plus minua barbatis-
PuTiLLVM glabrum. PjaucAHPivii tenue Semira pauca '.
Z.
A. caule pnelongo^ prostratOi glabro, aupemè pilosius-s
* Etant au Brésil , }*ai retrooTé dans le g^nre Cuphsa les deux sln-
giiUcTS filets que {^avaîs signalés dans mon Premier Mémoire sur les
planiei auaegueiies onatiribue un placenta central libre. Je citerai à cette
occasion nne note extraite d'un iravail encore inédit. — Dans son Jtf-^
moire , certainement très beau sur l'embryon , M. Brongnart fils dit
(p. 59) que/> regarde comme des faisceaux vascuiaires lês parties par
lesquelles se/f^it la transmission tàijluide fécondant. Il est très rraî
qne l'aotorité imposante du physiologiste célèbre qui venait de me pré-
céder, lorsque j'écrivis sur le placenta central , m'inspirait des doutes
sor mes propres observations ; cependant , quand on lira entièrement
mon travail, on y trouvera qu*i| propos des filets du Cuphea qui établissent
«ne commanication entre le style et le placenta central , je m'exprime
comme il soit: « Si donc quelques petits vaisseaux d'une ténuité ex-
« tréme ne m'ont point échappé , t! est clair que l'aura seminalis pé~
a nètre jusqu'aux ovules par une sorte d*irahibition. Cela pourrait
« tendre à confirmer l'idée qui se présente naturellement à l'esprit sur
« la destination ào filet terminal du placenta globuleux des Primula-
« cées fi'cela pourrait faire penser que ches ces plantes Vaura seminalis.
« parvient aux ovules par le canal ^u filet $ qoe le faisceau vascolaire
« du placenta n'est que nourricier quelles que soient d'ailleurs k» cooi*
« munications , et que par conséquent il peut exister des plantes sans
m conducteurs vascuiaires {Mem. Mus»^ II, p. 38o ]. » Au reste, ce
que dit à ce sujet VL Mirbcl prouve qu'il reste encore quelques doutes
\ ce profond observateur ( Rech. oindes , 29 ).
4io SECOWD VOYAGE
culo; foliif divUntibus, fubovato - bnceol ti| , aoulîs, hêti
9tlenuati8| glabiis ^looMve^ carDonuaculis; capitulU tenu*
oalibus, pedunculatia, globcm; calycibus ▼Uloso-hiiniliffp
CâULw faerbaceiy prostré, humanam altitudiqeni mfO'
quentes , ramoû , apice dichoiQmi i glabri , supenii pilqéji
culi. Fql, circiter i-i i/s pol. loQga , 9-!3 l» ^«^ t P^ùa miobi
distantia , auboTato-laocaolala , acuta, imâ basi attenuata, in*
tegerrima , roaiynata ^ camoniifcula , tupr^ precipuè avenia^
glabra sau piloaia } suprema minora ; juniora yiliofla : pelîoJui
1-3 1. loDgufl, canalioulatus, glaber seu villoaiis. Intemodia
geniculata , ionga seu loogianma , et indè folionim paria di§-
taotia. Gapritla terminalia , pHis miniis longé pedunculata,
globoaa ; uoum in dichotomiâ «qnè padttOOiilaUiwi : pedon-
ciiU apioe prvcipnè ?iUoei. ^Bàcr^m 3 ad ba«n ciq vavk Bon$f
lats , ovat9 f acutae , breviter arUtatae , concavs , YiliociiMciiJcj
albe I calyce 9-3*plo breviore9 ; inferior intamedia «iperio*
ribu9 paulo minor : pedicallua inter bfacteaaalçaljoeinbv»*
viammus, eglanduiosua^ valdè villosus. Caïxx 5-phjUui;
fbiiolis ovato«-oblongîay ooncarô, subcartaoeîs, 3-nepvn8y
marginetenuioribuB, villoso-hirsutis, albîs. AicDaapaoaini
glabrum , tubulosum^ ultra mediaiQ partem in filam. lo di-
visiun ; antheriferU 5 subulatb -, st^rilibus 5 paulo Jongiori-
bus, latiusculia^ çapillaceo-multifidia : ^oth. }ongiuacui«j
Uoearf#9 aoguata», lutec^ i^locutares. OrAmimi #ul^lobo-
aiim, glabrum , i"-loo. , i-ap. Otulum funiculo iongo affixum
ë ftindo loculi enato apice ciirvato. Sttlvs brevis, glaber.
Snoiu conicum ^, — Obs. Au-dessous du tube staminal de la
plupart des Amaranthaçéep » oo trouve upe enveloppe floraU
composée de cinq pièces , et, au-dessous de celles^, trois
I^èoefi placéap en dehors , dont une intermédiaire «et iniér
mure aux deux autres. Jussieu père , Desfontainea , Brown ,
de Candolie , Kunth , etc. y considèrent l'enveloppe de cinq
comme un calice , et les trois pièces ^;Ltérieures comme
' Pour le genre auquel je rapporte cçtic pjantf , voyits U note NK
AU BRÉSIL. 4ii
4«i hiupt^ ^'ik ont, h emm d» leur «maifbniM> tppdëes
qudifiMfQMi dits tfcaiiks. M* MarlnUf ai» contrim, noaune
corolle l'enveloppe de cinq pièe» ; et dta Ciois foliolwi piaerfeo
en dehors > deux sont pour lui un calice , et la troisîème une
bractée. En proclamant tout le mërite du travail de M. M. ,
je ne saurais me résoudre à ne pas adopter j sur le point dont
il s'agit y l'opinion des savans illustres que j'ai nommés plus
baut. Il ne semblerait , je dois l'avouer, contraire à toute
analogie d'appeler corolle dans VAmanmiihu$ œ que je nonme
calice dans le Ckenopodium , et de dire qua calui-ci a un an-*
lioe sans cordle, et Y4nwranHms iinf eoroUa stfns calice.
D'ailleurs il est des plantas pourvues d'un ealioa at d'une co-
rolle qui ont tfois folioles placées absoluaiaot comme celles de
la plupart des Amaranthacécs (Ek^ : les Pofygala à fleurs ses^
siles ) : je suis néoeisairfmant obligé de considérer ces foliolas
fxnome étant toutes bractéalas ; peut'il m'âtre pennis d'appe--
1er calice dans une plante ce que dans une autre j'aurai ap^-
pelé bractée ? M. Martius crpit que les deux folioles supérieu-
res et bractéales des Amaranthacées sont un calice, parce que,
dit-il, elles tombent avec le reste de la fleur, tandis que la
bractée inférieure persiste sur la tige. Il faudrait sortir des
bormes d'une simple note pour examiner la valeur de cette
pi-euve ; mais, dans tous les cas , je puis dire que j'ai vu les
trois bractées persister ensemble dans VAàer» prœlonga , ainsi
que dans une espèce de Trichinium/ et un jeune botaniste
fort distingué j M. Depaiane , qui , après avoir étudié ce sujet ,
s'est rangé, comme moi, à l'opinion des Jussieu père, des
Brown , des de Candolle , etc. , m'a assui*é qu'il avait trouvé
la même persistance ches beaucoup d'autres Amaranthacées*
^e serais bien tenté de croire y au reste , avec M, Martius , qm
les bractées supérieures appartiennent à une auti» évolution
que l'inférieure ; un très-petit pédoncule sans glandes dans la
Brandesia Mart. , glanduleux dans le Mogiphanes Mart. , eé«
pare le calice des bractées supériea|t»s ; ces dei*nièi*e8 seraieiit
les feuilles de ce pédoncule ou rameau extrêmement riicoourci
4it SECOND VOYAGE
el leur penistanoe ou leur caducité dépendrait peut-être , 8o)|
de leur position plus ou moins élevée sur ce même rameavi,
aoît du plus ou moins de briéreté de celui-ci.
A4.
Parmi les plantes remarquables que je recueillis sur lea^
ferres du Cap Frio proprement dit , je me contenterai d'indi-
quer les deux suivantes :
BooAGiâ ALBA ASH. FL Bras. mer. > 1 , 4^'
' Cette espèce et sa coqgénère , le B. vindis L e. , présent^^
un tuas grand intérêt , parce qu'elles dévoilent la syméli-ie de
b femille des Annonées (Dunal, Considérations sur Us orgames
de la fleur y lOi y loS, io4), et confirment de h. manière la^
plus sensible les rapports de cette âmille avec celles des Ber-
béridéeset des Ménispermées.
SoAVOijLPLoxiBan'Wabl5jrnt&. Il , 36. — Spreng. Sjst. I,
769. — Nom. apud inco)as promontorii dicti Cabo Frio .*
Mangue da Praia.
Les échantillons du Se. PàmUerii recueillis aux Antilles ne
différent nullement de ceux que j'ai récoltés au Cap Frio ;
mais , ce qui est asses remarquable , c'est que ce promontoire
est la seule partie du littoral brésilien où j'aie trouvé l'espèce
dontil s'agit, et elle n'a pas non plus été rapportée par M. Salz-
mann de la côte de Bahia. — Cette plante est trop bien con-
nue pour que j'en donne ici une description détaillée. Je me
contenterai de dire que ses tiges simples ou chargées d'un à
deux rameaux , naissent d'une longue souche souterraine qui
rampe sous le sable, et que les deux loges de l'ovaire sont cha-
cune entièrement remplies par un ovule ascendant, ellipti-
quC; plane sur la face , convexe sur le dos. — Les habitans du
Cap Frio donnent au Se. PlamierU le nom de Mangue da
Praia (mangliers de la grève) , et tirent une teinture noire de
ses feuilles , en les faisant bouillir avec de la boue.
AU BRÉSIL. 4i3
BB.
JPour neiidre moins longue la description des yiUarsia que
J'ai trouvés au Brésil y je réunis sous un même titre les carac-
tères communs à tous.^Y illabsia (Sp. Bras, et pleneque Yen-*
similiter sp. umbeUatae).CAi.^ 5-part.; laciniislinearibus. G>e.
subrotata, 5-fida;divisurispatulis>plÙ8 taiinùsfimbriatis. Stam.
cum div. cal. altemantia: antti. sagittatae. £hiUAMJi 5 tuboinfra
st. insertae, iisdem altemœ. Nbot. ex squamul. 5 hypog. tubi
sqam. oppositis^ St. ovario continnus, breviusculus, breviter
ii*lamellatus*, lameilis intùs stigmaticis. Ov. i-loc. , polysp.
Ovula placentis a oppositis ^ linearibus, prominentibus affixa.
— HBBBjtnatantes.GAULBs longi. Fol. alterna; petioli brevius-
culi^ basi dilatft semivaginantes, cauli specie continui. Uhbblla
terminales ^ specie latérales : pedunculi simplices , bracteia
membranaceb intermixti , maturesoente fructu mox demersî.
VlLLABSlA iCaOPflTLLA N.
y. Caule gracili; foliis parvis , orbiculari-reniformibuSy
subrepandis; coroUs divisuris luteis.
Gauus gradlis. Fol. circiter g-ia 1. lata, orbiculari^reni-
formia, subrepanda^ saltem siccatione undulata, subtiis
saepè obscure violacea : petioli 3-4 i* longi > pliis miniis graci-
lis. Cal. foliola obtusiuscula. Gob. omnino lutea. Squaha
TUBI suborbiculares , margine fimbriatae. Sttli lamellae 3-an-
gulares. Caps, calyce persistente longitudine subsequales. Sb-
MniA globoso-lenticularia, tuberculata. — In rivulo quodam
lecta baud longé ab urbe Sorocàba , prov. S. Pauli.
Villabsu oonuHis N.
y. caule gracili; foliis cordatis, obtusissimis^supràsubener^
vus ; corolle divisuris albis.
Cavlis gracilis aut subgracilis. Fol. circiter i-3 p. longa,
9-3o 1. lata^ cordata, obtusissimai apice interdiun emar-
ginata , superiore pagina subenervia , margine angusto nigro
saepè cincta; suprà tenuiasimè adpressè vel remotè tubercu-
4i4 SECÎOND VOYAGE
lata , subtils punctata aut subpunctata , vetula impuoctafa.
VmBKLLà. multiflora : peduncuti 6-s4 1. longi , intôdàm ra-
mis radicibiiaque inlermixti. Cal* ioliola Acutiuscula seu ob-
tMhiiQuIa. Cou. îflAmdibulifeniiî&rMÉtâ ; tobo lutco ) IkàïA
dmsiim iiawrîliat , aéiititiaenlîa , elêgunter fimbriatiâ , albU.
&um. mata : âBtli. hrunem SMi alb«. S^ànm 9tÈi ladniite.
Stru dhîmnB sahiiMnibetf , inargiiiîbus fimbriofaf. Ov. ofâ-
tum. Cir». globoM. ^ In prof ineiis Rio de JanetrOf S. Futtli
et Rio Grande dû Sui ; neeooif in Illdia ôrientali.
YiLLAisu fluMMUMniifA HBK. JVdif. Gen. Ht , tS^J ^
MenyantbM Indioa Aubh Girf*!^ ii9.
y. caule crasêo; k\m eràOSÊà, renifbmnbua^ ■fédioeribus,
siipvè MbeMrrik ; oorolte dii^uris albîs..
Caitiis erasMs. Folia drciter 1/1-9 i/f p. lata , PênUbrmiag
vùt ttfriiâ parte divisa , crassa , suprft «nbmema , subtàs pane-
tulata; lobis interioré latere Mepiàs rectifiods ) petioltcs folio
mtiMotliê brevlor. Vumala 9-'i6-flôta; p^unculi dfdtér
1-9 pol. loDgiy nigro-punctati* Ca^. tùh. obtnaititfcalA , levia,
tââàà, porparascentia , patâûtift. Cou. campaBu lato-fotata >
uaquè ad tertiam partent inferiôtiem divisa , interiore pa|^
flnibriis omninA obtecta ; tubô fat eo ; divimris linearibfu ,
obtudnsoulis 9 âibn. Suit. fil. brevk : anth. magnx, broneae.
SrrLva inclttstts^ttitidtts; divisnris triangal., mteriote pagina
marginrbiisqtie stigmaticis. Nsct. sQiTAittrtA htimaîse. Or.
ôblongtfffl , levé , nitidam , brunetim , i-^Ioe. , olygosp. Cats.
ôbtustsshna , indehiseens? StMtttA gtoboloso-lenticutarià , ni-
tida , levia aut margine scabriuscnla vel titrAque fkde tuber-
culata. — Vâldè affinis praecedentî. -^ In podiidibas propè
pnedium Fazenda de Manoel Alises haud ion^ ab trrbe Maricà
et propè vicum 5. Antonio da Jacuiinga y prov. /?. Janeiro /
necnon in regno Novo-Granatensi , Ouayanâ, Africi austra-
liori et Indiâ.— Oks. Je serais fbrttentë de croire^ avec Wîtlde-
now {Sp. 1 , 3t f ) ^ que Linnë à Confbnda deux plantes sous le
nom de Menyanthes Indiea ; l'une le véritable f^ttûrsïA Indica
^ fleurs Jaunes, figure par Rumph {Amè. VI , p. 173 , t. ya.
AD BRÉSIL, 4i5
f. 3) y et depuis par Curtis ( Bot. Mag. 658 ) ; Tautrc , VHum-
èoUiiana, à fleurs blanches figurée par Rheede ( jlfa/. XI.
p. 55 > f- a8é). Je dois faire retnarcjuer cependant que leS
iiniilles figurées par Rhëéde sont beaucxnip plus grandes que
celles de mes nombreux échantillohs et de Celui qn*ont rap-*
porté BfM. de Humboldt etBonpland.
VtLLAftSf A VLATIFHTLLA N.
Caule subgracilî; foliis orbiculari-reniformibuë ^ magnis,
ienuiculis, suprà nervatis; calycibus peduncuiisque valdè
aocresoentibus ; oorollae divîsuris albis*
GAULtlongissimi) subgraciies.FoL. circiter ù i/a-S pol. longa,
orbioulari-reniformia y ferè usque ad mediam partem vel ter-
lia parte divisa, suprà nervata , subtiis punctulata, tenuicula.
UMBELLAmultiflora^ proliféra : pedunculi floriferi i-3 ï/j poh
longi , subgraciles y fioictiferi longiores : bracteae ovatae. Ala-
aASTBA subpiiosa. Flores iongîusculi. Cal. Fol. circiter 4 1-
longaySubangusta^obtusa, valdè accrescentia. Gorolla tubus
luteus : divisur» omniB& ûmhniUt, àlhd6. Ov. ovattun. Ovula
mmerosa. ^ Maseitur id amne Tapé, parte prov. S. Pauli
dietft Cùmpos GeraeSi necnon in Porto Rica et forsan ad ripas
flianiins braiiliflDsis Rio da Madéira» ^ Obs. i*. Leâ yutan-
/MsàooDibeUes qui sa générai croùMnt dans des lieux fort diflif-
reD6,varimilb«raeoupdanslifurs dimensions^ et se reconnais^
seot plutôt à leor aspect qu^à dé* caractères bien tranchés. La
longueur du calice par rapport à la capsulé changé aux divér-
ses époques de iâ maturation. Lés graines paraîtraient devoii-
offirir plus de constance dans la nature de leur surface ; mais le
y, HumboldUana a des semences tantôt entièremêtit lisses,
lantôttuberculées, et tantôt enfin lisses avec un bord rude.-—
tf**.Linné, Wiildonow, et une foule d'autres^ ont décrit les f^iT-
Uw^ia à ombelles comme présentant de longs pédoncules y de
Textrémité desquels s'édiappent des fleurs ; mais ces botanis-*
tes n'ont pas été au del4 des simples apparences. La tige est
horizontale et donne naissance à une omhslle qui la termine
^ la feuille vraiment latérale , comme Test toujoui-s
4i6 SECOND VOYAGE
cette pfitrtîe de la plante, est obligée , pour se soutenir sar
l*eau f de prendre la mime direction que la tige , et alors soa'
pétiole semble continu avec cette dernière; l'ombelle , ani
contraire, prend, pour fleurir, uûe direction verticale. Les'
deux bractées qui semblent l'embrassa sont tout simplement
des espèces de gaiùés ou stipules pétioUires ; tes bractées véii*
tables se trouvent entre les pédoncules. — 3" J'engage les bo-
tanistes qui s'occupent de la position respective des parties de
la fleur , à faire quelque attention à celle des divisions de la
corolle , des étamines , des écailles et des nectaires dans lesf
VUlarsia brésiliens. — 4"* Comme il est in^ntestable que parmi
les Menftmihes L. à feuilles non ternées , il s'en trouve qur
ont des corolles barbues sur toute leur surface, il est clair^
qu'il fiiudrtît fidre disparaître le genre Fillarsia.
ce.
teABcniA TVR1TIP0LIA DG. Pn>d. m , 1 aS^
M. caule suffrutiooso , corymbosè ramosiAîmo ; ramulitf
gracilibus, 4~S^°^> pubescenti-hispidulis/ fblîis breviter
petiolatis, parvulis , linearibus, obtusis, marginibus revolutisi
enerviis| brevissimè pubescenti-bispidulis; pilis eglandnlosîs;
pedunculis axillaribus , brevibus, a-bracteatis, i-floris.
CAUUssuffiruticosuB, i/a-i-pedalis, corymbosèramosissimus,
infernèdenudatuset glaber : ramuli graciles, ascendentes, in-
femè denudati , supemè 4-'goni ad angulos submarginati et
pubescenti-hispiduli. Folia circiter a j/a 1. longa , breviter
' petiolata , linearia, obtusa, marginibus revoluta, crasaiuscula,
enervia, subtùs praecipuè pubescenti-kispidula , suprà de-
mùm glabi^ta, plus minus patula. Piu brevissimi , subtri-
angulares , eglandulosi . Pbduhcvli axillares , soUtarii , i-flori,
circiter ^3 1. longi, ad basim bibracteati : bracte» fbliis con-
formes , sed multo minores. Caltx suboblongo-campanulatus,
4-dentatus, 8-co8tatus, brevissimè pubeacenti-hispidulus ;
dentibus mediâ parte tubi paulo longioribus, distantibui*
AU BRÉSIL. 415
PxvALA ovata, acuta, cruciatiiii patula, purpui'ea. Svam. 8 ,
glaberrima quorum 4 paulè majora : filamenta purpurea :
antherae lineari-subulatae , subfalcataB , basi ( ex connectivo )
incrassatae et bilobae , lûtes. Sttlvs glaber, curvatus , figuram
S referens , purpureus. Stig. mamillatum. Oyarius ovatum ,
4*gonum^ tertiâ parte inferiore adherens, 4 ^oc- > polysper-
mum. Capsula ovato - globosa ^ calycino tubo subasqualls,
glabra , apice loculicido-4-valvi8. Sbmiii a cochleata , levia ,
glabra,ad failum truncata: hilum orbiculatum.-^OBS. Je ne
puis douter de l'identité de ma plante avec le Marcetia tenui-
foUa de M. de C. y puisque lui-même a bien voulu Tëtiqueteir
dans mon herbier ; mais y dans tous les cas , la phrase très cat
ractëristique du Prodroimu m'eut sans doute promptement
conduit à la détermination de mes individus. Je ferai observer
pouitant que les ramules sont dans ma plante bien dëcidëmenf
4-gone8 y que les feuilles ne sont point sessiles ^ que leur suiv-
face n'est pas veloutée et qu'enfin les fleurs sont purpurines
au lieu d*âtre blanches. Â.u reste le M» teauifolia a les cai*ac-
tères essentiels que M. de G. attribue au genre et à la tribu
oii il Fa placé. Cependant ses rameaux ne sont pas cylindri*'
ques , du moins au sommet , et. son ovaire y adné dans le
tiers inférieur, contribue à prouver que, pour les Mélastomées
à fruit sec y l'adhérence ou la liberté du péricarpe ne saurait
contribuer à former des tribus et des genres.
Comme les Mélastomées à petites feuilles sont extrêmement
rares sur le littoral y j'en citerai encore une que j*ai recueillie
en deux endroits différens dans le même canton que le M. te^
nuifolia,
OSBEORIA HABITUA N.
O. caule brevi , suffruticoso y adpressè strigoso-villoso fo-
liisquebrevissimèpetiolatis, lanceolatis^i-nervii», aveniis;flori-
bus terminalibuSy capitatis, octandris ; caijcis 4-fidi tubo setis
flteliatis hii*suto ; divisuris subpectinato-ctliatis^ persistentibus.
Radix lignosa. Caitlis suffruticosus y 3-7 poliicaris y- sim-
plex ramosus aut confertè decompositus , erectus autsœ-
TOME IX. a 7
4i8 SECOND VOYAGE
fMiM lubdiAiras , /^-gofoas , ommnô anguHsve adpressè stri*
got O 'T i lkwafl .* nmi ^uli conformes , ad nodospnedpnè Arî-
goflD-vîHon. FouA ctrcitier 3-^ 1. 4ooga , breviasnni peliolatay
kneeolalay acuta aut acatiuscula, întegerrimay plus minùa
adp f cart àtrigOBO-villosa , apîce pilifbra, i-nervia , suba^oiia.
FiOB» capîtatî , terminales ^ brevHer pedicellati. Caltx cam-
paDolattts, ultra mefiam ^-ûdaê : tubus S-costatuBy setoso-
Iwtos; setîs complanatis, apîœ steiiatis , marginîbus subpî-
IcÊàêf nridibtts , tnajoribus 4 oostis totidem continais et cum
divisuris altemantîlras : dmsurse latinsculs , dentiformes ,
auugiu ilHia sabpectiiiato-dKatse , apice longé pilifène pilo
ItrminaH deckhio, persistenfles , m ihida 3-nervîaer. Pfer. 4«
«fila, ofctusa y dîltitè purpurea , caduca. Stah. erecta y glabn,
aobiBqtMilia : anthervIÎBearî-sabolatss, longniscui»^ cnrvats?,
basi ( ex eonnectÎTO ) tnbercnlafO'S-fQba?. Otar. Hberum ,
ofstum f S-oo0latiim , Bjnce pilis qiribasdam \ongÎ6 rigldis
«reetîs fiweiculatb eoronatum , oeteriim glabrum , 4'^oc. , po-
l^spai m um» CAfapLA Ofvata, 4*^^» ceterinn ovario confbrmis.
Sa. minutiaaraa, cocfaleata, ad hilom orbiculare truncafa ,
tuberculata, glabra. — Oas-Cetteespèce appartient évidemment
à la troisième section do genre Osheekia ( Y. Prod, III ^ i4o).
DD.
UimioviiAKiA vaicoLoa N.
U. aphylla (saltem florens) ; scapo eiongato , glaberrimo ,
i.4.floro ; bradeiB aaepiùs 3-Gdis ; caljce inaequalt , denticn-
lato ; labio superiore ovato , obtuso ; inferiore 3-lobo y \Ma
lateralibus latioribus ; calcare korizontali , aursiun curvato ,
elongalOy anguato , subulato, labio inferiore longiore.
PiiAiiEAglabra , florens apbylla. Rabicss brèves. Foi.ivm ra-
dicale (in spec. uno visum) circiter 6 1. longum , gramineum ,
lineare^ anguotiim^acutuia , planta florepte valdè siccati»
aut plané abolitum. Scurvs i^a-pedalis, pro craasitudioe
iougisiimua, squamuliaquibsudam minimis distantibus aculia
AU BRÉSIL. 419
inttructua. FLORCsiii apicescapi s-4 9 approximatif pedicel-
hitî : bradese ad basim cajcivis pedicelH 3 , acutae vël s^pîùs
HBfl 3-fida dWisnris aeutis. Galtx insqtialis ; foliolid orbicu-
lari-ovatia^ tîx denticulatis. Coeolla circiter 7 1. i summo cal-
care udquè ad labiom superius longa^ ccruleo-violacea^ palato
albo lutcoque pîcta; labio superiore ovato^ obtuso; inferioreS*
lobo y lobis lateraKbus latioribus ; calcare horizODtali^ sursùm
clirvato, elongatô; angilsto^ snbulato, labio superiore loogiore,
per validam lentem palatoqcte tenuissimè subvelutino. — Obs.
Parmi les Utricularia , il en est qui ont été signalés comme
aphjUes et d'autres comme ajant une ou deux feuilles radica-
les. Je m'étais persuadé que la plante dont je donne ici la des-
eription appartenait à la première catégorie , lorsqu'à la base
de la hampe d'un de mes échantillons, j'aperçus uue petite
feuille linéaire extrêmement desséchée. Ma plante n'a donc pas
été aphylle dès son origine ; elle ne l'est devenue que par le
dessèchement de sa feuille radicale , et je soupçonnerais qu'il
en est de même de toutes les espèces dites aphylles. On sait
qu'il est une foule de plantes chez lesquelles les feuilles radi-
cales se sont oblitérées depuis long-temps , quand la tige fleu-
rit. Peut-être la feuille radicale des Ultricuiaria y lorsqu'il j
en a une seule , n'est-elle que le cotylédon développé.
EE.
RUBIACEâ.
Peaama BIR80T4 Aubl. Cujly 54 > t. 16. — Mattnschkea
hispida HBK. N09, Gén. II, 371 !
Hbrba annua. Rahix parva. Cavlbs circiter l-g-pollicares,
solitarii vel ex eàdem radice plures, erecti , slmpUces aut ra-
mosi vel dichotomi, graciles^ teretes, pilis patulis inlèrnè
adpressis supemè obtecti. Folia opposita, connata , exstipo-
lata ( saltem si angustus inter folia margo excurrens stipulas
nomen haud meretiff) , sessilia , circiter 3 1. longa , 1 1/3 lata ,
oyata aut sœpîiisovato-oblonga; acutissima, rigidiuscuta ^ 3-
420 SECOND VOYAGE
5-7-nenria , basi pilis rlgidis ciliata , caetenim glabra , inier-^
diun omnino hispida ; inferiora sspè valdè approxunata ; su^
periora distaotia , minora , aDguatiora , subobloogo^înearà^
Capitula termînalia , solitaria , unum raro infira termioale ,
circiter 4"^ ^* iooga , globosa Tel cylindrica^ e caljcibtuhia-*
pîda y basi ebracteata vel bracteis 8u£fulta foliis supenonbus
coDsimilibua : rachia bispida. FiiOaas parvuli. Cautz adbe-
rena; tubo minimo tuibinato; Ilmbo a-partito; divisuris unUft-
teralibtUy exterioribiia(iiiterîoribus plané abortirâ), subdiver-
gentibiMy a-l. longia, fbliaceis, lineari<-8iibulatiSy tubo
multodes longioribus. Coaoli^ infondibaUformis, calycinia
diviauris vix longîory lutea y &uoe ▼ilioaa ; tubo loogo, glabro;
limbo ^^-ûdo ; laciniis subovatia, acutis, pilum infra apiœm
gerentibua. Stamdu 3~4 9 ^^^^'Q divisurû ooroUje aitemantia ,
aununo tubo inaerta : filamenta breviasima : an th. linearea ,
acut« , baai barbatae. SqoAwuhM 3 minimg intra oorollae tu -
bum. Stilus capillaceufl , glaber , a-dentatus. Stigha. ad au-
perficiem intemam dentium. OfAura minimum , 3-kxî. , lo-
cuUa i-apermia. Owvul axilia , ascendentia. Capsula obverae
pjramidata , calyce peraialente coronata , membranacea , cir-
cumciasa , 3-loc. , 3^. SznHA ovata , 3-quetra , brunea, ni-
tida. Umbujcus linearis in medio uniua ex ÊiciebuB. Litigo-
MBffUH membranaoeo*cru8taoeum. PEaispEBjnrH camoao-auc-
culentum, lutescena. EnaaTO teres» luteacena, axilis, umbilico
paralklua : ootyledonea radiculâ breriorea.
Cas. Les échantillons rapportés de Cajenne par les Toya*
geura , el aortout ceux qui ont été nommés par l'illustre Ri-
chard , ne me permettent pas de douter de la parÊite identité
de ma plante avec le Perama hirstHa d'Aublet. Mais il n'en est
pas moins vrai que cet auteur a'élait entièrement mépns sur
les caracièrea de sa plante , puisqu'il a décrit et figuré un ca-
lice qui n'existe pas , qu'il a pris pour des bractées les vérita*
blés divisions calicinales , et enfin qu'il a placé dans la co-
rolle l'ovaire qui se trouve dessous. Trompés par la descrip-
tion et la figure presque imaginaires de l'auteur de la Flore de
AU BRÉSIL. 4ai
Cftyenne > l'illuslre Jusaîeu y et ceux qui l'ont suivi , ont dû
naturellement rapporter le Peràma aux Yerbënacées : ma
description prouve évidemment que ce genre appartient aux
Rubtacëes et à la tribu des Spemacocées avec laquelle les
Mitracarpum le lient surtout d'une manière assez intime. Le
Perama n*offire point , il est vrai^ de stipules proprement di-
tes ; mais on n'en trouve pas de beaucoup plus sensibles dans
de petites espèces de DecUeuxia , et la tendance qu'a la plante
à prendre des feuilles vertidllëes détruit ^ ce me semble , une
partie de l'anomalie. — 3** Les échantillons du Mattuschkea
hispida rapportés par MM. Humboldt et Bonpland ont l'o-
vaire infère comme les miens y et un calice absolument sembla-
ble à celui de ma plante ; en un mot y tous les caractères sont
réellement les mêmes. On voit à la vérité des feuilles ternées
dans les échantillons de M. de H. ; mais , sur le même pied , il
en est d'autres simplement opposées. Ces mêmes feuilles soiit
généralement linéaires ; cependant un des échantillons a cel-
les du bas de la tige ovales comme les feuilles des individus de
Cayenne et du Brésil , et l'on peut voir par ma description
que les feuilles supérieures de mes échantillons brésiliens sont
presque linéaires. Au reste ^ l'identité du M. hispida avec le
Perama kirsuta n'avait pas échappé à la rare sagacité du sa-
vant M. Kunth (V. Noif. Gen, H, 371) , et il les aurait cer*-
tainement réunis s'il n'eut été trompé par l'indication d'un ca-
lice 4-pftrtite qu'il trouvait dans la phrase d'Aubiet, tandis
qa*il ne voyait que deiUL divisions au calice des échantillons
de H. de H.
D'après tout ce qui précède , il faudra tracer comme il suit
le caractère du genre PERAMA : Calix adherens ; limbo a-
partito ; divisuris uniiateralibus , exterioribus (int. plané ab-
ortivis). Cor. infundibul. ; limbo 3-4'fido ; fauce villosâ.
Stam. 3-4; summo tubo inserta , cum divisuris corollae alter-
nantia. Squahula 3 intra tubum. Smus a-dentatus. Stigxa
ad superficiem internam dentium. Ovariuh 3-loc. (an in fl.
4-meriisov. 4-loc. et squamulse 4?) > loculis i-spermis. OviriA
N
4aa SECOND VOYAGE
arïia , «flceiulentk. Càn. caljce penisteDte coraiaU , mcm-
bnnacea ^ dreumcian , 3-loc. , 3-«p. Sodua 3-cpietra. U«-
Hucvs in medio uniuB ex fiiciebus. Pulisp. camoso^niccuteiif-
tum. EjDEToaxilis, umbilico pandleliu. — Hsam«. Folia
opposia aea vertidllata, exstipulaU. FuoABf capitati , tenu! -
nalca, rainimi.
FF.
MoD-^eiileiDCDt le Sophmn UimraKê esl cxtrèmemeDl com-
mun for le bord de la mer entre Rio de Janeiro et le Rio
Doce; mais encore il s'étend au sud jusque dans la province
de S. Catherine , et le P. Leandro do Sacramento ma dit qu'il
croisBait aussi à Femambouc. CcHnme il n'a été dësignë que
par de courtes phrases y je crois devoir en donner ici une des-
cription complète.
SopBOMA LiiTOftAUs Neuw. et^hrad. GoeCt. Anz. \%%x, ,
p.709.— DC. AW. //,96. — N.V.FeioesdaPraia.
FavTBx a-5-pedalis « à basa ramosuSy valdè amarus-:
ramuli subtiKaBÎmè strigoso-pubescentes , caneacentes. Fol.
impari-pinnata y petiolo adjecto circiter 4"^ poil, longi,
6-9*iuga : petiolus drater poUicans continuaque rachis çt
petioluîi subtilissimèstrigoso*pubescentia, subcanesoentia.:
Ibliola cirater 9-15 I. kmgfa , rotnndp-eUiptica vel elliptica ,
obtusa autacutiuscula, ooriaceai inl^e^rimaj marginib^s
revoluta, suprà glabra aut vix puberula et nitida» ^ul^ùs
subtilissimè strigoso-pubesœntia et canescentia. RACxm ter-
minales raroque simul axiUares, Z-q poU. lon^, simplîçes :
axis ramulo continua et consimilis^ gradatim atlenuata. : pe^
dicelli solitarii aut gemini , circiter 3 I. longi ^ e^ecti j paulo
infra apicem articulati , strigo-pubeecentes , canescentes, bfi^
bracteati : bractea circiter 9 1. longa, lioeari-$ubulata,^p-
gusta. Fi. 8-1 a 1. longi. Cjxtx coroUâ ferè 4-pl6bi'evior,cu-
pularis y vix 5-dentatus 9 obliquus, gibbus, strigoso-puberu-
lus, flaveacens. Goa. glabra^ flava : vexillum enm'gjuiatuiii •
; AU BRÉSIL* 4^3
tfKvm^ dipetidiL al^4|ue vwitto JoB^Hudias iM «pialia. StAv.
lo^ libéra , basi pubescentia. Nect. o. Samus fubulatiM. Of .
pedicsUatum , Wr«9 , as^ebdena , incAOO^^Uosiim y poi pper-
mum. Lbguhiii4 monilifovmi^Ei ^ cûnplter iC^polIkaria^ ceraua-'
pcibeao6Dtia , imtehiaceiiti». $BHCir ciMBkudin« direiter piâ ,
ffttbovato^globoMim^ dono conv^xuiq ^ fueie planhiBcohiiD, ad
linbiliciim liaearemf tolbndè excawatum , ^abruni) itMcmn^
nitidum. — Obs. M. Schrader a^vait dit à toit cpiê les fettHfee
de la plante dont il s'agit ki itaienl entièrement glabres ; mais
M* daC. a Irès-bie^ dfcrit lenr sujr&o0« hê premier de ces
écrivains indique le Soph. UiioraUs comme croîssaiit sur le
bord des fleuves; je Tai suivi tong^lemps^ et ne Taî trouvé
qo'aupi>ès de la tbkïï^
GG.
M* le docteur GrcviUe , si bien cennu par sec beaux tra-
vaux. » a eu Texlrtme bonté de 4êterieinei' toutes mes Algues
brésiliennes. Je vais citer d'aprè&im y k série des esp^ees ^ue
j'ai recueillies près d&JHacabé, et ne changerai absolument
rien aux notes «pii m'ont été oommuntcfvcée» par le célèbre
cryptogamiflle écQSseià.
FUODIDEhJE.
Saagassvh lxrdiobrvh Ag. Syst, p. agS.
DICTTOmLï;.
VàsnnL YLAYL Grev. Aig. Brut, p. zlft. — Zonaria
flava Ag. Syst. p. a65.
FLORIDEJE.
> &mntt.4B4 HwiHïiHA, ( 9f^ DOiv.) / fronde slipitatâr Miû
inferknibus petiftlatis, sapérkonbus bèpinnatifiiMs , dMatatis^
apicerotuDdatotrvncatis y veeurvts.^-^^'OMw Cette espèce teint
:k papier d'un beau pourpre (Aug. S. Hfl'.). •
: PiÂoAjaini oeeeiiiKDH Lyngbv HyA*. Dan. p. S%. — ÏMes-
eem Ptocainiinpi Ag. Sya. p. aSo. .
V !
4a4 SECOND VOYAGE
LàVBXHCik vimuTinDA Lam*. Essm, p. 4^.— Choadria pin-
iiatifida Ag. Sfst. p. soi.
Ghohdaus mrvnPAxrmê Grer. Âlg. Brii, p. lti. — Sphm^
roeoccus muUipartilui Ag. Sysu p. a 16.
GxuDiuH GoaiiEUH Lam*. — Sphsrocoocoscomeus Ag.5)rjtfi
Pi flaS.-— LQctaiD9uperpropè//a/Micorota.prov/S. Catharâia».
Gi^ÀRTiiu acicuulBib Lam*. Eisaiif, 4^. «— Sph«roooc-
eus acîcularô Ag. Syst. p. 937.
ULYACEiE.
PoapsraA. TUL0aaH Ag. Au^tahlung p. 18. -— /cim. Alg.
JSurop* t« aS.
U1.TA aiaiPA Ag. «^#f. p. 189.
EirraaoHoapBA GOHpasssA Grev. Alg^. Brii. p» 180. — Sob^
nia compressa Ag. .$;^/^ Alg. p. 186.
EmxaoHoaTHA iHTisrncAais 7 ,I4nck Flor. Phys. Ber, p. 5. —
Solenia intestioalis Ag. 5///. Ai^. p. i85.— fV. angusUssima^
CERAMLS:.
GiBAMiirH cLATViAnni Ag. apud Kundi Syn, Pi> JEqwR. t
p. ^.-^Spm Alg. V. n» p. i5a«»Leota inaaper propi Itapacû»
nia provincift S. Catharins.
GONFERVEX.
Coana,V4 vam^ Ag. 5//i. j^/^. p. ioo»
CoBmaTA OATEHATA L. — Ag. Syst. Aig. p. lif^.
CoirFaaTATaxoBOTOMA.Ag. «fy^ w#%. p. lai.
HB.
»
SCULFUS OBCIPIEIfsN.
GiTLHi humanœ altitudinia , 3-quetri^ levés, glabri, aphylli,
infenii inatrufrti vaginis pluribus acutia kînc reticulatim lace-
ratis fiiacia vel castaneb; benemulti stériles. UmBLLA termina-
lis, composita, insequaliSy bracteata : brades ad basim cojoa-
vis umbeli» divisu|?ae , vagioantes seu aippledenlès , glabrsa;
inferior erecta y aubiilata, culmiapioem mentiens^.umbeUi
brevior : umbell» rami pedunçulique hûic plani, indè
AU BRÉSIL. 4^5
ym, kves vel raro apice atperi , glabri. Spicvljs ovatae^ nullo
modo compreMae, femigine^. Squama, ovats y obtus» , apice
ciliolatae, mucronate; inferiores yacus aut abortivos flores ob-
tegentes. AnraxtuE acumine birtello terminatae. Srji a , mol-
liuscul», deDtibus revenu donatae, alia deztrorsùm alia ai-
nistroraùm stamina comitantes. Smvs basi nec articulatua
nec incrussatus, gradatim latior^ s-fidus; divisuris valdè
complanatisy latiusculis^ membranaceis, irregulariter lacera-
to-ciliatis. Ovariuh anceps. Nux levis, ovata, bine piana^ ilUnc
convexa.— Om. i*" Cette espèce est intermédiaire entre les5. ia^
cusiris et Uttoralis. Elle diffère de tous les deux par la forme de
ses styles et le nombre de ses soies ; du S. laouttris en particu-
lîer> par sa tige triangulaire , et du iiUoraUs , par ses écailles
ciliées au sommet et ses soies alongées^ étroites et non apla-
ties. Son /acies me semble la rapprocher plutôt du littoraiis
que du ^uj^rii/^— s» Dans cette eqpèœ comme dans plusieurs
autres^ rinflorescence est vraiment terminale. Une bractée
vajginante accompagne la fleur , et , comme elle est parfaite-
ment droite y on l'a prise pour une partie intégrante de la tigpy
4*où l'on s'est imaginé que les ^Ulets sortaient latéralement*
Ntmpbjia LUnUTA N.
N. fbliis ovato-orbicularibusy apice truncato-obtusissimis ,
usquè ad petiotum Assis , sobintegerrimis , vix tuberculatis ^
glabris ; nervis venisque subtiis prominentibus , suprà mani-
iestis; lobis per totam ferè longitudinem invicem obtegenti-
buS; summo apice valdè attenuatis acutiuscuUsque et discre-
tiB ; petiolis pedunculisque puberulis ; calycinis foliolis 5 ,
oyato-oblongis , obtuaiusculis.
FoLU circiter 4 poU. longa, 3 poil, lata^ subovato-orbicu-
laria^ apice truncato-obtusisaima ^ usquè ad petiolum fissa,
subintegerrima^ nervosa, suprà tuberculis raris per lentem
Rdanifestis conspersa^ glabra^ subpellucido-punctataî lobis
4a6 SECOND VOYAGE
pcr totam ferà longitadiDttn iovieem obtcgcotibiit, ùiaEqua-
hbuB, summo apîee valdè attemiatifl aeotiutcuKsqiit el diacr&-
fis : pedoli aabgnoîles , pidiervU. Pjrdvhgvlvs puberolus ,
pedolo craantodÎDe sulMoqualis. Flos circîler i-polKcaris. Cà-
ixctMA FOuaiA 5 y ovttlo-oblooga , obtusîuscala , exteriore pa-
gina viridia lindsqoe teButaiiiiiwpupiiras notata. Petala alba
(Dcacript. ex nnioo spec.). ^
Cette eipèce de Nymphéa n'est pas la seule que j'aie obser-
vée au Bras^l^ J'en ai encore trouvé une autre dans les marres
d'eau voîflînes de Tagnahj, province de Rio de Janeiro. En
voici la description :
hrmrmMà, j&«o«vnums H.
N. foliis SQ%onrt»-orbieularibus y «dUnsissiais, usquè ai
petiolum fissis , suprà enervîis densèque per lentem tnbercn-
latiSy utiinquè gUibrîs; loi» diserelis, apice dîvei]gvoti-frun-
eatis ; petiolis gracîlibus , glabrn peduncttlisqne crassis ; ca-
lyciius folioKs 4 y ov«lo-biioeeiatis.
Radicss fibro6« , crasMBCttl» , longs» aftidae. Folia dr-
eiter 3-5 poli, longs, «-4 lala, subovato^oAîcoiaria, obtu-
siisiBMi , usqnë ad petiolnm fisse , vix subsinuata , supeiiore
pagina enervia tuberculisque per lentem manifestis dense ins-
persa , inferiore nervosa obscurèque purpurea ; lobis diacre»
tis, apicem versus obliqué divergenti-truncatis ; sinu obtuso
vel acutiusculo : petioli longi , pro magnitudine fbOorum gra-
ciles, glabri. Pïduiicvli petiolis mahô crassîores, gîabri. Ca-
LTX 4-pbjITu8 ,' glaber , nitidus , Mneis sparsis brevibus nigris
notatus; fbliolls ovatis ovatove ~ lanceolalis , obtushiscutîs.
Pktala 16-17, bypogyna, ovato-Ianceolata , glabra, albo-
viridia. Sta«na indefinîta , glabra : exteriora fiUmento lato^
petatoïdeo ; antherâ apice ftlamenfl adnatâ^ linean : înt^rmé-
dis filamento lineari , compseaso ; antberâ continua , tinearr,
lon^, s-loculari : interiora clavata, incurva, apice riibra;
antberâ i-locmlari. Stighata numerosa, ècentro uBibilicato
superioris depressique ovarifi Superficiei radîantia. Ovarîum
dept^essum , brevissîmum , multitôculare , potyspermum. Ofïï'
AU BRÉSIL. 4^7
1.4 uumeFosiMiiiuii diasepinaenta undiqui obtegentia. Sehma
parvula, hirtella^grisea.
JJ.
U. glabra ; foliis radiciformibus , amplis , capillaceo-multir
partitis, veaiculjfem ; scapo squamoso , circiter g-iS-floro i
labiia subindiviais ; superiore ovato , pal^tum «quante ; inft*
rioi-e amplo^ aenuorbiculari ; calcare horisontali.^ cooico,
apice s-deotato, labio ii;i6rior«i paulo bveviore: qvario5-8r
spenno.
Planta glabra. C4SU» demei^ua » loogûeimua , aiiper Ummn
repeosy complanatuB , è lâtere inferiore Fouul emittens radw
dforutia , niiiiitipartita y ampla ; diTiauria t€D^itler capillao^ ,
¥çsicuii^ inaiructis. Scé^x aa^Uarea» basi abrupte recurvî^
efecti , B^bp«dale6, aquamcai : «quampe pauc9> aubicarioflœ,
ov^ts^, obtuaaa. IUgbxps eoatiquuai ^iS-flonis: pedicelK
brev.çs^açp];i99P9pt^a> demiua longiusculiatiiiciirvi : bracte»
squamiacaifUnUfluMmUes, pedicellum amplectentes. Cékf^rr
uflA^rohipiiA ovala , obtuaa , levia 9 iwtida. Goaoujt drcHer fi-L
iQQga, lutea; labio supwiore ovato > obtiiao^ integerrîiBQ^
palatum aequante ; labio inferiore amplo , semiorbiculari, vi^
qppDulatq; «akjir^ boriaopfali^ li<«^ceolato-çooioo » apico a-
djçpVato, labio ioferiore p^ô breviore. Sm*P9 ab a^çe ad
l^i^natt^nuatus, iipilabi^t^^ Qi^uHi p^^pyrac^form^m 9mmr
(aii^n. SriG^ad.aiiperfkî^m ipterioreia flijrli lab&i* Ovula M,
distantia , io placenta globosâ nidulantia.
f^ar. p foliis aii;|p)i{^iia ; i^o^ûcu^s nM^jiaiiifmerç^' « flqua-
^1^ br^^is ^ljçinis<ma (bUoli^acutia val acimÛDatis; oorôUf9
\»!p}^ sif periore su|)eiiiargH)ato. -*- Legi io fossis planitiçi dioiw
Vofgim civi^ti jSancti P^i4) subnûqsae*
pas, i:".V(/. Qlj[gQ4petm^ al^ poit et jas priiieî|iaia.caiM«
tares, da !'(/; rmigan^i xnaia il iw, dMuagua par dei fi^uillas
pljMil ai9>pWsi à d/JGOupiim phia dâWalis^ çt à vésioulaftpliiâ
4a8 SECOND VOYAG^E
petites ; par ses fleurs un peu moins grandes , sob ^^eron bî-
denté ^ et surtout par son placenta y qui , au lieu d'êlre cou-
vert d'innombrables ovules, n'en porte que cinq à huit, fort
gros et écartés. Les premiers de ces caractères n'auraient cer-
tainement pas suffi pour me déterminer à indiquer la plante
brésilienne autrement que comme une simple variété; mais le
nombre de ses ovules, formant une exception dans le genre
tout entier , m'a décidé à la ranger parmi les espèces. Son
stigmate , on , pour mieux dire , la languette tei*minale de son
style , n'est point hispide ou frangée sur les bords , et si ,
comme on l'a dit, VU, vtdjg^cirir présentait un stigmate de cette
nature , on aurait un moyen de plus pour distinguer les deux
plantes ; mais je n'ai pas trouvé de languette frangée on bis-
ipàe sur les bords dans VU. vulgarU plus que dans Vofygos-
ferma. — if* Par l'histoire de l'I/. •fygoêperma que y ta tracée
au commencement de ma description , et qui probablement
est celle de la plupart des Utricuûires à vésicules , on voit que
la hampe {seapus) n'est qu'un pédoncule axillaire , et que par
conséquent elle appartient à une seconde évolution. Dans les
Utriculaires aphylles au contraire , le seapus , véritable tige,
me semble appartenir à une première évolution , et , si je ne
me trompe , il ne peut se compartr à celui des espèces vésî-
cttleuses.
Jusqu'à présent la famille desLentibulariées ne s'est réelle-
ment composée que de deux genres. J'en signalerai un troi-
sième qui appartient à la Flore du Brésil, et en particulier à
celle d'une des provinces que mes deux premières Relations
ont fait connaître.
GENUSEA. Galtx 5-partitus, subinaequalis , patulus.
C0MLL4 hypogyna, personata; labio inferiore calcarato. Sta-
MMA 9 , im» corolle inserta : anthene terminales , immobiles
eut subimmobiles y i-loculares. Smvs brevis, i-5ft-labiatus.
8ti«]u ad supaticiem labiorum. Ovarium globosum, i-loc. ,
polysp. OwLA innumera , pkcentae centrali çldi>098e affixa.
Capsula globosa , i-locularis. -. UaiBA annue, paludoas.
AU BRÉSIL. 4ag
PoLU radicaBa^ rosaceo-cespitooi , petiolataj pl&s miniuspa-
thulata I oblunssimay intégra , kitegerrima , glaberrima , ra-
rissime nulla. SoàFV» solitarius ^ erectus , squamulis pauda
iostructus^ Tacemeso-paucifloruty raro noiflorus. Pedigblli }-
bracteati. — Gratissimo animo in memoriam dixi Dominae db
GvxLis, muUeris celebemmae y quae elegantissimam de bota-
nicâ orationem scripaity et me adolescentem consiliis monebat
sapientissimis. -^ Uns. Il est clair, d'après ma description ,
que ce genre a la corolle des Utriculaires , et que , par son ca-
lice y il se rapproche des Grassettes. La forme et la position de
ses feuilles sont celles des feuilles de plusieurs Drosera.
GbNLI8£A. AVtJUL N.
G. foliis dense superpositis y spatliulatis ; laminft obovatft;
scapo infemè glandulosonhirsuto y apice hirsutissimo ; divisu-
ris caljcinis linearibus, obtusb, pedicello vix a-3-pl6 Ion-
gioribus ; calcare horisontali , recto seu rectiusculo , lan-
ceolato-conico , acuto , labio inferiore lengiore.
FoLiA numerosissima , dense superposita, petiolo adjecto
circiter pollicaria , spathulata , luteo-viridia ; lamina obovatâ,
gradatàm attenuatâ, petiolo multoties breviore. Sgafvs 9-1 5 1.
longuSy crassiusculus , complanatus y aphyllus, squamatus^
infemè subbirsutus , |ipice hirsutissimus , viridis seu atropur-
pureus : squamulae distantes y alterna y i 1. longs, acuts,
concavac , birsuta. Rackmus terminalis, continuus : flores ap-
proximati : bractese vix 1 1. longae , lineares , obtusse , pilis
giandulosis hirautissima; : pedicelli circiter i/a-3 1. longi ,
glanduloso-hirsutissimi. Galtcihji dtyuvkje brèves, lineares,
obtusae , glanduloso - hirsutissims. Corollâ circiter 6-81.
longa , externe fairsuto-glandulosa , aurea ; labio superiore
erecto, ovato, obtuso, marginibus retroflexo, palatum su-
perante ; inferiore 3-lobo, lobis obtusis, intermedio majore;
palato altè canaliculato , labium superius amplectente , sub-
tilissimè velutino-puberulo ; calcare horizontali crasso , cy^
lindrico-conico , acuto. Stâkiniih fil. glabra : antli. per totam
longitudinem filamento adnatae, transversè lineares, medio
^3o SECOHD VOYAGE
cônstrietx , tturginîbitf eiliohte. Strurs brevisahm» , apice
unilabiatas , cuculium papjraceum referens. SnctA «d ai-
perficiem labui interiorem. OfàSLnm pîliB instruetam ghiidu-
losis. Otula ionumera. Capsola glandulôso-pilosa. — T9aacî«-
tur in arenosis humidfs montium vulgô Serra da Caretça et
Serra da Ibitipocoy provinciâ Minas Geraes,
GsiftisEÀ mivoR N.
G. foliîs deDsè superpaaitis , spalhulatis; laminft obovato-
cuneatâ ; acapo saepiùs gracili , plus minus glandaloso-hir-
auto ; divisuria calydnia liûeari-lanceolatis, acutia, pedicello
multoties longioribua ; calcare c^indrico-conioo y baaî hori-
Eontali , apice auraùm curvato.
Differt à praecedente foliîs obovato-cuneatîs; acapo gracfli ;
bracteia acutia ; pedicellk 3~plo longioribua ; floribas ^ulà
minoribus , minus numeroaia mînùsque approximatî» ; laciaiis
calycinia linearî-lanceolatia , Bcutis «eu acaminatia ; calcare
auraùm recurvo. — Veriffl'mîliter mera varietas. — Lecta in
paludibua propè pagum Milho Verde baud longé ab urbe Ti^
juco, provinciâ Minas Geraes et propè pagum Contendas in
parte occidentali désertique ejusdem proyinci» dicta Sertao.
Obs. Cette plante pourrait bien être une simple variété du
G. a»rea produite par une différence dans la hauteur des lo-
calités. Je serais d'autant plus tenté d'adopter cette opinion
que les individus recueillis auprès de MiUut Verde , lieu déjà
élevé y s'éloignent moins de Yaurea que les échantillons trou-
vés dans le Sertao , qui est un pays assez bas.
Geiclisea filitorhis N.
G. foliîs parvuliSy subspathulatis; lamina ovato-orbiculari ;
acapo filiformi , glabriusculo ; floribus parvulis , distantibus \
calcare horizontali, inflato, sacciformi, obtusissimo, sub-
emarginato , labio superîore vix longiore.
FoLiA adjecto petiolo circiter 3-4 1- longa, subspathulata ,
luteo-viridia ; lamina ovato-orbiculari. Scafus 4-^ poil, lon-
gusy filiformis, compressus, squamatus : squamul» paucae,
distantes ^ altemae y vix i/a 1. longs, ovato-acuminatae , con-
AU BRÉSIL. 43i
cavSy glaberriiDfle : pedicelli distantes, 3-5 1. longi^ subca-^
palace! y apioe piUs moUibiis glandulons instructi seu gla-
briusQuli : bracte» parrube , subulalae, glabne. CàLTcaM m-
YzsuRA lanceolat»^ acut», glabre seu pilosiuscube. Corolla
circiter s 1. longa f {^briuscoh , lutea ; labio superiore orato ,
(^tu8o; inferiore 3*lobû ; palato recto ; calcare horizontali ,
inflato y sacciformi , cAtiisissiino ^ subemarginato , labio supe-
riore viz longiore. Stahina glabra : antherae haud constrictae.
Cafsuul glpboea , glaDdulo80<*pilosa. — Inveni ad scaturigines
montis Serra de S. José haud longé ab nrbe S. Joâo tTEl Rei,
provinoi4 Minas Géraes*
GxifLUIà FY»MAk.
G. aphyUa ; scapo aubcapiUaceo , basi apieeque subglan-
duloso-hicsuto , medio subhirsuto j i rarà s-floro ; floribus
parvulis ; oalcare horizontati , saccifimni , acutiusculo , labio
inferiore longiore.
PLAiiTAsaltem tempore floreacentift aphylla, vix i8 1. longa.
Gauus subcapillaceus, basi apieeque subglanduloso-hirsu-
tus I squamuUs paucissinais initructus y apice i raro s-fldrus :
squamulae minimsB , acutSB, hirsutîuscul»^ suprême (bractée
floris inferioris abortivi) terne. Caltciiia ditisurj! hirsute ,
sublineares , obtusiuscule. Gorolla circiter i i/a l. longa ,
pilosiuscula; labio superiore integerrimo^ obtuso^ erecto, mar.
ginibus retroflezo , palatum superante ; palato profundè ca-
naliculatOy labium superius amplectenti ; calcare horizontali,
sacciformi , acutiusculo > labio inferiore longiore. — Inveni
in paludibus propè lïunanduà haud longé â vico Contendas ,
parte orientali desertâque provincie Minas Geraes dicta, Sertâo»
GflILlSEA TIOLAOEA N.
G. foliis subspathulatis ; lamkiâ obovato^orbiottJari ; scapo
subglanduloso-hirsuto ; labio superiore cordato ; calcare des-
cendente, apice crassiore, obtusissirao^ labio inferiore bre*
viore.
Planta siccatione nîgreseens. Radix fibrosa. FeLU haud
multiun numerosa, petiolo adjeoto circiter 6 1. longa ^ sab*
^
\
43a SECOND VOYAGE
spathulata; lamina obovato-orbiculari. Scapu84 i/a-poil&à-^
1*10, haud denaà subglaDdulosa-hirButus, squamatiu : squa-«
mulaepaucae, alteroœ, distantes, minimae, subhinuts. Ra-
CXHU8 oontinuus, terminalis, a-6-floriu : pedicelli drdler
6 1. longi , accrescentes , dialantes , glanduloso-hinuti , pri-
mùm erectiusculi , demùm recurvi : bracteae subuIaUe. Calt-
cïïKM Dif isvRM oblongo-lineares , obtuse , glanduloeo-pilosz.
CoAOLLA circiter 5. 1. longa, plus minus pilosa , pallidè tîo-
kcea, venis obscurioiîbus notata; labio superiore erecto,
oordato , palatum paulo superante , lobis obtusîssimis pli»
mioùs emarginatis; labio inferiore 3-lobo, superiore am-
pliore^ lobis obtusissimis , interdiun subemarginatis, inter*
medio majore; palato breviusculo, Tiridi; calcare descen-
dente , apice crassiore , obtusissimo , labio inferiore brevîore.
Staura glabra : antherae transversè oblongae, Biameatuta
ezcedentes. Smus brevis, a-labiatus; labio uno vix'mam*
festo, altero à basi ad apicem obtusum dilatato. Stigha ad in-
ternam labiorum superficiem. Capsula glanduloso-birsuta.
Semina ninima , angulosa. — Ad rivulosmontisaltissimi Serra
da Lapa et in arenosis bumidis montis Serra da Jbâipoca j
provinciâ Minas Geraes,
AxisiiA RAifVNCirLOÎDBs 9 Y. bnuUtensis N. fbliis breviter
petiolatis , lanceolatis ; nervis lateralibus in marginem sub-
confusis; scapo brevi, paudfloro pedunculisque filiformi-
bus.
Obs. Si la plante brésilienne présentait constamment les
caractères que je viens de retracer , je n'bésiterais peut-être
pas à l'indiquer comme espèce distincte ; mais elle se nuance
pai* des dégradations insensibles avec le véritable A, ranuneu^
loîdes de nos marais. Gbes des individus qui naissent dans
l'eau on voit des péduncules longs d'environ trois pouces ; la
hampe de ces ml^es individus ne diffère point de celle des
AU BRÉSIL. 433
échantillons eurèpéens, et les nervnreff latérale» de leurs
feuilles sont éloignées du bord de près de 3/4 de ligne ; enfin
l'on rencontre certainspieds oii, parmi des feuilles simplement
lancéolées , il en existe d'autres qui sont plus ou moins lan-
céolées -linéaii^es.
Ce n'est pas seulement sur la cote que natt YAlisma ratiùn-*
cuhîdes; on le trouve encore dans ks marais du Sertâo de Mî^
nas Geraes et à Minas Kovas.
LL.
PbXSLBA LIRirÔLIA N.
p. caulibus prostratis; ramis pubescentibus ; foiii's confér*
tis, linearibuSy acutis, basi obtusis; floribus dense spicatis ;
caljcinis divisnrb 4 Unearibus , exteriore majore lan-
ceolatft.
Gaules longi, prostrati , ramosi , circitercrassitudinepennaè
Golumbinae : rami pubescentes. Foi., breviter petiolata, circi-
ter 3 1. longa , confeiia , linearia , acuta^ basi obtusa , pubes-
centia. F h. in apice caulium dense spicati , secundi, brac->-
teati : bract. lanceolats, foliis breviores. PiLialbi^ adpressi.
Cal. 5.-part. ^ inaequalis^ pubescens; laciniîs 4 linearibus ^
aeutiSf unâ ext. majore lanceolatâ.CoR. infundibul., plicata;
tubo luteo extùs pubescente ; limbo 5-fido , laciniis lanceola*
tis ', dentibus interjectis 5 , brevibus , haud inflexis. Faux
clausa squamulis 5 , triang. y barbatis ^ dentibus oppositis.
AifTH. 5 , ferè sessiles^ paulo supra tubi basîn insert», cum di-
visuris corollae alternantes etsquamis dentibusque oppositae,
cordatae , acuminat», acumine cohérentes et supra stigma for-
nicem,efiormantes.STrL. brevis, glaber. Stic, conicum^a-den-
tatum disco orbiculari basi insidens. Nect. brève , annulave ,
ovarii basi adnatum. Ov. simplex , conicum , 4"'^^* ^ 4'^-
OvDLA axilia, suspensa. Caps, dehiscentiâ septicidâ in nuculas
4 divisa : nuculae 3-quetrae , ovalae , latere ext. pubescentes.
M. Martius a fait connaître d'une manièi*e excellente la
TOME II. 28
434 SECOND VOYAGE
plante dont il a formé son genre Preska {Noi^.,Gen, II, 75 ,
1. 164) ; mus , comme il n'a connu qu'une espèce de ce genre,
et que j'ai eu occasion d'en observer plusieurs autres , je
cix>is devoir modifier de la manière suivante les caractères gë^
néraux du PresUa:
PRESLEA. GAI*, insqualis. Coa. infandibulifbrmis, plicsta;
limbo S-'fido; dentibus inteijectis; fauce instructâ squamuUs
5 , villosisy dentibus limbi oppositis , interdùm vix manifestis,
forsan quandoquè nuUis. Sta«. 5, inclusa: anth. subsessiles,
saepiùs cordats , acuminatse, apicium cohaerentiâ supra pistil-
lum fornicatae. Sitl. brevis aut nullus. Snc. conicum ,
9 - dentatum , disco annulari insidens. Nect. annulare ,
basi ovarii adnatum. Ovah. simplex , conicum , ^A€k. ,
4-8p. Ovula axiiia, suspenaa. Fruct. caps., simplex, loba-
tus , dehisc. septicidâ in nucul. 4 triquetras divisus. — Hesvji
(«pè prosirats. Fol. alterna , parvuJa. Fl, parvi, spicati , lu-
tei aut albi.
Je n'indiquerai point ici toutes les espèces de Preslea que
j'ai recueillies dans mes voyages ; je me contenterai d'en dé-
crire une qui croit sur la même côte que le Unifolia.
PaBSLKA «raiosTAcaTA N.
P. caulibusprostratis, pubescentibus ; foliis lioeari-lanoeo-
latis , margine revolutis ; spicis gradlibus; caljcinis &Àko\h 2
extcrioribus ovatis, interioribus linearibus ; corolle squamu-
lis vix manifestis.
Caul. numeronssimi , prostrati , basi sublignosi , valdè ra-
mosi > pubescentes, vix crassitudine reticulae. Fol. breviter
petiolata, circiter 5 I. longa , 1 i/â lata, remotiuscula , linea-
ri-lanceolata , acuta, margine revolota, suprà canaliculata ,
pubescentia. Spicjb graciles, pubescentes. BaAcr. parvulae,
lineares, angustœ , acutae. Pili adpressi, albi. Cal. fouola
inaequalîa , acuta , 9 ext. ovata , int. 3 linearia. Cor. parvula ,
alba ; tubo externe villoso ; laciniis lanceolatis ; dentibus in-
teifectis baud inflexis. SgoAMULiE minim», vix manifestai ,
villosae. Frvct. subglobosus, depressus , 4-lobus , pubesceus :
AD BRÉSIL. 435.
tfucul. 3*quetn8 , externe convexe , lateribus plan», 4~tam
sphaerae paiiem efbnnantet. •«- LecU ad ripas fluminis Pa^
raliyba liaud multiim longé à faucibus.
MM.
Sghisaa TRiLATiaixia Sck. Crypi, 137, t. i36, — Grer.
S. stîpitibuB cespitosis, simpliclbtis, triquetris, imâ basi
subteretibua , summo apice âtteauatia^ scabriusciilis , glaber-^
rimîs ; fronde pinnato-dîgitatft ; diviauris ( spîculis auct. ) as-
piiis dénis, linearibua, intiia canaliculatîa capsuliferia crini-
tisque, in duaa phalanges dispoaitia primiim invicem (manuum
more) applicatas et erectas demiim hinc et indè falcato-recur-
vas (uno latere in spcciminibus Grevilleanis). — Stipites péda-
les et uUrà , basi nigrescentes, saepè ad médium tortiles. Frons
pollicaris. *- Obs. i<* L'analogie prouve que la partie que
j'appelle sùpes correspond à celle ainsi nommée par les au-
teurs dans les autres fougères. M. Gaudichaud a montre
( Voyage Ur, bot. ) qu'il partageait cette manière de voir ; car,
s'il a décrit le S. australis de la même fiiçon que tous les bota-
nistes, il indique pourtant , dans ses observations, la partie
inférieure aux épis comme étant un véritable stipes, —
a** Quand la figure publiée par le docteur Greville ne m'aurait
pas convaincu de l'identité de son espèce et de la mienne ,
cette identité m'aurait été démontrée suffisamment par l'excel-
lente description du savant Écossais. Cependant il existe une
différence sensible entre la plante de M. Greville et celle re-
cueillie par moi à Manguinhos ; car, dans la première, les di-
visions fructifères s'inclinent toutes du même côté , et , dans la
seconde , les unes s'inclinent vers la droite et celles opposées .
vers la gauche. — 3^ Comme M. Sprengel attribue {SysL lY,
3o) à son 5. trilateralis des divisions fructifères lancéolées- li-
néaires , il serait permis de douter que sa plante fût eelk de
Schkuhr , et par conséquent la mienne.
!
436 SECOND VOYAGE
J'indiquerai encore ici , d'après les déterminalions de
M. Greville^ quelques /'iccui que j*ai trouvés y comme le S. tri-
lateralis , auprès de Manguinhos :
Sargassch latifoliuh Ag. Syst. p. 398?
Phillopboaa? lagtuca Grev. Alg. Brù, p. lti. — Spbz-
rococcus lactuca var. luxurians Ag. Syst, 211.
Amansia SKAFOHTini Gi^v. Aig. Bnt. p. xlu, -— Tbamno-
pfaora Seaforthîi Ag. 5^^/. s4o.
NN.
Je ne trouve malheureusement point cette plante dans mon
herl)ier. Il ne serait pas absolument impossible que ce fût une
des espèces que je vais décrire, et qui croissent à R. de Ja-
neiro dans le voisinage de Ja mer.
PniLOXEUus YERMicuLAEis Browu Prod. Nov. HoU, 4i6 ; —
Kunth Noif gen. II, îo4 ; — Mart. Amar. 97. — Illecebrum
vermiculatum Lin. Spec. 2 ed, , 3oo. — Gomphrcna vermi-
Cularis Lin, Spec. 1 «/. , 325 ; — Willd. Sp. I i332, — Par-
rcxxil Marcg. Bras. 14.
P. eau le sœpiiis repente ; foliis sublinearibus, angustis , ah
apice ad basim attenuatis , carnosis ; capitulis sessilibus , soli-
tariis , cylindrico-globosis ; axi capituli undiquè lanatâ bifa-
rianique pedicello inter bracteas et florem intermedîo ; (bliolis
calycinis interioribus duobus dorso à basi ad médium densis-
slmè longèque lanatis.
far. p {micrùcephalus)'S. cauleascendente;ramiserectis ve!
ascendentibus; capitulis minus numerosis , conico-globosis ,
ci^assitudine circiter grani piperis , albidis.
Nascitur var. a in oris Americâe Arricaeque aequinoxialibus.
F'ùr. p invcni propè Sebastianopoliib.
pBILOXERtrs rORTI7I.ACOÏDES N.
P. caule repente ; foliis subspathulato-oblongis obovatisve,
carnosis; capitnlis^sessilibus, solitariis. globosis; axi capituli
AU BRÉSIL. 437
floribusque glaberrimis ; pedicello inter bracteas floresque
intermedio inflato-spoiigîeeo , bilobo.
C^ki».ES hf^pbaoei, longL, in arenis maritimis l'epentes vel
procumbentes , ramoâ , 4"'go"^ 9 glabri , rubri (an semper?).
FouA 5-11 1. longa, s-3 1. lata, subspathulato-oblonga vel
sabspftthukto-lanceolata aut obovata / àcuta , crasea , car-
nota, levîa^ glabra, pallidjèviridîa, imâbaaî ada^iliasbarbata,
pilis rigiduerectis.GAFiTirLA, terminalia, seasUîa vei subsessilia^
bïm 9 stiAilla , globosa , alba , circîter crasaitudine fructûs
Pnmi spinosœ : axis ilonim glaberHma. BaACTEiB 3, ovatae,
acutiuacuJ» vel obtusae^ obseurè i-nerviœ-, scarios^/glaber-
rimae., albae; intermedia inftnor superioribuâ circîter s-pfo
hrevior ; superiorçs carinatas : pediôellus inter bracteas caly^
eemque inflalo-apongiosus , a-lobns ,• glaberrimiis. Cat.yx 5-
phjllus y scarioauB , glaber , albus ; lotiolis ovato-^Hipticis ,
obtusis y subenerviisv Cvpula s9amin£a brevisaima , edentula ,
aurantîaca , filamenta 5 emittens distantia , glabra : anthenfe
lioeai'es, anguatae , i-loc. Ov. glabram, compressuin , leuti-
ciilare, glabruni. Sttlus brevisy altè a-fidu9 ; divisuris linea-
ribu8,)intÙ8 stigmaticis. Cafsvla evalvis. — Var, fi (Commer-
#o/iii)N. fbliisbreviterobovatis. — Yar. a propè Sebastianopolim
frequens. Yar. /3 à GotaEasoiVfO in littore arenoso urbis Mon-
têvideo lecta. — Obs. Cette espèce a les plus grands rapports
avec la précédente; mais elle s'en distingue par les cardotères
énoncés dans la phrase spécifique ; et CommeiiK)n a Hait jus-
qu'à croii^ qu'-elle pouvait appartenir à un genre différent.
AxVXBNAHTHEaA HAl^ITIHA N.
. A. glabriuscula ; caulibus saepiùsprostratis et radicantibus ;
foliisbreviterpetiolatiSylato-lanceolatis, mucromilatis, carno-
sis ; capitulis sessilibus ; floribus duriusculis , subpungenti-
l^us, glabiis; calyce profundè striato.
f^ar,a{communù) N. Gauxes longi, proati^ati autascendentes,
saepissimè ad nodos radicaniea, interdùm scandentes simulque
tamen radicantes, ramoei aut ramostsaimi , subgenîculali et
yibinfracti y ad nodos subincrassati , sspè diiri , glabri , in
438 SECOND VOYAGE
axillîs foliorum subbarbaii : rami sspiiis crccti aut atcendeD-»
tes y aboilu saepè soiitarii. liiTBaNODiA i/^-S poil, longaautin*
terdiim breviora. Folia circiter i/a-s polL kmga, &-19 I.
lata, lato-lanceolata aul rarà auborbiculato-lanceQlata, ii|
petiolum brevem attenuala , integerrima , inucropalata , car«»
nota, avenia, levia, qitida, margine rubro cincta (an aemper?),
juDÎora Baepè pli» mimia vîUosa , auperiora eaepè gradatim mi^
nora. Capituul axiUaria , aeasilia , parva » pauciflora, gla|ira|
albida. Bukoam 3 ad basîo cujuave florU , ovats , acutissiaiœ,
BubaristatsB^ cgncavasi «ub^qual^^ ctlyce brevior», baâ
cariiosaip, neiro craaio douât» , ba^î camostt, FixMosaubp^
ramidati , duriutçuli , subpaogeiiteai glaberrimi : pedioelliui
ÎDter bractaas caljcemque iiuUus. Caltx 5-phyllu8 , baai pne-
cipuè carQQBUs > siccatiope chartaceus > albtdua vel aordidè aJ-
bu8, tandem atramineuB; follolis ovato-lanoaolatis^ acutiên-^
rais, subaristaiia, profuqdè atiiatû, loteiioribua minoribus.
Staboma 10, tertîâ parte înferiore coalîta , gkabra : fiUmenta
fertilia 5, subulatai cum sterilibus aliemantia; sterilia 5 fertile
bua paulà longiora, Hnearia , latiu8cula : antherae i-loç. , lî-
neanes , lutea , post aplheaim ellipdca:. Stti.us brevis. Sn^a^
5-goi|o-capitatum , hirtellum. Oyaaii?ii aupedioeilatum , glo*
boso-turbinatuiDy Buboompreasum. OnrLva funîculo longa
a£|j^um è fundo loculi enatum apice curyalo. •*- In arenoaia
marîlimis propè Sebastianopoliin et in insulis S. Cathenns et
S. Franciflçi fi*equentisaima,
P^ar, p (eoneatenoia) N. foliis multè minoribus, approxima*
tia ; capitulis subimbricatis.—Lecta propè Sebastianopolim.
f^or. y {panfifoUa).^- Bucbokia maritima Mart. Nw, gen,
IIy5o, 1. 147 ;-caulibu8 pluribua, breriùscuiisy humifusis; Ibliis
parvis; internodiis valdè abbreviatis. ^ Lecta a D. Martioin Bra-
silia boreali. — Cas. Si l'on se contentait de comparer avec
mes échantillons la figure du JBuchokia marùima publiée par
M. Maitiusy on trouvei-ait des différences de port tellement
sensibles^ qu'on aurait de la peine à croire à l'identité des deux
plaples ; mais , en lisapt la description du savant Bavarois et
AU BRÉSIL. 439
b mienne ^ ^n se convaincra bientôt que tous les caractèras
toBi réellement les mêmes, aux dimensions prèsdenquelles ré-
sultent de très-grandes modifications de physionomie. La
seule différence un peu sensible qu'on puisse découvrit* entre
ma description et celle de M. Martius , consiste en ce que ce
dernier indique le tube staminal de sa plante comme divisé
jusqu'à la base , tandis que ches la mienne les divisions ne
s'étendent pas au-delà des deux tiers ; mais une différence si
mesquine ne saurait à mon avis constituer deux espèces. Si
«cependant on voulait absolument séparer ma plante et celle
de M. M. 9 il est clair qu'il faudrait laisser à cette dernière le
nom d*Aiiem€mthera marUima, et appeler la mienne A. com^
munis.
- AxnRHAinvEBA PABORicoToiDEs N. -^ Illecebrum fiooïdeum
Jacq. Amer. 88 L 60 f. 4?
Planta magnitudine valdè varia. Gavlks numeixisi , 9 i;9->
i5*poUicares, crassitudine pennae corvi aut tenuiores , pros-
trati, radicantes, pliis miniu roseiati , ramosissimi, subtetra-»
goni, gUbratij apîce plus miniis lanati. Folia numerosissima,
circiter 3-6 1. longa , patula , lato-lanceolata , acutiuscula , in
petiolum ssepiùs ipso longiorem acutiusculum attenuata ( si
apîce rotundata, spatbuiata diceres ) , ob lacunas in texturâ
punctato-pellucida , glabra , superiora pilosa seu pliis mintis
piloso-lanata ; unum oppositum interdùm minus : petîolj
valdè connati , superiorçs basi ad margines et in axillis valdè
lanati. Capitula axillaria, sessilia, numerosa , globosa aut
subovato-globosa , crassitudine circiter pisi aut minora , alba,
nitida. Bracteœ 3^ caljce multô brevioi^es, acutae , pilosae ; in-
termedia ovata , planiuscula ; latérales carinatae , subangustae.
Calyx 5-phyHus ; laciniis oblongîa, acutis, basi lanatis, ip-
terioribus 9 angustioribus. Cvpula stamiiiba brevissima , émit*
tens filamenta 5^ pîstillo breviora, subulata, tenuia, gla-
berrima^ dentibus potiiisve filamentis sterilibus totidem*
alterna multè brevioribus forma variiîs latiuscults
9pice s-deptatis : antbcrae rotundae. Ova;iiuh compressum ,
1
44o SECOND VOYAGE
lenticulare , glabrum. Stylus brevis , glaber. Sticwa capîtd^
tum. Otuluii faniculo long« affixum è ftindo loculi enalo
apice curvato. Capsula compressa , tenuissima y eraWis. Sb-
■BR ÎQ capsula verticaie, leotîculare, rostratum, glabruia,
fuscum , nitidum : umbilîcus in seminis margioe. PeaisFKRr-
uon ceotrale. Euirto annularis. — Ad vias maritimas propè
Sebastianopolim frequentissima neenon in benemultis Am^-
ries calidioris regtonibas. — Cas. Cette espèce, qui crok
près de la mer en diffiérenies parties de rAmérique équi-
noxiale , est étiquetée dans Isis herbiers de Paris tantôt //iee#-
trum seisile, Ilhcebnun pofygonoides ou ficoideum, et tantôt
spus des noms encore inconnus. Il ne peut j avoir de doute
sur r/. sessile qui est aujourd'hui bien connu , et diffère en-
tièrement de ma plante. Les descriptions et les figures de
M. Martius sont trop soigpées pour que je ne me sois p^a (k^
cilç^nieqt convaincu que mon eapèce n'est aucune de celles
que ce «ayant rapporte aux pofygonundes jficoïdeum et achyr-
raniha de Linné {Noi^, (Ten. Il) ; mais j'ai dû scrupuleusement
étudier les phrases et la sjnonimie de ce dernier pour m'as-
9urer si l'espèce dont il s'agit n'est réellement pas l'une des
sienpes. La figure de Dilleu ( Eltham. S , t. 7, F. 7) appliquée
par liinué à VIL AchyranAa ^ ne s'accorde nullement avec
ipa plante ^ et cadre au contraire foit bien avec VA^eman-^
(hiera achyrantha, de M. Martius, qui n'est point mon espèce.
Les synonymes de Bro'virn, Hennan et Rai ^ cités par l'ioimor-
tel Suédois pçur spn /. pofygonoïd^ , sont tellement vaguea,
qu'ils pe peuvent lever aucun doute ; celui de Plumier ue
convient décidément pas à ma plante; la figure de Sloane
{Hùt \y 44^ ; t- S6| f* 3) lui ressemble uniquement par quel-
ques feuilles supérieures longuement pétiolées, et d'ailleurs
elle s'accorde très bien avec le Buçkohda pofygonoîdes de Mar-
tius , qui n'est point ma plaqte , cpmme me l'ont prouvé nop-
spulement la description et les figures du savant Bavarois ji
ipais encore l'inspection d'un échantillon étiqueté par lui-
même dans rherbier «iu Muséum. Au défaut d^ figures ï^di-^
AU BRÉSIL.- 44i
jquées par Lâimé ppur 17/. ficoïdeum, j*ai consulte celles qu'a
édXAeè Willdenow : la figure de Kniphoff ne convient nulle*
ment; mais celle de Jacquin {Amer. 88^ t. 60^ f . 4) donne une
idée assez juste de mon espèce^ et M. Bichard père , qui avait
trouvé cette même espèce dans ses voyages, la rapportait
aussi f quoique avec doute y au ficoïdeum du botapiste vieiK-
nois. Jacquin dit à la vérité , dans sa description, que les
feuilles sont sesdles ; mais il les a représentées comme longue-
ment pétiolées, et peut-être s'est-il servi de l'expression de
foUa sessilia, répétée par Roemer ( SfsU Y, 555 ) , parce que
le limbe de la feuille se continue, pour ainsi dire, sur le pé-
tiole. Dans tous les cas , si ma plante est Vlli. ficoïdeum de
Jacquin], celui-ci ne serait pas le ficoïdeum de Linné , oon-*
fondu par Willdenow avec une ou deux autres plantes; et il
n'est guère vraisemblable non plus que ce même ficoïdeum
Jacq. soit VAUemantheraficoïdea Mart. , car ce dernier a des
feuilles courtement pëtiolées et des anthères cylindriques,
tandis que , selon Jacquin , son //. ficoïdeum a des anthères
arrondies comme celles de mon espèce. Il me parait presque
impossible qu'une plante qui croit en diverses parties , souvent
visitées , du littoral de l'Amérique , ' et qui se trouve dans
les herbiers de Paris le plus étudiés , n'ait été signalée
par aucun botaniste ancien ou moderne ; mais pourtant on
voit que j'ai été conduit par de très longues études à l'indis^
pensable nécessité de l'indiquer comme si elle était nouvelle.
Dans le cas où elle aurait été déjà nommée, ma description fort
détaillée servira, j'espère, à faire connaître l'identité à ceux
qui auront des échantillons authentiques , et à établir la sj-
nonimie.
Obs. sur ls GsifRE. Je ne pourrais, sans passer les bornes de
ces notes , expliquer pourquoi je n'ai pas cru devoir adopter
indistinctement les genres proposés par M. Martius dans son
beau Mémoire sur les Amaranthacées. Tous auront eu l'uti-
lité extrême d'attirer l'attention des botanistes sur des parties
presque entièrement négligées avant l'époque où a écrit le
44a SECOND VOYAGE
vaut Bavarois ; mais qualqnes-nns ne me panÛBsent pas rem»
plîr k bat «fiie se sont proposés , eo formant des anodations
génériques y les Linné , les Jussîeu père , les K.iiiAh et
les natoralisles qui ont le mieiix compris ce que doivent
rëdiement Aire ces associations. On trouvera dans les Arekàfts
4ê è^Êtauque, publiées par M. Gailleniis ( vol. I ) , l'exposé
des BOtifr qui m*ont décidé à m'écarler en quelque» points de
l'aceUent travail de M. Martitts ; je me «intenterai ici de i^
péter que mes recherches m'ont conduit à revenir au genre
AkenÊOiukera , tel i peu près que Tavaient conçu MM. Brown
«t Kunth^et j'en tracerai brièvement les caractères: ALTER-
KAMTHERA (Mogipfaanes, Brandesia, Bucholsia , Aternan*-
thcra Bfart.)CAi.Tx S-phyllns. Stahua lo, bast connata in tu*
bom cjathulnmvt ofario modà longiorem mode brsviorem ;
lilamentis 5 aut inlerdùm pluribus castratis, iumà vslius,
lertilibus latioribua aut dcntifarmibas rariàspe plané aborti-
vis; antheris i«localarîbuSy rolundis ovatîa aut cjUndricîs.
Sifurs brevisâmus. SnanA Ga|âtatuui. Capsiii^ evalvis , mo^
OO.
Ce n'est point ici le lieu d'examiner si le Contfolvulus brasi^
Uemsis de Linné est une espèce distincte ou une simple variété
du C Pes u^rcB du même auteur. Il me suffira de dire qu un
examen attentif m'a prouvé que la plante irès-commuDe dans
les saUes qui bordent la mer près de Rio de Janeiro et entre
cette ville et le Rio Doce , est le Cokvoltulus asAsiLuoisis. Lin.
Sp. ai6.— C. nutriiimus Var. y Desrous. Dici. Enc. m, 55i .
— C. marùùmu HBKL Ntw. Gcn. JH, 97 ! — Coni^hmbu
mmùms aMtkttrtÙMs^JôUo robmdo^ flore purpureo. Plum. Amer.
89, t. lo^.-^SoldaneUa brasUiensû Marcg. Hùi. mU. Brms. 5 1 ,
^ SaUa de Phuà m» Cœxa Pis. Bras. lit. IV, cap. txix.
AU BRÉSIL. 44s
PP,
EluoQAiJLOM Maxihimahi Scbf^d. i/iRoem.€tSchult. Man^
iUm in voL II 9 p. 4?^ f ^' ^^' — NoQ BoDgard*
£. caulibufl ramons , foliosia ; foliis radicalibua Uoeari-iub*'
ulatia , acutiflûmis , subtùs pubeflcentibua ; eaulioia amplaxi*
i^ulibasy basilatis, Bubulalis, pungentibus^ canaUculatia,
tubaquarrosU, juoioribus loDgè^molliterque cUiatis; peduDOii»
listerminalibu», DimierQMnniiSy umbellatU, piloaU villosiaiw;
vaginis breviter hinc fiaus aut a-fidia , hirlaUii ; JBvoluovoeft*
pitulo turbinato-heiiiiapbasrioo paulo breviore; caljcibua
4eiuè ciliatia.
Gavijis plurea , patuli ,1- i/9-pedalea , pennâ anserioâ ens*
morea, ramoai , fbÛîa veslitî , apice airiati , ad inaerUoDem fo*
)lorum viUoao~laDati. Folia radioalîa y Dumeroea y caapkoaa ,
circiter 4*5*polUcaria , lineari-aobulaU , gradatim attenuata,
Acutiaaima , aubiiia pliia minùa pubeacentia y auprà glabriiu-
cuIa, pilia longia plùa luiniia dliata; caulina ramea^ue ap*
prozimata , i-s poil, longa y amplexicaulia y baai lata , ab tnift
)>aai ad apîoem gradalim attenuata, aubukta S puttgenlîa,
rigjklay canaliculatay obaoletà dliata aut intefdiiin dliata, Ju*-
niora loDgiaBÎmè moliiterque dliata. Uvbxlljb terminales^
multiradiatCy capitatae aeu hemiapfaaBricae : pedunculi nume-
roeisaiini (9-3oo), i-a poil, longi, filiformes , slriali^ pilosî
aut villoai , vaginati : vagins circiter 6 1. longae y breviter
hinc fiaaae aut a-fidae, obtuaae aut acutœ, hirteUtty fuac».
Capitula diametro circiter i i/a 1* 9 turbinato*bemiaphsricai
apice epiliselegantibuanivea: involucrum imbricatum ; squa*
1 Lf mot lancéolé^ «vec une rootlification , décîgnersit irh» bifo cef
feuîllesi SI l'on voulait tnÎTre comme ont fait MM[< Schrader cl Bongardf
la terminologie de Willdenow. Mais dam mes descriptions , )*ai too*
jours entendu avec les auteurs français , avec M. Kunth ( /{and. bot.^
53 ) et Linnë lui-même , par untftuilie lancéolée y celle qui Ta en se
rétrécissant graduellement aui dcui exircmîtés.
444 SECOND VOYAGE
mis obovatîs, obtusiasimis . apice ciliatis , rufis , nitidis , inte^
rioribus capitulo vixbrevioribuB: receptaculum pilisdensisy
sublanatû , niveis obtectum. Fl. Fm. : Caltx 6<-phyUu8 ; fo^
liolis exterioribus 3 , spalbulato-obovatis , obtusissîmis , cari-
natùy apice longé ciliatis , rufis ; foliolia IdI. brevioribus,
planis , laoceolato-oblongis y acutis, longé densèque ctliatia.
SnxvB breviS) ultra médium 3-fidua; laciniis complanati«,
truncatis : appendices 3 è basî divisurarum stylî ortae, cura
îMem ovariique lobisalternmtea , obscure fuse» , lenuiaaîmè
capiUacee, glabr». CàPsviA obtuilasima, profundisaimè 3-
kÂa. Sbmuia obomlo-globosa y dorsoconveza, ftcieplanius-
cola y glabra. Fl. maso. : Caltx exterior 3~phjrHu8; foliolia
exterioribus subspathulato-obovatis, obtusis, fui vis ^ apice
densiBsimè ciliatis; interior i-phylLua, obiongo-turbinatus,
apice piiosiuaculus. Stam. 3 , exserta , glabra : anthers viri-
dea. — Qbs. Les caractères de cette plaole «'accordent bien
avec eeux attribués par M. Sclu-ader à son £. MtiximiUaniy
qui d'ailleurs a été trouvé par M. le prince de t^euwied dans
une localité semblable à celle oii je Tai recueilli moi-même.
L'espèce que M. Bongard considérait avec quelque doute
comme V£, MaximiUam de Schrader y croit dans les hautes
montagnes , et difière beaucoup de la plante maritime dont il
a'agit id. J'appelle la première Eriooaulon BongahbU; pour
rendre un fidble hommage a l'auteur de l'important Essai
monographique sur les Eriocauioa du Brésil ( Mem, Péiers-*
iourg, f^P série, vol. /, p. Soi.)
QQ
G>mmemoiet beaucoup d'autres, M. Martius pense {Agrost.
554) que ^^ niaïs est originaire du Nouveau-Monde^ et il
ajoute avec raison que nulle part dsins le Brésil, on ne ren-
contre cette plante à Tétat sauvage. Il est vraisemblable qu elle
aura été introduite sur la côte occidentale de rAmérique^ à
une époque fort reculée ; car Jean de Lcry qui visita^ en
AU BRÉSIL. 445
]547> le territoire de Rio de Janeiro, 7 trouva la culture du
maïs généralement répandue. Alors les Indiens appelaient c€
grain apoil^ nom qui s'est conservé , et est écrit abtal dans le
dictionnaire de la lingoa gérai j et celui du dialecte guarani
composés très anciennement par des jésuites ' . Une lettre
que j'adressai en 1827 au président de T Académie des Sciences
de Paris , et que je vais citer , contribuera peut-être à ré-
pandre quelque lumière sui* l'origine du maïs.
.... «Tout le monde sait que les fruits des Graminées sont
a revêtus d*enveloppes , et que le seul maïs présente des grains
« découverts.
« Quelque temps après mon retour du Brésil , M. l'abbé
« Damasio Larranhaga, curé de Mortevideo, le naturaliste le
« plus distingué que j'aie rencontré en Amérique , m'envoya
a une portion d'épi d'une espèce de maïs qu'il avait étiqueté
ce Zea mais var. tumcata , et qu'il me disait être cultivé par
c( les Indiens Guaycunls. Ce fragment que je montrai à la
a société philomatique , indiquait asses que l'épi entier avait
ik été fort maigre ; les grains y étaient entièrement couverts ,
« et il ne paraissait à l'extérieur de l'épi que des enveloppes
a allongées et aiguës. Quant à l'assertion de M. Larranhaga
a sur l'origine de ce maïs , il est bien évident qu'elle était
a erronée. En effet les Guaycurds , placés très bas dans Vé-*
ce chelle de la civilisation , restent étrangers à la culture des
a terres ; ils sont un objet de mépris pour les Indiens civi-
a lises, et j'ai vu, dans mon voyage, prendre he mot guay-*
ce curû pour synonyme de notre mot sauvage. Ce que dit
ce Azzara tend à confirmer ce que j'avance ici ; car en par-
ie lant d'un maïs guaycuru qui appartient au Paraguay , il
1 D'après ôts manuscrits très anciens , M. Martîus ccrit nba^tim ;
mais ce mot est vraisemblablement erroné , car le P. Ruiz <le Monloya,
qaî avait passe trente ans parmi les Indiens et fait une e'iude approfondie
de leur langage , écrit abati comme les auteurs du Dicchnario , et fait
de'rîver ce mot de ha cpi.
446 SECOND VOYAGE
c riodiqnè oûmme une espèce inférieure peu digne d'atteo-^
« tioD. Je fis voir le fragment que j'avais reçu de M. Larran*
c haga à nn Guarani qne J'avais amené en France, le
a jeune Diogo , qui bien certainement était né dans quelque
c partie de l'ancien Paraguay, et assez probablement dans le
« nord de l'Entre Bios ou dans les états du docteur Franda^
« Ce jeune bomme reconnut le maïs que je lui présentai
ce comme appartenant à son pays, et il ajouta qu'il y croissait
« dans les forêts bumides.
c J'ai fait semer quelques grains du maû guafcurà dans
« une bonne terre de potager à Plissai , sur les bords du
« Loiret. Ils ont levé et ont produit des individus très vigou*
« reux. Les épis ne sont pas venus à maturité ; mais , ayant
« examiné leurs fleurs, j'ai reconnu que les enveloppes étaient
c cbamneset succulentes, qu'elles n'avaient point la régu--
« larité des enveloppes des graines seméet, et cpi'ellea teu-»
a daient à un état d'avortement. Je n'ai pas eu, à la vérité ,
« l'occasion de comparer mes individus avec quelques-uns
a de ceux que l'on cultive ordinairement ; mais M. Damasio
« Larranbaga pense que sa plante est une simple variété de
« l'eqièce commune; je n*ai aucune raison pour penser le
« contraire, et les naturalistes qui ont vu le fragment de
a M. Larranbaga , ne m'ont à cet égard exposé aucun doute.
« De tout ceci , on pourrait conclure , ce me semble, que
« le msîïs est originaire du Paraguay , et que , dans l'état
« naturel^ ses grains sont revêtus d'enveloppes comme ceux
« des antres Graminées, mais qu'ils les perdent bientôt par la
a culture. i>
J'ajouterai ii celte lettre une seule <^iservation. On parlait
la même langue au Paraguay et sur la côte du Brésil, et le
maïs en particulier portait le même nom dans les deux con-
trées. Mais celte plante ne se trouve point à l'état sauvage sur
le littoral brésilien, tandis quelle croit naturellement au Pa-
raguay. C'est donc decepays quelle aura été portée au Brésil,
et par conséquent il est naturel de croire que l'émigration d«s
AU BRÉSIL. 447
Guaranis a eu Heu du Paraguay vers le Brésil, et non du Brésil
vers le Paraguay.
RR.
Je vais donner ici , toujours d'après les indications de M. le
docteur Greville * > la note des Fucus recueillis par moi sur
le bord de la mer, non loin d'Aldea Yelha , et j'y ajouterai la
nom des espèces que j'ai ti*ouvées à Itapacoroia , province de
Sainte Catherine , à Rio de Janeiro , à Saquaréma. Cette liste
jointe à celle des Algfies de Macaché et de Manguinhos * ,
complettera entièrement l'indication des plantes marines que
j'ai rapportées des parties du littoral brésilien où j'ai voyagé ,
et où , comme je l'ai dit , ces plantes sont peu communes. Je
désignerai par une astérisque les espèces qui n'ont point été ré«
coltées près d'Aldea Yelha.
FUCOIDE^.
Sarcassiim cthosum Ag. Syst, p. 3oo.
^ Sabgassox steaofhyllum Mart. Icon. Select, t. $.
DICTYOTEJE.
DicTTOTEA DicuoTOMA Lam*. car. p intricata, — Zonaria
dicho:toma t^ar. întricata Ag. Syst, p. i34*
"^Padiita yaaiegata Gain. — Zonaria variegata A g. Sjrsi.
p. 264. — Lecta propè Rio de Janeiro et Itapacoroia , provins
ciâ S. Catharins.
FLORIDEJE.
RrriFHL^A OBTOsiLOBA Ag. SjTst. p« 161. — Icon. Alg*
Europ, t. j 9.
NiTOPHTLLuii nMBaiATUii (sp. uov. ) fix>nde subdichotomâi
lineari , basi costatâ , supernè subvenosâ, margine folioiis mi^
nutis crispatis fimbriatâ. An kNitophjrUo iaccrato distincta?
> Voy. U note GG'.
* Voy. les notes GG cl MM.
448 SECOND VOYAGE
RffODOMEHU. TàiMàXk voT, Grev. Aig. Brù. 93* — Hd^iiienù^
palmata Â.g. Sysi. p. a4'~*
TflAHNOpnoRA Brasuiensis ( Bp. Dov. } fronde tripiniiatl^
fidâ ; pinnulis ultimis mibulatia, ad apicem integerrimis; puU
vinulis receptacalorum axiilaribus. — A Ifuun, Merùnsu
Grev. differt fronde minori, pinnulis non unilateraliter den-
ticulatis.
ODOirriiAUA? «caonoiiTA (sp. nov.) fronde dilatatâ , sub-
dichotomâ vel palmato-fissa ; segmentis hiciniatis, obtusis,
dentatis.
LAvncirciA piiiratipida Lam*. Essai, p. 4^- — Chondria
pinnatifida Ag. SfsL p. aoi. — Lecte insuper ^ ut jam dixi ,
propè Jlfacahé.
Laurehcu obtdsa Lam«. Essaie p. 4a-— Chondria obtuss-
Ag. Sfst. p. «o3.— Lecta non solummodô propè Aàiea yelha^
prov. EspirUo Santo , sed etiam propè Itapacoroia prov. S. Ca-
tharinae.
Lavrehcia PAPU.LOSA Grev. A\g, Brit. \\y —Chondria pa-
pillosa Ag. Sfst. p. so3.
Gracilaeu cokfertoïdks Grev. Alg. Brit. p. i23.— Sphae-
rococcus confervoïdee Ag. Syst. p. s39.
Gragila&ia ramulosa Gtcv. — Sphaerococcus ramulosua.
Mart. Icon, Select, t. 3 , f. s.
CnoicDRVs suLTiPARTiTus Grcv. Alg. Brit, p. Ivj. — Spàeit)-
C0CCU8 multipartîtuB Ag. Syst. p. 916.
CuoNDRirs DiVARioATUs ( sp. nov.) froude crassa, plana , ra-
mosissimâ , dichotomâ , margine horisontalitei* prolifei-â ; seg-
mentia divaricatis , linearibus , obtusis.
Gelidium coRNicuLATUM Grcv. Alg. Brit. p. Ivij. — Sphae-
rococcua comiculatus Ag. Syst. p. 9s8.
* Gelidium FARYiTLuii ( sp. nov. ) frondc fiUformi, com-
j)T«06â, cartilagineo-corndl 9 ramosiasimâ, intricatâ, dicho-
tomâ; ramis apice digitads, obtuâis.
Gelibium xuLTiTiDUH ( sp. uov.) fix>nde crassâ , plana y ge-
latiDOfio-cartilagineâ , lineari , pinnatâ ; pinnis altematimbre-
AU BRÉSIL. 449
viter et distichè ramosis ; ramuUâ cjlîndraceis^ acutis ; capsu-
lis sphaericia, in disèo frondis sessilibua vel subimmersis.
GiGARTiRA PLiCATA? Lam'^. Essoî f. 4^. -*- Sphaerocoocus
plicatus Ag. Sjrst p. a 34*
^GiGARTiNA AOicui^ARis, variêtos pulchru bipinnata,y\JL speciea
distincta. — Lecta propè Itapacoroia, prov. S. Gatharinae.
GiGARTiifA SLEGANs ( sp. Dov.) froode corDcâ , livido-purpu-
reâ y compressa y irregulariter bipinnatâ \ pinnulis brevibus ,
multifidis^ subhorizontaiibus ; ramulis ultimis crebris, diva-
ricatis , a^uléatis ; capsulis globosis , numerosis y in ramulis
sAssilibus.
GbatejloupIa nuGiiKA Ag. Syst. p. 2^i.
Htpnjm ttusciFORMis Lam'^. Essai p. 4^* — Sphaerococcus
inu8cifortiiisAg.«fyi/.p. a38. — Lecta non tantummodô propè
Aldea Velha , sed propè Aldea dos Reis Magos prov. Espirito
Santo et Itapacoroia y prov. S. Gatharinae.
Liagoha?? dichotoma ( sp. nov.) fronde plana, lineari , di*
ehotomâ ; ramis apice obtusis.
CAULERPEJE.
Caulekpa 8£Lago Ag. Syst. i83.
ULVACEJE.
^Entebomorpha clathrata Grev. Alg. Brit. p. i8i.— Sole*
nia clathrata Ag. Syst, Alg, i86. — Lecta in salso lacu vulgo
Saquaréma,
*Ulva Linza L. — Grev. Alg. Brit. p. 173.— Solenia Linza
Ag. Syst. Alg. p. i85. — Lecta propè Itapacoroia , ^roy. S.
Gatharinae.
CONFERVEiE.
GoifPERVA HiiiARii ( Sp. nov.) ramosissima ; filis tenuissimis y
dichotomis ; ramis ramulisque setaceis, oppositis y ultimis bre-
vissimis y subhorîzontalibus ; articulis in ramis prhnarîis dia-
metro 3-4-plo in secundariis duplô longioribus, siccatione
collapso-planis. — Inter C Bruzelliei C. Sertularinam Ag. ^.
1 Je n*aî pas besoin de dire que les nom» et Ici phrtMs des'etpèces
TOME II. 29
45o SECOND VOYAGE
"^ComuiTA vniLvctDA Hvdfl. «-« Ag. Sysî.> Aèg. p. iso. -•
liMta î» rivala quodam pvopè yOèa Bom ^ urbem prariacMÉ
Gcyea peiwifem.
SS.
Ga^obvia Ricdardii m. — G. laougÎQCMa Ach. Rich. Menu
Rut. 161 !
Je crois d'autant plus esaetttîel de doaner uae deacriptioa
détaillée de cette plante, que son feuillage épais et ridé, son
odeur suave , ses longues fleurs jaunes la rendent fort remar-
quable» et qu'elle est uniquement connue par une coqrte
plu-a^e tracée d'après deux petits échantillons conservés au
Muséum de Paris.
G. Gaule fruticoso, inermi; foliis breviter pedolaCîs, 060-
vatis subellipticisvey oblusis , cuspidatis , rugosi» , mxpr^ Vûr-
suto-pilosis, margînibufl subtùsque hirsutis; slipulia latit,
apice subulato - acuminatis ; floribus termînalibus y cymoso-
capitatis ; calycibus cylindrico-campanulatis , brevistimè 5-
dentatis, levibus, glabris; corollia loogissimis.
SivFrauTBX circiter S^pedalis, ramosus, inermis : ranulî
çrassiludine circiter penn^ anserine, apîce hirsuti, ramîs
Coryli ayeUana colore subconsimiles. Folu in apice ramuJo-
vuro conferta ^ circiter 4'6*poMicaria., breviter et nunc ab-
rupte ouuG baud abrupte petiolata , obevata saepiùsve subel-
liptica 9 obtusa , cuspidata , integerrima , marginibua revoluta,
crassa , rugosa , suprà hirsutorpilosa et nervo medio hirsuta ,
subtifa primo aspectu saltem. per siccationam snbUnata aeu
p^tiii^sub^rtpeo^velutioa rêvera in nervis pi*aedpuè hirsuta »
io oavhatibua rugarum pilosa seu glabriuscula : petioli 6-9 I.
lopgi 9 canaUc^lati , hirsuti. Stihila latae , apice subulato-
noovellfs sont dus à M. Gre ville comme la délermiuAlîon et U tyno-
«M mie des espèces dëja cottaaes.
AU BRÉSIL. 45r
«nuniaats. Flobbs «^rmoBo-capitati , terminales : pedunçiilué
iMunmuiiis subnullusaut brevis, crasras et ligiFosus : pedtim-
culi peculiares^ brèves , crassi, lîgnosi) cotlice grisci. Pili
longi y erecti ^ recti seu rectiusculi , rufi seu albicantes. Galtx
circiter 5 1. ioDgus^ cjlindrico-campanulatus , bi'erisnmè 5>-
dentatus^ levis, glaber. Cokolla bypocraterifbm^îs , pallidè
kttea y odorem NarcUsiJonq^uiUas redoletis ; tubo circtler 6-
poUîcari y glabro , apîce haud dikrtato; limbo 5»partito ; laci-
DÎis latiSy oMîquè ovatis, puberulis, ciliatis. âuthera 5, ses-'
dies, «ummo tubo insertœ^ lioeares, recurvte. Nbctariom
epîgynuuij integerrimum , coDoavnm. Sttlvs longissimus,
glaber , s-fidus ; divisurîs eisertis ^ crassis, lanceolato^ovatis,
intùs stigmatids. Otakids a^loc. , polyspenniiii]. Ovula in
iitroque iocuio Dumerosa , duplki ordini disposita y in pulpft
nidulantia plaoekitss prominentis carnosce è medio d&ssepi-
mento enataa. -^ Inveni in arenosis parochitt S. Antonio da
Jaeutinça circiter lo 1. à.civitate itib de Janeiro,
Yar. p {pAgosissifM^ caule multo bveviorei à ban ramoso; ra-
mis patulis vel decuoikbeutibus;^folii8 paulà minoribua ^ bul**
lato-nigoeissîniis, stibstrigoso-birsutis ; florilms crebrioribiis
(i9-90 in quâlibet cymfi) et brevioribus. ^^ In virgukis mari-*
timis inter prassidium vuigo Quattel do Riathà el fauces flumi'^
nis Rio Doee freqttentîssima.
Obs. i"* De CandoUe dit {Pràd. IV , 879) qu'un ovaire à une
loge constitue le g^re Gardéhkt; Richard fils , au cODti%ire ,
dans le corps de son Utémoire sur hs Ruàiaeées ( p; 161),
donne à ce getir« un fruit a-locuiaire ; mais bientôt ayant re*-
connu que la plante d'Ëllis, type de oe même geni^, n'a
qu'une loge dam sa baie ^ il juge qu'il serait bon de ranger
uniquement parmi les Gardénia des plantes à fruit unilocu*
laire. Cette observation conduirait naturellement à changer le
* Ce mémoire est remarquable non-seulement ^r les belles figures
dont il est accompagné , mais encore par Tezcellent esprit qui a dirigé
l*autcur.
45a SECOND VOYAGE
nom générique de l'espèce que nous venoni de décrire. Ce-*
pendant comme Linné fils , qui a consacré le genre Gwréenia
bien plus qu'Ellis , dit positivement qu'on peut y faire entrer
des espèces à deux loges ; que ce caractère a été adopté par
les classiques y Jussieu père, Willdenow et Persoon ; que ma
plante a tout \e faciès de celles qu'on est accoutumé à appeler
du nom de Gardénia , et qM^enfin c'est ce nom qui lui a été ap-
pliqué par M. Richard fils , le premier qui en ait parlé , je
crois ne pas devoir ie changer» Pourquoi d'ailleurs ne place-
rions-nous point dans, le genre Gardénia des. espèces unies et
biloculaires , lorsque personne .n*héaite à admettre dans le
genre Hjpericum , par exemple , des plantes à une et k plu-
sieurs loges? ^r- s? Si de longs poils blancs , serrés , crépus ou
entremêlés constituent une sur&ce laineuse , on chercherait
en vain ce caractère dans le G. Richardii, puisque les siens
sont droits , hérissés et en général roides, surtout dtau la. va*
nété J3. Je me suis donc yu forcé d'obéir ici à.ui^e des Icns si
sages cons^créei^ par la Jh^^ie élémenU^ire {éd. a, p. 981) ;
malgré I/e i^espeçt que je profère pour lai priorité, dans la no-,
menclature , j'ai été contraint de supprinier le nom de ianugi^
nosa , qui^LunMt pu faire jpécopnaitre yne plante renugx[uable
par plusiei^rs caractères très frappans^ et , a ce q.om , j'ai sub-
stitué celui de G, Richardii. Qu'on ne s'étonne point au reste
silif . ^hu*d s'est mépris sur le caractèi^ dont, il est question ;
il n'a eu sp^s les yeux y comme je l'ai déj^ dit., que deux;
échantillons, inesqii^ins asseaç probablement trop çoqiprimésy
fij^és sur du papier à l'aide de ba^idelettea ., . et par conséquent
peM faciles à observer ; enfin ilest in.oontèaleUs qWau premier
^4>Qrd les feuilles, de t^ plante oi^t , d.^?iH>in9 sur. 1^ seç , ua
aspect un peu biineux , spy,eMX ou yelov^é 4 dû peut-être e^
paitie 4 ce que Ijqs poils des nerviii:^ optélé> psr 1^ pr^ssiona
portés de droite et de gauche ^ et se voyent ainsi à leur surface,
longitudinale.
AU BRÉSIL. 453
TT,
Rehirjba MAAiniiA Aubl. Guy. ly ^,\. \^.
Ce n'est pas seulement à Teinbouchure du Rio Doce que y
pendant mes voyages , j'ai observé le Remirea maritima; je l'ai
encore trouve à l'extrémité méridionale de l'Ile de S. Fran--
cois. Si^ depuis le i9« degré de latitude^ et peut -être plus
au nord , les plantes de Cayenne se rencontrent fort rarement
dans l'intérieur du Brésil y elles s'étendent souvent sur la côte
beaucoup au-delà des tropiques.
UU.
VUUIOIIU RVFO-oaiSSA N.
Gaule suffruticoso ; foliis altemis, petiolatis^ sublato-lan-
ceolatis y suprà pubescenti-tomentosis, subtiis serioBÎs ; cymâ
2-ramo6fi y folio basilari breviore ; involucri fol. mucronulatis ;
extemâ pappi série interna capillari multo breviore *, akenia
birsuto-villoso.
Caviis suffinticosus , i-a-ped. ^ ramosus, infemè teres
et nigrescens , supemë angulosus striatus et griseo rufove
aut grisco-rufo-tementosus : rami patentes, decumbentes.
Foi., alterna, circiter i-a pol. longa , 6^ 1. lata , sublato-
lanceolata , obtusiuscula , brevissimè mucronata , basi
acuta y suprà pubescenti-tomentosa y subtùs sericea et nitida y
alia grisea alia rufescentia ; superiora floraliaque multotiès mi-
nora, saepiùslanceolato-linearia aut sublineana ; nervis lat. ar-
cuatis, subtils manifesté prominentibus : petiolus pubescenti-
tomentosus, circiter 41- longus. Gm^ terminales, folio basilari
breviores, ex spicis geminis compositae : spica utraque patens,
recurva : axesramulis conformes : floralia folia flor. longiores :
£1. secundi , subsessiles; unus saepè in dichotomiâ. Invol. cir-
citer 3 1. longum, pubescens, villosum aut glabriusculum, in-
454 SECOND VOYAGE AU BRÉSIL.
terdiim punctia resînosis conspenum ; foliolis acutis mucro-
nulatîs. CoE. dilaté purpures. PAms s-eeria1is^ subnifiescens;
pales exteriores lineari-lanceolatae , acuminat»^ interioribus
capillaoeia barbulatis 4'~$*pl^ breviores. Akxrivh hirsuto-\il^
losum. ( Caract. yemoniarum genuinamm ^chreb. Knnth. )
— Cas. Tai soigneusement compare ma plante avec les excel-
lentes descriptions de M. Leasing {Lùuiœa) ^ et n'en ai trouva
aucune qui se rapportât à elle.
\
I
TABLE
DES CHAPITRES
DU TOME SECOND.
*
Page**
GHAPiTas Icf. Histoire abrégée àt la cUîlÎMtîon des Indiens du
Brésil. — LUIdca de S. Pedro dos Indios. — Mo-
nière de voyager >
Ghap. il La Tiile du Cabo Frio et le promontoire du mémo
nom ay
Ghap. lit. Voyage du Gabo Frio k la ville de Maeabë. — Le
village de S. JoSo da Barra 63
Ghap. IV. La ville de Macabë. — Voyage de celle ville aux
limites du district des Gampos dos Goitacases. . . 83
Ghap. V. Tableau général du district des Gampos dos Goita-
cases «o*
Ghap. VI. Voyage dans le district des Gampos Goitacases.. . . i4i
Ghap. VÎL Tableau g^n^ral de la province d*Espirito Santo... 169
Ghap. VIIL Les Indiens sauvages. — La ville dUUpëmirim. • . . 19a
Ghap. IX. La ville de Benevente et les Indiens civilises. — La
ville de Guaripari. -^ Arrivée sur les bord de la
baie d*Espiri(o Santo an
Ghap. X. La baie d*Espinto Santo — Villa da Victoria.— Dé-
tails sur Tagriculture aSG
Ghap. XI. La montagne de Mcslre Alve. — La ville d^Almeida
elles Indiens qui Thabitent a68
Ghap. XII. Le pays situe entre la ville d*Almeida et le Rio
Docc «99
Y
«
456 TABLE DES CHAPITRES.
Gbap. XUI. Le Rio Doce.— La nouvelle colonie de Liakares.
— Le Uc Japarai^. ..'...*....• 309
GHAP^ XIV. Les domesliqaes de Pauteur rombentmaUde àTem-
boQcbure du Rio Doce.— Le petite de Comb^los."
— ■ Le vîMage indien de Piriqniafiii. Zfi
CrAP. XV| La nouvelle colonie de Vianna. — Le couvent de
Noua Senkora da Penbn et Villa Velka L*au*
leur retourne à Rio de Janeiro 35q
Précis historique des fcvolulions du Bretil depuis J*arrivte de Jean VI
en Amérique jusqu'à l*abdicallon de Tempcreur D. Pedro SvC
Notes sur les plantes caractëriAtiquas indiquées dans le volume. ... {oS
*
Fin DE LA TABLE DU TOHE SECOHD.
A. PIHAN DE LA FOREST,
iMmmnun de la cour de cassation^
rue des JNoyers , b" 3y»
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